Le coeur blanc

Catherine Poulain, Le cœur blanc, L’Olivier, 2018

Par Brigitte Niquet.

Après nous avoir fait vivre en direct l’existence des damnés de la mer d’Alaska (avec Le grand marin, premier roman de l’auteur, grand succès), Catherine Poulain vire de bord à 180° et nous transporte chez les damnés de la terre de Provence, les « saisonniers » qui tout l’été cueillent et ramassent sous un soleil de plomb les fruits et les légumes qui régaleront les autres (lesquels, s’ils ont lu ce roman, auront peut-être quelques scrupules à s’empiffrer de tendres asperges ou d’abricots juteux). Le travail est harassant et le repos quasi inexistant car dans ce monde ultraviolent, outre l’exploitation forcenée dont ils sont victimes de la part de leurs employeurs, ceux et surtout celles qui baissent la garde sont des proies désignées pour leurs coreligionnaires qui « décompressent » comme ils peuvent, entre sexe – c’est-à-dire souvent viol, éventuellement collectif – alcool et drogue, et pourquoi pas les trois en même temps, sous l’œil de la patronne du bistrot, qui s’en fout pourvu que les consommations soient réglées ponctuellement.

Vous êtes encore là, chers lecteurs ? Alors, si tant de barbarie ne vous a pas rebutés d’emblée, vous aimerez sans doute Le cœur blanc et vous intéresserez jusqu’au bout au destin de Mounia et surtout de Rosalinde, « la tigresse aux cheveux rouges », l’héroïne principale du roman. Comme on voudrait que la tendresse qui unit un temps les deux femmes soit assez forte pour les sauver de l’enfer ! Mais on pressent que ce sera difficile : «  N’abandonne jamais ta liberté pour quelqu’un, Mounia », dit Rosalinde à sa compagne. Et chacun sait que la liberté se paye cher.

Quant au style, il est, lui aussi, hors du commun, parfois lyrique, original en ce sens qu’il bouscule allègrement la syntaxe, intégrant les dialogues au récit sans ponctuation particulière, ce qui donne à la narration un côté brouillon, haletant, qui convient particulièrement au genre. Il faut cependant avouer que les descriptions, très nombreuses et très réussies, sont un peu longuettes, surtout quand l’action se traîne ou se révèle trop répétitive. On continue à lire cependant, tant Rosalinde est attachante et tant on veut savoir si les loups qui la guettent vont ou non la dévorer. Le final est une apothéose où se concentrent en dix pages les événements vers lesquels tout le livre converge. On sort de cette lecture comme un boxeur sonné par trop de coups. Il faut du temps pour s’en remettre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

L’herbe des nuits

Patrick Modiano, L’herbe des nuits, Gallimard, 2012 (disponible en Folio)

Stylo-trottoir : Dame entre deux âges, dans un train.

« Je viens de lire L’herbe des nuits. C’est un fan de Modiano qui me l’avait offert. Je le comprends : c’est bien écrit et ça vous embarque. C’est un kaléïdoscope du passé et du présent car le personnage, Jean, arpente les coins de Paris où, des années plus tôt, il avait connu Dannie, une amie disparue. Il convoque ses souvenirs à l’aide d’un petit carnet noir datant de l’époque, et nourrit son enquête à l’aide d’un dossier de police. Ça se situe entre la promenade mélancolique, l’enquête et la réflexion sur la vie. La démarche de ce personnage et son résultat ne sont pas très clairs, tout est dans le… Enfin, c’est sensible et cela évoque intelligemment ces questions qu’on se pose dans la vraie vie et qui ne trouvent pas de réponse ou qui nous laissent dans le doute. C’est un genre en soi, mais une bonne expérience à faire. Peut-être en arpentant Paris avec Jean : Paris au mois d’août ! »

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur (en Folio).

Le matin est un tigre

Constance Joly, Le matin est un tigre, Flammarion, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Alma, la quarantaine, bouquiniste, est mariée à Jean, acteur. Ils ont une fille de 14 ans, Billie, qui ne va pas bien ; elle souffre d’un mal étrange, que les médecins peinent à diagnostiquer, et dépérit de plus en plus. Alma, si proche de sa fille, se sent responsable de ce mal, qu’elle imagine tel un gros chardon qui étouffe la poitrine de Billie.

Et Alma porte des valises de plus en plus lourdes au fur et à mesure de la maladie de Billie – Alma qui n’a jamais vraiment réussi à affronter les problèmes et qui, depuis toujours, se réfugie un peu trop dans ses rêves pour ne pas affronter les difficultés de la vie.

Un joli premier roman, sortant des sentiers battus, empreint de poésie et de botanique, un peu surréaliste, qui parle de Breton, Queneau et Vian. Une écriture fine, imagée, et la très belle histoire d’un trop plein d’amour maternel et filial.

