Le corps de ma mère

Fawzia Zouari, Le corps de ma mère, Gallimard 2016 (disponible en Folio)

Par Jacques Dupont.

Le récit de Fawzia Zouari commence de nos jours, dans un hôpital de Tunis. Yamna, sa mère, y vit ses derniers jours. Font irruption – intrusion – dans la chambre de folkloriques Bédouins, vêtus à l’ancienne, poussant des youyous, semblant venir du bled le plus reculé. Lesquels, femmes et hommes furent bien les commensaux de Yamna, une mère dont sa fille (et ses frères, et ses sœurs) ne savent… rien.

C’était voulu. Allah n’a-t-il pas recommandé de tendre un rideau sur tous les secrets, et le premier des secrets n’est-il pas la femme ?

Mais ce silence que Yamna a su garder vis-à-vis de ses enfants, elle ne l’a pas eu pour Naïma, sa servante. Celle-ci va raconter, à Fawzia, lui ouvrir les portes d’un monde extraordinaire (et les yeux). Et Fawzia, après elle, de nous dire l’histoire du village de sa mère, du clan, dans la Tunisie des campagnes lointaines, entre le début de la colonisation, l’indépendance et la Révolution du Jasmin. Assignées à la maison, les femmes y mènent depuis leur plus jeune âge une existence plus ancienne que le monde. Non que cette existence soit contemplative : sous couvert d’obéissance, ce sont bien elles qui commandent, de la façon la plus mutique dès lors qu’une intimité risquerait de se dévoiler, et la plus loquace lorsqu’il s’agit d’édicter les lois claniques.

La dernière partie du récit – excellement structuré – nous montre Yamna dans sa vieillesse, exilée à Tunis, esquivant la sollicitude de sa progéniture, rusant – jusqu’à feindre Alzheimer – pour éviter de parler. « Parlant à Dieu et à la nature, aux djinns et aux ancêtres, aux blés quand ils poussent et aux nuages quand ils se pavanent, elle n’avait pas besoin de sa fille, non plus que de se confier. »

Il est alors temps pour Fawzia de présenter des excuses à sa mère décédée, pour avoir enquêté sur  elle, « transporté sa mémoire jusque sous les toits de France et l’avoir couchée dans une langue étrangère. »

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez Gallimard, en Folio, sur le site du Prix des Cinq Continents de la Francophonie reçu en 2016 par l’auteur pour ce livre.

Leurs enfants après eux

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes Sud, 2018

Par Brigitte Niquet.

On a déjà beaucoup écrit sur le Goncourt 2018, et presque toujours de manière laudative, voire dithyrambique, ce qu’il mérite amplement. À quoi bon en rajouter, alors, dira le lecteur blasé, qui n’a pas attendu « Les yeux dans les livres » pour se faire son opinion et dévorer – ou pas – ledit bouquin. À quoi bon, c’est vrai, d’autant qu’il est quasiment impossible de prendre le contrepied de l’opinion générale et d’assassiner le chef-d’œuvre, ou même de l’égratigner, tant il est à la fois dérangeant et consensuel.

On peut simplement remarquer, à lire les critiques, que tous ne sont pas d’accord sur ce qui fait l’intérêt, la beauté et la force de ce roman. Ou plutôt que certains s’attachent davantage au parcours initiatique d’Anthony, Yacine, Stéphanie et les autres, en pleine crise d’adolescence et premiers émois amoureux dans les années 90, et d’autres à la fresque sociale qui situe tout ce petit monde dans une vallée de l’Est de la France, vallée qui fut prospère quand les hauts-fourneaux brûlaient de toutes leurs flammes et qui n’est plus qu’un piège à rats pour la génération suivante. Après tout, le livre est assez riche pour permettre les deux lectures et c’est avec beaucoup de maîtrise que l’auteur en entrecroise les fils qu’il devient impossible de démêler, ceux des destins individuels et ceux de la débâcle collective, tenant toujours son lecteur en haleine, d’autant que les principaux personnages (essentiellement les ados) sont très attachants chacun à sa manière. On suit leur parcours sur huit ans et on sait déjà que ces huit années décideront de tout et que ça n’ira pas dans le bon sens. Qu’il s’agisse de démoralisation impuissante ou de révolte farouche, de résignation bovine à un destin minable déjà tout tracé ou de volonté opiniâtre de s’en sortir par tous les moyens, à 14 ans, on peut tout espérer, à 22, on a déjà presque sa vie derrière soi. On devine sans peine de quel côté penche Nicolas Mathieu, le magnifique titre du livre nous ayant d’ailleurs éclairés d’emblée sur ses intentions. Comme l’écrivait déjà Musset, « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux », celui-ci l’est assez sans doute pour expliquer ce remarquable succès de librairie.

