La Capitale

Robert Menasse, La Capitale, Verdier, 2019

Par François Lechat.

Lorsque j’ai acheté La Capitale, je croyais avoir affaire à un livre du même genre que Les compromis : dans les deux cas, l’action se déroule à Bruxelles, dans les milieux européens, et commence par un meurtre. Et dans les deux cas, le roman est, entre autres, un prétexte pour décortiquer les mœurs et les mécanismes de la décision dans la sphère européenne. Mais en fait, les deux livres sont très différents. Les compromis est un polar sans prétention qui vise à initier au fonctionnement de l’Europe tout en divertissant le lecteur. La capitale a bien plus d’ambition.

A vrai dire, il est un peu difficile de savoir ce qu’a voulu faire l’auteur, car il traite au moins trois thèmes en un seul livre. Une double intrigue policière, centrée sur un meurtre mystérieux, mais aussi sur un cochon qui traverse subitement une des places les plus fréquentées de Bruxelles, et dont on se saura jamais d’où il sort : il permet surtout de douces évocations du surréalisme belge, à travers la manière assez loufoque dont la presse rend compte du sujet. Le meurtre, lui, n’est pas davantage élucidé, mais nous fait voyager vers l’Est, dans le passé et les relations du meurtrier présumé, dont les commanditaires restent mystérieux. Quant au commissaire chargé de l’enquête, qui possède une belle épaisseur, au physique comme au moral, nous le lâchons au milieu du gué, inquiets pour sa santé.

Deuxième thème : l’évocation des mœurs grinçantes des milieux européens, entre petites intrigues pour grappiller du pouvoir et étouffement des enjeux de fond. C’est la meilleure partie du livre, qui donne lieu à des scènes très construites, belles et graves vers la fin, plus légères en cours de route, et qui donnent à réfléchir.

Le troisième thème, étroitement mêlé au deuxième, nous conduit à Auschwitz, que l’on peut considérer comme le berceau de l’idée européenne, comme cela même que l’Europe doit rendre impossible. Mais qui peut garantir le « plus jamais ça » dans cette période de retour des nationalismes ?

Tout cela fait beaucoup, et peut paraître un peu cérébral. Et de fait, ce roman très soigneusement écrit, évocateur et subtil, s’adresse à un public pointu, capable d’apprécier une parodie de séminaire entre économistes. Un certain suspense est au rendez-vous, mais l’auteur nous fait sans cesse patienter, à force de flash-backs et de développements historico-existentiels qu’on peut juger trop longs. Quant au dénouement, il prend la forme d’un « A suivre » qui semble bien annoncer un deuxième tome dont l’éditeur ne nous dit rien. C’est dans ce deuxième tome, sans doute, que l’on saura d’où vient le cochon et qui aurait dû être tué dans les rues de Bruxelles, le meurtrier s’étant trompé de cible. En attendant, La capitale nous offre un roman pour lecteur patients et curieux, amoureux de l’idée européenne. De très haute qualité, mais qu’on aurait aimé plus court et plus simple.

Catégorie : Littérature étrangère (Autriche). Traduction : Olivier Mannoni.

Liens : chez l’éditeur.

Toute une vie et un soir

Anne Griffin, Toute une vie et un soir, Delcourt, 2019

Par Catherine Chahnazarian.

Sacré caractère, ce Maurice Hannigan. Accoudé au bar d’un hôtel, dans un coin de province irlandaise, il trinque, seul, à la santé de ceux qui ont compté dans sa vie, et il la raconte, sa vie, car à plus de quatre-vingts ans il est temps qu’il parle, qu’il dise ses chagrins, ses culpabilités, ses secrets. Il s’adresse à son fils Kevin, parti vivre aux États-Unis et qui n’est pas là pour entendre le récit de «toute une vie et [d’] un soir», ce soir déterminant où c’est nous qui recueillons le témoignage de Maurice. Il nous dit les rapports de force entre riches et pauvres dans l’Irlande d’avant-guerre, la grandeur et la décadence de la famille Dollard en particulier, et la revanche du petit paysan. Il nous dit ses amours, aussi, avec leurs bonheurs sans nom et leurs difficultés – toutes les formes d’amour : fraternel, amoureux, paternel… Et la mort, les fantômes, les blessures inguérissables.

Ce très beau roman est touchant au possible et de petits rebondissements relancent sans cesse l’intérêt psychologique. Il a en outre le mérite de se donner à lire sans prétention : il n’expose pas avec fierté une construction pourtant remarquable ; il déroule simplement son rythme parfait. C’est un bonheur – même si l’ensemble est dramatique, d’autant qu’une touche d’humour, qui fait partie intégrante du caractère du personnage, donne de la rondeur aux situations ou à ce qu’il en fait.

Une belle découverte.

Catégorie : Littérature anglophone (Irlande). Traduction : Claire Desserrey.

