Une invitée particulière

————————–

Policiers et thrillers (USA)
Une brève de Sylvaine Micheaux

Suite à un programme d’échange, une lycéenne anglaise, Tanya, arrive à Los Angeles pour sa dernière année d’études. La famille Meritt qui la reçoit – les parents, une fille, Paige, 17 ans, et un fils, Will, 12 ans – se remet juste de la mort accidentelle de leur fille ainée deux ans auparavant. Le courant passe de suite entre Tanya et la mère mais la lycéenne est-elle vraiment ce qu’elle dit être ? et la famille est-elle aussi parfaite qu’elle désire le montrer ?

Un thriller qui monte crescendo et qu’on ne lâche pas.

*

Nelle Lamarr
Une invitée particulière

City Éditions
2024

Vine Street

————————–

Policiers et thrillers (USA)
Par François Lechat

Encensé par la critique anglaise, et à présent française, Vine Street est un livre qui ne s’oublie pas.

Cette plongée dans le quartier mal famé de Soho, au cours des années 1930, offre d’abord un tableau de mœurs pas piqué des hannetons : malfrats de toutes nationalités, flics véreux, bars louches, identités et pratiques sexuelles marginales, prostituées qui ne se laissent pas marcher sur les pieds… Le meurtre d’une d’entre elles installe rapidement une atmosphère plus noire, accentuée par une guerre des polices aussi impitoyable que brutale. Mais le livre décolle surtout lorsque, après un autre meurtre et plus de 200 pages, les pistes suivies jusque-là s’avèrent foireuses et un assassin plus inquiétant se profile, dont la traque prendra plusieurs décennies et 450 pages supplémentaires. Le tout dans un va-et-vient entre plusieurs époques et un jeu de pistes soigneusement distillé.

Du pur polar, donc, addictif et distrayant ? Pas seulement, car Dominic Nolan, par petites touches, confronte ses personnages à des événements historiques qui les dépassent (la montée des fascismes, le bombardement de Londres dans les années 1940…) et à des choix qui les façonnent, y compris sur un terrain familial inattendu dans un roman noir. Peut-on être un bon flic quand on aime la violence ? Etre à la fois véreux, homosexuel dissimulé et chasseur de serial killer ? Se découvrir soi-même dans la peau d’un autre ? Considérer que la fin justifie les moyens ? Sans jamais s’appesantir, Vine Street est un livre existentialiste qu’un Sartre aurait pu adouber.

Deux petites réserves, cependant, même si elles ne doivent pas vous décourager : l’intrigue aurait pu être moins touffue, et le traducteur plus vigilant – ou l’éditeur à sa suite.

*

Dominic Nolan
Vine Street

Éditions Payot & Rivages
2024

La septième lune

————————–

Policiers et thrillers
Par Sylvaine Micheaux

Pulixi est le nouvel auteur de polars qui monte, qui monte. L’originalité est que les actions se passent en Italie, et le plus souvent en Sardaigne ; on a, d’un roman à l’autre, la même équipe de policiers, membres d’une unité d’enquête sur les meurtres en série : Eva , Maria et Vito qui forment une famille de cœur.

Les crimes sont aussi horribles que dans la littérature noire scandinave, mais le ton est différent et addictif. Et, typiquement italien, on assiste à la « guéguerre » entre protagonistes issus de régions différentes : ne jamais confondre un Sarde, un Lombard, un Vénitien ou un Napolitain. Et la mafia n’est jamais loin non plus.

Deux jeunes femmes ont disparu. On va retrouver la première cruellement assassinée, suivant des rites anciens. Nos policiers trouveront-ils la suivante à temps ? Polar avec un sacré rebondissement final.

Les romans de Pulixi peuvent être lus indépendamment, mais vous pouvez les découvrir dans l’ordre : Le chant des innocents, L’île des âmes (le plus réussi), L’illusion du mal et La septième lune.