Un regret cependant : comme tant d’autres, l’auteur s’est cru obligé (ou a choisi) de sacrifier à la mode devenue incontournable des descriptions quasi cliniques d’ébats amoureux, dont aucun détail ne nous est épargné, ce qui peut sembler superflu et, ici, un peu hors de propos. Que la sexualité naissante polarise la vie des adolescents, on le sait et on le comprend, surtout dans ce contexte, mais quel besoin d’en infliger la description minutieuse au lecteur qui en a vu (lu) bien d’autres ? Ce bémol n’empêchant pas, bien sûr, que la symphonie soit harmonieuse, d’aucuns penseront peut-être qu’il la magnifie…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; le site de l’Académie Goncourt.

Et je danse aussi

Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, Et je danse aussi, Fleuve éd°, 2015 (disponible en Pocket)

Par Brigitte Niquet.

Malgré le succès retentissant de certains romans épistolaires – citons  pour mémoire l’un des plus célèbres, devenu un classique, Les Liaisons dangereuses, et l’un des derniers en date, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates – j’avoue qu’a priori le genre ne m’attire pas, même si le passage de la plume au clavier (il s’agit ici, en fait, d’échange de mails) modifie un peu la donne. À vrai dire, si l’on ne m’avait pas offert ce petit bouquin avec un sourire entendu (« Ça va sûrement te plaire… »), je ne m’y serais certainement jamais intéressée. Et comme j’aurais eu tort !

Certes, dans les premières pages, il faut prendre patience, car la correspondance se met en place difficilement entre un écrivain célèbre, Pierre-Marie Sotto, ex-prix Goncourt en panne d’inspiration devenu plus ou moins misanthrope, et une de ses… de ses quoi, au juste ? admiratrices ? Ah ! Déjà, le doute plane. Non, Adeline Parmelan n’est pas vraiment – ou pas seulement – une admiratrice, et la grosse enveloppe qu’elle lui a envoyée et qu’il n’a pas ouverte ne contient pas forcément un manuscrit qu’elle voudrait lui faire lire bon gré mal gré. Et lui n’est peut-être pas tout à fait – ou pas seulement – l’ours mal léché qu’il prétend être devenu ou alors cet ours est blessé et s’est réfugié dans sa tanière pour lécher ses plaies. C’est un jeu de dupes où chacun protège ses secrets (surtout celle qui a initié cet échange de correspondances) et il faudra 122 mails (61 chacun) et quelque 300 pages pour que l’écheveau se démêle et que le lecteur, complètement bluffé, découvre l’incroyable vérité et se laisse submerger par l’émotion, que l’on n’attendait pas à ce détour.

Laissez-vous prendre par le charme de ce livre, vous ne le regretterez pas. Il date déjà de quelques années mais sa réédition en poche lui donne une seconde chance et il mérite de vivre dans la durée.

Catégorie : Littérature française.

Liens : au Fleuve, en Pocket.

Vers la beauté

David Foenkinos, Vers la beauté, Gallimard, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Qui est finalement le principal personnage de cette histoire ? Antoine, professeur d’histoire de l’art, brillant et apprécié, qui doit quand même avoir une sérieuse raison pour abandonner d’un jour à l’autre ses étudiants et postuler à la fonction de simple gardien de salle de musée ?

Le lecteur pressent bien sûr un drame personnel dans la vie d’Antoine quand l’action est soudain relancée dans une autre direction avec l’apparition d’un second personnage qui éclipse momentanément Antoine et accapare alors tout notre intérêt et touche notre sensibilité.

Les destins se croisent évidemment et à la suite de Mathilde, DRH au musée d’Orsay qui s’attache aux pas d’Antoine, on découvre que sa décision insensée avait bien un sens.

L’art guérit-il les blessures et la contemplation de la beauté peut-elle être un exutoire à une situation traumatisante ?

Ce roman n’est sans doute pas le meilleur de Foenkinos, ce qui ne signifie pas qu’il soit médiocre. Il se lit avec plaisir, sa construction est assez originale et il aborde avec délicatesse et humanité un thème qui ne peut laisser indifférent.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le malheur du bas

Inès Bayard, Le malheur du bas, Albin Michel, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Voici un roman réaliste et cru dont le sujet a tout pour déranger : le viol et ses conséquences. Du point de vue littéraire, il est assez moyen, mais du point de vue humain, sacrément courageux. Inès Bayard s’est lancée dans une description détaillée et glaçante de la descente aux enfers de son héroïne, elle s’est investie dans sa souffrance et mène son propos sans faillir, jusqu’au bout, ce qui suscite le respect. Le déroulement comme la psychologie manquent un peu d’originalité, le style aussi ; il y a des explicitations inutiles, quelques lieux communs dont on se passerait bien et l’une ou l’autre situation invraisemblable. Mais, pour un premier roman, quel cri !

