La maison du ruisseau

Marie-Laetitia Gambié, La maison du ruisseau, Shortédition, 2012 (?)

— Une brève de Florence Montségur

Une jolie nouvelle, poétique, presque envoûtante d’insectes qui bourdonnent dans la cour ensoleillée.
Très de saison !

L’intimité d’un chez soi, sa complicité même… Et, peut-être, son ouverture à une nouvelle âme ?

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

Lien : lire la nouvelle sur short-edition.com.

Le voyageur et le jardinier

— Par Florence Montségur

J’ai été charmée par ces deux courtes nouvelles publiées chez Shortédition. Jolies et émotionnantes, elles sentent le vrai et ont en commun le thème du père, la démarche du souvenir et le bonheur d’avoir aimé.

Le voyageur, d’Ariane Kainomyz, témoigne de l’équilibre positif d’une famille où, pourtant, on pourrait se croire malheureux. C’est tendre et généreux, et c’est triste sans l’être.

Chez mon père, de Viviane Clément, revisite un jardin qu’il fallait arroser avec un arrosoir trop lourd, sous les yeux attendris de celui qui savait comment planter, soigner et cueillir. Cette nouvelle simple, fluide, imagée, donne d’autant plus envie de retrouver de l’herbe verte, des fleurs colorées, de l’eau à la pompe…

N’oublions jamais d’aller voir ce que font les amateurs — parfois des merveilles — sur les sites où ils peuvent s’exprimer.

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

Liens : Shortédition ; le concours de nouvelles de Shortédition.

Le monde d’après

Lufthunger Pulp n°1, « Le monde d’après », Lufthunger Club, 2022

— Par Marie-Hélène Moreau

Quelle bonne idée ! En ces temps où la nostalgie s’invite dans tous les domaines (le vintage dans la mode et la décoration, les tournées des stars des décennies passées, la série Stranger Things qui nous renvoie dans les années 80 pas si lointaines et pourtant…), deux passionnés d’écriture, récents créateurs du Lufthunger Club (accompagnement et conseil aux auteurs), ont conçu le projet fou de ressusciter les Pulps.

Les Pulps, ces magazines américains bon marché d’avant-guerre, faisaient la part belle aux auteurs de polar mais aussi de SF. Nombre d’auteurs parmi les plus connus du genre y ont publié leurs nouvelles avant de connaître la célébrité. Si les lois du marché les ont fait décliner puis disparaître, ils n’en restent pas moins cultes et c’est pour les faire revivre que le projet Lufthunger Pulp a vu le jour, respectant au plus près les codes du genre. Après un appel à textes et un financement participatif réussi, voici enfin le nouveau-né, et on ne peut que saluer l’initiative !

Dans ce premier numéro, 12 nouvelles autour du thème “Le monde d’après” sont publiées en doubles colonnes et sans illustration (peut-être la prochaine fois, nous dit-on, et ce serait bien). Le genre est clairement SF et, sans surprise, le “monde d’après” n’est guère idyllique… Vie virtuelle prenant le dessus sur la vie réelle, monde dévasté par la montée des eaux et livré aux trafics et autres monstres marins, intelligence artificielle ayant pris le pouvoir ou survie dans l’espace, il y en a pour tous les goûts dans ce premier numéro destiné, certes, aux amateurs du genre mais suffisamment attractif (jolie couverture et typo impeccable, format magazine pratique et textes accessibles) pour une première approche de lecteurs curieux de découverte.

Comme le dit si bien l’édito qui ouvre le numéro, “Les pulps sont morts, longue vie aux pulps!”.

Catégorie : Nouvelles et textes courts (revue française).

Liens : le club , le pulp.

À la récréation

À la récréation (coll.), Nouvelle Cité, 2022

— Une brève d’Anne-Marie Debarbieux

C’était le thème d’un concours littéraire organisé par les éditions Nouvelle Cité. Un petit recueil réunit les 4 lauréats.

Pas mal du tout ! Des textes bien écrits, intéressants, très divers. J’ai pris un réel plaisir à cette lecture qui constitue en quelque sorte… une récréation entre des lectures plus denses et plus longues.

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

Liens : chez l’éditeur.