*

Piergiogio Pulixi
La septième lune
Éditions Gallmeister
2024

Norferville

————————–

Policiers et thrillers
Par Sylvaine Micheaux

Comme toujours, Thilliez nous emmène dans un thriller haletant, mais avec un nouveau duo d’enquêteurs et dans un tout nouvel environnement… Passionnant.

Teddy, criminologue à Lyon apprend que sa fille Morgane, dont il avait très peu de nouvelles, a été retrouvée sauvagement assassinée dans le grand Nord québécois, sur le chemin d’une réserve indienne, à Norferville, une petite ville perdue près du cercle polaire, au milieu de nulle part. Il va décider d’aider l’enquêtrice Léonie, métisse innue, qu’on oblige à retourner dans sa ville natale dont elle n’a quasi gardé que des souvenirs effroyables. Un roman dur, mettant à jour l’âpre vie des innus amérindiens, les injustices et la violence dont ils sont victimes. Tout le contexte est vrai, même si l’histoire, les personnages et la ville sont fictifs : de nombreuses enquêtes sont actuellement ouvertes par le gouvernement québécois pour dénoncer les souffrances et discriminations contre les peuples premiers.

En cas de canicule, ce roman vous permettra en plus de vous plonger dans un bain de fraicheur à -40 °C.

*

Franck Thilliez
Norferville
Fleuve éditions
2024

Toutes nos critiques de Thilliez sont accessibles à la lettre T du classement par auteur.

La princesse au petit moi

—————————

Policiers et thrillers
Par Catherine Chahnazarian

Genre : policier léger aux personnages décalés mais attachants, intrigue suffisamment complexe mais sans complications inutiles, tonalité amusante ou amusée, avec une touche de burlesque, la certitude que ça finira bien avec un doute, néanmoins, qui maintient la curiosité et une légère inquiétude. C’est une mode, et je ne m’en plains pas. C’est agréable, facile, divertissant et bien dans notre époque.

D’ailleurs Rufin est bien dans notre époque. Il évoque ici quelque chose qui ne relève malheureusement que du fait divers quand cela arrive à un quidam mais qui prend des proportions de scandale national lorsqu’il s’agit d’une princesse.

Vous ne connaissez pas encore Aurel le Consul ? Vous allez découvrir un enquêteur assez incapable (« calamiteux » est le terme qu’emploie l’auteur) mais qui nous ressemble. Ne mentez pas ! Au moins un peu. Il… Non, je vous laisse le découvrir, ainsi que les autres personnages de ce roman : un prince corseté dans son éducation et son rôle, une réfugiée syrienne qui en a vu d’autres, des domestiques fidèles, des Corses auxquels on n’a pas envie de se frotter…

Et comme Rufin manie la langue avec aisance, c’est un plaisir de le lire. Un exemple :

Elle conduisit ses hôtes jusqu’à un immense salon dans lequel s’ébattait un joyeux troupeau de fauteuils et de guéridons Louis XV, capturés chez des antiquaires et faux pour la plupart.

*

Jean-Christophe Rufin
La princesse au petit moi
Éditions Flammarion
2021

Disponible en Folio (même couverture).

Dans la série « Les énigmes d’Aurel le consul », Anne-Marie Debarbieux avait déjà chroniqué Les trois femmes du consul à découvrir ici.

Billy Summers

————————–

Policiers et thrillers (U.S.A.)
Une brève de Pierre Chahnazarian

Un Stephen King sans surnaturel ! L’histoire d’un tueur à gage qui ne tue que les méchants… Une histoire de mafia… C’est spécial. Vraiment pas mal. Un bon polar.

3,5/5

*

Stephen King
Billy Summers
Traduction : Jean Esch
Éditions Albin Michel
2022

Disponible au Livre de Poche

J’ai lu tout Fred Vargas

————————–

Série « J’ai lu tout… »
Policiers et thrillers – Hommages
Par Florence Montségur

D’abord, il y a eu Ceux qui vont mourir te saluent. C’était pas mal, comme titre ! Et ces deux personnages d’aujourd’hui qui s’appellent Tibère et Néron, c’était trouvé ! Puis comme l’intrigue se tenait, le style aussi, on a mordu à l’hameçon.