Ce livre fait partie de la sélection 2019 du prix Lire Elire des Bibliothèques pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La sirène et le scaphandrier

Samuelle Barbier, La sirène et le scaphandrier, éd. Hugo Cie, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

La couverture bleue l’annonce dès le départ, c’est un roman d’été, à lire tranquillou au bord de la piscine, un verre glacé à la main. Certes, dès le début, on se doute un peu de la fin, mais je suis une bibliothécaire bénévole qui pense que quasi tout livre mérite d’être lu pourvu qu’il apporte du plaisir au lecteur.

Zach, texan, la trentaine, vient d’être emprisonné à New York : il en a pris pour six ans. Bien décidé à ne pas faire un jour de plus, il suit les conseils d’un animateur et décide, pour s’occuper et rester zen, de correspondre avec une jeune femme.

Hannah, la trentaine aussi, est londonienne et tout aussi prisonnière que Zach car elle souffre depuis deux ans d’une profonde agoraphobie qui l’empêche de quitter son domicile. C’est son psy qui lui a conseillé cette correspondance.

De lettre en lettre, car ce roman est épistolaire (et ça j’aime car je trouve que ce type de roman est rare), Zach va apprendre à supporter son long enfermement et Hannah à quitter la prison qu’elle s’est elle-même construite.

Un roman à deux voix, qu’on ne quitte pas. L’histoire de deux êtres qui se sauvent mutuellement. Pas le roman de l’année, mais un bon petit plaisir de lecture, car l’écriture est belle.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Ce livre a reçu le Prix Télé-Loisirs du roman de l’été.

Triangle à quatre

Matthieu Jung, Triangle à quatre, Anne Carrière, 2019

Par François Lechat.

Au fond, le titre dit tout. Des triangles amoureux, on en a connu des milliers dans la littérature, et sur la forme, celui-ci n’a rien de remarquable – ni rien d’affligeant. C’est simple, prenant, concis, réaliste, bien mené et sans originalité, avec de bons dialogues et un style direct et impersonnel, juste marqué par une petite tendance aux détails superflus. Une lecture de plage, en somme, dont tout le prix tient dans le quatrième angle du triangle : ici, l’héroïne tombe amoureuse d’un homme marié parce qu’elle est persuadée qu’après une greffe il porte le cœur de son défunt époux. Cela pimente le propos, qui ne dédaigne pas quelques polissonneries tout en ne versant pas dans le vulgaire. Pour autant, la fin n’a rien de très original, et si les personnages secondaires sont bien croqués, on peut les juger stéréotypés. Un roman de plage, je le répète, à s’offrir si l’on est sensible à l’argument principal.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Les Oiseaux de passage

Emily Barnett, Les Oiseaux de passage, Flammarion, 2019

Par Brigitte Niquet.

Novembre 2015, les attentats qui ont ensanglanté le Bataclan et les terrasses de café avoisinantes viennent de se produire. Juliette, qui passait là par hasard, et Paul, qui en a réchappé de justesse, se rencontrent alors qu’ils ne se sont pas vus depuis 20 ans. Ils appartenaient à la même bande d’ « amis pour la vie », dont la cohésion n’a pas résisté au suicide resté inexpliqué de leur leader en jupon, la charismatique Diane. Paul, qui fut son amant, et Juliette, sa meilleure amie, n’ont d’abord pas la moindre envie de remuer le passé mais la nostalgie est la plus forte… La nostalgie et le besoin de comprendre ce qui est resté un mystère vingt ans plus tôt. Ils passeront la nuit à évoquer le fantôme de Diane, se disputeront, riront ensemble comme autrefois, pleureront aussi et se quitteront au matin, tristes et désabusés. Ils n’auront pas élucidé les causes de la mort de Diane, mais outre les souvenirs et les regrets qui « se ramassent à la pelle », comme disait Prévert, cette évocation de leur jeunesse aura remis quelques pendules à l’heure, surtout pour Juliette, prise tardivement d’une grande colère face à ce gâchis qu’a été leur vie jusqu’ici, face à leur incapacité à comprendre ce qui a tué Diane mais aussi à prévoir ou seulement à voir l’évolution de notre société, la menace omniprésente du sida, la montée du terrorisme, le repliement sur le « chacun pour soi » etc., la liste n’est pas exhaustive : « la seule chose que la société occidentale nous a apprise, c’est l’art de détourner les yeux ». En resteront-ils à ce constat : « La vie est partie, nous laissant seuls face aux décombres de notre jeunesse envolée » ? ou la brutalité des attentats leur aura-t-elle servi de révélateur et les aidera-t-elle à donner le coup de pied salvateur qui les fera remonter à la surface du marais où ils s’enlisaient ? L’auteure ne prend pas parti, elle suggère seulement et c’est une de ses grandes qualités. Bien qu’il ne s’y passe pas grand-chose à proprement parler, ce livre est très prenant : comme dans la tragédie classique, la « règle des trois unités » (action, temps, lieu) est respectée, ce qui ne contribue pas peu à sa réussite et à l’impact qu’il a sur le lecteur : beaucoup avouent avoir été « scotchés » et l’avoir lu d’une seule traite.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Attention : plusieurs livres et films portent le même titre mais n’ont rien à voir avec le roman d’Emily Barnett.