Âmes sensibles s’abstenir.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Idiotie

Pierre Guyotat, Idiotie, Grasset et Fasquelle, 2018

Par Jacques Dupont.

La quatrième de couverture annonce une tranche d’autobiographie de l’auteur – bien connu – du Tombeau pour 500.000 soldats, lequel date de 1963. Idiotie débute en 1958, l’auteur a 18 ans. Il a fui le domicile paternel, et erre dans Paris. En 1960, il sera appelé et partira pour l’Algérie. En 1962, il est arrêté par la sécurité militaire, pour atteinte au moral de l’armée et possession de livres et de journaux interdits, puis mis au secret, enfermé, perpétuant – au fond – la tradition d’insoumission de sa famille, qui compta de nombreux résistants.

Cette histoire – bien pleine – j’en ai pourtant abandonné la lecture. Pour cause de style : pas que Pierre Guyotat en manque, mais parce qu’il en a trop, et que le style est maniéré et répétitif. C’est-à-dire alambiqué, et il sublime le goût des déjections de l’auteur : merde, foutre, pisse. Nauséabond, certes, mais surtout convenu. Freud a écrit « Analyse sans fin ». C’est de cela qu’il s’agit, d’une analyse infinie, d’une névrose précieuse, enkystée, qui ne se traverse pas.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Dix-sept ans

Eric Fottorino, Dix-sept ans, Gallimard, 2018

Par Brigitte Niquet.

« Toutes les familles heureuses se ressemblent. Les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. » C’est le début d’Anna Karénine et c’est la source inépuisable à laquelle s’abreuvent depuis toujours les écrivains. Il y a mille façons d’être malheureux en famille et mille façons aussi d’en faire œuvre littéraire. Eric Fottorino n’échappe pas à la règle : après L’homme qui m’aimait tout bas, hommage à son père adoptif, le voici dans Dix-sept ans parti à la recherche de sa mère Lina, cette inconnue qui le mit au monde à cet âge tendre.

Il n’est pourtant pas « né sous X », contrairement à cette demi-sœur longtemps ignorée que Lina fut forcée d’abandonner, victime d’une société rigide qui n’aimait pas les « filles-mères ». Il n’est pas né sous X mais ne sait, en fait, rien de la femme qui l’a pourtant élevé et l’a nanti plus tard d’un beau-père aimant et de deux demi-frères. Mais tout cela dans le silence, sans que jamais les mots essentiels soient dits, et il faudra attendre que le narrateur ait cinquante ans bien sonnés et que sa mère frôle la mort pour qu’il décide de mettre ses pas dans ceux de Lina, qu’il appelle dans tout le livre « petite Maman » et qu’il a pourtant si peu, si mal connue. Pas de « vipère au poing » dans ce livre, aucun règlement de comptes, et c’est heureux car ce sillon n’a été que trop creusé. Beaucoup de tendresse, au contraire, une tendresse éclose tardivement mais non moins sincère et émouvante. Si l’on en croit Montherlant, « Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil ». Gageons que celui de Fottorino sera léger car les mots pour dire son amour et surtout pour l’écrire, il les a finalement trouvés, et nul doute qu’ils soient allés droit au cœur de sa mère – et de ses lecteurs.

Un mot encore sur le style, d’une inimitable grâce. L’auteur, à la recherche de ses origines, se promène indéfiniment dans les rues de Nice, sa ville natale, et l’on se dit que cela va finir par nous lasser. Eh bien non. Qu’il trempe sa plume dans l’encre d’un lever ou d’un coucher de soleil ou directement dans la Méditerranée, qu’il erre dans les ruelles du vieux Nice ou se balade sur la « Prom’ », chaque page est un enchantement et cela ne contribue pas peu à la réussite du livre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Frère d’âme

David Diop, Frère d’âme, Seuil, 2018

Par Jacques Dupont.

Frère d’âme se déroule durant la Première Guerre, sur le front et à l’arrière, et opère quelques retours au Sénégal, quelques années avant 14. Alfa Ndiaye et Mademba Dop sont tirailleurs sénégalais. Mademba tombe sous les balles de l’ennemi. Il demande à Alfa de l’achever. Mais Alfa n’écoute pas cet appel, ni sa propre voix. Au nom de Dieu, au nom de la tradition, il refuse le coup de grâce à Mademba. Réalisant son erreur trop tard, ivre de violence, fou de culpabilité, il va reproduire la scène sur les corps des ennemis, les éventrant pour pouvoir les achever, et poser ainsi le geste qu’il n’avait pu produire.