Liens : chez l’éditeur.

Le sport des rois

C. E. Morgan, Le sport des rois, Gallimard, 2019

Par François Lechat.

Il n’est pas facile de parler de ce livre, remarquable à de nombreux égards, mais que j’ai mis deux mois à terminer, ce qui n’est pas forcément bon signe.

Ce qui m’a freiné, outre des circonstances extérieures, est d’abord sa longueur, 650 pages bien tassées, mais aussi son niveau d’exigence. Sur une trame classique, centrée autour d’une famille sur trois générations, l’auteure brasse de nombreux thèmes typiquement américains : l’ambition, le rôle des pionniers, la soif de réussite, la rigidité caractérielle des parents élevés dans la tradition, le racisme à l’égard des Noirs, la religion comme vecteur de résistance ou de passivité… Mais elle y mêle aussi des thèmes plus universels, en tirant parti du métier pratiqué par ses héros, l’élevage de chevaux de course. Ce qui conduit à des réflexions sur l’évolution, la génétique, la dégradation de la nature, la naissance et la mort… Il faut donc admettre, dans ce qui constitue bel et bien un roman, et un roman prenant, des passages parfois obscurs, ou encore poétiques ou fabuleux, dont on admire la virtuosité mais en se sentant parfois dépassé.

Pour autant, ce n’est pas un roman cérébral, qui manquerait de vie ou de chair : autour des chevaux, d’une ferme, de rapports familiaux tendus et complexes, de l’emprise du désir, de la détresse d’un jeune Noir dont le destin semble tracé d’avance mais qui tient tête, l’auteure crée des scènes d’une grande intensité. On n’oublie pas, le livre refermé, sa manière saisissante de traiter de la guerre des sexes et de l’inépuisable colère des Noirs, exprimée dans la deuxième partie au travers d’un personnage de Révérend inoubliable. Rien que pour le sermon qu’il adresse à sa communauté, entre sainte colère et infinie tendresse, ce livre vaut le détour. Mais disons qu’il se mérite.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Mathilde Bach.

Liens : chez l’éditeur.

Le journal de ma disparition

Camilla Grebe, Le journal de ma disparition, Calmann Lévy, 2019

Stylo-trottoir : Marie, la soixantaine, en vacances.

« Ça se passe en Suède, dans un petit village de montagne où il y a peu d’habitants. Les industries ont fermé, les gens sont désoeuvrés.

Il y a trois personnages principaux. Une jeune femme, dans la police, qui a découvert un cadavre avec des amis quand elle avait dix-sept ans. Le cadavre d’une petite fille de cinq ans. L’affaire est non résolue et la policière se retrouve, huit ans plus tard, à faire partie de l’enquête lorsqu’elle est réouverte. Elle se retrouve donc dans le village dont elle avait voulu partir.

Les deux autres personnages principaux sont une profileuse, qui fait partie de l’équipe dans laquelle travaille la policière, et son mari, policier également. Le couple disparaît (au début du livre, hein, ceci ne dévoile rien d’essentiel). La profileuse va réapparaître, mais elle a perdu son journal intime… et c’est important.

On est assez vite dans l’intrigue et c’est très prenant. Aussi, l’auteure adopte une démarche narrative originale que j’ai beaucoup aimée : il y a une narratrice ordinaire, mais elle laisse de temps en temps un personnage s’exprimer directement, au « je ». C’est surprenant et très réussi. Ajoutons à cela qu’il y a de l’action, de nombreux rebondissements, et une fin étonnante…

J’ai vraiment beaucoup aimé. »

Catégorie : Policiers et thrillers (Suède). Traduction : Anna Postel.

Liens : chez l’éditeur. Du même auteur, voir aussi notre critique d’Un cri sous la glace, par François Lechat.

Stoneburner

William Gay, Stoneburner, Gallimard (La Noire), 2019

Par François Lechat.

Un roman noir à l’américaine, avec ce que cela apporte de couleur locale : des voitures démentes, une blonde incendiaire, un shérif corrompu, des dollars à foison, une traque impitoyable, un road trip à travers plusieurs États… Tout tourne autour d’un coup de chance qui profite à un rescapé du Vietnam abîmé du ciboulot et à la blonde, qui se lancent dans une cavale burlesque dont le véritable héros est une Cadillac au destin inoubliable. La deuxième partie, elle, rembobine le film et reprend le récit sous un autre angle, plus posé, plus sombre, plus violent. J’ai préféré la première partie, peut-être parce qu’elle est moins réaliste, peut-être parce que la seconde est plus lente. Mais peu importe : c’est écrit au couteau, sans commentaire inutile, avec des phrases simples et efficaces qui font sentir l’essentiel entre les lignes. Si vous aimez le côté mal peigné des Etats-Unis, n’hésitez pas.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Jean-Paul Gratias.

Liens : chez l’éditeur.