Alors Vargas nous a régalés avec Debout les morts, L’homme aux cercles bleus, Un peu plus loin sur la droite, Sans feu ni lieu, L’homme à l’envers, Pars vite et reviens tard, tous des titres qui assumaient la catégorie « polar » sans décevoir, en lui donnant plutôt du charme. Car il y a du charme dans l’écriture de Vargas. Dans les deux sens du terme.

Adamsberg se laissait descendre vers la Seine, suivant le vol des mouettes qu’il voyait tourner au loin. Le fleuve de Paris, si puant soit-il certains jours, était son refuge flottant, le lieu où il pouvait le mieux laisser filer ses pensées. Il les libérait comme on lâche un vol d’oiseaux, et elles s’éparpillaient dans le ciel, jouaient en se laissant soulever par le vent, inconscientes et écervelées. Si paradoxal que cela paraisse, produire des pensées écervelées était l’activité prioritaire d’Adamsberg.[1]

Alors, il n’a plus été nécessaire de jouer avec les titres – et ce sont mes romans préférés – : Dans les bois éternels, Un lieu incertain, L’armée furieuse, Temps glaciaires, Quand sort la recluse

Enquêtes et enquêteurs sortant de l’ordinaire, intrigues à nœuds et surtout – surtout ! – ficelles invisibles. Du mystère, de la poésie, des métaphores, beaucoup de dialogues – sans jamais une fausse note – et une bonne bande de flics bien campés, aux caractères très distincts.

[Estalère], tous ses collègues considéraient plus ou moins qu’[il] ne tenait pas la route, voire qu’il était un crétin complet. (…) [Il] suivait Adamsberg pas à pas comme un voyageur fixant sa boussole, dénué de tout sens critique, et idolâtrait simultanément le lieutenant Retancourt. L’antagonisme entre les manières d’être de l’un et de l’autre le plongeait dans de grandes perplexités, Adamsberg allant au long de sentiers sinueux tandis que Retancourt avançait en ligne droite vers l’objectif, selon le mécanisme réaliste d’un buffle visant le point d’eau. Si bien que le jeune brigadier s’arrêtait souvent à la fourche des chemins, incapable de se décider sur la marche à suivre.[2]

Vargas nous fait voyager dans des ambiances extraordinaires qui semblent à la fois d’hier et d’aujourd’hui. Paris, la Bretagne, l’Islande, des croyances, des légendes, l’Histoire… Mais, si j’aime et souligne l’intriguant de ses intrigues, leur force et leur complexité font des romans de Fred Vargas des policiers à part entière !

Que dire de plus pour lui rendre hommage et vous donner envie de la lire ou de la relire ? Qu’ il y a chez Vargas des trouvailles merveilleuses :

Danglard, tremblant de colère, s’était éloigné à grands pas, aussi vite que le lui permettait sa démarche bien particulière, basée sur deux grandes jambes qui semblaient aussi peu fiables que deux cierges partiellement fondus.[3]


[1] Dans les bois éternels, J’ai Lu, p. 262. [2] L’armée furieuse, J’ai Lu, p. 112-113. [3] L’armée furieuse, J’ai lu, p. 117.

*

Fred Vargas n’écrit pas que des romans policiers, comme vous pourrez le découvrir sur la page que les éditions Flammarion lui consacrent. Et elle est publiée en J’ai lu.
Sur Les yeux dans les livres retrouvez les articles qui lui sont consacrés à la lettre V du classement alphabétique.

Le dernier thriller norvégien

—————————-

Policiers et thrillers
Par Catherine Chahnazarian et plus

C’est mon frère qui me l’a passé, en me disant : « Ça, c’est complètement fou ! » et il riait en me le tendant.

Dans cette parodie mordante de polar nordique, un éditeur français venu à Copenhague pour négocier les droits du dernier roman d’un auteur à succès se retrouve dans le roman en question. Évidemment, c’est désagréable… Surtout qu’il y a un tueur en série qui sévit à ce moment dans la région.