Peut-on tuer par humanité ? Je n’en dirai pas plus, sauf à déflorer le roman. Je l’ai lu d’une traite, saisi par la rythmique d’une langue à la fois écrite et parlée. J’ai été bouleversé.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

On dirait nous

Didier van Cauwelaert, On dirait nous, Albin Michel, 2016

Par Brigitte Niquet.

Depuis ses débuts, Didier van Cauwelaert ne cesse de creuser le même sillon, ce qui lui a réussi au point de lui valoir le prix Goncourt en 1994 (Un aller simple). On ne change pas une équipe qui gagne, et voici donc en 2016 [après nombre d’autres opus], On dirait nous, avec les ingrédients qui ont fait le succès de l’auteur : une grande pinte de tendresse et un zeste d’humour, beaucoup de fantaisie, des bons sentiments à revendre, un style fluide, élégant mais facile à lire et surtout une intrigue pour le moins originale, qui conduit immanquablement le lecteur à se demander : « Mais où va-t-il chercher tout ça ? ».

Ici il s’agit de deux couples. L’un réunit les jeunes Illan, agent immobilier border line qui squatte les appartements qu’il est censé vendre, et Soline, violoncelliste de talent qui rêve d’acquérir son instrument, une merveille hors de prix. L’autre, très âgé et proche de la fin, est composé de Georges, ex-universitaire spécialisé en tlingit, une langue amérindienne parlée dans le sud-est de l’Alaska, et Yoa, originaire de cette même région. Qu’est-ce qui va bien pouvoir rapprocher ces quatre personnages en dehors des hasards du voisinage ?  Un pacte improbable proposé par Georges, susceptible de mettre fin aux problèmes financiers des deux tourtereaux tout en assurant à Yoa la possibilité de se réincarner après sa mort prochaine dans l’enfant que ne vont pas manquer de concevoir à cet effet Illan et Soline. Sic.

On peut adhérer – ou pas – à ce postulat rocambolesque, en fonction de quoi on prendra plaisir – ou pas – au développement du thème sur 250 pages. Pour ma part, sans méconnaître les qualités de l’auteur, j’avoue m’être assez vite lassée et avoir eu souvent envie de dire « Trop, c’est trop », trop d’invraisemblance surtout pour qu’on puisse éprouver de l’empathie envers les personnages : la situation dans laquelle ils se trouvent (et d’ailleurs se sont mis volontairement) est si extravagante qu’après avoir fait sourire, elle agace et que ses rebondissements artificiels fatiguent le lecteur plus qu’ils ne le maintiennent en haleine. Mais il n’est pas interdit à d’autres d’aimer ça et de considérer ce livre comme un excellent compagnon de voyage pour quelques heures de train ou d’avion.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; le site de l’auteur.

Oublier Clémence

Michèle Audin, Oublier Clémence, Gallimard, coll. L’arbalète, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Ce tout petit livre original de 63 pages (plus une photo) est titré à l’envers car il s’agit plutôt de ne pas oublier Clémence. C’est une enquête, toute simple, systématique, menée par l’auteure sur son arrière-grand-mère. De mémoire familiale, elle ne sait d’elle qu’une chose ; tout le reste lui vient des actes de naissance ou de mariage qu’elle a pu consulter et des livres d’histoire. Non pas que Clémence y figure, dans les livres d’histoire, au contraire. Elle est une anonyme dont la vie ne peut plus être retracée qu’à travers les connaissances socio-historiques que nous avons de l’époque, des lieux, des métiers.

Il faut dire que le procédé, certes original, ressemble fort à un exercice de style comme Gallimard peut en publier, et que le contenu, loin d’un récit romanesque, ne conduit même pas vraiment à esquisser un portrait. Alors, cela vaut-il la dépense de dix euros ? Ce n’est pas sûr. Pourtant, la motivation et la rigueur – qui interdit d’inventer l’histoire de cette femme sur des bases aussi faibles – sont sincères ; la documentation sociologique n’est pas inconsistante même si le résultat reste léger ; et la démarche est sympathique. Mais si l’on attend de l’épaisseur, on aura le sentiment de se faire avoir.

Sur le fond, pourquoi oublier/ne pas oublier Clémence, Julia, Edmond ou …………….. (insérez ici le prénom de l’un de vos aïeux) ? À chacun de répondre à sa façon.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Gain de folie

André Soleau, Gain de folie, Ed° Les Lumières de Lille, 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

À l’extrémité du département du Nord, dans un Avesnois qui est passé au fil des années de la prospérité glorieuse au déclin économique inexorable, un Avesnois où les fractures sociales sont de plus en plus marquées entre deux mondes qui ne se rencontrent pas, Jean Baudson conjure au bistrot du coin une vie médiocre et sans horizon et joue au loto pour entretenir le souvenir de temps plus heureux avec ses amis. Un jour, l’improbable se produit…

La seconde partie du livre s’ouvre cinq ans plus tard, cette fois dans l’univers de la presse. Un jeune journaliste ambitieux, désireux de faire sa place au milieu des « anciens » et de se hisser dans la hiérarchie, rouvre le dossier et enquête : qu’est-il réellement arrivé à Jean Baudson ?