Une femme simple et honnête

Robert Goolrick, Une femme simple et honnête, Anne Carrière, 2009 (disponible en 10-18)

Par François Lechat.

Sexe, mensonge, argent, luxure, amour, vengeance, et en toile de fond la misère qui guette les pauvres et la folie qui peut nous prendre tous… Dès son premier livre, l’auteur d’Après l’incendie recentre la condition humaine sur ses dimensions les plus romanesques, et assume jusqu’au bout. Il n’effleure pas ces thèmes au fil de son récit : il les place au cœur de son écriture, il les nomme, les explicite, les illustre et les développe, leur donne chair et âme, au risque parfois d’un certain surplace, mais avec pour bénéfice de les amplifier, de les magnifier. On peut trouver cela irritant, surligné, ou aimer au contraire cette plongée dans des émotions, des sentiments, des décors si intenses. L’histoire en tout cas est prenante, les personnages difficilement oubliables, et le contexte inhabituel – l’hiver glacé du Wisconsin, au début du 20e siècle. Sous une couverture élégante et classique, une histoire sulfureuse qu’on lâchera en cours de route si l’on n’est pas convaincu que la pulsion sexuelle est la plus puissante de toutes.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Marie de Prémonville.

Liens : chez Anne Carrière ; en 10-18.

Une Odyssée

Daniel Mendelsohn, Une Odyssée. Un père, un fils, une épopée, Flammarion, 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

Quand Daniel Mendelsohn, professeur de langues anciennes à la petite université de Bard College, accède à la demande de son père, alors âgé de plus de 80 ans, d’assister à son séminaire de Licence 1 sur l’Odyssée d’Homère, il ne mesure pas encore quelle épopée personnelle il s’apprête à effectuer lui-même.

Bien loin d’un exposé académique sur les aventures édifiantes d’Ulysse, guerrier rusé, super héros et victime des dieux, le cours de Daniel, très interactif, invite constamment les étudiants à réagir au texte, à s’interroger sur la vraie nature d’Ulysse et ses multiples facettes, mais aussi sur celle de son fils Télémaque, longtemps privé de père. De son côté, bien loin d’être un étudiant discret, Jay Mendelsohn se prend au jeu, participe aux débats, apporte aux jeunes étudiants le regard d’un homme qui a beaucoup vécu et n’hésite pas à introduire la contradiction. Daniel est ainsi amené à découvrir et à explorer des visages de son père qu’il ne soupçonnait pas. Les relations entre Jay et Daniel se superposent alors à celles d’Ulysse et de Télémaque. Sans jamais se détacher de l’Odyssée d’Homère, l’auteur parvient ainsi à effectuer une double lecture des faits et des personnages.

Cette aventure familiale et culturelle prend encore une autre dimension quand Jay et Daniel effectuent ensemble une croisière qui les mène « sur les traces d’Ulysse ».

Ce roman biographique est vraiment passionnant. Érudit sans jamais être ennuyeux, il propose une nouvelle approche de l’Odyssée et une découverte d’un père et d’un fils qui prouvent, si besoin en était, que les grandes œuvres ont encore bien des choses à nous dire !

Précision importante : bien sûr ce roman ravira particulièrement les lecteurs familiers du grec ancien mais point n’est indispensable de pratiquer Homère dans le texte pour être sensible à cette odyssée.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière.

Liens : chez l’éditeur. Ce livre a reçu le Prix Transfuge du meilleur livre américain en 2017, le Prix Méditerranée 2018.

Une étincelle de vie

Jodi Picoult, Une étincelle de vie, Actes Sud, 2019

Par Brigitte Niquet.

Jodi Picoult adore faire des sujets d’actualité la matière de ses romans (pour mémoire, le dernier, Mille petits riens, avait pour toile de fond le racisme « ordinaire »). Elle continue dans cette voie, s’attaquant cette fois au douloureux problème de l’IVG et situant l’intrigue dans le Mississippi, dernier État américain qui en pratique encore, plus pour longtemps sans doute : nul n’ignore le rétropédalage de la législation dans ce domaine, quel que soit le pays concerné.

Jusque-là, rien à redire, au contraire. Plus un sujet est sensible, plus il faut en parler sous peine de s’apercevoir un jour qu’on en est revenu subrepticement à des pratiques et des comportements moyenâgeux ou presque. Jodi Picoult fait ça très bien, incarnant le drame de l’avortement dans des personnages crédibles – quoique très américains, le lecteur français a parfois du mal à se sentir concerné – et construisant une intrigue à base de prise d’otages digne d’un thriller, pimentée par le fait que les deux ados qui sont au centre du drame sont l’une la fille du preneur d’otages et l’autre celle du négociateur qui essaie d’éviter que tout cela finisse dans un bain de sang.