PIERRE — Il ne sait jamais si ce qu’il vit est la réalité ou s’il est dans la fiction ! Tu vas voir, c’est très marrant. »

C’est effectivement avec un humour délicieux que plusieurs niveaux s’imbriquent : l’histoire qui nous est racontée, le livre dans l’histoire (et vous verrez que la frontière est bien plus floue que dans une mise en abîme classique), le fait que c’est un livre et la critique de ce livre, donc un certain regard sur sa lecture et son écriture. Mais c’est gai et facile à lire, hein ! (Et méditatif si on le souhaite.)

Je conseille le livre à François Lechat, convaincue que ça devrait lui plaire :

CATHERINE — Mais c’est bien un roman policier nordique (dans un roman français) : des personnages (réels ou fictionnels, ou réels mais pris au piège dans une fiction ?) recherchent un tueur en série très cruel dans un décor très froid. Puis des rebondissements purement narratifs, et d’autres – disons – plus méthodologiques, empêchent que l’on puisse se dire ‘’OK, j’ai compris le truc’’ et que l’on s’ennuie. »

Après quelques jours, François me répond :

FRANÇOIS —  Effectivement, c’est très amusant, car les personnages sont comme des marionnettes qui ne se contrôlent plus ; et subtil, car l’auteur nous laisse forger nos objections pour y répondre le moment venu. Il nous confronte aussi à nos plaisirs inavoués en tant que lecteurs (l’irruption de gros mots ou de fantasmes sexuels) et dézingue les courants philosophiques à la mode. Tout en donnant à réfléchir sur ce que devient la littérature quand le livre n’est plus qu’un produit (il ne parle pas de l’IA, mais on la devine).

C’est un cocktail très réussi de suspense et de troisième degré. »

*

Luc Chomarat
Le dernier thriller norvégien

La Manufacture de livres
2019

Lien : http://www.luc-chomarat.com/

J’ai lu tout Erik Larson

————————–

Série « J’ai lu tout… »
Policiers et thrillers (U.S.A.) – Hommages

Par Pierre Chahnazarian

D’Erik Larson, on peut tout lire.

Ce sont toutes des histoires vraies, écrites d’une manière… palpitante ! Tout est passionant. Ce sont des thrillers – alors qu’on connaît l’histoire d’avance ! Que ce soit La Splendeur et l’Infâmie (2021), sur Churchill ; Dans le jardin de la bête (2012), sur la montée du nazisme ; Lusitania 1915, la dernière traversée (2016), sur ce célèbre naufrage… Qui va lire un bouquin sur le naufrage du Lusitania ? Eh bien, c’est palpitant !

Il y a souvent deux fils narratifs qui se rejoignent, comme dans Le Diable dans la ville blanche (2011), où l’on suit, d’une part, l’architecte de l’exposition universelle de Chicago (1893) et, d’autre part, H. H. Holmes, un serial-killer américain ; ou comme dans Les passagers de la foudre (2014), une histoire de poursuite en pleine mer dans laquelle on suit, d’une part, un médecin qui a tué sa femme et, d’autre part, Guglielmo Marconi, l’inventeur du télégraphe.

Larson fait des recherches très approfondies, ses romans sont pleins de détails précis, ce qui fait qu’il nous raconte toutes ces histoires « preuves à l’appui ». Et cette démarche ne rend pas les livres austères, au contraire : l’intrigue policière est toujours réussie.

Pour moi, ce sont tous des chefs-d’œuvre.

*

Erik Larson est publié en français au Cherche Midi. Ses romans sont réédités au Livre de Poche.

Le dernier paru est Une histoire vraie (2022). Vous souhaitez le chroniquer ? Envoyez votre article à les-yeux-dans-les-livres@orange.fr.

