Les chiens de chasse

Jørn Lier Horst, Les chiens de chasse, Gallimard, 2018 (existe aussi en Folio)

Par François Lechat.

J’essaie périodiquement l’un ou l’autre polar nordique, puisqu’ils bénéficient d’une réputation flatteuse. Ils m’ont souvent paru un peu lourds, encombrés de tics destinés à nous faire sentir une certaine épaisseur existentielle. Celui-ci échappe à cette tentation, et assume son caractère de polar : on tourne les pages parce qu’on veut connaître la suite. On le veut d’autant que la trame est originale : il ne s’agit pas de découvrir le meurtrier, mais de savoir si un assassin condamné il y a 17 ans par le héros et qui vient de sortir de prison est bien innocent, comme il prétend en avoir la preuve. Pas convaincu mais honnête, le commissaire Wisting va revenir sur son enquête et, progressivement, la déconstruire, la mettre en doute… Cela ne signifie pas qu’il s’était trompé à l’époque (je ne vous révèle pas la fin, qui n’est pas le point fort du livre), mais bien qu’il doit reprendre les éléments un par un et les aborder sous un autre angle, corriger son regard. Et c’est assez passionnant, surtout que sa fille, journaliste d’investigation, mène une enquête parallèle qui redouble le suspense. Tout cela ne débouche pas sur un chef-d’œuvre, mais sur un récit inhabituel et prenant : un bon moment de détente.

Catégorie : Policier et thrillers (Norvège). Traduction : Hélène Hervieu.

Liens : chez l’éditeur et en Folio.

Tromper la mort

Maryse Rivière, Tromper la mort, Fayard, 2014

Par Anne-Marie Debarbieux.

Une préface éclaire d’emblée le lecteur : Yann Morlaix, tueur en série que la police française croyait bel et bien mort, quoique son corps n’ait jamais été retrouvé, a refait surface en Irlande où il a réussi à se réfugier avec l’aide d’un ami. Deux ans après sa disparition, il commet de nouveaux crimes, l’ADN l’identifie formellement et fait de lui un homme « déjà à demi-mort ou encore à demi-vivant ».

Pas de suspense donc sur l’identité du meurtrier ni sur son mode opératoire ni son but, puisque ce psychopathe, ex-libraire parisien cultivé, épris de légendes médiévales, ne s’attaque qu’à des jeunes femmes dont le prénom s’apparente au monde mythologique, mais sans que ce choix laisse supposer que ses pulsions meurtrières sont liées à des cultes obscurs.

L’intérêt du roman, qui est construit sur des chapitres alternés suivant tantôt le meurtrier tantôt ceux qui le recherchent, repose essentiellement sur deux points : la découverte pour le lecteur de la collaboration entre les polices, puisque Damien, l’enquêteur français qui n’avait jamais été totalement convaincu de la mort de Morlaix, est amené à se rendre en Irlande et à travailler avec ses collègues irlandais. A chacun son fief, ses méthodes et ses investigations ! Travailler ensemble ne va pas toujours de soi.

Par ailleurs, le lecteur est amené à approcher une Irlande qui dépasse les clichés de cartes postales. Pays mystérieux, attirant et austère, aux facettes nombreuses et parfois ténébreuses, encore marqué par les déchirements politiques qui hantent toujours les mémoires. Pourquoi, comment, auprès de qui Morlaix a-t-il trouvé et trouve-t-il encore des complicités qui lui permettent de se cacher, de survivre ? Que savent de lui ceux qui le protègent (ou l’utilisent ?). Pourquoi la belle Alexia devient-elle une cible ? Est-ce lié à son père dont elle poursuit la réhabilitation ? Quel rapport avec Morlaix ?

La cavale du meurtrier peu à peu cerné puis acculé, la progression des recherches, sont surtout prétexte à l’exploration d’un pays assez fascinant et qui garde ses mystères.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Le signal

Maxime Chattam, Le Signal, Albin Michel, 2018 (existe en Pocket)

Par François Lechat.

Je ne suis pas un familier des thrillers fantastiques. J’ai acheté celui-ci pour découvrir Chattam, et parce que l’éditeur annonçait que, avec ce roman, j’allais enfin avoir « VRAIMENT PEUR » en lisant un livre.

Alors oui, forcément, on a peur devant tant de morts atroces perpétrées par des créatures… dont je ne vous dirai rien. Mais, honnêtement, la peur ne dure pas, car on a vite compris de quoi il retourne, au point de sentir le danger dès les premières lignes des scènes qui vont basculer dans l’horreur. Pour autant, ces 900 pages (en Pocket) se lisent d’une traite, car on a envie de savoir jusqu’où l’auteur ira, et quelle explication il donnera à ces meurtres étranges. Et puis les personnages sont attachants, et le décor, très américain, fort bien planté.

Reste que l’explication finale paraît un peu facile, et que l’auteur, tout à son imagination morbide (dans le genre, il a du talent), ne soigne pas son style et n’évite pas les maladresses. A lire pour ce que c’est, donc : un thriller de vacances, qu’on ne lâche pas avant la fin, puis qu’on passe au voisin s’il a envie, lui aussi, de se délasser.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket.

Les fils d’Odin

Harald Gilbers, Les fils d’Odin, Kero, 2016 (existe en « Grands détectives » 10-18)

Par Anne-Marie Debarbieux.