Alors, aucune restriction dans cette chronique ? Si, une, et de taille, et elle ne concerne pas le contenu ni le fait que Jodi Picoult ne prenne jamais parti pour ou contre l’avortement. À mon sens, c’est plutôt une qualité. Ma réticence vient de l’extrême confusion de la narration. On entre dans l’histoire sans préambule, sans rien savoir des onze personnes qui se trouvent dans le centre médical au moment de l’irruption du tueur, lequel commence par liquider la directrice et une infirmière. Ô surprise, ces deux personnages réapparaissent plus tard et le lecteur peine à comprendre qu’il ne s’agit pas d’une résurrection mais d’un flash-back sur leur vie antérieure, que rien n’annonce et dont on se contrefiche un peu d’ailleurs. Et il en sera de même pour chacun, y compris le tueur et le négociateur, les « tranches de vie » passées alternant sans préavis ni ordre chronologique avec les événements présents, les unes expliquant les autres, sans doute, mais pas toujours. C’est très perturbant pour le lecteur moyen, qui ne tient pas forcément un registre de qui est qui et de qui a fait quoi. Si vous décidez de lire ce livre, un conseil, prenez des notes dès le début !

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Marie Chabin.

Liens : chez l’éditeur.

Délivrances

Toni Morrison, Délivrances, Babelio, 2015 (disponible en 10-18)

Par Catherine Chahnazarian.

Quand nait Lulu-Ann, c’est la surprise : elle est d’un noir… noir ! Et comme ses parents le sont beaucoup moins, ça pose problème. Mais Toni Morrison ne racontera pas les accusations de trahison et la séparation des parents, ce n’est pas cela qui l’intéresse. Par chapitres adoptant tour à tour les points de vue de l’héroïne, de sa mère, de sa meilleure amie, etc., l’auteure explore différentes facettes de la vie et de l’esprit de Lulu-Ann, renommée Bride parce que c’est plus chic ; et son récit déconstruit progressivement le personnage qu’elle avait dessiné rapidement, avec habileté, au tout début du livre. Chaque chapitre, ou presque, explorant les multiples définitions que peut prendre ce mot, fait le récit d’une délivrance. Dans un style parfaitement maîtrisé, sur un ton brut magnifique, sans lyrisme et sans sous-entendus inutiles, un de ces styles où chaque mot compte, Morrison aborde de manière très directe les thèmes du racisme, de la pauvreté, des violences faites aux enfants et de l’amour, celui qui nécessite d’être vrai. Et quand on est presque à la fin et qu’on se dit que voilà un happy end à l’américaine, un certain réalisme tragique revient au triple galop.

On sent de l’urgence dans ce livre qui va vite, de la vérité dans sa brutalité. On sent aussi la volonté de nous encourager à ne pas laisser gagner nos peurs et nos traumatismes – à travers le personnage de Bride et un beau personnage d’homme. Seul bémol : l’insistance mise à dénoncer les violences sexuelles faites aux enfants, comme si elles étaient monnaie courante. Lorsqu’un quatrième cas est révélé, c’en est trop pour un récit si intimiste. Mais c’est mon seul reproche.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Christine Laferrière.

Liens : Chez l’éditeur ; une interview de l’Express à l’occasion du Nobel (1993).

Rue du Pardon

Mahi Binebine, Rue du Pardon, Stock, 2019

Par Jeanpierre.

Marrakech, une ruelle de pauvres où une jeune fille, Hayat (« la vie » en arabe), privée de l’amour de ses parents, vivra un enfer, sera recueillie avec amour, puis martyrisée jusqu’à une pré-mort, et trouvera la force de survivre et de réaliser son rêve. L’originalité, l’étrangeté, les coutumes inquiétantes et insolites, la solidarité dont on s’est éloigné en occident, la gentillesse spontanée et ses sourires éclatants sont un enchantement pour le lecteur. Les mots font remuer la conscience et font vivre des instants troublants dans cette ville remplie de tout ce que l’homme a de misérable et son contraire.

Catégorie : Littérature francophone (Maroc).

Liens : chez l’éditeur.

Les Étoiles de Sidi Moumen

Mahi Binebine, Les Étoiles de Sidi Moumen, Flammarion, 2010

Par Jeanpierre.

Yachine habite dans un enfer terrestre aux portes de Casablanca, à Sidi Moumen, banlieue bidonville.

Là, s’entassent les pauvres, reclus, déchus et autres crève-la-faim ; des déchets humains qui survivent grâce à la solidarité et pour certains aux versets du Coran qui les conduit dans l’au-delà promis, miraculeux mais jamais offert. Un roman tragique, lumineux mais plein des ombres fantomatiques de ceux qui y ont été assassinés simplement pour des errances et des trahisons, pour un mauvais regard, une mauvaise plaisanterie. L’enfer, c’est peut-être ça.