De trop grosses ficelles

Lucia

————————–

Policiers et thrillers (France)
Par Julien Raynaud

Bernard Minier est notamment connu pour avoir écrit le thriller Glacé en 2011, qui a fait l’objet d’une adaptation en série par Gaumont. Cette enquête pyrénéenne diabolique obéissait à tous les codes du genre, mais abordait une thématique peu agréable qu’on ne peut divulguer sans briser le suspense. Dans Lucia, sorti en 2022, l’auteur récidive avec la même thématique en toile de fond, toujours aussi dérangeante, ce qui devient sinon une obsession du moins une facilité. L’enquête menée par la policière Lucia en Espagne fournit quelques éléments intéressants, mais qui ne sont pas à la hauteur de la scène d’ouverture. Quant à l’explication finale, laborieuse, elle est expédiée par l’auteur, qui avait manifestement envie d’en découdre. Si l’on ajoute à cela un titre tout à fait raté et une couverture Pocket sans lien véritable avec l’histoire, c’est quand même la déception qui l’emporte.

*

Un oeil dans la nuit

—————————

Policiers et thrillers
Par François Lechat

C’est mon premier Bernard Minier, et ce sera sans doute le dernier. Pas parce que l’intrigue m’aurait déçu : elle en vaut une autre en nous plongeant, au fil de meurtres sadiques, dans le monde des films d’horreur, et surtout dans celui du maître du genre, un certain Morbus Delacroix. Comme il se doit, le coupable ne sera pas celui qu’on imaginait. Contrat rempli, donc, mais avec quelle maladresse… Pourquoi nous annoncer systématiquement que l’on va bientôt avoir peur ? Pourquoi suggérer d’avance le lien entre deux personnages importants, au lieu de nous réserver la surprise ? Pourquoi mettre en majuscules les phrases censées nous frapper ? Pourquoi ces longues descriptions de l’état psychologique des personnages, alors qu’il se comprend chaque fois de lui-même ? Pourquoi ces dialogues ou ces monologues servant de rappel, et qui sont parfaitement inutiles ? Il y a une belle scène de suicide, assez corsée, et des idées horrifiques, mais l’ensemble est écrit comme si les lecteurs avaient 14 ans.

*

Bernard Minier
Lucia et Un oeil dans la nuit
publiés chez XO Éditions
2022 et 2023

Lucia est disponible en Pocket, Un oeil dans la nuit le sera bientôt.

J’ai lu tout Agatha Christie

—————————

Série « J’ai lu tout… »
Policiers et thrillers (Grande-Bretagne)Hommages
Par Marie-Hélène Moreau et Catherine Chahnazarian

CATHERINE – Ça t’est arrivé, à toi, de lire tous les livres d’un même auteur ?

MARIE-HÉLÈNE – À quelques exceptions près (la romance par exemple), tout livre est susceptible de satisfaire mon goût de la lecture, mon grand plaisir étant de changer d’univers. Passer d’un roman flamboyant à un style épuré, d’un thriller à un livre intimiste pour ensuite naviguer vers la science-fiction. Aussi n’ai-je jamais ressenti le besoin de “lire tout un auteur” aussi brillant soit-il. Même la lecture d’un livre exceptionnel ne m’en donne pas l’envie car c’est ce livre-là qui est exceptionnel, pas forcément les autres.

CATHERINE – C’est amusant, je fonctionne tout à fait différemment. Quand un livre me plaît – je veux dire, me plaît vraiment -, j’ai envie d’en lire d’autres du même auteur. Et si l’auteur me plaît, je les lis tous (ou presque). Toi tu ne l’as jamais fait ?

MARIE-HÉLÈNE – Non, la seule exception, sans doute à mettre sur le compte de la jeunesse, je l’ai faite pour Agatha Christie. Je me souviens de cette bibliothèque lorsque j’étais collégienne. S’y trouvaient de gros volumes, chacun regroupant plusieurs de ses romans, et ils me fascinaient littéralement. Je les ai dévorés les uns après les autres jusqu’à épuisement et en ai gardé un respect profond pour cette grande dame de la littérature ainsi sans doute que cet amour immodéré des livres.