Les mains de Louis Braille

Hélène Jousse, Les mains de Louis Braille, J.-C. Lattès, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Plus qu’une biographie, ces Mains de Louis Braille est un roman, un bon premier roman touchant qui se lit avec plaisir et aisément.

Constance, scénariste, a perdu il y a peu son époux, malade et qui était devenu aveugle en fin de vie. Ensemble, ils avaient commencé à étudier le braille. Un ami réalisateur, Thomas, voyant combien elle peine à se remettre du décès, lui propose alors d’écrire le scénario d’un biopic sur Louis Braille. Constance va finir par se prendre au jeu, aidée d’un jeune étudiant en histoire car on connaît bien peu de choses de la vie de Louis.

Ce roman va se construire des récits alternés des recherches de Constance, de ses ressentis notés dans un carnet rouge au fur et à mesure de l’écriture, et des pages du scénario biographique qu’elle écrit sur Louis Braille, enfant devenu aveugle par accident à l’âge de trois ans en 1812. Louis est un enfant précoce à haut QI ; suite à sa cécité, il va être protégé par tout le village et poussé par l’instituteur, le maire et le curé pour intégrer l’Institut Royal des Aveugles de Paris, et n’aura qu’une envie : pouvoir enfin lire ! Car « même si on sait tous que la vie n’est pas dans les livres, il y a dans les livres quelque chose qu’on ne trouve pas dans la vie ».

Il y a en fait deux héros dans ce roman : Louis et Constance, aussi attachants l’un que l’autre, deux héros et deux époques. Hélène Jousse met à l’honneur un inventeur magnifique dont on ignore quasi tout, mort de tuberculose à quarante-trois ans mais qui, en si peu de temps, a bouleversé à tout jamais la vie de millions d’aveugles.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Femme qui court

Gérard de Cortanze, Femme qui court, Albin Michel, 2019

Par François Lechat.

L’auteur réussit un exploit : faire un mauvais livre sur un formidable sujet. Mais il a de la chance : son sujet est tellement fort qu’on le lit jusqu’au bout, désorienté devant tant de maladresse, mais heureux d’avoir découvert grâce à lui le destin étonnant de Violette Morris.

Car elle est formidable, Violette. Fille de parents peu aimants, mise tôt en pension, harcelée toute sa vie par la violence des hommes, elle possède un physique d’exception, un caractère de cochon et une détermination hors norme. Cela lui permettra de devenir championne d’une foule de sports féminins – mais aussi masculins, comme la course automobile – à une époque, la première moitié du 20e siècle, où une sportive est soit une femme sans féminité, soit une lesbienne aux mœurs douteuses. Et de fait Violette est violente, rageuse, souvent en colère, et elle aime les femmes, dont Joséphine Baker et l’actrice Yvonne de Bray, qui la feront entrer dans le monde du spectacle et se nouer d’amitié avec Cocteau et Jean Marais. Dans tous les sports qu’elle pratique, elle surclasse les femmes et rivalise avec les hommes, mais se fait rappeler à l’ordre par les autorités à cause de son audace, de ses coups de gueule et de ce qu’elle représente : l’émancipation féminine en marche, la preuve éclatante de l’égalité des sexes. Et fleur bleue, avec ça, éperdument sentimentale avec son amie d’enfance, Sarah, et avec sa dernière conquête, Annette. Ce qui ne l’empêche pas d’être intelligente, mais pas assez pour comprendre, pendant la montée du nazisme et sous l’Occupation, qu’elle ferait mieux de couper les ponts avec Greta, une beauté vénéneuse engagée aux côtés de Hitler…

Quel roman, direz-vous ! De fait, cette vie est un roman et c’est comme un roman que Gérard de Cortanze la raconte, c’est même marqué sur la couverture. Cela lui permet d’imaginer ce qui n’est pas documenté et de mettre la focale là où il le souhaite – et pourquoi pas ? Mais il le fait dans une écriture un peu précieuse, et qui sent la précipitation : dialogues improbables, beaucoup trop écrits, même pour l’époque ; longues phrases bourrées d’informations que l’auteur se sent tenu de livrer et qu’il essaie d’enchâsser dans le récit, en noyant son lecteur ; aphorismes et jugements à l’emporte-pièce, condamnant le machisme d’il y a un siècle avec les lunettes d’aujourd’hui ; rebondissements mal amenés, expédiés en quelques lignes alors qu’ils valaient bien mieux – et toutes ces fautes d’orthographe négligées par l’éditeur… Reste cependant la fascination exercée par Violette, et le talent déployé dans les chapitres d’ouverture et de fin, qui donnent une idée du chef-d’œuvre que Cortanze n’a pas pris le temps d’écrire. Malgré ses défauts, lisez-le : Violette Morris le mérite.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Chien-loup