L’auteur connaît bien l’Avesnois et il en parle avec la passion de ceux qui aiment leur région. Il connaît aussi très bien le monde du journalisme qui a été le sien durant sa carrière professionnelle.

L’intérêt de son roman qui a obtenu le prix 2017 de l’association des auteurs du Nord (ADAN), réside à la fois dans l’intrigue alerte et bien menée, dans la construction intéressante du récit en deux temps et deux tonalités différentes, ce qui relance l’intérêt, mais surtout dans la peinture sociale et l’exploration psychologique de ses  personnages. André Soleau décrit sans concession mais avec beaucoup de tendresse un monde, certes dur, où les pauvres ne sont pas meilleurs que les riches, où règne l’attrait de l’argent et de la réussite, mais un monde où cependant tout espoir n’est pas perdu.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; sur le site de l’ADAN.

Salina

Laurent Gaudé, Salina, les 3 exils, Actes Sud, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Un cavalier s’approche d’une tribu du désert ; avec lui un bébé qui hurle sans jamais s’arrêter. Il le dépose au milieu du village et l’abandonne au soleil et à la poussière. Mamambala va recueillir cette petite fille, qu’elle nomme Salina pour toutes les larmes dont elle a abreuvé le sol.

A l’autre bout de sa vie, pour qu’elle puisse reposer à jamais en paix, Malaka, son dernier fils, va raconter la vie de Salina, ses rares joies, ses colères, ses fureurs. Dire cette femme forte, sauvage, qui va vivre pour se venger de ne pas avoir eu l’amour espéré.

Nous sommes dans un conte magnifique, cruel, violent, sauvage et dur comme le désert, les pierres, la violence et le sang. C’est un court roman envoûtant, qu’on lit d’une traite mais qu’on relit ensuite tant les mots sont beaux, précis : un vrai bonheur de lecture.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le livre des Baltimore

Joël Dicker, Le livre des Baltimore, Ed. de Fallois, 2015 (et de Fallois Poche)

Par Anne-Marie Debarbieux.

D’un côté les Goldman-de-Baltimore, incarnation de la réussite, de la beauté, de l’élégance, de la générosité, qui à chaque période de vacances, ouvrent grand leur cœur et leur maison de rêve à leur neveu Marcus, lui-même membre de la même famille Goldman, mais un Goldman-de-Montclair, issu de classe moyenne et habitant avec ses parents une modeste maison dans une ville du New Jersey.

Les paradis de l’enfance, leur insouciance, les frasques de gamins qui scellent les souvenirs inaltérables, sont souvent voués à se lézarder. C’est bien ce qui se produit pour Marcus, fasciné par l’univers des Goldman-de-Baltimore et qui croyait en la pérennité du bonheur vécu par le trio inséparable qu’il formait avec ses deux cousins, tous trois sous le charme de la jolie Alexandra. Les illusions de l’enfance se brisent, chacun suit son propre chemin dès la fin des années lycée, et Marcus découvre au fil du temps que ni la richesse, ni l’amitié ni l’amour ne sont exempts de faiblesses et que l’image des Goldman-de-Baltimore, qu’il ne reniera jamais, comporte plusieurs facettes.

Devenu écrivain à succès, il conjure sa nostalgie, ses illusions perdues mais entretient aussi sa fidélité aux Goldman en écrivant leur histoire, ponctuée de flashes back et d’allusions récurrentes au mystérieux « Drame » qui a ébranlé la famille et dont la teneur n’est révélée que dans les derniers chapitres.

Il s’agit donc d’une sorte de saga familiale rédigée par l’un de ses principaux protagonistes et qui constitue en fait le récit qu’on est en train de lire.

Marcus n’est pas un inconnu pour les lecteurs de Joël Dicker puisqu’il est l’écrivain mis en scène dans « La vérité sur l’affaire Harry Quebert ».

Ce roman, dédaigné par certains critiques qui y ont vu une œuvre un peu facile, ne mérite pas à mon sens un jugement aussi sévère. Le thème n’est pas nouveau, sans doute, on peut aussi sourire un peu des personnages féminins qui ont tendance à pleurer facilement. Il n’empêche qu’on se laisse emporter par le récit vivant, bien rythmé, qui ne tombe jamais dans le mélo et, tout en introduisant une réflexion sur les faiblesses humaines et la fascination que suscite le statut social, parvient à ménager jusque bout notre curiosité.

Catégorie : Littérature française.

