Une unique lueur

Policiers et thrillers
Par François Lechat

De deux choses l’une : soit vous aimez déjà les enquêtes policières de Fred Vargas, soit vous n’en avez jamais lu. (Si vous en avez lu et que vous ne les aimez pas, je ne peux rien pour vous.)

Dans le premier cas, ne ratez pas Une unique lueur, c’est un des meilleurs Vargas. Dans le second cas, profitez-en pour la découvrir. Le personnage principal, le commissaire Adamsberg, joue dans ce dernier opus un rôle aussi brillant qu’attachant ; toute son équipe est savoureusement croquée ; et l’intrigue est aussi claire que sophistiquée – et passionnante.

Qu’est-ce qui différencie les polars de Vargas du tout-venant ? Plus tellement la poésie de la langue, même si elle propose toujours de précieuses trouvailles et des dialogues aux petits oignons. Mais des personnages inattendus, une pâte humaine faite d’humour et de bienveillance, l’impression que tout sonne juste alors que tout est subtilement décalé et ne se prend pas au sérieux. A commencer par Adamsberg, qui fascine par son esprit divagant, intuitif, obstiné et confus, génial dans son brouillard et son apparence de laisser-aller. Quand en plus, comme ici, Adamsberg s’attache à une star d’entre les stars et que Vargas fait vibrer les cordes de la passion et de la beauté, cela donne un voyage qu’on n’oublie pas.

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Fred Vargas
Une unique lueur

Éditions Flammarion
2026

Si les chats pouvaient parler

Policiers et thrillers (Italie)
Par Anne-Marie Debarbieux

La librairie de Mario Montecristo voit le nombre de ses clients s’amenuiser au fil du temps car son propriétaire acariâtre semble ne plus guère s’intéresser à ses acheteurs potentiels. C’est pourtant sa librairie qui est choisie par le célèbre écrivain de romans policiers, Aristide Geleazzo, pour participer à une expérience pour le moins originale : c’est à bord d’un bateau de croisière prêté par un ami que sera rédigé le dénouement de son dernier roman. Parmi les invités, l’inspecteur Caruso, membre de son club de lecture, et un certain nombre d’autres personnages auxquels l’auteur est lié par des liens professionnels, familiaux ou amicaux. Cette rencontre originale est vouée à être à la fois amicale, agréable et très originale. S’ensuit un huis clos qui va évidemment tourner au drame puisqu’un meurtre est commis sur le bateau. Le coupable est forcément parmi les invités. Et le mauvais temps empêchant tout accostage, c’est dans ce cercle restreint qu’il faudra chercher le coupable.

Scénario original qui n’est pas sans évoquer Agatha Christie, les deux chats du libraire présents à bord étant d’ailleurs curieusement appelés Hercule Poirot et Miss Marple. Il est clair que l’auteur ne plagie pas mais au contraire veut honorer la grande dame des romans policiers.

Si les chats pouvaient parler fait suite à un premier roman intitulé La librairie des chats noirs, dont la lecture préalable n’est pas indispensable pour suivre ce second volet.

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Piergiorgio Pulixi
Si les chats pouvaient parler

Éditions Gallmeister
2025

Nos autres critiques de Piergiorgio Pulixi : La septième lune ; L’illusion du mal ; Le chant des innocents

Dernier été pour Lisa

Policiers et thrillers
Par Julien Raynaud

Valentin Musso, agrégé de lettres, signe une enquête bien ficelée, qu’il serait cependant excessif de qualifier de « thriller psychologique » malgré ce qu’en a dit la presse. Dernier été pour Lisa partage certains points communs avec La disparition de Stéphanie Mailer (de Joël Dicker) : on décortique patiemment les circonstances d’un meurtre dans une petite communauté où chaque personnage a son importance et sa propre version des faits. On pourrait éventuellement reprocher à Valentin Musso d’avoir déroulé une enquête feel-good car, globalement, tout relève du bon sentiment, surtout les dialogues. Passez votre chemin si vous vous délectez des polars gores ou au style caustique. Pour les autres, vous apprécierez le style reposant de l’auteur, qui ne cherche pas à embrouiller le lecteur et qui amène très bien les décrochages temporels de sa narration. La dernière partie du roman relance clairement l’intrigue de manière efficace, et on se dit que tout ceci ferait un très bon film.

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Valentin Musso
Dernier été pour Lisa

Éditions du Seuil
2018

En poche aux éditions Points

L’affaire Bramard

Policiers et thrillers (Italie)
Une brève de François Lechat

Faut-il lire cette Affaire Bramard comme un polar ? On y trouve du suspense, des fausses pistes et plusieurs enquêteurs aux rapports complexes, unis par la quête de la vérité. Mais celle-ci est restée un peu énigmatique pour moi, trop allusive. Ce qui n’est pas grave, car ce livre vaut surtout par sa qualité d’écriture et sa finesse psychologique, qui en font plutôt un roman au sens classique du terme.

