Le président a disparu

Bill Clinton et James Patterson, Le président a disparu, J.-C. Lattès, 2018

Par Florence Montségur.

Un article de l’Express m’avait donné envie de boycotter les romans de Patterson, mais le partenariat avec Bill Clinton a attiré ma curiosité. Bonne surprise ! Voici un bon thriller politique plein d’action et machiavélique. C’est plein de pièges, d’attaques, de secrets et de calculs.

Le président des Etats-Unis, Jon Duncan, doit faire face à de graves attaques politiques et à une menace terroriste sans précédent. Priorité absolue au terrorisme, bien sûr ! Mais de quoi s’agit-il au juste ? Nous n’apprendrons d’abord que ce que le président peut nous dire sans dévoiler de secret d’Etat ! Car c’est le plus souvent lui qui raconte et il distille les informations au compte-goutte. A chaque étape du récit ce sont de nouveaux rebondissements, et en plus il y a urgence. On peut dire que Duncan passe les trois pires jours de sa vie ! Mais quand on est le président des Etats-Unis d’Amérique et que la Nation est en jeu, on tient bon.

Côté Clinton, ça sent le vécu ; côté Patterson, ça sent le cinéma.

J’aurais trouvé plus fin de supprimer le dernier chapitre avant l’épilogue et quelques petits passages un peu donneurs de leçon à l’américaine, mais comment donner tort à Clinton/Duncan sur ce coup-là ? Je me suis aussi étonnée de plusieurs choix de la part des traducteurs. Mais si vous aimez les thrillers, n’hésitez pas, vous aurez votre dose d’adrénaline !

Catégories : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Dominique Defert, Carole Delporte et Samuel Todd.

Liens : chez Lattès ; l’article de l’Express sur James Patterson.

Un carrosse nommé Désir

Frédéric Lenormand, Un carrosse nommé Désir, J.-C. Lattès, 2018

Par Florence Montségur.

Ce nouveau roman tient les promesses de la série des « Voltaire mène l’enquête ». Le héros est toujours aussi égocentrique et vaniteux ; l’on s’amuse d’un tas d’allusions et de bons mots ; l’intrigue s’efface un peu devant l’esprit, mais titille la curiosité du lecteur qui veut savoir la fin.

La maîtresse de Voltaire, la marquise du Châtelet, voudrait faire l’acquisition d’un palais sur l’île Saint-Louis. Voltaire rêve d’y avoir ses appartements. La terrasse du premier étage propose une très belle vue sur le fleuve et il pourrait, chaque matin, ouvrir les yeux sur « les nymphes dans[ant] au plafond peint par Le Brun », ce qui met évidemment « de bonne humeur pour la journée ». Mais voilà que le banquier qui était supposé prêter à la Marquise la somme nécessaire a disparu. Très motivé, Voltaire tente de le retrouver.

Le Paris de l’époque est un décor intéressant et amusant pour cette intrigue sans analyses ADN et sans caméras de surveillance. Ses rues boueuses, son fleuve immonde et ses drôles de pâtisseries participent du plaisir de voir Voltaire virevolter d’un indice à l’autre avec sa perruque en rouleaux et ses grandes idées sur la science et la philosophie.

Si vous préparez le bac de français, attendez un peu avant de lire cet ouvrage car il pourrait vous inciter à l’impertinence à l’examen oral. Si vous êtes un  intellectuel et que vous craignez qu’elle soit trop légère, gardez cette lecture pour les vacances ! Sinon plongez sans attendre dans le mensonge, le déguisement et la mauvaise foi.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; notre article générique sur la série « Voltaire mène l’enquête ».

La série des « Voltaire mène l’enquête »

Frédéric Lenormand

Frédéric Lenormand, « Voltaire mène l’enquête », Jean-Claude Lattès (aussi aux éditions du Masque et en Livre de Poche)

Par Florence Montségur.