Serge Joncour, Chien-Loup, Flammarion, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

1915 : Sous l’oppression de la guerre, dans un village perdu au milieu des Causses, en l’absence des hommes presque tous mobilisés, les femmes, dures à la tâche mais frustes et promptes aux réactions irrationnelles, assurent la survie de ceux qui restent. Seule, la veuve du médecin défie les peurs et les méfiances et s’aventure là-haut, au-delà des pâturages où l’on préserve les bêtes nourricières. Dans cette nature intacte et sauvage, elle fait l’expérience d’une renaissance.

2017 : Un couple de parisiens, désireux de se distancier d’un milieu où tout passage à vide vous expose à l’avidité de jeunes loups prompts à servir leurs intérêts, occupe pour l’été un gîte presque inaccessible, au milieu des Causses. Tandis qu’elle s’intègre immédiatement au paysage luxuriant et s’adonne à la peinture, lui doit apprivoiser les lieux et surmonter le malaise suscité par cette déconnexion trop radicale. Pourtant la magie opère peu à peu, sans doute grâce à ce chien sauvage surgi de nulle part et qui semble les adopter.

À un siècle d’intervalle, dans les mêmes lieux, deux histoires de vie que l’auteur raconte en chapitres alternés. A chaque époque ses peurs, ses oppressions et ses issues.

Confronté au soleil écrasant, à une végétation encore préservée des intrusions humaines, à une faune souvent invisible mais que l’on sent rôder alentour, l’individu se retrouve face à lui-même mais puise aussi dans les forces sauvages de la nature de quoi affronter ce qui le menace personnellement.

Ce roman est assez difficile à classer. Il tient à la fois du roman d’aventures, du roman psychologique ou du roman philosophique. Son double intérêt est de puiser à plusieurs genres et d’être par ailleurs fort bien écrit. L’auteur excelle à nous plonger dans une atmosphère envoûtante et à nous attacher très rapidement aux pas de ses personnages.

Son meilleur roman, à mon avis.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Les romans préférés de Geneviève

Stylo-trottoir : Geneviève est mamy mais encore jeune, elle lit énormément mais ne veut pas faire de critiques. Dans un restaurant, entre le plat et le dessert, elle consulte sa liseuse pour nous dire quels ont été ses livres et auteurs préférés ces derniers temps.

Alice Ferney, Les Bourgeois et Cherchez la femme (Actes Sud, 2017 et 2014, disponibles en Babel)

« Je suis cette auteure depuis le début. J’aime énormément ce qu’elle écrit. Les Bourgeois est à mon avis le plus abouti. » Il retrace la vie de dix frères et soeurs entre les deux Guerres. « Cherchez la femme est aussi très bien. » C’est une histoire de couple, le portrait détaillé d’une famille dans tous ses états.

Ruth Rendell, Deux doigts de mensonge (Ed. des Deux Terres, disponible au Livre de Poche, 2009)

« Celui-ci, c’est le genre Jane Austin. Une jeune femme arrive dans un manoir anglais pour s’occuper d’un schizophrène… C’est très bien écrit. Genre polar (suspense). »

Peter May, La trilogie écossaise : L’île des chasseurs d’oiseaux, L’homme de Lewis, Le braconnier du lac perdu (Le Rouergue, 2014)

« C’est très bien aussi, Peter May, j’ai beaucoup aimé. Surtout L’homme de Lewis. » (Roman policier noir prenant place dans un paysage tourmenté et dont le personnage principal est atteint de la maladie d’Alzeimer.)

Ceux-ci sont plus anciens, mais Geneviève mentionne encore :

George Eliot, Middlemarch (Folio, 2005)

« Très bon roman qui se passe au XVIIIe siècle. C’est la vie d’un village… »

Edith Wharton, Chez les heureux du monde et Les beaux mariages (Ed. La Découverte, disponibles au Livre de Poche)

« J’aime également beaucoup Edith Wharton. C’est très narratif. Ça se passe au début du siècle (le XXe). Le premier à lire est Chez les heureux du monde. Il y a aussi une réédition récente des Beaux mariages. C’est l’histoire d’une femme, aux États-Unis, qui naît pauvre et cherche toujours, par vanité, à viser plus haut, à être au-dessus de sa condition. »

Catégories :  Littérature française et anglophone.

Liens : Cliquez sur les titres pour accéder aux informations mises en ligne par les éditeurs.