Le style est envoûtant, les faits crûment rapportés font pénétrer le lecteur dans cet univers et le laissent pantois, accroché au récit jusqu’au bout, à l’impensable libération sacrificielle. Dans un français parfait, d’un style coulant et scotchant, l’auteur a su, avec ce roman, capter l’inimaginable, le faire vivre au point de s’y croire mêlé. La qualité de la langue est si parfaite et enchanteresse qu’elle m’a fait oublier tout ce que j’avais pu lire avant en France, chez les auteurs contemporains.

Mahi Binebine, écrivain, sculpteur, peintre, vit à Marrakech après avoir vécu longtemps en France. Il est l’auteur de plus d’une dizaine de romans.

Catégorie : Littérature francophone (Maroc).

Liens : chez l’éditeur.

Les romans préférés de Geneviève

Stylo-trottoir : Geneviève est mamy mais encore jeune, elle lit énormément mais ne veut pas faire de critiques. Dans un restaurant, entre le plat et le dessert, elle consulte sa liseuse pour nous dire quels ont été ses livres et auteurs préférés ces derniers temps.

Alice Ferney, Les Bourgeois et Cherchez la femme (Actes Sud, 2017 et 2014, disponibles en Babel)

« Je suis cette auteure depuis le début. J’aime énormément ce qu’elle écrit. Les Bourgeois est à mon avis le plus abouti. » Il retrace la vie de dix frères et soeurs entre les deux Guerres. « Cherchez la femme est aussi très bien. » C’est une histoire de couple, le portrait détaillé d’une famille dans tous ses états.

Ruth Rendell, Deux doigts de mensonge (Ed. des Deux Terres, disponible au Livre de Poche, 2009)

« Celui-ci, c’est le genre Jane Austin. Une jeune femme arrive dans un manoir anglais pour s’occuper d’un schizophrène… C’est très bien écrit. Genre polar (suspense). »

Peter May, La trilogie écossaise : L’île des chasseurs d’oiseaux, L’homme de Lewis, Le braconnier du lac perdu (Le Rouergue, 2014)

« C’est très bien aussi, Peter May, j’ai beaucoup aimé. Surtout L’homme de Lewis. » (Roman policier noir prenant place dans un paysage tourmenté et dont le personnage principal est atteint de la maladie d’Alzeimer.)

Ceux-ci sont plus anciens, mais Geneviève mentionne encore :

George Eliot, Middlemarch (Folio, 2005)

« Très bon roman qui se passe au XVIIIe siècle. C’est la vie d’un village… »

Edith Wharton, Chez les heureux du monde et Les beaux mariages (Ed. La Découverte, disponibles au Livre de Poche)

« J’aime également beaucoup Edith Wharton. C’est très narratif. Ça se passe au début du siècle (le XXe). Le premier à lire est Chez les heureux du monde. Il y a aussi une réédition récente des Beaux mariages. C’est l’histoire d’une femme, aux États-Unis, qui naît pauvre et cherche toujours, par vanité, à viser plus haut, à être au-dessus de sa condition. »

Catégories :  Littérature française et anglophone.

Liens : Cliquez sur les titres pour accéder aux informations mises en ligne par les éditeurs.

Loup et les hommes

Emmanuelle Pirotte, Loup et les hommes, Cherche midi, 2018

Par François Lechat.

Ce remarquable roman a une foule de qualités, et sans doute un défaut : il est lent, très lent. Il aurait pourtant pu être mené à une allure trépidante, car le récit ne manque pas de panache. Au 17e siècle, un noble de province part à la recherche de son frère qu’il a trahi de manière éhontée 20 ans plus tôt, et qui semble avoir survécu à ses malheurs. Il faut dire que ce frère, Loup, avait tout pour attiser la jalousie : enfant bâtard recueilli dans des circonstances mystérieuses, il a un regard magnétique, un courage sans bornes, la beauté du diable et juste assez de vice pour fasciner tous ceux qu’il rencontre. C’est au Québec que son traître de frère tentera de le retrouver, mis sur la piste par une belle Amérindienne qui porte un bijou que seul Loup peut lui avoir donné…

L’aventure commence donc, dans le décor grandiose de la Nouvelle-France, avec son lot de prêtres manipulateurs, d’Indiens aux mœurs étranges, de coloniaux sans scrupule, de guerres sans merci entre tribus indiennes et avec les Européens, de bravoure, de captures, de torture, d’amour, de vengeance… Emmanuelle Pirotte sonde les cœurs, les âmes et la nature, et restitue avec une force peu commune l’animisme, les coutumes et la manière de penser des Indiens, du sage qui décode l’avenir au guerrier qui préfère les hommes. Et elle fait graviter autour de son duo de frères deux femmes au caractère bien trempé, auxquelles on s’attache instantanément. Tout est donc réuni pour que la tension monte, sauf que notre auteure soigne chaque scène, chaque souvenir, chaque méditation de ses personnages, qui sont confrontés à une foule d’interrogations et de dilemmes. C’est subtil, écrit dans une langue très soignée, avec une remarquable empathie, y compris à l’égard des Indiens (inoubliable personnage de Croisée des Chemins, le chaman qui devine tout sauf lorsque les esprits se dérobent). Et les scènes fortes ne manquent pas, poignantes ou angoissantes. Mais il faut aimer se poser, et déguster les instants, les intermittences du cœur, pour ne pas s’impatienter devant ce suspense qui court sur 600 pages. Si vous êtes capable de patience, si vous aimez le beau style et l’intelligence, n’hésitez pas.