Signalons ces livres amusants et divertissants, vite lus et pas débilitants pour autant. Amoureux du XVIIIe siècle (mais pas que), Frédéric Lenormand est l’auteur, entre autres romans, d’une série nommée « Voltaire mène l’enquête » dans laquelle le personnage principal est l’écrivain français du Siècle des Lumières, le père de Candide que des générations d’élèves ont dû lire pour le collège ou le lycée. Il arrive plein d’aventures à ce personnage haut en couleurs qui, avec sa grande gueule et ses méthodes peu catholiques, doit chaque fois débrouiller des mystères et se sortir de mauvais pas. C’est drôle, ça se déroule toujours dans un décor crédible, d’époque évidemment, avec des personnages inventés pour certains, ayant existé pour d’autres. C’est léger, plein d’esprit et sans prétention !

Voltaire par Quentin Latour, détail du visage (château de Ferney)

La baronne meurt à cinq heures (2011) ; Meurtre dans le boudoir (2012); Le diable s’habille en Voltaire (2013) ; Crimes et condiments (2014) ; Elémentaire, mon cher Voltaire ! (2015) ; Docteur Voltaire et mister Hyde (2016) ; Meurtre à l’anglaise (2016) ; Ne tirez pas sur le philosophe (2017) ; et le dernier opus qui vient de sortir : Un carrosse nommé Désir (2018).

Les jeux de mots et allusions que comportent les titres suffisent à donner une bonne idée du style adopté dans cette série. Mais Lenormand écrit aussi des livres pour la jeunesse et a repris le personnage du Juge Ti, de van Gulik.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : l’auteur chez J.-C. Lattès ; au Livre de Poche ; la critique d’Un carrosse nommé Désir.

La jeune fille et la nuit

Guillaume Musso, La jeune fille et la nuit, Calmann Lévy, 2018

Stylo-trottoir : Régine, française, en vacances en Sicile.

Je suis une inconditionnelle de Musso depuis le début ! Et en vacances, c’est l’idéal : c’est facile à lire et toujours bien fichu. Il sait y faire ! Dès que [ce dernier opus] est sorti, je me suis jetée dessus. Évidemment, il y a un jeu de mots avec La jeune fille et la mort

Ça se passe à deux époques : 1992 et 2017. Une élève avait disparu avec son professeur de philosophie, dont elle était amoureuse. Vingt-cinq ans plus tard, il y a une réunion d’anciens élèves du lycée. On parle de raser le gymnase et ça ennuie fort certaines personnes…Tout part de là.

C’est vraiment très bien. C’est un page-turner.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Lumière noire

Lisa Gardner, Lumière noire, Albin Michel, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Attention très bon thriller, haletant du début à la fin. Mais angoissant, très angoissant. À la fois polar pur, avec la traque du coupable, mais aussi une belle approche psychologique.

Flora, étudiante, se fait enlever par un prédateur sexuel, 472 jours de captivité, en grande partie enfermée dans le noir, torturée par la faim, la soif et la violence. Libérée, son violeur tué, elle met cinq ans pour essayer de se reconstruire, en apprenant l’autodéfense, la survie en milieux extrêmes et en essayant de piéger d’autres prédateurs sexuels… Jusqu’à ce qu’elle se fasse de nouveau enlever et emprisonner dans le noir complet… C’est là que commence le roman.

C’est un roman noir, brut, captivant. On suit simultanément trois récits : celui de Flora de nos jours, celui de Flora lors de sa première captivité, qui va nous expliquer son évolution physique et psychologique, et celui de D. D. Warren, l’enquêtrice favorite de Lisa Gardner. On découvre, en même temps que le bon polar puissant qu’on ne peut laisser, les dégâts que font une séquestration et les violences qui vont avec, et sur la victime et sur la famille de cette victime.

Si vous aimez le genre et que vous n’angoissez pas trop dans le noir, ce roman est pour vous.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Cécile Deniard.

Liens : chez l’éditeur.

Entre deux mondes

Olivier Norek, Entre deux mondes, Michel Lafon, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

Mon premier coup de cœur 2018, ou plutôt mon premier coup de poing.

Son auteur, Olivier Norek, est flic dans la vraie vie. Il y a deux meurtres et les héros sont deux policiers : syrien et français. Mais ce livre est vraiment tellement plus ! Il risque de modifier tellement nos certitudes et nos opinions. Il est puissant, dur à lire, mais on ne peut pas le laisser.