L’Archipel du Chien

Philippe Claudel, L’Archipel du Chien, Stock, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Les âmes ici mises en scène par Philippe Claudel ne sont plus « grises », elles sont franchement noires, très noires. Sur l’Archipel du Chien où vit chichement de la pêche une petite communauté repliée sur elle-même et peu ouverte à « ceux du continent », on tolère tout juste le nouvel instituteur et sa famille qui viennent d’arriver. On mise aussi beaucoup sur le projet que s’installe sur l’île un établissement thermal qui redynamiserait l’économie locale. Projet qui reste toutefois encore bien incertain. Aussi, quand des cadavres s’échouent malencontreusement sur le rivage, tous ceux qui sont censés représenter les valeurs fondamentales, la morale, laïque ou religieuse, s’accordent pour ne respecter qu’une seule loi : celle du silence. Surtout ne pas porter préjudice à la réputation des lieux ! Malheur alors à celui qui ne l’entend pas de cette oreille. Aussi quand un enquêteur se présente sur l’île, tout se passe comme l’a si bien chanté Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ». Ou, comme dans la tradition de la Grèce antique : il faut expier la faute collective en trouvant un bouc émissaire.

Sur l’île le volcan gronde régulièrement et des odeurs pestilentielles se répandent, métaphores des événements pour les habitants condamnés à s’accommoder avec leur conscience.

Philippe Claudel adopte une écriture en apparence très simple, décrivant la veulerie ou la couardise avec une sobriété et une clarté qui excluent la dramatisation et l’emphase.  Mais ce style est percutant et efficace. Un peu moralisant ? Peut-être, mais je n’y vois pas matière à critique.

Un excellent roman, bien que très dur, qui n’est pas sans rappeler bien sûr l’atmosphère du « Rapport de Brodeck » du même auteur et qui constitue pour moi l’un des lectures les plus marquantes de ces dernières années.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Changer l’eau des fleurs

Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs, Albin Michel, 2018

Par Brigitte Niquet.

A priori, je me méfie des gros pavés (554 pages), surtout quand  la 4e de couverture nous dit qu’il s’agit de « l’histoire intense d’une femme qui, malgré les épreuves, croit obstinément au bonheur ». Aïe aïe aïe, c’est mal parti. Mais j’essaie quand même, l’auteure étant auréolée du succès de son précédent et premier livre Les oubliés du dimanche, et se trouvant par ailleurs être scénariste de plusieurs films de Lelouch.

Lelouch, la référence n’est pas anodine. Personne n’a oublié sûrement Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée, tous deux veufs d’époux très aimés, se cherchant, se trouvant, se perdant, puis se retrouvant dans une valse éperdue sur la plage du Touquet. Si vous avez aimé Un homme et une femme, vous aimerez Changer l’eau des fleurs. Ici, la femme s’appelle Violette et si l’histoire est très différente, le postulat est le même : on peut survivre à tout, on peut même prétendre encore au bonheur quand on a la vie chevillée au corps et que l’on sait voir l’immuable beauté des choses (celle des fleurs en particulier) derrière les mauvais coups du destin. De plus, Violette est gardienne de cimetière, ce qui n’est pas censé faciliter la résilience, mais favorise l’empathie avec les endeuillés qui fréquentent son domaine et viennent chercher chez elle la tasse de thé, la part de gâteau, et surtout l’oreille attentive dont ils ont tant besoin.

Tout cela pourrait être simplement l’objet d’un roman sentimental parmi d’autres, mais il se passe beaucoup de choses dans ce livre (en particulier l’enquête sur « l’accident » qui a coûté la vie à quatre enfants et qui est menée comme dans un thriller), il est écrit d’une très jolie plume et farci de non moins jolies citations empruntées aux inscriptions gravées sur les tombes, aux poètes et surtout aux chanteurs, Brel en tête suivi de près par Brassens et bien d’autres, la conclusion étant laissée à Vincent Delerm avec La vie devant soi. Tout un programme !

Ah, j’oubliais, Violette est aussi une fervente lectrice de John Irving (L’œuvre de Dieu, La part du diable est son livre de chevet, cent fois relu) et l’on sait gré à Valérie Perrin de nous rappeler, accessoirement, que ce romancier est l’un de nos plus grands auteurs contemporains et Le monde selon Garp, par exemple, un chef-d’œuvre qui mérite sa notoriété.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le discours

Fabrice Caro, Le discours, Sygne Gallimard, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Ah ! Ça fait du bien de rire !

Adrien assiste à un repas de famille. Papa, maman, soeur et beau-frère sur le point de se marier, gigot et gratin dauphinois. Il y assiste, certes, mais engoncé dans sa certitude d’être le canard boiteux de la famille, distrait par des pensées obsédantes, perturbé par un rapport conflictuel à la réalité – et par la demande de Ludo : Tu sais, ça ferait très plaisir à ta soeur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. La timidité d’Adrien et sa conviction d’être voué à échouer en tout lui font recevoir cette demande avec terreur. D’autant que ce qu’il aurait à dire…

Excellent divertissement, bien construit et plein d’humour, sur un mode pseudo-psy. Car Adrien nous dit tout au creux de l’oreille. Il raconte ses déboires divers, se confie, s’analyse, revient au repas, repart dans ses obsessions, son mal-être et ses tentatives de fuite, et se moque de lui-même.