Liens : Le livre des Baltimore aux Éditions de Fallois ; notre critique de La vérité sur l’affaire Harry Quebert.

Tenir jusqu’à l’aube

Carole Fives, Tenir jusqu’à l’aube, Gallimard, 2018

Par Brigitte Niquet.

Je fulmine assez contre les « mauvais » titres pour applaudir à celui-ci, dans la droite ligne de Que nos vies soient un film parfait, précédent opus du même auteur. Deux titres juste assez allusifs pour éveiller des échos dans nos mémoires et nous obliger à retrouver le sentiment qui… l’émotion que… Ah oui, le film parfait, c’était dans une chanson de Lio, et l’autre, c’est dans La chèvre de Monsieur Seguin, la brave petite chèvre qui se battit toute la nuit contre le loup et s’efforça, dans un baroud d’honneur, de « tenir jusqu’à l’aube »… En commençant le livre, on a déjà la larme à l’œil et on caresse le fol espoir qu’elle s’en tire, cette fois, la Blanquette. Sait-on jamais…

La Blanquette ici s’appelle « Elle », on ne connaîtra pas son prénom, sans doute pour que son anonymat la rende plus représentative de toutes les « mamans solo » et du drame permanent que beaucoup vivent en essayant de satisfaire un petit loup de deux ans et demi qui n’en a jamais assez de câlins, de caresses, d’histoires racontées et se conduit avec sa mère en tyran démoniaque. Mais la nuit, au moins, il dort, diront les bonnes âmes. Non, il ne dort pas, le monstre, jamais plus de deux ou trois heures à la fois et si Maman n’accourt pas au premier appel, il se met à hurler, les voisins se fâchent, il hurle de plus belle, c’est un cycle infernal. Alors elle se précipite, berce, lit des histoires, chante des chansons… et attend l’aube. Jusqu’à quand tiendra-t-elle sans y laisser sa santé, minée par le manque de sommeil, son équilibre psychique, compromis par un obsédant sentiment de culpabilité, son travail, qui est sa seule et maigre source de revenus, ou sans se mettre à frapper aveuglément ce gamin qu’elle adore ?

Peut-on faire tout un livre avec « ça » et rien que « ça » (à quoi s’ajoutent en filigrane l’absence du père et ses promesses de visites non tenues) ? C’est une question qu’on pourrait se poser au départ mais qui n’a plus d’objet au bout de quelques pages. Oui, on peut quand on s’appelle Carole Fives et qu’on a autant de cœur que de talent. Et on peut « scotcher » le lecteur comme avec un thriller. D’ailleurs, c’en est un, mais feutré, intimiste, ce sont les pires. Et qu’advient-il de la Blanquette ? Ah ! Il faut lire pour le savoir. On ne révèle pas la fin des thrillers.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La mise à nu

Jean-Philippe Blondel, La mise à nu, Buchet-Chastel, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Louis arbore une sorte de « résignation souriante » au seuil d’une fin de carrière d’enseignant apprécié de tous, dans une petite ville de province. Discret mais sociable, il est néanmoins marqué par la solitude engendrée par son divorce et l’éloignement de ses deux filles devenues adultes. Surgit alors l’inattendu : l’invitation d’un ancien élève, devenu peintre renommé, au vernissage de sa nouvelle exposition. Flatté, intrigué, surpris, Louis reprend ainsi contact avec Alexandre dont il ne gardait nul souvenir marquant. L’élève jadis réservé, aujourd’hui célèbre, ose enfin dire à son ancien professeur toute l’admiration de l’adolescent qu’il fut et lui demande d’accepter de poser pour lui.

S’instaure alors entre les deux hommes que pourtant tout sépare, âge, milieu social, itinéraire personnel, mode de vie, une étrange relation, à la fois forte et fragile, confiante et distante, amicale et ambigüe, mais qui permet à Louis de dérouler progressivement le film de sa vie et d’en relire les principaux épisodes avec ce mélange de nostalgie des bonheurs passés et de regret des élans et désirs qui sont restés en jachère, inachevés, ou abandonnés.

Il s’agit donc d’un roman intimiste et pudique où chacun des deux protagonistes se dévoile et se cache à la fois, d’une mise à nu ébauchée dans tous les sens du terme, puisque le récit s’organise autour des réflexions de l’un et de la peinture de l’autre, mêlant ainsi habilement deux modes d’expression et deux manières de se chercher et de se dévoiler.