Catégorie : Littérature francophone (Belgique).

Liens : chez l’éditeur.

Une mère

Alejandro Palomas, Une mère, Le Cherche midi, 2017

Par Brigitte Niquet.

Pour qui ne connaît pas Palomas, disons que c’est quelque chose comme un « frère littéraire » d’Almodóvar. Une mère semble, en effet, pétri dans la même matière que Tout sur ma mère, Volver et bien d’autres. Le thème, en soi, n’a rien d’original et on se demande a priori comment un auteur, si talentueux soit-il, pourrait renouveler le genre. Si l’on ajoute que toute l’intrigue ou presque se déroule pendant un réveillon, l’ombre de Dolce Agonia et de quelques autres chefs-d’œuvre se profile et on se dit que, décidément, rien de nouveau sous le soleil.

Et pourtant Une mère  est profondément original, ne serait-ce que par la personnalité des protagonistes. Comme le titre le suggère, la mère est le personnage central, autour de qui tout gravite. Elle semble d’abord avoir une fonction essentiellement burlesque, c’est une Miss Catastrophe, cassant ou renversant quelque chose à chacun de ses gestes et servant à ses enfants un repas mitonné avec amour mais immangeable. Sylvia, l’aînée des filles, maladivement attachée à l’ordre et au rangement, éponge les dégâts ; Emma, sa sœur, roucoule avec sa nouvelle compagne, enceinte, qui essaie de s’adapter tant bien que mal à cette folklorique « belle-famille » ; l’oncle Eduardo raconte ses frasques et fait son numéro habituel de vieux séducteur impénitent et Fer, le fils, reste en retrait, sans doute parce que c’est la meilleure place pour observer les uns et les autres et ne rien révéler de soi-même.

Si le roman s’arrêtait là, on pourrait se dire « un de plus » et même trouver que les personnages sont un peu stéréotypés et la caricature poussée à l’extrême. Mais il n’en est rien et la Chaise des absences (une chaise qui reste vide devant un couvert soigneusement dressé) nous met d’ailleurs la puce à l’oreille dès le début : cette famille-là est moins simpliste qu’il y paraît. Peu à peu, on découvre la « face B » de chacun et on se trouve pris d’une profonde sympathie pour cette bande d’hurluberlus qui panse ses plaies comme elle peut, et surtout cette mère qui, sous ses airs évaporés, poursuit un objectif et un seul : aider ses enfants à faire le deuil de leur père et à sortir des ornières dans lesquelles chacun s’est embourbé depuis son départ. Il faut pour cela attendre le chapitre 20, où tout ce qui s’est dit jusque-là prend une autre dimension, balayant toute accusation possible de superficialité ou de facilité. Une mère est un roman à la fois poignant et drôle, où l’émotion vous étreint au détour d’un fou-rire et ne vous lâche plus.

Catégorie : Littérature étrangère (Espagne). Traduction : Vanessa Capieu.

Liens : sur Lisez.com.

La cabane du métayer

Jim Thompson, La cabane du métayer, Payot & Rivages, 2019

Par François Lechat.

C’est la première traduction française intégrale de ce classique de Jim Thompson (l’auteur de 1275 âmes, dont Bertrand Tavernier a tiré Coup de torchon), et elle vaut le détour.

L’histoire est racontée à la première personne par Tommy Carver, un fils de métayer pauvre dans un bled de l’Oklahoma – autrement dit, un petit paysan qui fait fructifier les terres d’un autre. La famille Carver peine à survivre, et sa seule issue serait de sous-louer ses terres à une compagnie pétrolière, qui lui en propose une petite fortune. Mais la location est impossible parce que les terres sont enclavées dans celles du propriétaire, un Indien qui ne veut pas entendre parler de pétrole. Les Carver sont donc doublement sous la coupe de cet Indien, dont ils dépendent pour vivre et qui les empêche d’améliorer leur destin. Les conditions sont ainsi réunies pour que la violence éclate, mais la situation est encore compliquée par le fait que Tommy a une liaison torride avec Donna, la fille du propriétaire…

Sur cette trame, les événements s’enchaînent avec la force que l’on attend de Jim Thompson : c’est âpre, sec, sensuel, tragique, avec des éclairs de douleur et des lueurs d’espoir, et un arrière-plan de racisme atavique dont Tommy prend peu à peu conscience. Il y a quelques petites invraisemblances (la résistance du héros à la souffrance), mais les dialogues sont impeccables et tous les personnages sont remarquablement dépeints, avec en touche finale un avocat peu ordinaire. A vous de deviner si cela se termine bien ou mal, et de découvrir qu’en fin de compte cela importe peu : l’essentiel dans ce livre n’est pas le bonheur mais le chemin qui y mène, et il nous embarque de bout en bout.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Hubert Tezenas.