Adam est un policier syrien mais fait partie d’un mouvement anti-Bachar el Assad. Sentant son arrestation proche, il envoie sa femme bien aimée et sa petite fille en France, via la Libye ; il les suivra dès que possible et les retrouvera à Calais, dans la Jungle, pour un passage vers l’Angleterre. Lorsqu’il arrive à Calais, il cherche sans relâche son épouse et sa fille… Bastien est un lieutenant français qui vient d’être muté sur Calais, à sa demande, pour aider son épouse dépressive suite au décès de son père. Il a également une fille, une jeune ado. Je n’en dirai pas plus.

Nous plongeons dans le quotidien de la Jungle, des policiers et CRS de Calais. Personne n’est tout blanc, personne n’est tout noir (sans mauvais jeu de mots) : pas de gentils policiers et de méchants migrants ou l’inverse, mais un monde dur et réel… On sent que l’auteur connaît profondément le sujet. Il nous fait un récit noir, précis, honnête. Entre deux mondes.

A lire à tout prix.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur ; interview d’Olivier Norek sur RTL.

La danse de la mouette

Andrea Camilleri, La danse de la mouette, Fleuve noir, 2014 (existe en Pocket)

Stylo-trottoir : femme, une petite trentaine d’années, dans un café.

Camilleri est un auteur prolifique : une centaine d’oeuvres ! dont toute une série avec le commissaire Montalbano comme personnage principal. Vous le connaissez peut-être à travers la série télévisée diffusée en italien sur la RAI puis en français sur France 2 ou France 3.

« Mais moi je n’aime pas trop l’acteur qui joue le commissaire à la télé, explique la jeune femme. Je le vois plus beau que ça, plus de charme, plus italien, aussi. Je préfère de loin lire les livres, et La danse de la mouette est un des meilleurs. Il y a tous les ingrédients : une disparition (celle d’un de ses brigadiers), du suspense, de la séduction, de l’humour… Il paraît que c’est mieux en italien, mais moi ça me va. On est dedans, c’est vivant, ça remplit bien son rôle de divertissement. »

Catégorie : Policiers et thrillers (Italie – Sicile). Traduction : Serge Quadruppani.

Liens : chez Fleuve ; en Pocket ; pour en savoir plus sur l’auteur. Et, pour situer les lieux – ou si ça vous intéresse de partir sur les traces du commissaire.

On la trouvait plutôt jolie

Michel Bussi, On la trouvait plutôt jolie, Presses de la Cité, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

On la trouvait plutôt jolie, Leyli, elle n’arrivait pas de Somalie, Leyli, mais du Mali.

Elle se démène, Leyli, pour offrir une belle vie à ses trois enfants. Après avoir obtenu enfin un CDI, elle se bat pour avoir un F5 (*) car à quatre dans un F2 c’est vraiment trop petit. Mais autour d’elle sévit une tueuse (en série ?) dont les victimes mâles, après avoir subi une prise de sang, meurent vidées de leur sang. Elle, ses enfants, Jourdain Blanc-Martin, le président millionnaire d’une association d’aide aux migrants, sont dans le collimateur de la police.

Un sacré suspense, dans l’air du temps sur fond de migrations clandestines et de traite d’humains. Une fin incroyable et introuvable qui donne envie de relire le bouquin pour comprendre comment on s’est fait embarquer alors qu’on croyait avoir tout compris très vite.

Bref, un bon polar, bien écrit – Bussi, quoi ! – pour pimenter vos vacances de fin d’année.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur.

(*) Typologie française indiquant le nombre de pièces que contient un appartement.

Le diable en personne

Peter Farris, Le diable en personne, Gallmeister, 2017

Par François Lechat.

Si vous aimez les romans noirs sur fond d’Amérique profonde, ne passez pas à côté de celui-ci. On y trouve les ingrédients de base, des méchants vraiment méchants (un proxénète, des petites frappes, un politicien pervers et corrompu…) et des bons plus ou moins fêlés, assez complexes ou fragiles pour qu’on s’y attache. L’intrigue est d’une parfaite clarté – une jeune fille en danger de mort est recueillie par un vieil original capable de se défendre –, tout en évitant les clichés que l’on pouvait craindre. Car le héros est déroutant, avec des pratiques surprenantes et un cadre de vie générateur de scènes poétiques ou pleines de suspense. Il y a la petite ville d’à côté, aussi, avec ses commères et la déprime ambiante. Et une Amérique qui se modernise par le mauvais côté, celui du fric et de la corruption. Et puis des rapports humains compliqués, inattendus, avec ce qu’il faut de trompe-l’œil pour balader le lecteur. Et une tension permanente car, rappelons-le, une jeune fille est menacée et son protecteur par la même occasion, qui devra sortir le grand jeu pour ne pas se faire broyer. Frissons garantis, grâce à un style fluide, direct, sans fioritures, qui sonne juste et donne une saisissante impression de réalisme malgré le caractère extrême de certaines situations. Un roman d’une grande humanité et parfaitement efficace.