Conformément à la caractéristique de la collection Grands détectives, Les fils d’Odin est un roman policier inséré dans un contexte historique précis. Il s’agit ici des derniers jours du régime nazi durant le printemps 1945. L’action se situe à Berlin que les bombardements quotidiens dévastent et où la vie quotidienne devient un enfer. La terreur et la délation règnent en maîtres. On ne peut plus se fier à personne.

Dans ce qui devient au fil des jours un chaos, l’ex commissaire Richard Oppenheimer, d’origine juive, vit désormais dans la clandestinité et la plus grande prudence, après avoir mis en sûreté son épouse afin qu’elle ne soit pas inquiétée à cause de lui. Il est amené cependant à sortir de l’ombre pour aider une amie accusée à tort d’avoir tué son ex-mari. Tout l’accuse, et le fait que cet homme ait exercé de sinistres activités expérimentales n’arrange rien. Oppenheimer, au péril de sa vie, remonte pas à pas la piste d’une secte ultra nazie, mais parviendra-t-il à sauver son amie de la condamnation à mort ? C’est l’enjeu du roman dont le suspense est maintenu jusqu’à la dernière page. Mais finalement l’enquête et ses rebondissements restent presque secondaires au regard des évocations de la situation de Berlin à ce moment précis de son histoire. Le point de vue qui en est donné de l’intérieur par Oppenheimer, qui n’est pas un héros au sens romanesque du terme, est assez rarement évoqué et absolument passionnant.

Catégorie : Policiers et thrillers (Allemagne). Traduction : Joël Falcoz.

Liens : chez Kero ; en 10-18.

La série des « Poulets grillés »

Sophie Hénaff, Poulets grillés, Rester groupés et Art et décès, Albin Michel, 2015, 2016 et  2019 (disponibles en Livre de Poche)

Par Catherine Chahnazarian.

J’ai dévoré ces trois polars à la suite l’un de l’autre et, le troisième à peine terminé, les personnages me manquent déjà ! Car l’humain tient, chez Sophie Hénaff, une place de choix. Ces « poulets » sont ceux d’une équipe de la police judiciaire parisienne qu’on voit grossir, se souder, et à laquelle on ne peut que s’attacher, chacun des personnages ayant ses fêlures et ses différences, et tenant un rôle spécifique dans les intrigues et les rebondissements. Rebondissements qui savent nous prendre par surprise : les actions sont comme des trébuchements, elles avancent, titubent comiquement, sont tout sauf linéaires, et c’est très bien comme ça.

Dans Poulets grillés, la brigade des Innocents se constitue, ramassis de policiers dont les autres services ne veulent pas, dirigée par la commissaire Anne Capestan, intelligente et orgueilleuse, têtue et diplomate, une excellente flic et une chef sans besoin d’autorité – c’est un exemple de lucidité et de tolérance ! On y rencontre notamment Louis-Baptiste Lebreton, grand et bel homme, droit et triste – une occasion pour l’auteure d’aborder l’homophobie sous un angle inattendu, avec une finesse remarquable. Poulets grillés est le plus étonnant des trois romans. Peut-être du fait que quelque chose s’y construit contre toute attente ; certainement en raison de ses multiples qualités : originalité, sensibilité, justesse du ton, intelligence de la construction et j’en passe. Il mérite amplement les prix qui lui ont été attribués ! La brigade y résout sa première affaire puis, dans Rester groupés, alors qu’elle se croyait placardisée et juste bonne à enchaîner les parties de billards dans la « salle de jeu » du commissariat, l’équipe est plongée dans une nouvelle enquête, construite sur un modèle à tiroirs qui fonctionne parfaitement bien, avec notamment des courses-poursuite dans Paris, dont une qui m’a beaucoup fait rire, et une scène de rue (une manifestation de hooligans) exceptionnelle. Cet opus est le plus épique des trois, et la palme de l’originalité et de la drôlerie y revient sans conteste à Saint-Lô, le mousquetaire de la brigade. D’une dynamique assez différente, Art et décès, comme son titre l’indique, se situe dans le milieu du cinéma – à peine caricaturé –, autour du personnage d’Eva Rosière, capitaine excentrique s’étant enrichie sur le dos de la police (je vous laisse découvrir comment). Elle est cultivée et vulgaire juste ce qu’il faut pour constituer un excellent personnage de polar ! Dans cette histoire, un bébé vient constamment interférer et participera d’ailleurs à la résolution finale – un fameux clin d’œil aux femmes seules qui jonglent au quotidien entre enfant(s) et travail. C’est l’épisode le plus burlesque, et peut-être celui par lequel Sophie Hénaff démontre définitivement qu’elle n’est pas une auteure d’occasion, que les premiers opus n’étaient pas accidentels : elle a décidément à la fois une grande capacité à caractériser ses personnages, un fameux talent de narratrice, d’excellents dialogues et un style affirmé, homogène, drôle et efficace.

Une mention particulière pour ces tout petits chapitres, un pour chaque personnage dans chaque opus, distribués ici et là au fil des occasions et qui tombent toujours juste. Impressionnistes, hors champ, inattendus, délicieux, ils atteignent leur cible à chaque fois : le cœur du lecteur.