Liens : chez l’éditeur.

Mrs Fletcher ou les tribulations d’une MILF

Tom Perrotta, Mrs. Fletcher ou les tribulations d’une MILF*…, Fleuve Editions, 2018

Par François Lechat.

Si vous savez ce qu’est une MILF, vous craignez sans doute un livre assez vulgaire, voire crapoteux (pour les non-initiés, et dit en termes élégants, une MILF est une mère de famille américaine avec laquelle de jeunes gens sont désireux de faire l’amour). On en est pourtant fort loin, ici, si l’on excepte quelques lignes d’un dialogue assez cru et par ailleurs peu original. Le propos de l’auteur n’est pas de choquer, loin de là : on pourrait même reprocher à son roman de s’achever de manière trop conformiste, la morale à l’américaine devant évidemment l’emporter. Mais dans l’intervalle, on aura fait la connaissance d’une belle brochette de personnages (surtout féminins), croqués avec empathie et un sens aiguisé des dialogues, embarqués dans des aventures plaisantes, parfois amusantes, racontées sans un mot de trop et avec juste ce qu’il faut de psychologie pour que l’on ait l’impression d’être pris au sérieux. Ce n’est pas d’une grande profondeur, mais cela donne un tableau frappant d’une certaine Amérique empêtrée dans le politiquement correct, les désirs inassouvis et le méli-mélo des générations (l’héroïne, qui dirige une maison de repos pour personnes âgées, a autant de fil à retordre avec ses pensionnaires qu’avec son étudiant de fils). La vie comme elle va, dépeinte du point de vue des femmes c’est-à-dire trop pleine et trop vide à la fois, les hommes à la hauteur étant, comme on le sait, une denrée rare.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Jean Esch.

Liens : chez l’éditeur.

Le vieux qui voulait sauver le monde

Jonas Jonasson, Le vieux qui voulait sauver le monde, Presses de la cité, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Les suites les plus prometteuses ne sont pas forcément à la hauteur de nos attentes, et pour moi c’est un peu le cas pour ce second volet des péripéties rocambolesques du « Centenaire qui ne voulait pas fêter son anniversaire ». L’auteur y  reprend avec virtuosité les recettes du premier récit, mais cependant avec moins de bonheur.

Installé dans un luxueux hôtel à Bali avec son compère Julius, producteur d’asperges, Allan maintenant âgé de 101 ans, commence à ressentir l’ennui d’une vie trop calme, d’autant plus que les finances s’amenuisent dangereusement. Bref, il est temps de changer d’air et de s’envoler discrètement (en montgolfière !) vers de nouvelles aventures, tout aussi délirantes que les précédentes. Ce second tome commence donc très bien, mais malheureusement l’intérêt s’effrite un peu au fil des pages. Malgré des situations très drôles, malgré l’insertion d’un  personnage féminin, tout aussi décalé que les deux comparses et qui relance l’intérêt (mais tend parfois à reléguer Allan et ses projets au second plan), on se surprend à trouver à ce roman des longueurs inutiles, une dispersion des thèmes, une action qui s’égare dans trop de directions, ce qui finalement tempère l’enthousiasme du lecteur plus qu’il ne le stimule.

Les rebondissements incessants, la gravité apparente des enjeux, la multiplicité des déplacements, la cocasserie des situations, bref tout ce qui faisait la réussite du premier tome, génère ici une légère lassitude qui rend la lecture toujours divertissante mais parfois un peu longue.

« Bis repetita ne placent pas toujours », comme dit sentencieusement Jules César dans « Le bouclier arverne » !

Catégorie : Littérature étrangère (Suède). Traduction : Laurence Mennerich.

Liens : sur lisez.com.

Les tribulations d’Arthur Mineur

Andrew Sean Greer, Les tribulations d’Arthur Mineur, Jacqueline Chambon (Actes Sud), 2018

Par François Lechat.

À la recherche d’un moment de détente, j’ai acheté le dernier prix Pulitzer, qui est normalement un gage de qualité. Effectivement, le livre est bon, mais de là à remporter un des prix les plus prestigieux… Si l’Arthur Mineur dont nous suivons les tribulations n’avait pas été homosexuel, son histoire aurait-elle remporté un prix ? C’est au fond le sujet même du livre, puisque le héros est un écrivain gay auréolé d’un premier roman remarqué, mais qui court après un nouveau succès tandis que son ancien amant, lui, a obtenu le Pulitzer. Ce ne serait encore rien si, en plus, son dernier amour n’avait pas décidé de se marier – avec un autre, évidemment. D’où les tribulations d’Arthur Mineur, qui décide de parcourir le monde, d’invitation en invitation, pour se mettre dans l’incapacité d’assister au mariage.