Ce discours va être une catastrophe dont on parlera encore dans vingt ans, trente ans, il va traverser les générations, il deviendra une légende urbaine que les grands-parents raconteront le soir pour faire gentiment peur à leurs petits-enfants. Et là les enfants, devinez ce qu’Adrien raconta comme anecdote… — Papi j’ai peur…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Deux soeurs

David Foenkinos, Deux soeurs, Gallimard, 2019

Par Brigitte Niquet.

Un énième livre sur les tourments de la passion amoureuse non partagée ou détruite par un accident de la vie (comme dans La délicatesse, qui assura le succès de son auteur pour des décennies) s’imposait-il vraiment ? Pas sûr. Même si David Foenkinos sait y faire, 90 pages avec pour seul sujet la détresse de Mathilde, brutalement quittée par son amant alors qu’elle se croyait en pleine idylle et pensait déjà mariage et enfant, c’est beau, mais c’est long. La jeune femme, assommée, s’éloigne de ses amis, renie son métier d’enseignante, qu’elle adorait, et s’enfonce dans la dépression et la solitude, malgré le soutien de sa voisine psychiatre et du proviseur de son lycée. OK, on compatit, mais le propre de ce genre de situation étant que la personne tourne en rond dans un univers clos, le lecteur finit par trouver ça un peu fastidieux.

C’est là que, pour les 90 autres pages, entre en scène Agathe, la sœur de Mathilde, qui prend les choses en main et invite sa frangine à partager pendant un temps le petit appartement qu’elle occupe avec son mari et son bébé, Lili. On imagine sans peine que la cohabitation dans un espace restreint ne va pas être facile, d’autant que les deux sœurs ont derrière elles… un certain contentieux. Ҫa se passe plutôt mal, en effet, du moins du côté de Mathilde car Agathe dégouline de bons sentiments et de désir de bien faire. Mais on pressent que ça va mal finir et, en effet ça finit mal, plus mal qu’on ne pouvait l’imaginer car le dénouement dramatique, peu crédible, semble artificiel, et le retour à une vie idyllique aussi.

Si vous êtes un fan inconditionnel de l’auteur et dans ce cas seulement, n’hésitez pas à vous jeter sur ce livre, mais même les fans inconditionnels conseillent : « Relisez plutôt Charlotte… ».

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Les Rêveurs

Isabelle Carré, Les Rêveurs, Grasset, 2018 (disponible en Poche)

Par Sylvaine Micheaux.

Au départ, ce livre est classé en tant que roman. Au fil des pages, on découvre que c’est peut-être une autobiographie, un peu romancée, dont la narratrice s’appelle Isabelle.

Années 70 : une très  jeune femme, issue d’une famille aristocratique de province peu aimante, se retrouve exilée, enceinte et abandonnée par le père de l’enfant, dans un studio de banlieue,  tout proche de la maternité où elle est censée accoucher et abandonner son fils. Elle doit mener sa grossesse loin du qu’en dira-t-on.

La rencontre avec un jeune étudiant des beaux-arts va changer la donne : il reconnaît son enfant, l’épouse, devient un styliste reconnu et la famille, qui s’est agrandie d’une fille Isabelle et d’un autre fils, emménage dans un grand appartement à la décoration extravagante, aux murs peints en rouge et décoré de toiles angoissantes peintes par le père. Comment peuvent grandir trois enfants quand ils ne peuvent s’appuyer sur leurs parents ? Avec une mère qui traverse la vie, la « pensée le plus souvent capturée à des années lumières, la démarche fantomatique » ; un père qui, n’assumant pas son homosexualité, rêve également, car le rêve est plus beau que la réalité. Les parents sont déjantés et dépressifs, et les enfants essaient de se construire, en quittant parfois la réalité eux aussi.

L’écriture est telle qu’on imagine l’écrivaine, douce, belle et délicate. Un beau roman qui parle de la part d’ombre qui existe dans chaque famille.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez Grasset, au Livre de Poche.

Les gratitudes

Delphine de Vigan, Les gratitudes, JC Lattès, 2019

Par Brigitte Niquet.

Depuis Rien ne s’oppose à la nuit et D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan transforme en or tout ce qu’elle touche, ou plutôt ce qu’elle écrit, et jusqu’ici, ce n’était que justice. D’où vient qu’avec Les gratitudes elle se montre pour la première fois, à mon sens, un peu décevante ? Difficile à dire. Peut-être parce qu’elle s’éloigne de la noirceur absolue qui était sa marque de fabrique pour aborder un genre beaucoup plus consensuel, non par son sujet (la fin de vie en EHPAD ¹) mais par la manière de le traiter.