Inutile de dire que j’espère une suite !

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : La page consacrée à l’auteure chez son éditeur. Au Livre de Poche : Poulets grillés, Rester groupés, Art et décès.

L’Énigme de la chambre 622

Joël Dicker, L’Énigme de la chambre 622, De Fallois, 2020

Par Anne-Marie Debarbieux.

J’étais curieuse de lire le dernier Joël Dicker après un avis réservé sur le précédent. Ce nouveau roman est plus intéressant, car si l’histoire est toujours assez rocambolesque, elle se disperse moins entre de multiples personnages.

L’action se déroule à Genève, patrie de l’auteur, qui se met lui-même en scène sous l’appellation « l’écrivain ». Séjournant dans un hôtel de luxe, il remarque qu’à la chambre 621 succède la 621 bis et non la 622. Intrigué, il apprend que quelques années plus tôt un meurtre a été commis dans cette chambre, dont l’auteur n’a jamais été identifié. Pour ne pas nuire à la réputation de l’établissement, on a modifié le numéro de la chambre.

Joël et son amie Scarlett décident de reprendre toute l’enquête.

On évolue alors entre deux personnages que tout oppose : Macaire Ebezner, successeur attendu à la présidence de la très renommée banque fondée par son grand-père, et Levovitch, dit Lev, fils d’un comédien raté qui projette sur lui ses rêves inaccomplis et ses frustrations. Macaire est un homme riche, très compétent, mais il n’est pas un homme brillant. Il inspire l’estime, non l’admiration. Lev est pauvre, séduisant, audacieux et manipulateur. Deux hommes, deux mondes, deux milieux. À leurs côtés, une femme, la belle Anastasia, d’origine modeste, dont la mère est prête à tout pour la marier dans le « beau monde ». Convoitée par Macaire et par Lev, Anastasia qui aime l’un comme un ami et l’autre comme un amant a bien du mal à trouver sa place.

Tout s’accélère quand, à la mort du patriarche, la succession à la présidence du groupe bancaire ne se passe pas du tout comme prévu. Et c’est à l’occasion de la grande soirée où le nom du nouveau président doit être officialisé qu’un homme est assassiné dans la chambre 622.

Rebondissements, coups de théâtre, les ingrédients d’un bon thriller sont là pour tenir en haleine le lecteur sur la progression de l’enquête de l’écrivain.

Il ne faut pas chercher dans ce roman une grande épaisseur psychologique, ni être tatillon sur la vraisemblance de certaines situations, il faut se laisser emporter par la succession des événements entre intrigue sentimentale, enjeux financiers, rivalités sociales, jusqu’à la révélation finale.

Un bon roman de détente mais qui pourrait néanmoins éviter quelques longueurs.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur. Découvrez nos autres critiques de Joël Dicker (dans le classement par auteur).

L’outsider

Stephen King, L’outsider, Albin Michel, 2019

Par Catherine Chahnazarian.

C’est parce qu’il fait huit cents pages qu’il n’y a pas moyen de lire d’une traite ce roman qui commence comme un policier et se transforme progressivement en thriller, tendance fantastique.

Pour l’inspecteur Ralph Anderson, un homme ne peut pas être à deux endroits à la fois. Pour moi non plus. Et j’ai peut-être été d’autant plus scotchée à l’intrigue que j’attendais avec avidité une solution rationnelle. Stephen King sait s’adresser aux incrédules : le roman plonge le lecteur dans un univers d’un réalisme étonnant. Les décors et des allusions à l’actualité placent l’enquête dans un contexte très situé, dans lequel on se retrouve, même si l’on n’est pas américain. Les personnages sont formidables, tous différents, crédibles, humains, eux-mêmes. Ce qui leur arrive est traité par eux – à une exception près – avec la rationalité que des personnes ordinaires y mettent forcément. Et comme tout ce qui rend progressivement l’affaire plus complexe, les personnages plus tendus, l’enquête plus délirante, empêche le lecteur de prévoir quoi que ce soit et de s’endormir sur son livre, L’outsider est palpitant du début au dénouement, qu’on aime ou pas le fantastique.

Stephen King, qui a une cinquantaine de romans à son actif et quelques excellentes nouvelles, reste capable de livrer des textes de grande qualité. Celui-ci ne dément vraiment pas sa réputation : il est très bon, intelligent et spirituel. Mon seul regret réside dans cette solution du fantastique, que je trouve de facilité pour un auteur d’une telle inspiration et d’un tel talent, en particulier dans ce roman-ci. Mais c’est affaire de goûts personnels et – j’y insiste – j’ai vraiment beaucoup aimé L’outsider.

Certains chapitres sont des petits bijoux : une scène de rue au cours de laquelle quelques personnes tentent de gravir un escalier dans une bousculade ; un suicide, à la fois dramatique et cocasse, écrit sans aucun irrespect pourtant ; une fusillade qui vous donne très envie de courir aux abris !

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Jean Esch.

Liens : chez l’éditeur ; au Livre de Poche.

Cadavre, vautours et poulet au citron

Un petit extra pour fêter la fin prochaine du confinement (du moins on l’espère) : trois critiques de textes un peu plus anciens que d’habitude, et un coup de gueule.