Un anti-héros, donc, auquel il va arriver, comme il se doit, une foule d’aventures tragi-comiques qui le placent en permanence au bord du ridicule, sans qu’il n’y sombre jamais car il est trop digne et lucide pour ça. C’est sympathique, assez enlevé, avec une belle brochette de personnages secondaires et un enchâssement du présent et du passé qui fait merveille dans les dernières pages. Mais à moins de partager la situation de ce brave Mineur, il est difficile de le prendre tout à fait au sérieux et de se laisser prendre par l’émotion, surtout que l’auteur n’appuie jamais. On suit plutôt le personnage d’un œil amusé, en se réjouissant de ne pas être à sa place. Ce n’est peut-être pas ce qu’on attend d’un roman ?

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (U.S.A.). Traduction : Gilbert Cohen-Solal.

Liens : chez l’éditeur.

Les jours de silence

Phillip Lewis, Les jours de silence, Belfond, 2018

Par François Lechat.

Tout le monde fuit, dans ce roman situé dans les Appalaches, car personne ne parvient à dire ce qu’il a sur le cœur – surtout les hommes, faut-il préciser. C’est une histoire faite de frustrations, d’ambitions manquées, de séparations déchirantes, d’enfants frappés par la mort ou par la solitude. C’est l’histoire, surtout, d’un romancier réfugié dans une maison hors norme, au milieu d’une nature ingrate, qui fait vivre une famille dont tous les membres possèdent une personnalité à part, mais qui se consume à force d’écrire un chef-d’œuvre impossible, et qui jouera un méchant tour à ses proches. Le décor est vivant, le style de l’auteur élégant et fluide, ses personnages sont frappants : une fois entamé, on a de la peine à reposer ce livre. La magie opère un peu moins, à mon sens, quand le narrateur quitte les Appalaches pour la ville et s’éprend de Story, qui est aussi la proie d’un secret et de réflexes de fuite : pendant un temps, l’intrigue est moins originale. Mais elle rebondit et tous les fils du récit se renouent, jusqu’à une très belle fin qui éclaire le prologue. Ce premier roman est d’une force rare, intime et choral à la fois, et difficile à situer dans le temps (l’apparition d’un téléphone portable paraît incongrue, dans cette contrée perdue).

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (U.S.A.). Traduction : Anne-Laure Tissut.

Liens : sur lisez.com.

Le coeur converti

Stefan Hertmans, Le cœur converti, Gallimard, 2018

Par François Lechat.

Comment  vivre, au 11e siècle, quand on est la fille d’un noble normand et que l’on tombe amoureuse d’un fils de rabbin dont les parents sont établis à Narbonne ? Et que peut-il rester de cette histoire follement romanesque, et potentiellement tragique (nous sommes à l’aube des Croisades, donc d’un regain de tension entres les diverses religions présentes en Europe) ? Il en subsiste un document, une lettre de recommandation conservée dans une synagogue du Caire, et dont l’auteur, un Belge d’expression flamande, a pris connaissance à force d’obstination, après avoir été mis sur la piste de cette histoire d’amour par les rumeurs qui circulaient dans son village d’adoption, à Monieux, dans le Vaucluse, où l’on raconte qu’un pogrom a eu lieu au Moyen Age. Le cœur converti raconte à la fois l’idylle improbable de Vigdis, la belle Normande, et de David, le fils du rabbin, et la recherche, par monts et par vaux, des traces laissées par leur histoire tumultueuse, recherche dont on devine qu’elle n’a pas été de tout repos.

Remarquablement documenté, écrit dans un style riche et travaillé, le récit médiéval touche le lecteur et le fait voyager bien au-delà de ce qu’il aurait souhaité pour ce couple menacé par des ennemis tenaces. L’enquête contemporaine, elle, est habilement mêlée au récit principal, mais elle choque quand on la découvre car il est un peu dégrisant de passer du 11e siècle, sauvage et sensible, à une aire d’autoroute ou à l’évocation d’un retour en voiture vers Bruxelles. Une fois la surprise passée, ce deuxième fil narratif intéresse aussi, mais sans posséder la force dramatique du premier, ni sa poésie. C’est pour David et Vigdis qu’on lit ce roman déchirant, écrit sur un ton grave qui épouse les joies et les tourments de ses héros. On peut juste regretter un manque de rythme, mais cette allure parfois méditative est en phase avec son sujet.

Catégorie : Littérature étrangère (Belgique). Traduction du néerlandais : Isabelle Rosselin.

Liens : chez l’éditeur.

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