Sans être vraiment un chef d’œuvre, ce roman bien construit séduit le lecteur jusqu’à la dernière page.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Madame Pylinska et le secret de Chopin

Éric-Emmanuel Schmitt, Madame Pylinska et le secret de Chopin, Albin Michel, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Quand on ouvre ce petit livre, mince et écrit grand, on se demande légitimement si l’on ne va pas être grugé. Mais on prend plaisir à suivre la plume virevoltante d’Éric-Emmanuel Schmitt qui, je suppose, tente de donner à son style la musicalité de Chopin – car ce livre est un cours de musique. De ce point de vue, c’est remarquable. Mais cette écriture coulante est trop belle pour être vraie. D’abord, cela reste léger (ne serait-ce pas plutôt du Liszt ? à en juger par la leçon des pages 34 à 37). Puis les mots ne peuvent être ceux d’il y a trente ans – alors que tout repose sur des dialogues ou presque. Ils ne sont pas ceux de Madame Pylinska, son excentrique professeure de piano ; ils ne sont pas ceux de sa Tante Aimée, qui adorait Chopin elle aussi ; ils sont ceux de l’auteur, qui triche avec le souvenir, avec le témoignage. Enfin, des détails trop soignés et trop lisses, comme les interventions de deux mésanges, sur la fin, achèvent de faire de ce petit livre une agréable boutade autobiographique, une tchatche charmante, sachant susciter l’émotion mais manquant en même temps de profondeur et de vérité. Cela reste un exercice. À lire si vous aimez la musique.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Tous les hommes désirent naturellement savoir

Nina Bouraoui, Tous les hommes désirent naturellement savoir, J.-C. Lattès, 2018

Par Brigitte Niquet.

« J’ai vécu en France plus longtemps que je n’ai vécu en Algérie. […] Je me tiens entre mes terres, m’agrippant aux fleurs et aux ronces de mes souvenirs. Seule la mer relie les deux continents. »

L’Art de perdre nous ayant remis en mémoire, si besoin était, le déchirement des déracinés, on entre de plain-pied dans le récit de Nina Bouraoui, dont la situation est d’autant plus cruelle que la jeune femme se trouve divisée en deux moitiés rivales, celle qui regrette la patrie perdue, celle qui essaie de trouver sa place dans la patrie nouvelle, dichotomie qu’elle résume ainsi : « La France, c’est le vêtement que je porte, l’Algérie c’est ma peau livrée au soleil et aux tempêtes ». Une nouvelle version de la tunique de Nessus : qui voudrait enlever l’un arracherait l’autre. À cette dualité s’en ajoute une seconde, celle du corps (déjà évoquée dans un livre précédent : Garçon manqué), écartelé entre une homosexualité difficilement acceptée et le désir fou mais irréalisable d’être « comme tout le monde ».

Ce livre est de toute évidence une autofiction, qui présente la particularité d’être non chronologique et de s’articuler non autour des dates mais autour de trois thèmes : « devenir », « savoir » et « se souvenir » qui sont tour à tour les titres des courts chapitres qui le composent, thèmes étroitement entremêlés et si répétitifs que ça en devient lancinant, comme une sorte de mélopée destinée à exorciser la difficulté d’être. Autofiction, donc, ce qui définit à la fois son intérêt et ses limites. Certains lecteurs pourront trouver le nombrilisme que suppose ce genre un peu fatigant et un peu vain, d’autant que le récit ne s’éloigne jamais de l’autobiographie pure et dure et ne vise en aucun cas l’universel, contrairement à ce qu’avait si bien fait Alice Zeniter. L’ensemble manque donc un peu de recul et d’envergure : c’est le bémol que nous mettrons à cette chronique, mais qui ne doit pas décourager tous les amateurs de littérature intimiste, et ils sont nombreux.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Les idéaux

Aurélie Filippetti, Les idéaux, Fayard, 2018

Par François Lechat.

Si vous avez aimé la ministre Filippetti, ou la frondeuse opposée à la politique de François Hollande, vous aimerez peut-être son roman. Sinon, vous risquez de caler après quelques dizaines de pages.

C’est que ce « roman », comme il est précisé sur la couverture, n’en est pas vraiment un, ou à peine. Certes, il raconte bien, par moment, et de manière anonymisée, l’histoire d’amour secrète qu’Aurélie Filippetti a entretenue pendant plusieurs années avec un député de droite, et c’est très sympathique, parfois touchant. Mais, si ce thème monte en puissance au fil des chapitres, il reste très secondaire : il faut 150 pages pour qu’un premier rebondissement surgisse dans cette trame amoureuse. Le reste, tout le reste, est politique – au sens noble du terme, mais politique. L’essentiel du propos tient dans les réflexions – subtiles, intelligentes et sensibles – d’Aurélie Filippetti sur les pratiques politiciennes, l’état de la démocratie, les jeux de pouvoir, la grandeur de la fonction parlementaire, la patrie, la prise de contrôle de la France par les technocrates et les forces de l’argent… Dans ce registre, le livre ne manque pas d’intérêt, loin de  là. Il offre des formules frappantes, des raccourcis saisissants, des analyses sans concession, et fait preuve d’une grande force pour rendre compte du point de vue des sans-grade, du monde du travail, des précaires : Emmanuel Macron gagnerait à le lire. Mais il développe ce propos dans une langue si travaillée qu’elle en devient parfois un peu lourde, voire obscure, et il n’évite ni les effets de manche (dans les dialogues) ni les envolées lyriques.