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Davide Longo
L’affaire Bramard

Traduction : Marianne Faurobert
Points
2025

La mort en blanc

Policiers et thrillers (Islande)
Une brève de François Lechat

Le passé qui remonte, un enquêteur en proie à des problèmes privés, un assassin identifié en fin de parcours : du classique dans le domaine policier. Très réussi en termes de suspense, et parfaitement délassant, tout étant clair, concis, cadré. Peut-être un peu trop simple pour les vrais amateurs du genre ?

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Ragnar Jỏnasson
La mort en blanc

Traduction : Jean-Christophe Salaün
Points
2025

La Secte

Policiers et thrillers
Par Sylvaine Micheaux

Ce roman policier de saison, l’action se situant en plein hiver dans le canton du Valais en Suisse, commence par un rappel des suicides, dans les années 90 en Suisse, France et Québec, des adeptes de la secte OTS, Ordre du Temple Solaire.

De nos jours, dans une station des Alpes suisses, une pisteuse, Rachel, chargée de déclencher une avalanche préventive avant l’ouverture des pistes, est retrouvée morte : accident, suicide ? L’enquête est menée par un inspecteur torturé à souhait, comme souvent dans les polars actuels.

Le même jour, cinq personnes dont une inspectrice de police genevoise, Ana, et leur accompagnatrice démarrent un stage de remise en forme dans un refuge de haute montagne totalement isolé, sans connexion extérieure et cerné par la tempête de neige. Quelques heures plus tard, une des participantes se suicide en se jetant dans le vide. Dans sa chambre Ana trouve de nombreux documents liés aux procès de l’OTS.

Le suspense va monter progressivement, alternant le rappel des actions de l’Ordre du Temple Solaire trente ans auparavant et l’angoisse de ce stage alpin qui vire rapidement au cauchemar. On sait qu’il y a un lien, mais lequel puisque tous les protagonistes sont bien trop jeunes pour avoir été des acteurs dans l’OTS.

La Secte est un excellent policier qui manie avec art le suspense, même s’il y a quelques longueurs dans le rappel des procès sur la secte.

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Nicolas Feuz
La Secte

Éditions Rosie Wolfe
2025

La Nuit de L’ours

Policiers et thrillers (France)
Par Sylvaine Micheaux

Angèle, la quarantaine, bien sous tous rapports, analyste dans une grande société, voit sa vie basculer depuis que son mari l’a quittée pour une autre femme, trois mois plutôt, et surtout depuis qu’un jeune homme suicidaire s’est écrasé à ses pieds, manquant de peu la tuer elle aussi. Elle perd pied, voyant apparaitre une petite fille en parka verte, entendant sans cesse une petite ritournelle à l’orgue de barbarie, et commençant à se sentir paranoïaque. Deviendrait-elle folle, elle qui a fait un séjour en psychiatrie pour catatonie à l’adolescente ? Quand, après un bain, l’inscription « va crever » s’affiche dans la buée de son miroir, elle quitte Paris pour se réfugier chez son père, psychiatre émérite qui, hélas, souffre d’un début d’Alzheimer. Il décide de partir avec elle dans un petit village des Pyrénées, berceau de l’enfance d’Angèle, où a lieu ce week-end-là, la fête ancestrale de l’Ours. Confusion des souvenirs, interrogations sur ses parents… Et puis, que se passe-t-il dans la clinique psychiatrique où son père a travaillé ?

Je ne parle  là que des 20-30 premières pages …  C’est inimaginable tout ce qu’il se passe ensuite. La Nuit de l’ours est un excellent thriller où règnent une tension inquiétante, un suspense prenant et des rebondissements incessants. L’autrice, que je ne connaissais pas, a une plume fluide et très efficace, sachant faire monter progressivement l’adrénaline.

À lire à tout prix si on aime le genre.

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Alexandra Julhiet
La Nuit de l’ours
Calmann Lévy noir
2025

Lire le début

Le manoir des glaces

Policiers et thrillers
Par Julien Raynaud

Un manoir isolé, une tempête de neige. Quatre personnes bloquées là et une qui devrait l’être mais qui est introuvable tant le domaine est grand. Une ambiance à la Shining donc, mais sans folie ni surnaturel. Juste le passé qui s’en mêle, et les secrets. Ajoutez à cela le récit d’évènements qui se sont déroulés dans le même lieu cinquante ans plus tôt. Mélangez le tout avec une héroïne certes un peu pénible mais qui souffre de prosopagnosie (elle ne se souvient pas des visages), ce qui va être intéressant pour une intrigue assez diabolique et bien amenée.

