L’archipel d’une autre vie

Andreï Makine, L’Archipel d’une autre vie, Seuil, 2016

Par Brigitte Niquet.

Voilà un beau titre, qui fait rêver à des séjours paradisiaques à l’ombre des cocotiers, à des lieux enchanteurs où l’on pourrait jouer les Robinson, oublier la civilisation et peut-être tout recommencer à zéro. Ce serait négliger le fait que l’archipel des Chantars se trouve aux confins de l’Extrême-Orient russe, que la saison sans neige commence en juin et se termine en août, que les tempêtes « solidifient les vagues » dès le mois de novembre, entourant l’archipel « d’une forteresse de glace », et que l’île de Bélitchy, qui pourrait être un refuge pour les amoureux de la solitude, est inhabitée parce qu’inhabitable. Alors que peut-on y faire ? « Y vivre, tout simplement ». Cette phrase se suffit à elle-même et éclaire le double aspect du roman.

Lequel roman est d’abord l’histoire d’une longue traque, d’une chasse à l’homme sans merci sur fond de conflits politiques. Nous sommes en Sibérie, en pleine guerre froide, dans un camp où l’armée soviétique se prépare secrètement à la guerre nucléaire qui lui semble inéluctable. Un prisonnier s’évade. Qui est-il ? Quel est son crime ? Peu importe. Un  commando de cinq hommes, soldats perdus à qui l’on intime l’ordre d’obéir sans chercher à comprendre, est lancé à sa poursuite dans l’immensité de la taïga. Ils sont chargés de le ramener mort ou vif, de préférence vif pour qu’on puisse lui infliger publiquement un châtiment exemplaire. Mais rien ne va se passer comme prévu. Le gibier se joue des chasseurs, et c’est alors que tout commence.

Si « L’Archipel d’une autre vie » n’était que cela, un captivant roman d’aventures, un véritable western à la sauce russe, dépaysant au possible et porté par une écriture superbe, ce serait déjà beaucoup. Mais quand on arrive aux deux-tiers du livre, on voit pointer une autre dimension, celle d’une quête spirituelle dont le sens se résume assez bien dans ce passage : « Ce n’était pas les deux fugitifs mais l’humanité elle-même qui s’égarait dans une évasion suicidaire. […] C’est notre vie à nous qui était démente ! Déformée par une haine inusable et la violence devenue un art de vivre, embourbée dans les mensonges pieux et l’obscène vérité des guerres. » Pour échapper à ce schéma mortifère, une seule solution : quitter ce monde et aller s’établir sur une terre vierge… et pourquoi pas l’île de Bélitchy, par exemple ?

Impossible d’en dire plus sans déflorer le roman. Nous n’avons fait que suggérer ses merveilles. Il en reste bien d’autres à découvrir.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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Notre sélection de cadeaux pour Noël/Nouvel An

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Il n’est pas tout récent, mais « délicieux » est le mot qui vient naturellement à la bouche quand on referme ce livre burlesque et attendrissant, dont l’intrigue principale se déroule pendant la 2e Guerre mondiale alors que l’île britannique de Guernesey est envahie d’Allemands. Lire la critique de Catherine Chahnazarian et le commentaire de Sylvaine Micheaux qui la suit.

Le dimanche des mères, de Graham Swift. Un petit roman court qui se passe sur une seule journée, celle de l’envol d’une jeune servante anglaise dans l’entre-deux-guerres, le début de sa liberté. Un livre simple d’une très belle écriture, et beaucoup plus profond qu’il n’y parait. C’est la première sélection de Sylvaine Micheaux pour Noël. Voici la critique qu’en avait fait Brigitte Niquet.

La fiancée américaine, d’Eric Dupont. Un ton de conteur à la veillée, une imagination débordante, des scènes hallucinantes, des personnages hors norme, une délicatesse de tous les instants. Le coup de cœur de François Lechat qui pardonne même, dans sa critique, les curieuses fautes de langue ou d’orthographe qui émaillent ce roman-fleuve venu du Québec.

Les furies, de Lauren Groff. Deux jeunes gens solaires, beaux, talentueux, charismatiques, se rencontrent et tombent éperdument amoureux. Où est la faille ? Dans le passé de l’un et de l’autre, sur lequel ils ne se sont jamais menti mais se sont tus. Une recommandation de Brigitte Niquet, pour ceux qui aiment la « grande » littérature, avec un style magnifique, mais qui se lit comme un thriller. Lire ici la critique complète.

Judas, d’Amos Oz (Gallimard, coll. Du monde entier). S’y entrelacent plusieurs trames : le lien entre Schmel, devenu « pour un temps » l’homme de compagnie d’un grand aîné, et Atalia, une femme mystérieuse qu’il aime dès le premier regard ; l’histoire du sionisme, de ses contradictions, de ses luttes internes. Il y a aussi, distillée, une réflexion puissante sur Juda l’Iscariote. « Amos Oz en retourne l’ignominieuse image. Il m’a convaincu que le traître pourrait bien être le premier et peut-être le plus grand chrétien. C’est saisissant de justesse », ajoute Jacques Dupont dont ce livre est « sans hésitation » le premier choix de cadeau pour Noël/Nouvel An.