Desperate ménagère de + 50 ans

Anne Noblot-Miaux, Desperate ménagère de + 50 ans, The book edition, 2016

— Par Anne-Marie Debarbieux

Un coup de cœur pour ce petit recueil sans prétention de 25 nouvelles dont j’ai croisé l’auteure par hasard dans un salon du livre. Des textes courts, qui racontent des choses de la vie, des histoires de gens ordinaires. C’est bien écrit, souvent drôle, tantôt touchant voire émouvant, mais jamais mièvre, tantôt ironique voire percutant, mais jamais méprisant. Les registres et tonalités sont variés, le regard est souvent amusé, lucide mais bienveillant. Ainsi va la vie ! L’auteure ne traque que la bêtise et les préjugés et elle ne donne de leçon à personne. Bref, cela sonne juste parce que c’est très humain ! Par exemple, la description apocalyptique des courses à l’hypermarché (qui évoque l’humour irrésistible de certains sketches d’Anne Roumanoff), ou celle de l’ado qui prend naïvement son premier émoi pour le grand amour, ou encore l’évocation de la mère de famille qui attend vainement des compliments pour le repas qu’elle s’est donné tant de mal à préparer.

On peut penser que la carrière d’Anne Noblot-Miaux, effectuée dans l’univers médical, lui a permis de rencontrer beaucoup de gens très différents qui ont pu constituer un terreau fertile pour lui inspirer quelques traits de ses personnages ! Encore faut-il s’intéresser vraiment aux gens ordinaires pour braquer avec bonheur les projecteurs sur eux le temps d’une histoire fictive de quelques pages !

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

Liens : chez l’éditeur.

Et vous avez eu du beau temps ?

Philippe Delerm, Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases, Seuil, 2018

— Une brève d’Anne-Marie Debarbieux

« Je me suis permis », « Ca r’pousse pas ! », « J’dis ça, j’dis rien », « En même temps, je peux comprendre ». Qui peut prétendre ne jamais prononcer ces mots ?

Savoureux, ce recueil de textes courts qui explore quelques-unes de ces phrases et formules qui émaillent facilement nos conversations. Anodines ? Sans arrière-pensée ? Pas toujours si sûr.

C’est drôle, c’est fin, c’est bien vu ! C’est du  très bon Delerm, à déguster.

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

Liens : chez l’éditeur.

13 à table — Hiver 2021-2022

Treize à table, en gardant ses distances, ça fait une grande table… Mais à l’impossible, cherchons des solutions. Les tables virtuelles sont bof-bof, mais si j’apporte ma table, que toi aussi tu apportes ta table, et que quelqu’un d’autre encore apporte une table, il y aura moyen de faire de la place pour tout le monde. Ça vous paraît compliqué ou bizarre ? D’accord, laissons faire les Restos du Coeur pour ce qui est de jouer avec les tables et faisons ce que nous savons faire : achetons des livres. Achetons tous le même, cette semaine : celui-ci. Parce que si on ajoute un livre à livre et puis encore un livre, etc., ça fera une belle table. Pour treize. Pour treize cents. Pour treize mille…

Comme c’est marqué en grand, 1 livre = 4 repas. On pourrait même dire 5, le cinquième étant pour vous, qui lirez, au milieu des nouvelles de Tonino Benacquista, Françoise Bourdin, Marina Carrère d’Encausse, Jean-Paul Dubois, François d’Epenoux, Karine Giebel, Marie-Hélène Lafon, Alexandra Lapierre, Agnès Martin-Lugand, Étienne de Montety, François Morel, Romain Puértolas, Tatiana de Rosnay et Leïla Slimani, une recette de Cyril Lignac.

Car au thème des meilleurs souvenirs de vacances, Cyril Lignac répond « poulet rôti à l’origan frais et au citron ». Miam !

Que tout le monde mange !

Vous trouverez 13 à table ! dans toutes les librairies pour 5 euros seulement.

Catégorie : Nouvelles.

Liens : chez l’éditeur. Tous nos articles sur cette publication annuelle sont disponibles à la rubrique « Restos du coeur« .

À travers Coline

Marianne Ajac, À travers Coline et autres textes courts, short-edition.com, 2021

— Une brève de Florence Montségur

Dans Canicule et Heket et Tara (à lire dans cet ordre), des situations familières s’inscrivent dans le climat du futur. H. et Marie-Mercredi raconte une étrange rencontre… Mais ma préférée est À travers Coline. Le talent de l’autrice s’épanouit dans cette variation poétique et symbolique sur l’âme.

À découvrir si vous aimez le court, la poésie et le surréalisme.

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

Liens : Les textes de Marianne Ajac sont regroupés ici sur short-edition.com.

Cabines

Gilles Vincent, Cabines, Les cahiers de Parole, 2021

— Une brève de Jacques Dupont

« Un homme se trouve enfermé dans une cabine téléphonique. » Je n’en dirai rien de plus, sinon que « ça » fait 32 pages, coûte 4 euros et les vaut largement.

Je vous recommande donc de vous rendre sur le site des éditions Parole, où la démarche de l’éditeur est explicitée : publier des textes courts, d’auteurs confirmés ou pas, voire jamais publiés, un seul texte par cahier… De quoi oser lire, sans risque excessif, un auteur ou un genre hors de ses habitudes de lecture.