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Camilla Sten
Le manoir des glaces

Seuil
2023

Ces mensonges qui nous lient

Policiers et thrillers
Par Sylvaine Micheaux

Jack a 9 ans quand son père disparait de sa vie : Michael a en effet tué plusieurs hommes et a monnayé son immunité et son entrée dans le programme de protection des témoins en dénonçant son patron mafieux.

De nos jours, Jack est devenu un écrivain à peu de succès et qui tire le diable par la queue. Mais, grande chance, il est contacté par Gwen, une des responsables du programme de protection des témoins. Elle lui propose, moyennant finances, d’inventer des CV pour les futurs bénéficiaires de la protection qui vont devoir changer d’identité et s’inventer un nouveau passé. Peut-être un moyen pour Jack, aidé de sa petite amie journaliste, de retrouver ce père tant aimé et qu’il n’a pas revu ?

Un roman policier efficace, qui nous plonge dans un monde plutôt inconnu, celui de la protection de ces  témoins qui ont tout quitté pour se fondre dans l’anonymat.

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Linwood Barclay
Ces mensonges qui nous lient
Belfond Noir
2025

Le chant des innocents

Policiers et thrillers
Par Anne-Marie Debarbieux

Brillant commissaire, mais momentanément suspendu de ses fonctions et soumis à un suivi psychologique avant toute réintégration, Vito Strega est néanmoins sollicité « discrètement » par son amie l’inspectrice Teres Brusca quand des crimes hors du commun et inexplicables sont commis par des adolescents. Ils sont violents, n’ont aucun remords, ne se connaissent apparemment pas mais ont manifestement un unique commanditaire.

Le lecteur, vite capté, entre donc dans deux mystères. D’une part, qui manipule ces collégiens jusqu’à faire d’eux des tueurs sans remords, et dans quel but agit-il ? Vengeance ? Crimes gratuits ? Et d’autre part, quel secret y a-t-il chez le commissaire Strega considéré comme un excellent enquêteur pour qu’il soit ainsi sommé de consulter un professionnel de la santé mentale ?

Bien que l’enquête soit passionnante, c’est surtout à Strega que le lecteur s’accroche. L’auteur fait de lui le personnage central, moins par sa perspicacité d’enquêteur que par sa personnalité et ses zones d’ombre.

Ce roman sombre ne lâche pas le lecteur et l’incite à entrer dans des âmes torturées, avides de vengeance ou de justice. Roman très prenant, aux chapitres très courts, qui « aèrent » la lecture et permettent d’alterner avec bonheur les points de vue.

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Piergiorgio Pulixi
Le chant des innocents

Éditions Gallmeister
2023

L’illusion du mal

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Policiers et thrillers
Par Anne-Marie Debarbieux

Peut-on rendre justice soi-même ? Quand le système judiciaire est manifestement défaillant ou corrompu, la question se pose avec encore plus d’acuité. Les personnages récurrents de la série que le lecteur retrouve avec plaisir, l’inspecteur Vito Strega et ses deux acolytes Mara Raïs et Eva Croce, sont confrontés ici à un meurtrier bien particulier : il se donne pour mission de se substituer à la justice en capturant un coupable particulièrement abject et qui a été relaxé suite à des vices de procédure inadmissibles voire suspects.

Un citoyen peut-il s’arroger le droit de capturer et de torturer un coupable, et d’organiser via les réseaux sociaux un jury populaire, invité à se prononcer pour ou contre la peine de mort ? Non, bien sûr ! Quand la vindicte populaire s’exprime hors de tout cadre, c’est l’ensemble de la société qui est en danger. Et quand on répond à la barbarie par la barbarie, c’est « l’humanité de l’homme » qui est menacée.

Si Pulixi se livre encore ici à des descriptions très crues, il met surtout en lumière les dérives possibles de notre société qui, via les réseaux sociaux, a les moyens de défier les règles élémentaires de la morale et de la justice en substituant la passion à la raison. C’est en cela que son roman est très intéressant. Il montre également comment des médias peu scrupuleux s’emparent de l’aubaine en termes d’audience et de gains. Sans compter qu’une telle situation risque évidemment de susciter des émules.

L’intérêt principal de ce roman réside dans les questions qu’il pose et qui ne relèvent pas forcément de l’invraisemblance.

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Piergiorgio PULIXI
L’illusion du mal

Éditions Gallmeister
2022

La faille

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Policiers et thrillers (France)
Par François Lechat

La lecture de ce thriller a été pour moi une expérience assez étonnante.

J’ai d’abord été frappé par ses faiblesses. Une intrigue assez convenue, pendant un tiers du livre au moins ; des petites maladresses d’écriture ; des considérations psychologiques banales sur les situations d’ordre privé vécues par les protagonistes, à savoir une équipe de flic soudés par des liens conjugaux ou amicaux.