L’amie prodigieuse, le premier d’une série de romans d’Elena Ferrante dont on a beaucoup parlé et dont le succès est bien mérité. L’Italie, deux amies, la vie, la vraie. Lire la critique de François Lechat. Les volumes suivants sont très bien aussi ! Mais il faut commencer par le commencement.

L’archipel d’une autre vie, d’Andreï Makine. L’action se passe aux confins de l’extrême-Orient russe, dans un froid glacial et sur fond de Guerre froide. Un prisonnier s’évade et une longue traque commence, mais le gibier va se jouer des chasseurs… Pour ceux qui aiment le genre « aventures » mais complètement décalé. C’est un choix de Brigitte Niquet et sa critique se trouve ici.

Conclave, de Robert Harris. Construction presque parfaite que celle de ce roman à suspense, sujet original, personnage central exceptionnel, univers merveilleux. On apprécie sans doute mieux ce livre quand on a un minimum de culture catholique, mais ce n’est pas indispensable, et que l’on soit croyant ou non n’a aucune importance. À partir de 15 ans. Lire la critique de Catherine Chahnazarian et le commentaire qui suit, de François Lechat.

Les Plantagenêts, de Dan Jones. Un livre d’histoire qui se lit comme un roman. Trois siècles pendant lesquels l’histoire de l’Angleterre était intimement mêlée à l’histoire de France dans un livre qui nous offre tout ce que l’on aime : du bruit et de la fureur, des grands rois et des petits tyrans, des reines puissantes et des prélats sûrs de leur bon droit, des barons tantôt fidèles tantôt rebelles. Lire ici la critique complète de François Lechat.

Partir et raconter – une odyssée clandestine, de Mahmoud Traoré et Bruno Le Dantec (Lignes poche). Mahmoud quitte la Casamance. Il raconte la traversée du Sahel, du Sahara, de la Libye, du Maghreb. Tout ce périple… que l’obstacle de la Méditerranée occulte.  Les migrants ne forment pas qu’un peuple nomade, ils sont aussi une myriade de communautés, qui s’allient, qui s’opposent. Il est une société de la migration, avec des règles et des rapports de pouvoir, qui se faufile à travers des territoires incertains, aux intérêts changeants. La migration est une aventure, une odyssée ; Mahmoud est un aventurier,  peut-être même un explorateur, parti à la conquête d’un territoire inconnu : le nôtre. C’est Jacques Dupont qui recommande d’offrir ce livre.

Par amour, de Valérie Tong Cuong (chez Lattès). Un beau livre, souvent dur mais avec une belle fin, recommandé par Sylvaine Micheaux. Nous sommes au Havre pendant la Seconde Guerre mondiale, le Havre sinistré, bombardé. Deux familles avec enfants, l’une très droite et patriote, l’autre plus fantasque. Un roman choral très poignant, la petite histoire des sentiments humains au milieu de la grande Histoire. Passionnant.

Les filles de Roanoke, d’Amy Engel. Yates a adoré ses filles et ses petites-filles. Seule Lane a eu le courage de fuir pour lui échapper. Les autres femmes de la famille en sont mortes. Un roman pour adultes, à la psychologie complexe, à réserver à ceux qui aiment les sagas familiales bien noires. Lire la critique de Brigitte Niquet.

Classement par auteur

Milena Agus : Sens dessus dessous

Jakuta Alikavazovic : L’avancée de la nuit

Martin Amis : La Zone d’Intérêt

Kate Atkinson : On a de la chance de vivre aujourd’hui

Toby Barlow : Babayaga

Annie Barrows : Le secret de la manufacture de chaussettes inusables

Annie Barrows et M. A. Shaffer : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Sarah Barukh : Elle voulait juste marcher tout droit