En effet, Michka, frappée d’aphasie (perte progressive du langage), se retrouve en EHPAD contre son gré mais sans véritable révolte non plus. C’est une charmante vieille dame, qui était et reste adorable jusqu’au bout, et elle est bien soutenue par les visites fréquentes de Marie, jeune femme qu’elle a connue et quasi recueillie enfant et qui déborde de reconnaissance et d’amour pour elle. Il y a aussi Jérôme, jeune orthophoniste pas encore blasé par son métier, qui lui consacre tout le temps nécessaire et même au-delà. Dans le genre « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », c’est un peu le pays des Bisounours, là. Or, les journaux nous informent tous les jours de ce qui se passe réellement dans les EHPAD, souvent plus proches de l’enfer que du paradis pour les malades, et de la maltraitance dont trop de vieillards sont victimes. Quant aux « accompagnants », ils se répartissent entre ceux qui devraient être là et, ne s’en sentant ni le courage ni l’envie, se sont mis aux abonnés absents ; et ceux qui essayent de faire pour le mieux et baissent souvent les bras devant cet « étranger » qui ne se souvient de rien, ne reconnaît plus rien ni personne, ou pire, que la maladie transforme en un bloc de haine et d’injures, usant d’un langage ordurier dont on ne l’aurait pas cru capable. On est loin des Bisounours.

Delphine de Vigan affirme avoir écrit ce livre pour nous rappeler à quel point il est important de dire à ses proches qu’on les aime avant qu’il ne soit trop tard. Louable préoccupation mais alors, c’est avant l’entrée en EHPAD que ça se passe, pas après. Tout le talent de l’auteure ne suffit pas à nous convaincre du contraire. Il y a sans doute des cas particuliers (les rapports de Michka et de Marie semblent en être un), mais on ne peut les ériger en modèles.

¹ EHPAD : Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Héloïse, ouille !

Jean Teulé, Héloïse, ouille !, Juliard, 2015 (disponible en Pocket)

Par Catherine Chahnazarian.

Mais quel drôle de titre ! s’exclame-t-on forcément. Titre qui s’explique… Je vous le dis ou je ne vous le dis pas ? J’hésite… Héloïse, ouille ! est un roman pseudo-historique grivois, comique, savant, salace, burlesque et bizarrement écrit, que j’ai reçu gratuitement pour en avoir acheté deux autres (pas du tout grivois et dont je vous parlerai peut-être une autre fois). Gratuit et pour adultes. Très franchement pour adultes ! Parce qu’Héloïse, si elle crie « ouille », c’est parce que… À moins que ce soit Abélard qui proteste parce qu’elle…? L’histoire de ce couple célèbre, revisitée par Jean Teulé, ne met pas plus de trois ou quatre pages pour tourner au roman érotique – et pas façon jeune fille en fleur. L’amour d’Héloïse et Abélard se transforme en obsession sexuelle maladive et on n’apprendra pas grand-chose sur la scolastique – tout en élargissant éventuellement son vocabulaire, érotique surtout. Le couple est pour le moins démythifié ; le célèbre maître, adulé de ses étudiants, devient un faiseur de chansons ridicule. Il faut 89 pages au chanoine Fulbert pour se rendre compte que sa nièce n’apprend ni le grec ni l’hébreu avec Maître Abélard tandis que nous, jusque-là, on les a vus dans toutes les positions. Page 99, elle découvre qu’elle est enceinte et les voilà qui s’enfuient… C’est page 104, alors qu’ils chevauchent une mule sur une route de campagne, elle devant et lui derrière… que j’ai personnellement décidé de ne pas mener jusqu’à son terme cette expérience « historique ».

Ceux qui veulent connaître la fin de l’aventure ou découvrir ce qu’est la scolastique se plongeront dans une bonne anthologie ou dans une encyclopédie réputée. Ceux qui veulent enrichir leur vocabulaire se feront offrir le Teulé. Car donc – et c’est le pourquoi de cet article –: en ce moment, pour un livre de poche acheté, il y en a un d’offert, dont celui-ci, dans un choix restreint, à portée de toutes les mains. Drôle d’idée, je trouve.

Catégorie : littérature française.

Liens : sur lisez.com.

Sérotonine

Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2019

Par Brigitte Niquet.

Voilà déjà trois mois que Sérotonine caracole en tête des ventes. Difficile de résister à l’envie d’aller voir de quoi il retourne, surtout pour moi, fan de la première heure – ah ! Les particules élémentaires et quelques autres… – et  déçue des heures suivantes, dégoûtée même depuis l’imbuvable La carte et le territoire (prix Goncourt, oui, je sais…).