CATHERINE – Moi aussi j’ai eu ma période Agatha Christie. J’adorais les ambiances rétro qui m’évoquaient les récits de ma grand-mère, réfugiée à Londres pendant la Première Guerre mondiale, j’apprenais l’esprit anglais et je rêvais de voyages au Moyen Orient, surtout en train ! Je ne devinais jamais qui étaient les coupables et j’adorais me laisser embarquer dans ces intrigues qui me dépassaient, toujours à la fois exotiques et énigmatiques. Elle a écrit plus de quatre-vingt livres, dont près de soixante-dix romans policiers, c’est fou. Je voulais tous les lire, mais j’avoue avoir abandonné après quelques dizaines.

MARIE-HÉLÈNE – Lesquels as-tu préféré ?

CATHERINE – Le meurtre de Roger Ackroyd et Le crime de l’Orient-Express (j’ai envie d’ajouter « bien sûr »), Pension Vanilos (avec Hercule Poirot) et Un cadavre dans la bibliothèque (avec Miss Marple).

Je n’ai pas retrouvé, en feuilletant rapidement les premières pages de plusieurs de mes Agatha Christie, quel est celui dans lequel une jeune fille (ou une secrétaire ?) se fait sermonner par une dame plus âgée (ou sa patronne ?) parce qu’elle sert le thé, ce qui est bien, certes, sauf qu’il n’est pas très bon : « Je suis sûre que l’eau n’avait pas frémi ». Sooo british !

MARIE-HÉLÈNE – Il se trouve que mon Agatha Christie préféré est, de très loin, le meurtre de Roger Ackroyd 😊

*

Agatha Christie est publiée en français chez JC Lattès (Éditions du Masque).

Huit crimes parfaits

————————–

Policiers et Thrillers (U.S.A.)
Une brève de Pierre Chahnazarian

Malcolm, libraire spécialisé en polars, est contacté par une agente du FBI, qui voit une corrélation entre une série de meurtres récents et un article qu’il avait publié sur son blog, une liste de 8 bouquins célèbres aux intrigues bien ficelées.

Bientôt, il sent que la menace le concerne, son passé resurgit, ça se complique pour lui…

Démarrage un peu lent, mais très vite quand même on accroche !

*

Peter Swanson
Huit crimes parfaits

Traduction : Christophe Cuq
Éditions Gallmeister (Totem)
2022

Viscères

—————————

Policiers et thrillers (Grande-Bretagne)
Par Julien Raynaud

On ne présente pas Mo Hayder, de son vrai nom Clare Dunkel, décédée en 2021 : reine du polar, du crime, de l’enquête glaçante et bien ficelée. Dans Viscères, Wolf selon le titre original, le talent de Mo Hayder consiste à tirer plusieurs fils, de façon à façonner une intrigue qui aurait pu prendre diverses directions. L’auteure va vous cueillir à froid, car dès le début du livre, une surprise vous cloue sur place. Et il y en aura d’autres.

Parfois présenté comme le tome 7 des enquêtes de l’inspecteur Caffery, ce dernier opus peut tout à fait être lu de manière indépendante. En tous cas, comme souvent, c’est encore mieux de l’aborder sans rien savoir, sans même lire la quatrième de couverture.

On lit ici ou là que Viscères « est en cours d’adaptation pour la BBC ». Ce sera un sacré film.

*

Mo Hayder
Viscères
Traduction : Jacques Martinache
Les Presses de la Cité
2015

Existe en Pocket

3 livres à succès qui nous ont plutôt déçus

———————————————————

Les Armes de la Lumière

Littérature anglophone (Royaume-Uni)
Stylo-trottoir : ce que Pierre vient de lire

Les Armes de la Lumière sera le dernier opus de la fresque de Kingsbridge commencée avec Les Piliers de la Terre. Pierre nous avait parlé d’Une Colonne de Feu. Ce roman-ci se passe deux siècles après le précédent (Le Crépuscule de l’Aube).