Antoine Bello : L’homme qui s’envola

Laurent Binet : La septième fonction du langage

Ariane Bois : Dakota Song

Caterina Bonvicini : Le pays que j’aime

Olivier Bourdeaut : En attendant Bojangles

Franck Bouysse : Grossir le ciel

Alma Brami : Qui ne dit mot consent

Michel Bussi : Maman a tort ; On la trouvait plutôt jolie

Olivier Cadiot : Histoire de la littérature récente

Henri Calet :  Les deux bouts

Andrea Camilleri : La danse de la mouette

Eleanor Catton : Les Luminaires

Sorj Chalandon : Le Jour d’avant

Adélaïde de Clermont-Tonnerre : Le dernier des nôtres

Emma Cline : The Girls

Laetitia Colombani : La tresse

Douglas Coupland : Miss Wyoming

Franck Courtès : Sur une majeure partie de la France

J.P. Delaney : La fille d’avant

Léonor De Récondo : Amours

Agnès Desarthe : Ce cœur changeant

Patrick deWitt : Heurs et malheurs du sous-majordome Minor

Anthony Doerr : Toute la lumière que nous ne pouvons voir

Emma Donoghue : Frog Music

Pierre Ducrozet : L’invention des corps

Eric Dupont : La fiancée américaine ; Bestiaire

Davide Enia : Sur cette terre comme au ciel

Amy Engel : Les filles de Roanoke

Jill Alexander Essbaum : Femme au foyer

Jenni Fagan : Les buveurs de lumière

Peter Farris : Le diable en personne

Jérémy Fel : Les loups à leur porte

Elena Ferrante : L’amie prodigieuse ; Le nouveau nom

Dario Franceschini : Ailleurs

Jonathan Franzen : Purity

Claire Fuller : Les jours infinis

Claudie Gallay : Les déferlantes ; La beauté des jours

Laurent Gaudé : La porte des enfers

Karl Geary : Vera

Robert Goolrick : Après l’incendie ; Trois lamentations

Lauren Groff : Les furies

Jean-Michel Guenassia : De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles

Robert Harris : Conspirata  ; Dictator   Conclave

Jim Harrison : « La fille du fermier »

Terry Hayes : Je suis Pilgrim

Jean Hegland : Dans la forêt

Arnaud Hoedt, J. Piron, et K. Matagne pour les illustrations : La faute de l’orthographe

A. M. Homes : Puissions-nous être pardonnés

Jason Hrivnak : La maison des épreuves

Kerry Hudson : La couleur de l’eau

Kazuo Ishiguro : Nocturnes — Cinq nouvelles de musique au crépuscule

Dan Jones : Les Plantagenêts

Neil Jordan : Dans les eaux troubles

Maylis de Kerangal : Corniche Kennedy

Philip Kerr : la série de Bernie Gunther

Pascale Kramer : L’implacable brutalité du réveil

Richard Krawiec : Vulnérables

Megan Kruse : De beaux jours à venir

Hanif Kureishi : L’air de rien

James Lasdun : La Chambre d’ami

Bertrand Leclair : Perdre la tête

Titiou Lecoq : Les morues ; Chroniques de la débrouille

M. Traoré et Bruno Le Dantec : Partir et raconter – une odyssée clandestine

Gonzáles Ledesma : Un roman de quartier

Marc Levy : Une autre idée du bonheur

Simon Liberati : California Girls

Andreï Makine : L’Archipel d’une autre vie

A. Hoedt, J. Piron, et Kevin Matagne pour les illustrations : La faute de l’orthographe

Ian McEwan : Dans une coque de noix

Javier Marías : Si rude soit le début

Joe Meno : Le blues de La Harpie

Philipp Meyer : Le Fils ; Un arrière-goût de rouille

Rosa Montero : La chair

Guillaume Musso : Un appartement à Paris

Maggie Nelson : Une partie rouge

Eric Neuhoff : Costa Brava

Marie Neuser : Prendre Lily

John Niven : Enfant terrible

Aldo Nove : La plus grande baleine morte de Lombardie

Amélie Nothomb : Frappe-toi le coeur

Christophe Ono-dit-Biot : Plonger­ ; Croire au merveilleux

Amos Oz : Judas

Dominique Paravel : Giratoire

Judith Perrignon : Victor Hugo vient de mourir

Marisha Pessl : Intérieur nuit

A. Hoedt, Jérôme Piron, et K. Matagne pour les illustrations : La faute de l’orthographe

Ron Rash : Par le vent pleuré

Donald Ray Pollock : Une mort qui en vaut la peine

Donal Ryan : Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe

Monica Sabolo : Summer

Olivier Saison : Knut

Bernhard Schlink : La femme sur l’escalier

Alexandre Seurat : La Maladroite

Bob Shacochis : La femme qui avait perdu son âme

Mary Ann Shaffer et A. Barrows : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Catherine Siguret : Le mouton de la place des Vosges

Giampaolo Simi : La nuit derrière moi

Leïla Slimani : Chanson douce ; Dans le jardin de l’ogre

Isabelle Sorente : La faille

Graham Swift : Le dimanche des mères

Donna Tartt : Le Chardonneret

Adam Thirlwell : Candide et lubrique

Valérie Tong Cuong : Par amour

Mahmoud Traoré et B. Le Dantec : Partir et raconter – une odyssée clandestine

Karine Tuil : L’insouciance

Marina de Van : Rose minuit

Fred Vargas : Temps glaciaires ; Quand sort la recluse

Éric Vuillard : L’ordre du jour

Richard Wagamese : Les étoiles s’éteignent à l’aube

Wendy Walker : Tout n’est pas perdu

Sarah Waters : Derrière la porte

S. J. Watson : Une autre vie

Matthew Weiner : Heather par-dessus tout

Mary Wesley : Sucré, salé, poivré

Colson Whitehead : Underground Railroad

Audrée Wilhelmy : Les Sangs

Meg Wolitzer : La position

Julie Wolkenstein : Les Vacances

Alice Zeniter : L’art de perdre

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