J’ai donc succombé et suis au regret de dire que cette lecture ne fait que conforter mes impressions précédentes. Certes, la plume du maître n’a rien perdu de sa virtuosité et on est emporté dès le début par ce flot déferlant qui n’a guère d’équivalent parmi les écrivains actuels. L’auteur maniant comme personne l’autodérision, le lecteur s’amuse des déboires de ce dépressif chronique, de cet obsédé sexuel devenu impuissant suite à ses excès de drogues, et met quelque temps à se dire « Mais au fait, ça parle de quoi ? ». Car de contenu, il n’y a guère dans la première moitié du livre, sauf celui rabâché par l’auteur depuis des lustres et qu’on pourrait résumer par le vers de Mallarmé « La chair est triste, hélas… » ou par le fameux « Je t’aime moi non plus » de Gainsbourg, Gainsbourg période Gainsbarre avec qui il n’est pas nécessaire de souligner les affinités de l’auteur. En fait, faute d’inspiration nouvelle, tandis qu’il partage sa vie avec une Japonaise dont les déviances sexuelles l’inquiètent (sic), il se remémore les femmes qu’il a aimées, et parmi elles une certaine Camille dotée de toutes les qualités mais qui l’a largué après l’avoir surpris en galante compagnie.

Dans la deuxième partie, le ton change sans préavis. L’auteur cesse de se contempler le nombril pour s’intéresser aux problèmes du monde actuel, dont la détresse des paysans, qu’il côtoie de près via son ami d’enfance Aymeric, devenu agriculteur et au bord de la faillite. On retrouve tout le talent de l’écrivain et même une remarquable capacité à susciter l’émotion dans la description de l’affrontement entre les agriculteurs et les CRS, qui finira tragiquement : c’est un véritable morceau d’anthologie. Las, le narrateur se désintéresse assez vite de la question, ce qui en dit long sur son investissement, et retourne à ses histoires d’amour vaseuses et à sa philosophie nihiliste, fustigeant la tristesse de la vie et « l’insupportable vacuité des jours ».

Une lecture à réserver aux inconditionnels de l’auteur. Ils sont nombreux, si on en juge par le chiffre des ventes.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Né d’aucune femme

Franck Bouysse, Né d’aucune femme, La Manufacture de livres, 2018

Par François Lechat.

Si l’on est formaliste, on peut faire à l’auteur trois reproches. Son roman est censé se fonder sur un journal intime, or l’auteur adopte dans deux chapitres sur trois le point de vue du narrateur omniscient. La diariste est une fille de paysans pauvres au 19e siècle, or elle écrit parfois avec une finesse et une grâce qu’on peut difficilement lui prêter. Et certains courts chapitres, dont on finit par trouver la clé à la fin de l’histoire, sont à ce point énigmatiques que l’on pourrait s’en irriter. Seulement voilà : à défaut d’être originale, son histoire est forte, poignante, addictive, et le style, au plus près des émotions des personnages, est formidablement approprié au récit, à la fois simple et grave – il faut, notamment, ne pas rater une magnifique tentative de noyade. Drame social et intime, dur au point d’être parfois insoutenable, toujours touchant mais jamais larmoyant, ce roman fait partie de ceux qu’on n’oublie pas. Si vous aimez la vieille campagne française et si vous pouvez imaginer qu’un maître de forges peut être un parfait salaud, ne ratez pas l’histoire de Rose, fille vendue par son père parce qu’il faut bien faire rentrer quelques sous.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; notre critique de Grossir le ciel, du même auteur (par Jacques Dupont).

La Malédiction des Freudeneck

Martial Debriffe, La Malédiction des Freudeneck, Belfond, 2011

Par Anne-Marie Debarbieux.

L’auteur après avoir marqué sa prédilection pour l’Histoire avec la publication d’un certain nombre de biographies, se livre ici à une étude de caractères sur fond de roman d’espionnage dans une période trouble de l’Histoire, peu avant la guerre de 1914.

1910. La vie de Viktoria s’annonce sous les plus heureux auspices : vendeuse appréciée dans un magasin de mode réputé de Berlin, elle s’apprête à épouser Wolfgang un jeune instituteur brillant et charmant. Mais tout bascule quand elle découvre que son patron est mêlé à un réseau d’espionnage avec les Russes. En grand danger, elle quitte la capitale et suit son mari, étrangement nommé très loin, dans un petit bourg alsacien. Aux charmes de la ville succède la rude vie de la campagne, à l’insertion dans un milieu où l’on a sa place, la nécessité de faire ses preuves et de dépasser les réticences d’une population hostile et encore marquée par la guerre de 1870. Mais ce que le jeune couple ne mesure pas, c’est qu’évidemment l’éloignement géographique ne le met à l’abri de rien. Dès lors le roman historique et social s’efface devant le roman à suspense avec des personnages ambivalents et inquiétants, en particulier l’étrange châtelaine de la forteresse des Freudeneck.

Destins individuels sur fond d’histoire collective, le procédé n’est pas nouveau mais ici encore il fonctionne plutôt bien.

Catégorie : Littérature française.

Liens : sur Lisez.com.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