« On est au temps des filatures, de l’évolution avec les premières machines à vapeur, la montée des syndicalismes, travailleurs contre patrons, et les guerres napoléoniennes », explique Pierre avec un enthousiasme modéré. Car, pour lui, le roman reste assez classique, les personnages se partagent entre les bons et les moins bons… Un effet de lassitude devant le Xème roman de Ken Follett conçu de la même façon ? « Mais ça se lit et on a envie de connaître la suite. »

Angle mort

Policiers et thrillers (Grande-Bretagne)
Une brève de Florence Montségur

Je viens de relire les articles sur La fille du train et Celle qui brûle. La régression s’accentue, hélas. Angle mort est décevant. Il y a peu de substance, peu de psychologie, peu de suspense… Les ingrédients sont classiques et employés platement (il y a de l’orage quand les choses vont mal). On sent que l’auteure devrait respirer un peu, attendre la bonne histoire et une réelle envie d’écrire. Je l’ai fini car il se lit vite et que ce sont les vacances.

Rocky, dernier rivage

Littérature francophone (Belgique)
Par Catherine Chahnazarian

J’ai lu ce roman presque d’une traite, en me demandant sans cesse « Mais où vont ces personnages ? », « Mais où va l’auteur ? ». Et j’ai été déçue par la fin, mais ce n’est pas ce qui compte. C’est que, à travers le survivalisme, le thème de cette fiction au drôle de titre est notre incapacité à changer de mode de vie alors même que ça urge, le temps inouï qu’il nous faut pour nous adapter à la réalité du réchauffement climatique, notre indifférence au sort des autres, notre égoïsme et en particulier celui des – de certains – riches… Genre « on va droit vers l’apocalypse », mais dans un roman léger, qu’il serait facile de prendre au premier degré comme si ce dont il est question n’était pas si grave. L’intrigue est bien construite (sauf, à mon avis, pour la temporalité) et bien écrite, les personnages (sauf celui du père, qui n’est pas très bien maîtrisé) sont bons, Gunzig distille un humour discret… mais comme s’il s’agissait de nous distraire, alors que le message est autrement ambitieux. J’ai été très gênée par ce décalage. Le traitement psychologique est ahurissant. Pour le dire autrement, ça manque de tripes, c’est impossible de croire au désastre qui est supposé s’être produit, impossible de croire aux réactions des personnages. Et en même temps, quelque chose a fait que je l’ai lu presque d’une traite. Ce roman me laisse tout à fait perplexe.

*

Ken Follett
Les Armes de la Lumière
Éditions Robert Laffont
2023

Paula Hawkins
Angle mort
Traduction : Corinne Daniellot
Éditions Sonatine
2023

Thomas Gunzig
Rocky, dernier rivage
Éditions Au Diable Vauvert
2023

Les jaloux

————————–

Policiers et thrillers (U.S.A.)
Par François Lechat

Un jeune homme de 17 ans, impulsif et sujet à des absences au terme desquelles il ignore ce qu’il a bien pu faire pendant quelques heures, s’attire forcément des ennuis. Mais à Houston, en 1952, ces ennuis risquent d’être particulièrement graves, la ville étant l’épicentre de la mafia et de la corruption. Quand notre jeune homme met en boîte le fils d’une riche famille liée à la pègre, il enclenche un engrenage qui va lui donner des sueurs froides. Sur 400 pages de plus en plus tendues, le héros des Jaloux, mal conseillé par son meilleur ami (qui est encore plus chien fou que lui), protégé par deux figures paternelles à qui la baston ne fait pas peur, en butte à des policiers impuissants et ambigus, ira de provocations en provocations, miraculeusement toujours en vie avant un final d’une grande maîtrise. Un apprentissage accéléré de la vie, une réflexion sur le bien, le mal et les limites de la loi.

Si la vraisemblance lui fait parfois défaut, James Lee Burke nous embarque par ses dialogues ciselés et une foule de détails visuels qui font époque, entre voitures, vêtements, coiffures, armes à feu… Sans compter un trio féminin classique mais très bien campé (la mère, l’amoureuse, la putain) et de belles envolées lyriques. Ode à l’amitié, à l’amour et au courage sur fond de violence et de racisme, ce livre est moins noir qu’il n’y paraît.

*

James Lee Burke
Les jaloux
Traduction de Christophe Mercier
Éditions Rivages
2023

Un Site WordPress.com.

Retour en haut ↑