La démarche m’est éminemment sympathique, raison de ce court partage.

Catégorie : Nouvelles et textes courts.

Liens : chez l’éditeur.

Chaque automne, j’ai envie de mourir

Véronique Côté et Steve Gagnon, Chaque automne, j’ai envie de mourir, Hamac, 2012

— Par Brigitte Niquet

Voilà un livre qui ne ressemble à aucun autre, une espèce d’OVNI totalement inclassable, ce qui fait partie de son charme.  Disons, pour simplifier, que c’est un recueil de textes courts qui nous vient du Québec, pas vraiment des nouvelles ni rien qu’on puisse ranger dans des cases, mais du même coup, l’ensemble se prête très bien à diverses utilisations dont la mise en voix (les deux co-auteurs sont metteurs en scène et comédiens, il doit y avoir une relation de cause à effet !). Il s’intitule Chaque automne, j’ai envie de mourir – le titre déjà n’est pas banal. Le contenu non plus.

D’abord, les auteurs n’en sont pas vraiment (ils tiennent à le préciser), car ils se sont « limités » à susciter et collecter des témoignages, des histoires de vie, et à les transformer en chapitres de livre, avec un gros coup de pouce à l’écriture, qui n’était pas la préoccupation première des primo-écrivants. Et donc ça foisonne, ça bouillonne, ça parle de nous, ça parle de vous et, outre les lecteurs purs et durs, les metteurs en  scène ont trouvé là un terreau fertile, qui a  déjà donné lieu à plusieurs spectacles théâtraux et à des « lectures-spectacles » lors des festivals antérieurs à la COVID. Pour y avoir assisté, je peux garantir qu’il y a eu beaucoup de rires, quelques larmes et que nombreux sont ceux qui se sont précipités pour acheter le livre. Il n’en restait plus un seul quand j’ai quitté les lieux.

Ajoutons que ces tranches de vie sont d’une sincérité absolue, parfois tendres, souvent violentes – car la vie est violente, préparez vos mouchoirs pour certaines scènes – et, pour le lecteur français, bénéficient entre autres de  l’originalité du langage. On le sait, bien que francophone, le Québec a de nombreuses particularités d’expression, souvent très colorées, qui émaillent les textes et leur donnent une étonnante saveur. C’est parfois déroutant mais toujours compréhensible, et contribue, bien sûr, au dépaysement créé par ce livre. Tabernacle, que demander de plus ?

Catégorie : Nouvelles et textes courts (Québec).

Liens : chez l’éditeur.

Tout meurt en une seconde

Clair Gauffenic, Tout meurt en une seconde, short-edition, 2021

— Une brève de Florence Montségur

Je prends de temps en temps quelques minutes pour me rendre sur short-edition.com. Et c’est avec grand plaisir que j’ai découvert le Grand prix du court de ce printemps 2021. Une très bonne nouvelle qui se lit en trois minutes.

J’ai aussi bien aimé Incendie, de Thomas Potier — un clin d’oeil à ceux et celles qui aiment les livres.

L’avantage des sites éditeurs de nouvelles : le plaisir est régulièrement renouvelé !

Catégorie : Nouvelles.

Liens : short-edition ; sans oublier le site de nouvelle-donne, dont Brigitte est directrice de publication et qui recèle aussi de bons textes pour les amateurs de court.

Expiration

Ted Chiang, Expiration, Denoël, 2020

— Par Catherine Chahnazarian

Ted Chiang n’est pas du genre à tirer à la ligne (une vingtaine de nouvelles en trente ans) et cela se sent. Voici des récits dans lesquels on entre avec surprise et on ressort avec admiration. Perfectionniste (comme son remarquable traducteur), l’auteur livre une œuvre puissante qui force le respect : neufs nouvelles ciselées au plus fin, concises et d’une richesse telle que, dès qu’un texte fait plus de vingt pages, on est convaincu d’avoir lu un roman. Peu importe donc si n’aimez pas trop les nouvelles ; peu importe aussi si vous n’aimez pas trop la science-fiction (moi non plus).

Très différents les uns des autres, ces récits ont en commun de questionner sur l’homme.

« Le marchand et la porte de l’alchimiste » est un conte oriental dont la couverture de cuir pourrait s’effriter entre vos doigts. Un marchand de tissu bagdadi fait une rencontre extraordinaire qui va lui permettre de vérifier que le passé et le futur ne font qu’un. Après des récits dans le récit, la nouvelle se termine sur une ouverture inattendue qui m’a fait sourire.