Guillaume Chérel, Cadavre, vautours et poulet au citron, Michel Lafon, 2018 (disponible en J’ai Lu)

Par Florence Montségur.

Voilà un roman fait par un homme, sur des hommes et pour des hommes – de préférence de plus de soixante ans. C’est un enfant de Frédéric Dard, qui n’égale pas son modèle mais qui peut donner la nostalgie d’une certaine littérature. En tout cas, ça boit énormément, ça se castagne et ça va aux putes. Une certaine vision de la masculinité… Accessoirement, il y a une (assez vague) enquête, qui nous transporte en Mongolie, mais pour nous désigner les Mongols comme des brutes et rien de plus. Dans les moments où le héros se retrouve dans la steppe avec sous les yeux ce paysage magnifique qu’on voit dans les reportages et sur les dépliants touristiques, il passe justement une nuit torride avec une Russe. Et pour comble, à la fin, il se fait justice lui-même. Et pas tendrement.

J’ai donc réussi à terminer ce livre, mais ça me laisse perplexe. Hommes, défendez-vous ! Vous valez mieux que ça !

Pour faire court, il faut lire jusqu’à la page 77, puis reprendre page 153 (si vous voulez passer par la nuit torride) ou directement page 190 (les pages 190-191 résument très bien ce qui précède), puis éviter le dernier chapitre si vous voulez garder quand même un bon souvenir du héros-narrateur – qui essaie d’arrêter de boire, laissons-lui cette qualité.

Ajoutons que quand on lit les remerciements on ne peut qu’être sidéré devant la quantité de fautes d’orthographe qui subsistent après toutes les relectures qui ont eu lieu.

Il faut de la place pour tout le monde… mais comment ne pas pousser un coup de gueule ?

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur et en J’ai Lu (où vous pourrez feuilleter quelques pages).

L’Oeil de Caine

Un petit extra pour fêter la fin prochaine du confinement (du moins on l’espère) : trois critiques de textes un peu plus anciens que d’habitude, et un coup de gueule.

Patrick Bauwen, L’Oeil de Caine, Albin Michel, 2007 (disponible au Livre de Poche)

Par Anne-Marie Debarbieux.

Petit clin d’oeil inattendu à l’actualité, ce thriller, choisi un peu au hasard, se révèle être une histoire de confinement ou du moins de huis clos !

Tout commence par un projet de reality show qui s’apparenterait à  une sorte de Secret Story avec en lice dix personnes rassemblées (cinq femmes, quatre hommes et un enfant), toutes habitées d’un secret plus ou moins inavouable. Des sommes colossales sont en jeu et les dix candidats de tous bords ont été évidemment minutieusement sélectionnés de manière à entretenir l’ambiance et le suspense inhérents à ce genre d’émission pour parvenir à des records d’audience.

Sauf que rien ne se passe comme prévu et que les candidats se retrouvent seuls dans une situation d’extrême précarité et à la merci d’un tueur. Le lecteur se trouve alors projeté dans un univers qui n’est pas sans lui rappeler celui des Dix petits nègres ! Dès lors se développent la suspicion (qui est qui?), la peur (qui sera le prochain ?), les jeux d’alliances, les trahisons, l’alternance de la confiance et du désespoir, bref les ingrédients d’un angoissant vase clos.

Le dénouement est inattendu en dépit des différentes hypothèses que le lecteur, captivé, essaie d’envisager.

On peut peut-être regretter que la psychologie de certains personnages soit assez sommaire voire caricaturale, mais là n’est pas l’essentiel dans ce type de roman qui nous fait passer un très bon moment de détente.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; au Livre de Poche.

Au 5e étage de la faculté de droit

Christos Markogiannakis, Au 5e étage de la faculté de droit, Albin Michel, 2018 (disponible au Livre de Poche)

Par Catherine Chahnazarian.

Au département de criminologie de l’université d’Athènes, il fait bien noir dans le couloir…

Le capitaine Markou, qui enquête sur un double meurtre, est dans son élément : il a fait son Master de criminologie dans cette université, au 5e étage de la faculté de droit où les faits se sont produits. Et auprès de qui enquêter sinon de l’équipe professorale qu’il a connue, dont les bureaux donnent dans ce couloir ? (Et dont le métier est précisément d’étudier le crime, de jongler avec mobiles, preuves et alibis, psychologie des criminels et techniques de police.)

Peu axée sur les expertises scientifiques, l’enquête de Markou va surtout reposer sur des interrogatoires, recroisant des témoignages pour tenter de démêler l’écheveau des amitiés et des inimitiés, des secrets et des mensonges. Dans les derniers chapitres, il nous fera une démonstration finale à la Poirot – dont il s’étonne lui-même d’en arriver là ! Et comme les protagonistes, le lecteur est obligé de l’écouter pour comprendre le pourquoi du comment du qu’est-ce, car ce récit, bien mené, comportant parfois des chapitres inattendus, un peu déroutants et relançant l’intérêt, nous tire vers le dénouement comme par le bras, sans nous lâcher.

L’auteur aussi est dans son élément : criminologue, il a étudié à Paris et… à Athènes. Le réalisme en est aussi amusant (surtout si on a fait des études universitaires) que saisissant. C’est peut-être un peu bavard à la fin pour faire durer le suspense — mais je pinaille.

Bonne pioche.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grèce). Traduction : Anne-Laure Brisac.