Puis, progressivement, l’enquête se complexifie, des personnages plus originaux apparaissent, l’envie d’en savoir plus s’installe définitivement. Parallèlement, une des situations d’ordre privé qui affectent ces policiers prend de l’épaisseur et se transforme en dilemme moral et en antagonisme social. L’écriture reste sans génie, mais les dialogues et les mises en scène sont efficaces.

La progression finale, quant à elle, est assez bluffante, horrifique et prenante. Et la fameuse situation privée devient un révélateur de notre époque. On lâche donc ce livre avec difficulté, en devant reprendre sa respiration et en se disant qu’on n’a pas perdu son temps. Même si resserrer le tout (plus de 500 pages quand même) aurait été une bonne idée.

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Franck Thilliez
La faille

Éditions Fleuve noir
2023
Disponible en Pocket

L’heure bleue

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Policiers et thrillers
Par François Lechat

C’est le troisième roman de Paula Hawkins que je lis (sur cinq déjà parus), et je crains que ce soit le dernier. Non qu’il soit mauvais, loin de là. Il se laisse lire de manière fluide, il installe un certain suspense, il comporte des chapitres réussis. Mais il n’apporte rien de neuf par rapport à La fille du train ou à Celle qui brûle.

Le problème de Hawkins est qu’elle s’enferme dans ses procédés : abondance de flashbacks, extraits de correspondance ou de journal intime, personnages cabossés porteurs d’un secret, intrigues de thriller donnant lieu à des considérations psychologiques, moments d’accalmie après une explosion de violence… En l’occurrence, tout cela ralentit l’intrigue, la dilue, fait sans cesse retomber la tension. Sans que l’héroïne, une artiste de renommée mondiale à la personnalité torturée, soit assez originale pour marquer le lecteur.

Les personnages secondaires sont plus intéressants, surtout l’un d’entre eux, et l’atmosphère des lieux, une île écossaise battue par les vents, est bien rendue. Mais tout cela paraît assez fabriqué, calculé. Il manque à Hawkins, soit du lâcher-prise, soit assez de méchanceté pour oser un livre qui dérange.

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Paula Hawkins
L’Heure bleue

Sonatine
2024

Les assassins de l’aube

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Policiers et thrillers
Par Sylvaine Micheaux

On ne présente plus Michel Bussi, qui reste un auteur incontournable de thrillers mais qui a l’intelligence de se renouveler. Et cette fois-ci, il nous embarque dans une île paradisiaque, la Guadeloupe. 

Dans ces paysages enchanteurs sont retrouvées, jour après jour mais toujours à l’aube, trois personnes assassinées d’un harpon dans le coeur. Et toujours sur des lieux emblématiques de l’histoire coloniale et esclavagiste de l’île. Le commandant Valéric Kansel, revenu depuis peu dans son île natale, est prié de trouver rapidement le coupable, tourisme oblige.

Les crimes sont annoncés par le sorcier local avant même d’être commis… On navigue de fausses pistes en rebondissements, tout en découvrant peu à peu le lourd passé, peu connu des Métropolitains, de ce beau département français — et en visitant avec plaisir cette superbe île (Bussi a eu la bonne idée de mettre une carte en début du roman).

Un chouette livre pour s’évader durant les jours froids et pluvieux, qui devrait plaire encore plus aux lecteurs ayant la chance d’avoir déjà visité la Guadeloupe.

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Michel Bussi
Les assassins de l’aube

Presses de la Cité
2024

Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18

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Policiers et thrillers
Par Sylvaine Micheaux

Ce pavé de 1.120 pages est le regroupement de 5 romans de Thierry Bourcy, un par année de la guerre 1914-1918. Célestin Louise est un jeune inspecteur de police de Paris, appelé sous les drapeaux lors de la déclaration de guerre. Il pourrait se faire exempter mais il préfère servir son pays. Cinq romans, cinq années et cinq enquêtes policières. Si la toute première enquête est un peu minimaliste, les autres sont plus étoffées ; mais la valeur de ces romans est la plongée dans la guerre de 14-18. Thierry Bourcy, scénariste et réalisateur, fait œuvre d’historien et nous plonge dans la vie sur le front, dans les tranchées, à l’arrière, dans le Paris de la guerre ou dans un hôpital militaire. Il décrit l’horreur de cette boucherie, l’évolution des fronts au cours des années, la bienveillance ou le manque d’empathie des gradés, dans ces combats qui transforment les poilus en chair à canon.

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Thierry Bourcy
Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18

Paru en Folio Policier (2014)

Ce volume contient :
La cote 512, L’arme secrète de Louis Renault, Le château d’Amberville, Les traîtres, Le gendarme scalpé.

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