A moins de lui être hostile, on ne peut que sympathiser avec la réflexion d’Aurélie Filippetti, qui est d’une totale honnêteté intellectuelle : elle assume ses valeurs et ses positionnements, et son plaidoyer donne à réfléchir. Mais on se demande si le procédé est bien choisi : peut-être aurait-il mieux valu écrire un essai ? Cela aurait entraîné une perte, sans doute : nous priver du plaisir de deviner qui est visé derrière tous ces personnages politiques dont l’auteur ne donne jamais le nom (sauf de Gaulle, à une seule reprise), ce qui en fait des archétypes plus grands que nature. Il n’empêche : malgré son charme, et le respect qu’il inspire, ce « roman » semble bel et bien manqué. A réserver aux curieux, ou aux inconditionnels de l’auteure.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Article 353 du code pénal

Tanguy Viel, Article 353 du code pénal, Ed. de Minuit, 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

Un titre clair, net et précis, comme le monde de la justice qu’il évoque, mais qui pour autant ne donne guère de clef d’introduction au lecteur peu familier des articles du code pénal.  D’où un effet de curiosité qui pousse à la lecture de ce livre original et très bien écrit.

C’est bien dans le monde de la justice que nous plonge ce roman puisque tout se déroule dans le bureau du juge devant lequel Martial Kermeur a été déféré après la noyade d’Antoine Lazenec qu’il a jeté à l’eau au cours d’une partie de pêche. Les faits sont posés en préambule du récit.

Il s’agit donc du huis clos d’un interrogatoire durant lequel le juge n’intervient que pour guider la parole de Martial Kermeur qui reconstitue, au fil des pages, le film de sa vie.

L’univers de Tanguy Viel évoque beaucoup celui de Simenon : un village en bord de mer, une atmosphère feutrée, de grisaille, de brume et de bruine, des gens simples dont la vie est rude et peu encline à l’épanchement verbal.

Pourtant, peu à peu, Martial, qui pose sans doute pour la première fois des mots sur son histoire, va se dévoiler face au juge qui sait mener un interrogatoire presque à la manière d’un psychologue, et raconter comment il a été amené à ce geste insensé si peu en accord avec sa personnalité. Il raconte l’engrenage de ses malheurs et l’inexorable descente qu’a été sa vie, depuis ce marché de dupes dont il a été d’autant plus dupe qu’il a pendant longtemps refusé de s’avouer la vérité.

Le récit prend la tonalité d’une confession, elle est intimiste et touchante parce que Martial n’est pas un intellectuel, il parle avec ses mots simples, il a recours à des images pour mieux se faire comprendre. Il ne revendique ni qu’on le plaigne, ni qu’on l’excuse, il raconte simplement son histoire qui ne pouvait mener que là où elle l’a mené.

Martial a irrésistiblement touché le lecteur.

A-t-il touché le juge ?

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Ça raconte Sarah

Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah, Ed. de Minuit, 2018

Par François Lechat.

Jusqu’au bout, j’ai hésité entre l’admiration et l’ironie. Pour être juste, j’opte pour l’admiration, car ce premier roman mérite les louanges de la critique. Cette passion amoureuse entre deux femmes est prenante, touchante, lyrique, pleine de brio, d’envolées, de détails qui font mouche, de passages qui donnent envie de tomber en amour – même si celui-ci, comme il se doit, aura sa part d’ombre et de drame. Il serait étonnant que ce livre ne remporte pas l’un ou l’autre prix : je pourrais citer une foule de passages où le talent de l’auteur éclate, presque toujours sans fausse note.

Pourquoi parler d’ironie, alors ? Parce qu’il s’agit ici d’une quintessence du roman d’auteur à la française, un peu à la manière d’En attendant Bojangles. C’est brillant et enlevé, mais assez typique d’un milieu bourgeois, aussi : l’épicentre de l’histoire est à Paris, la narratrice est enseignante et l’héroïne violoniste, la première se rendra en Italie et la seconde au Japon, les références culturelles abondent, Sarah est un peu foldingue et toujours imprévisible… Cela n’enlève rien aux qualités déjà dites, et il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études pour apprécier : il suffit d’aimer l’amour, magnifié ici avec un talent rare. Mais on a fait plus original, et plus ancré dans le réel. A lire comme on regarde Jules et Jim ou un film avec Luchini : pour s’offrir une parenthèse enchantée.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Notre critique d’En attendant Bojangles.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