La Porte des enfers

Laurent Gaudé, La Porte des enfers, Actes Sud, 2008 (2010 en poche « Babel »)

Par Agnès Huynh.

Vous réagiriez comment si votre fils mourait sous le coup d’une balle perdue alors que vous tentez de le protéger en faisant bouclier avec votre corps ? Vous réagiriez comment si votre femme vous demandait de lui ramener son enfant vivant, votre enfant ? Vous réagiriez comment si une de vos rencontres vous proposait de vous mener jusqu’à la porte des enfers pour tenter de retrouver votre petit ?

En tout cas, Matteo doit faire face à toutes ces questions. C’est la destruction de sa famille. C’est la destruction de son univers. Le temps s’arrête. Rien n’existe plus. Sa première réaction est de s’enfermer dans la solitude de son taxi. L’idée de la vengeance germe à son esprit. Il met alors tout en œuvre pour retrouver le tireur de cette balle qui a fauché son fils.

Le fait de retrouver l’assassin est accessoire dans cette histoire. On pourrait croire que tout s’arrête là, avec le face à face. Mais non, ce n’est pas suffisant. Après avoir obtenu réparation, il continue son errance. Car rien en fait rien n’est réparé. Rien n’est plus comme avant et rien ne le sera jamais plus.

Au fil de ses tournées nocturnes en taxi, il va fréquenter un groupe de marginaux : un transgenre, un vieux prêtre en guerre contre le Vatican, un homme qui aime les jeunes garçons. Ce dernier tient des théories étranges, notamment sur les Enfers. Et un soir de désœuvrement, un soir de désespoir, un soir où le besoin d’agir devient nécessité, le petit groupe décide de trouver ce passage pour les Enfers. On assiste alors à une épopée qui n’est pas sans évoquer les Enfers de Dante.

L’auteur se met à flirter avec le fantastique par petites touches, sans jamais nous immerger. Mais il nous embarque dans cette aventure hors du commun. Matteo sera-t-il à la hauteur ? Va-t-il réussir à pénétrer dans ce monde des ténèbres ?

Malgré le thème du deuil qui est omniprésent dans ce roman, cette histoire, ou plutôt cette fable, est pour moi une ode à la vie. La fin donne une note d’espoir et de tendresse superbe. Faut-il mourir pour renaître ? Mais la loi de la tradition persiste ici aussi : une vie pour une vie. Laurent Gaudé nous offre un magnifique texte servi par une très belle écriture avec un style fluide, des mots qui sonnent juste et qui percutent. Un bon moment de lecture garanti.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; voir aussi notre critique de Salina.

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