Catégorie : Policiers et thrillers (USA). Traduction : Anatole Pons.

Liens : chez l’éditeur.

Grossir le ciel

Franck Bouysse, Grossir le ciel, La Manufacture des Lettres, 2015

Par Jacques Dupont.

Dans un hameau perdu des Cévennes, une tragédie paysanne – deux paysans voisins, l’un d’âge mûr, l’autre presque vieillard, taiseux comme il se doit, vivant au gré des travaux et des jours. Soudain, au cœur de l’hiver, une tache de sang apparaît sur la neige.

Multiprimé, dont le prix SNCF du polar, le roman se lit d’une traite, et pourquoi pas dans un train, en traversant les déchirants paysages cévenols.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : Grossir le ciel en Livre de poche ; et pour ceux qui y sont inscrits, la Manufacture des Lettres sur Facebook.

La nuit derrière moi

Giampaolo Simi, La nuit derrière moi, Le Livre de Poche, 2017

Par François Lechat.

L’éditeur classe ce livre dans la catégorie des policiers, mais c’est en fait un thriller psychologique d’une impressionnante efficacité. Il ne faut pas y chercher de belles phrases : conformément au genre, l’écriture est directe et moderne, parfois un rien rugueuse, mais subtile aussi pour rendre l’état d’esprit de l’anti-héros que nous suivons ici. Car c’est bien d’anti-héros qu’il s’agit, avec ce Furio Guerri (un nom qui ne doit rien au hasard ?) qui nous est d’emblée présenté comme un « monstre » inquiétant, peut-être poussé par des pulsions pédophiles. Un être antipathique, ambitieux, infidèle et possessif avec sa femme. On s’identifie pourtant à lui, car dès le départ la structure narrative nous oblige à suspendre notre jugement : entre passé et présent, entre chapitres dont il est le narrateur et chapitres dans lesquels l’auteur le tutoie, on devine qu’il est plus complexe qu’il n’y paraît et l’on cherche à comprendre, à deviner. Ce qui prendra le roman entier, ou presque, au fil d’une tension croissante et de réelles surprises. Giampaolo Simi crée ici une mécanique infernale, prenante, au sein de laquelle un personnage féminin prendra une place de plus en plus importante et surprenante. Sans atteindre le niveau de Gillian Flynn dans Les apparences (la référence absolue, à mes yeux), ce thriller est une remarquable réussite.

Catégorie : Policiers et thrillers (Italie). Traduit de l’italien par Sophie Royère.

Liens : chez l’éditeur.

Conclave

Robert Harris, Conclave, Plon, 2017

Par Catherine Chahnazarian.

Comme l’indique le titre de ce roman, le pape est mort. Un pape de fiction, bien sûr, dont des cardinaux de fiction vont élire le successeur. En tant que doyen, le cardinal Lomeli doit organiser le conclave. Il prie Dieu de lui en donner la force car il n’ignore pas – comment le pourrait-il ? – que certains de ses collègues sont ambitieux, que  les conservateurs et les réformistes vont s’affronter et que plusieurs tours seront nécessaires pour que l’un des cardinaux remporte la majorité des deux tiers et soit élu.

Ce roman plein de suspense est comme étoilé d’un humour malicieux absolument délicieux. Les rebondissements vous tiennent en haleine et vous empêchent de poser le livre. On vit chaque événement dans le détail avec le cardinal Lomeli – le pauvre…

Un conclave comme si on y était. Formidable.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Natalie Zimmermann.

LiensConclave chez l’éditeur. Voir aussi nos critiques de Dictator et Conspirata.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