Liens : chez Albin Michel ; au Livre de Poche.

Le couteau

Jo Nesbø, Le couteau, Gallimard (série noire), 2019

Par François Lechat.

C’est ma première incursion dans l’univers de l’inspecteur Harry Hole, dont les aventures sont traduites en près de 50 langues et vendues à plus de 40 millions d’exemplaires, selon son éditeur français…

Franchement, à lire le troisième tiers du livre, ce succès est mérité : c’est scotchant, dramatique, fort bien noué et dénoué – on en reste sur le flanc. Mais je dois ajouter un bémol : ce qui précède (400 pages tout de même) paraît parfois un peu lent. Sans doute parce que l’auteur affectionne les précisions qui font vrai, qu’elles soient topographiques, musicales ou humaines. Et aussi parce que les intrigues suivies, si elles prennent tout leur sens lors du dénouement, auraient pu être un peu plus resserrées, demander moins de patience, surtout l’une d’entre elles. Mais au total, grâce à la qualité d’un très long final, on a le sentiment d’avoir lu un livre qu’on n’oubliera pas. Et dont l’édition, dans la « Série noire » de Gallimard, est un modèle du genre, visuellement et tactilement.

Catégorie : Policiers et thrillers (Norvège). Traduction : Céline Romand-Monnier.

Liens : chez l’éditeur.

Celle qui ne pleurait jamais

Christophe Vasse, Celle qui ne pleurait jamais, Les nouveaux auteurs, 2017 (disponible en Pocket)

Par Brigitte Niquet.

Sacré polar que celui-ci, qui a reçu le Grand prix du Polar Femme Actuelle et c’est bien mérité. Est-ce dire que ce roman plaira surtout aux femmes ? En tout cas, il leur fait la part belle, et Séverin, flic dépressif et bipolaire, écrivain à ses heures perdues, navigue à vue entre Sarah, son ex-femme, Nathalie sa maîtresse, Alex son adjointe, sans parler de Gabrielle, sa fille, en pleine crise d’adolescence « gothique ». Il faut compter aussi avec Celle qui ne pleurait jamais, dont on ignore presque jusqu’au bout l’identité aussi bien que les rapports qu’elle peut entretenir avec les autres protagonistes, mais dont les malheurs et les forfaits nous sont narrés dans de courts chapitres en italiques mêlant passé et présent, intercalés entre les chapitres « normaux ». Pour achever de brouiller les pistes, un double meurtre est commis au début du roman, c’est Séverin qui est chargé de l’enquête… et il ne tarde pas à découvrir que Sarah, qui a brusquement disparu, est la coupable que tout désigne, jusqu’à son ADN.

Cet imbroglio pourrait donner lieu à un de ces polars tordus qu’on lit vite parce qu’on veut connaître la fin et qu’on est obligé de relire parce que finalement, on ne sait plus qui est qui et qui a fait quoi. Rien de tel ici. La progression de l’intrigue, habilement maîtrisée, distille juste assez d’informations pour tenir le lecteur en haleine sans lui faire perdre le fil de l’histoire. Quant au dénouement, il est parfaitement inattendu, même si on a « tout suivi ». Ajoutons, pour ceux qui ne dédaignent pas qu’un peu de psychologie et d’étude de mœurs vienne pimenter le roman policier, qu’ils seront servis, car Celle qui ne pleurait jamais traite aussi en filigrane, avec justesse et sensibilité, de bien des problèmes du monde actuel, en particulier les rapports parents-enfants dans une société décomposée, même si les familles sont, elles, … recomposées. Le thème de l’impossible reconstruction des enfants-martyrs est lui aussi abordé, avec délicatesse et parce qu’il est nécessaire à l’intrigue, et quelques autres encore, comme la difficulté pour les pères divorcés de garder le contact avec leur progéniture. Bien des qualités donc, surtout pour un premier roman.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : sur Lisez.com.

Élevez le niveau !

Mary Higgins Clark

Par Catherine Chahnazarian.

Paix à son âme, mais lisez autre chose. J’ai acheté un Mary Higgins Clark en partant en vacances pour en avoir lu au moins un dans ma vie et pour me distraire dans le train. Dernière danse (2018). C’était encore pire que ce à quoi je m’attendais. Ce livre, écrit sans style au point qu’il aurait pu être l’ouvrage de n’importe qui, se déroule dans une petite ville des Etats-Unis dont on n’apprend rien et qui ne nous apprend rien sur l’Amérique ou les Américains ; les personnages sont insignifiants ; le meurtre qui a été commis n’a rien pour nous toucher ; et le bon se mariera avec la gentille à la fin. Difficile de faire plus léger et stéréotypé. Même le suspense est relatif, car on comprend qui est l’assassin vers la moitié du livre (si on lit vraiment sans réfléchir) : il est grand et séduisant mais il met mal à l’aise, et il sera arrêté à la fin. Voilà, vous savez tout.

Une dame rencontrée dans le train au retour de ces vacances, et qui m’avait vue jeter le livre dans une poubelle sans états d’âme, me disait son amertume devant les choix offerts en gare pour se divertir pendant le voyage : nombre de ces romans lui sont tombés des mains alors que « Je ne suis pas une grande lectrice et je lis juste pour passer le temps. » (Lisez Robert Harris ou l’un des auteurs recommandés sur Les yeux dans les livres !) Une autre, intervenant dans la conversation, était bien d’accord avec nous : elle avait feuilleté en kiosque un roman à l’eau de rose comme elle croyait « qu’on avait cessé d’en écrire après la première Guerre Mondiale ».

