Miroir de nos peines

Pierre Lemaître, Miroir de nos peines, Albin Michel, 2020

Par Sylvaine Micheaux.

Voici enfin le dernier opus de la trilogie de Pierre Lemaître, débutée par Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, et Couleurs de l’incendie, 2018.

Au revoir là-haut nous emmenait à la fin de la première guerre mondiale avec le retour des gueules cassées. Dans Couleurs de l’incendie, c’étaient les années folles, la crise de 1929 et la vengeance d’une femme flouée. Dans Miroir de nos peines, nous voilà en 1940 : la drôle de guerre, la débâcle et l’exode qui en découle.

Louise, la petite fille d’Au revoir là-haut, est une institutrice de trente ans qui fait des extras le week-end dans le café brasserie de M. Jules et va vite se retrouver dans une situation inextricable. Désiré, génial mythomane, ayant exercé, rapidement certes, les métiers les plus divers tels que chirurgien et avocat, gravit à toute vitesse les échelons du Ministère de l’Information, ou plutôt devrait-on dire de la Désinformation tant on essaie de garder le moral des français inquiets de l’avancée fulgurante de l’armée allemande, et participe à la création de Radio Paris (dont on dira, vous savez, « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand »). Quant à Raoul, simple trouffion roublard et dégourdi, et Gabriel, son adjudant-chef, calme et honnête, ils survivent tant bien que mal dans le froid et l’humidité des souterrains de la ligne Maginot quand ils sont envoyés pour défendre, de l’avancée des blindés allemands, un pont sur la Meuse.

Un roman foisonnant, d’une écriture fluide, vive, par moment pleine d’humour. On suit avec plaisir ces personnages qui vont bien sûr se retrouver sur les routes de l’exode, avec en toile de  fond la grande Histoire, car tout est parfaitement documenté, et si tout est faux et inventé, tout est vrai aussi.

Miroir de nos peines peut, sans problème, se lire indépendamment des deux premiers opus.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Nos critiques des Pierre Lemaître sont accessibles depuis le classement par auteur, à la lettre L.

3 commentaires sur “Miroir de nos peines

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  1. Effectivement ce troisième volet ne démérite pas par rapport aux deux précédents et l’on en dévore les 530 pages sans que l’intérêt ne retombe ni que des longueurs inutiles n’entravent le rythme alerte du récit.
    Quand les conditions d’existence deviennent précaires comme ce fut le cas dans la période terrible que décrit l’auteur, que la survie de chacun est en jeu dans une fuite dont nul ne sait où elle mène, quand la peur et l’incertitude règnent en maîtres, se développent inévitablement un repli sur soi et un instinct de conservation qui peuvent mener au pire. Mais se développe aussi une fraternité nouvelle qui génère partage et solidarité inattendus. C’est dans ce contexte qu’évoluent les 5 personnages principaux du récit, confrontés dans des contextes très différents, en tant que civils ou militaires (gradés ou pas), hommes ou femmes, à des épreuves auxquelles ils ne sont pas du tout préparés et devant lesquelles les repères et règles habituels n’ont plus de sens. Ainsi Louise amenée à mendier pour des enfants qui ne sont pas les siens et apprenant que « la misère est une institutrice infaillible » ou Désiré, « imposteur professionnel » redoutable, développant un « opportunisme charismatique » exceptionnel, ou encore Raoul qui en vient à protéger celui qu’il tenait à sa merci.
    Cette fresque qui met en scène des personnages fictifs dans un contexte historique qui colle à la réalité historique, mêlant histoire personnelle et collective n’est pas sans rappeler certains romans du XIXème siècle et l’on pourrait trouver ici et là des accents de Hugo ou de Zola.
    Un bref épilogue résume la vie des personnages après la guerre. Comme si l’auteur nous donnait juste quelques nouvelles de vies qui ont réintégré la normalité.

  2. Ce livre est vraiment très bien. Et il y a un caractère qui est terrible, un type qui se fait passer pour différents personnages, des officiels, des gens importants… Un mythomane actif. C’est très drôle, très bien écrit. Il disparaît et réapparaît ailleurs dans l’histoire sous une autre forme… Le niveau de ce roman est supérieur à bien d’autres romans sur la guerre. J’aimais bien le premier, Au revoir là-haut, un peu moins le deuxième, Couleurs de l’incendie, et de nouveau plus Miroir de nos peines. On espère une suite avec les mêmes personnages !

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