Alors nous lançons un vibrant appel aux responsables des points presse des gares de France : par pitié, élevez le niveau !

Catégorie : Policiers et thrillers, Stylo-trottoir.

L’effet miroir et La face cachée

Vincent Rémont, L’effet miroir et La face cachée, Vincent Rémont, 2019

Par Catherine Chahnazarian.

Un petit extra, sur ce blog où nous ne critiquons en principe que des livres qui ont trouvé (un vrai) éditeur ; bien que L’effet miroir ait d’abord été publié chez Incartades avant d’être partiellement réécrit et réédité par l’auteur. Petit extra pour ces deux polars qui forment une suite et tiennent la comparaison avec nombre de romans grand-public en vente dans les supermarchés (ceux-ci se commandent directement à Vincent Rémont).

Xavier, qui a l’ambition de devenir écrivain, achète une vieille machine à écrire Underwood. Mais celle-ci lui joue le mauvais tour de le transporter dans la peau de quelqu’un d’autre… et ce n’est pas un cadeau.

Il ne manque à cette histoire que la relecture d’un bon éditeur, qui aurait pu faire couper quelques petites répétitions dues à la structure à plusieurs voix, structure efficace qui ménage des suspenses réussis et permet d’introduire progressivement des personnages qui ont leur épaisseur. Ajoutons que l’écriture se tient : homogène et efficace elle aussi, au service de l’histoire.

Ce n’est pas une découverte extraordinaire mais, je le rappelle, de la veine des polars grand-public, adaptés à ces moments de détente où l’on se laisse glisser dans la peau d’un personnage, dans la peau… d’un autre.

Catégorie : Policiers et thrillers. Extras.

Liens : le blog de l’auteur.

Police

Hugo Boris, Police, Grasset, 2016 (disponible en Pocket)

Par Brigitte Niquet.

Il était très improbable que ce livre chemine jusqu’à moi et plus improbable encore que je le lise d’une traite. Je n’ai pas de goût particulier pour les polars (encore qu’Olivier Norek m’ait récemment fait changer d’avis) et n’avais aucune raison de m’intéresser à celui-là particulièrement. Mais voilà, on m’en a fait cadeau, je l’ai feuilleté sans conviction… et ne l’ai plus lâché. J’y ai retrouvé dès les premières pages l’ambiance si particulière de Surface (du même Olivier Norek) : la vie dans un commissariat de police, la présence d’une femme-flic très perturbée par sa vie privée et extrêmement attachante, autour de qui tourne toute l’intrigue… On pourrait presque craindre le plagiat mais il n’en est rien, d’ailleurs Police est largement antérieur à Surface et les ressemblances s’effacent devant de sacrées différences. Disons que ce sont des livres « frères ».

Ici la femme-flic s’appelle Virginie, elle est mariée et jeune mère de famille et se retrouve enceinte de son co-équipier Aristide, après une relation adultérine qu’elle pensait sans lendemain. Au début du livre, elle est à la veille d’une IVG, mais ne sait pas encore si elle honorera son rendez-vous. Il lui reste 24 h pour se décider (et 24 h dans la vie d’une femme à ce moment précis, ce n’est pas rien), 24 h pendant lesquelles elle va changer d’avis plusieurs fois, mais aussi expérimenter une nouvelle facette de son métier : la reconduite à la frontière d’un étranger, un Tadjik en situation irrégulière, le droit d’asile lui ayant été refusé bien qu’une mort certaine l’attende s’il rentre chez lui. Le récit oscille constamment entre ces deux pôles, et ce mouvement pendulaire accroît la tension. Déstabilisée par les événements de sa vie privée sur lesquels elle a perdu le contrôle, indignée par le sort auquel le Tadjik est promis dans l’indifférence générale, Virginie va vivre en 24 h les moments les plus intenses de son existence et entraîner les lecteurs dans un maelström de sentiments contradictoires, dont ils ne sortiront pas forcément indemnes. Si l’on y ajoute la haute qualité du style, qui n’est pas pour rien dans la manière dont Hugo Boris nous embarque dans son histoire, pas de doute, celui-ci mérite, comme Norek, de figurer au Panthéon des auteurs de polars.

Catégorie : Policiers et thrillers.

LiensPolice chez Grasset et sur lisez.com (Pocket). Retrouvez tous nos articles sur Olivier Norek par ici. De façon générale, nos critiques d’un auteur sont regroupées à son nom dans le classement alphabétique.

Hommage à Philippe Carrese

Hommage à Philippe CARRESE

Par Catherine Chahnazarian, avec la collaboration de Jacques Dupont-Duquesne.

Un jour, Jacques m’a dit : « Il y a un réalisateur de France 3 qui écrit des polars, tu devrais essayer. Il prétend qu’il écrit des séries B, et il assume, mais il s’est fait une sacrée réputation à Marseille. »

Ma curiosité était piquée : je me suis procuré Une petite bière, pour la route, qui venait de sortir. Comme ça m’a amusée, j’ai poursuivi avec Le bal des cagoles, que j’ai juste adoré et qui avait reçu le prix SNCF du Polar. Et dans la foulée, j’ai lu Conduite accompagnée, qui ne peut que parler aux jeunes qui apprennent à conduire, aux parents de ces derniers, aux moniteurs d’auto-école et à tous ceux qui empruntent régulièrement les grands boulevards marseillais. Ces trois opus, publiés au Fleuve Noir en 2000 et 2002, sont restés mes préférés. Ce n’était pas difficile de trouver un Carrese : il y a en avait dans toutes les librairies de la région. Quand on débarquait à Marseille ça aidait à se familiariser avec les personnages typiques de cette ville haute en couleurs, de comprendre la philosophie de la « cagole » [1]  et du « cake », et d’apprendre les expressions qui vont avec, comme le célèbre « on craint dégun » [2].

Dans la même veine, Philippe Carrese avait écrit un Petit lexique de ma-belle-Provence-que-j’aime, avec son ami Jean-Pierre Cassely : « Le premier Guide-Lexique foncièrement stupide, inutilement cruel et d’une mauvaise foi absolue sur la Provence » (Jeanne Laffitte, 1996, disponible en réédition numérique FeniXX). Vous voyez le personnage…

Mais il n’a pas fait qu’en rire. En 2006, il a poussé un coup de gueule intitulé « J’ai plus envie », qui traduisait – faut-il en parler à l’imparfait ? – qui traduisait si bien le malaise ressenti par de nombreux Marseillais qu’il a fait le buzz.

Puis, désireux de passer à autre chose, Philippe a écrit Enclave (Plon, 2009), un roman sérieux sur le pouvoir et la tentation totalitaire.

En 1945, les Allemands abandonnent le camp de Medved, au nord des Carpates, en Slovaquie. Les prisonniers… prisonniers de cette enclave entre une rivière et des montagnes infranchissables, décident de s’organiser en république. Le récit se développe à travers le regard d’un jeune garçon qui tient une sorte de journal de cette société dans laquelle, bien sûr, le pouvoir va faire ses ravages. L’écriture simple de Philippe Carrese, tout à fait sans prétention, met à la portée de tous un récit humainement puissant qui s’appuie avec intelligence sur l’Histoire. Lire la suite « Hommage à Philippe Carrese »

Surtensions

Olivier Norek, Surtensions, Michel Lafon, 2013 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Voici le dernier opus de la trilogie d’Olivier Norek basée sur Victor Coste et son équipe, de la police judiciaire de la Seine St Denis (93).

Après les banlieues, nous plongeons dans l’univers carcéral, monde où il ne fait pas bon vivre, surtout si vous êtes jeune et faible, car très vite vous devenez la « poupée » ou le punching-ball des gros bras qui mènent la danse. Et c’est le cas de Nunzio, petit braqueur de bijouteries de luxe qui s’est fait prendre bêtement avec la montre d’un casse au poignet. Sa sœur Alex, chef de la bande, n’a de cesse de faire sortir son frère de prison car elle sait que moralement il n’y tiendra pas longtemps.

Victor Coste ne va pas bien, il envisage sa démission de la PJ après quinze années de bons et loyaux services, après avoir vu tant de crimes et de noirceur qu’il n’en peut plus. Mais l’enlèvement d’un ado, suivi d’une bévue de la BRI, le remettent pour un temps en selle. L’auteur du rapt se retrouve rapidement en prison. Quel rapport entre Nunzio le petit braqueur, le responsable du rapt, un tueur serbe, un pédophile et un assassin qui crie son innocence, tous emprisonnés au même endroit ?

De nouveau Norek nous offre un polar haletant, plein de tensions, où toutes les histoires s’imbriquent petit à petit : vous savez, l’effet papillon. L’écriture est toujours fluide et on sent l’exactitude de l’ancien flic. Et dans l’attitude de Coste le héros, dans ce livre sombre et intense sur l’état des prisons et de la justice, on sent les questionnements de l’auteur.

Du très bon polar.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Voir aussi nos critiques de Code 93Territoires, Entre deux mondes et Surface. De manière générale, toutes nos lectures d’un auteur sont accessibles depuis le classement alphabétique.

Territoires

Olivier Norek, Territoires, Michel Lafon, 2014 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Ce roman est le second de la trilogie débutant par Code 93.

La brigade des Stups est en train d’effectuer sa dernière planque de surveillance d’un jeune caïd, dealer de banlieue, quand celui-ci est assassiné sous leurs yeux. Dans la foulée, les 2 autres dealers locaux sont, l’un, abattu, et l’autre, mort après avoir été torturé. Pas de doute, c’est le début d’une guerre de » Territoires » dans les cités d’une ville de Seine St Denis. L’équipe de Victor Coste reprend du service. La mort, dans une des tours de la cité, d’une vieille dame bien sous tous rapports serait-elle liée au trafic ?

De nouveau on se trouve face à un polar passionnant qu’on ne lâche plus. Car en plus de l’enquête, il y a la plongée dans les services de police affectés à ces cités difficilement contrôlées. On découvre comment la maire d’une ville pauvre, où ont été construites des cités peuplées de familles et de jeunes qui n’ont quasi plus ni espoir ni réel avenir, peut acheter une certaine paix sociale. Comment se faire malgré tout réélire quand le taux d’abstention dans le 93 est le plus élevé de France. Comment une émeute, qui peut se déclencher en quelques secondes telle une trainée de poudre, peut  parfois être utile à la municipalité.

On sent qu’Olivier Norek a bien été confronté à tout cela. Et le constat est dérangeant et limite effrayant. Après une telle lecture, je ne regarderai plus les reportages sur les banlieues chaudes de la même manière.

Ce roman peut être lu indépendamment du premier, Code 93 ; l’équipe de policiers est la même, mais l’intrigue est tout autre.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Toutes nos lectures de Norek sont regroupées à son nom dans le menu « Classement par auteurs ».

Code 93

Olivier Norek, Code 93, Michel Lafon, 2013 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Code 93 est le tout premier roman d’Olivier Norek, et le premier d’une trilogie composée aussi de Territoires et Surtension. Olivier Norek a été très longtemps policier, capitaine de la PJ du 93 justement (Seine St Denis), donc c’est peu de dire qu’il connaît son sujet et que tout sent le vrai et le vécu.

L’équipe du Capitaine Coste de la brigade criminelle du 93 est confrontée à des cas incroyables : un cadavre criblé de 3 balles se réveille en pleine autopsie ; un toxico meurt d’étranges brûlures… L’enquête démarre sur les chapeaux de roue, et il ne nous en faut pas plus pour ne plus lâcher ce roman. On plonge dans le quotidien d’une brigade de banlieue, dans un département où le taux de délinquance est l’un des plus élevés de France. Le ou les tueurs jouent au chat et à la souris avec les flics. Et qu’est ce code 93 qui apparaît sur de vieux dossiers sortis de la procédure judiciaire ? Pourquoi des hommes de pouvoir essaient-ils de minimiser ce fameux code ? D’ailleurs, que faire de la Seine St Denis, département limitrophe qui va faire partie du grand Paris, mais dont la précarité et la criminalité le coupent de son illustre voisine ?

Certes ce premier roman présente quelques faiblesses : certaines explications pourraient être un peu plus poussées, certaines tournures de phrases améliorées, mais c’est un sacré bon premier polar, avec une vraie toile de fond, des personnages réalistes, et la vérité finale fait froid dans le dos.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Toutes nos lectures de Norek sont regroupées à son nom dans le menu « Classement par auteurs ».

Surface

Olivier Norek, Surface, Michel Lafon, 2019

Par Brigitte Niquet.

Surface… On peut a priori rêver d’un titre plus attractif, surtout pour un polar. Pourtant, au fil de la lecture, on comprend combien ce choix est judicieux : si l’on excepte son acception mathématique, tous les sens propres et figurés du mot pointent, en effet, le bout de leur nez à un moment ou à un autre.

Qu’y a-t-il donc sous cette surface ? Pour faire bref, c’est l’histoire du capitaine Noémie Chastain, en poste au Quai des Orfèvres, à la Brigade des stups. Respectée sinon aimée de tous, elle adore son métier. Mais lors d’une opération presque routinière, elle se fait flinguer par un dealer qui lui balance une décharge de plombs en plein visage. Fin du prologue. Noémie ne sera plus jamais Noémie, elle fait partie désormais des « gueules cassées » et se rebaptise No, une manière comme une autre d’exprimer son refus de ce qui lui arrive.

Pour ne rien arranger, on découvre dans une première partie intitulée « En pleine tête » que loin d’être couverte d’honneurs, No, trop dérangeante, se retrouve mutée « provisoirement » dans un village au fin fond de l’Aveyron, soi-disant pour auditer un commissariat qui ronronne dans l’inaction. Il faut avouer que cette première partie ronronne un peu, elle aussi, et semble longuette, bien qu’elle n’occupe qu’une cinquantaine de pages. Elle fait penser aux scènes « d’exposition » dans les tragédies classiques. Nécessaires, sans doute, mais un peu fastidieuses quand même. Heureusement, il reste 400 pages, 400 pages menées tambour battant et divisées en trois parties : « En pleine campagne », « En pleine tempête » et « En plein cœur » (titres suffisamment évocateurs, peut-être, pour se passer de commentaires), 400 pages qui, elles, se dévorent d’un trait. Sur un rythme haletant, on y suit No qui, loin de se laisser placardiser, s’en va-t-en guerre, galvanisant ses nouveaux collègues, surtout lorsque refait surface une ancienne affaire datant de 25 ans (la disparition restée inexpliquée de trois enfants) que tout le monde avait, semble-t-il, oublié ou feint d’oublier, et qu’elle n’aura de cesse d’élucider.

Y parviendra-t-elle et s’ouvrira-t-elle ainsi la voie vers une possible reconstruction ? C’est tout l’enjeu de ce suspense dont l’auteur a bien mérité sa récente notoriété. Outre l’originalité de son intrigue et l’empathie manifeste qu’il éprouve pour son héroïne et nous fait partager, certaines scènes, comme l’incendie de la grange où  sont enfermés de nombreux animaux, sont des morceaux d’anthologie.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur. Voir aussi notre critique d’Entre deux mondes. Toutes nos lectures de Norek seront regroupées à son nom dans le menu « Classement par auteurs ».

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