Dans « Expiration », un anatomiste se livre à une expérience scientifique extraordinaire. C’est tellement bien amené que, la surprise passée, on accepte que le personnage soit qui il est et on visualise la scène comme si on acceptait qu’elle fût possible. Passionnant.

Très courte, « Ce qu’on attend de nous » est une farce bien pensée qui vous prouvera en deux temps trois clignotements que le libre-arbitre n’existe pas ! Une excellente démonstration de ce que l’auteur expliquait dans une interview à France Culture : « Les idées philosophiques et scientifiques peuvent s’imbriquer et s’asseoir dans la fiction ».

« Le cycle de vie des objets logiciels » démarre sur une invention qu’en toute bonne foi une foule de gens se mettent à utiliser avec joie (les inventeurs et les utilisateurs ne sont-ils pas toujours des rêveurs de bonne foi ?). L’auteur nous fait entrer dans un monde virtuel dont les relations avec le monde réel vont se complexifier. « Jax ne veut pas contrôler un avatar à distance : il veut être l’avatar » (p. 167). Un développement narratif hors pair fascine alors le lecteur, pris au piège d’un engrenage effrayant. Pourtant, les personnages conservent cette bonne foi qui rappelle nombre d’entre nous… Une extraordinaire plongée dans un monde auquel on s’habitue en dépit de tout bon sens ; avec des personnages auxquels on finirait par croire ; à travers des situations qui n’en finissent pas de varier et de s’additionner. On se demande où l’auteur va s’arrêter ! Une intéressante réflexion sur l’éducation. Notamment.

Après cela, plus conforme à l’esprit de la nouvelle brève avec sa chute piquante, « La nurse automatique brevetée de Dacey » est une agréable récréation – sur l’éducation également.

Je n’ai évoqué ici que la première moitié du recueil — pour vous en donner un aperçu. Je vous laisse découvrir la suite sans plus rien vous dévoiler.

Catégorie : Nouvelles (U.S.A.). Traduction : Théophile Sersiron.

Liens : chez l’éditeur ; un très intéressant papier de L’Obs sur l’auteur ; une émission de France Culture qui lui est consacrée (ça commence à la minute 11’20 » du podcast).

13 à table (hiver 2020-2021)

Les Restos du Coeur, 13 à table, Pocket, 2020

— Par Catherine Chahnazarian

Oui, cette année encore, des auteurs et artisans de l’édition se sont mobilisés pour offrir un recueil de nouvelles aux Restos du Coeur. Ils sont 15 (Tonino Benaquista, Philippe Besson, Françoise Bourdin, Maxime Chattam, Jean-Paul Dubois, François d’Epenoux, Eric Giacometti et Jacques Ravenne, Alexandra Lapierre, Agnès Martin-Lugand, Véronique Ovaldé, Romain Puértolas, Olivia Ruiz, Leïla Slimani et Franck Thilliez) pour 14 courtes nouvelles rassemblées en 1 recueil en vente à 5 euros qui s’intitule 13 à table et équivaut à 4 repas.

Chaque année ça m’amuse, ces chiffres disparates, comme d’un éditeur qui ne saurait pas compter. Mais le calcul est simple : une fois cinq, quatre ; deux fois cinq, huit ; trois fois cinq, douze… Lisez 13 à table (à défaut de l’être) et offrez-le à un ami qui en a marre des gadgets électroniques, à une vieille tante qui a besoin de distraction, à votre neveu qui n’aime pas lire et que la brièveté des textes décidera peut-être, à cette voisine qui a bien de la patience avec vous vu comment vous mettez la musique trop fort dans votre appartement, au Père Noël lui-même ! Une fois cinq, quatre ; deux fois cinq, huit ; trois fois cinq, douze…

Cette année, le thème est « Premier amour ». Il y a… Une belle vie avec Charlie, de Jean-Paul Dubois, très touchante nouvelle : quelle belle écriture et quel remarquable appel au vécu ! 1973, 7e B, de François d’Epenoux : une plongée dans l’école de l’époque et les émois d’un enfant de dix ans – quelle belle écriture également ! Un train d’avance, de Franck Thilliez, un texte prenant comme on peut s’y attendre d’un aussi bon auteur de thriller : un étrange voyage Paris-Dieppe… Celle d’Olivia Ruiz a le mérite, si je puis dire, d’aller tout au fond de son sujet (et du gouffre), toutes ont des qualités, il y en a pour tous les goûts.

Catégorie : Nouvelles.

Liens : chez l’éditeur ; Les Restos du Coeur ; tous nos articles sur cette publication annuelle sont disponibles à la rubrique « Restos du coeur« .

Noël 2020 – Albert Camus, un auteur à lire et à relire

— Par Anne-Marie Debarbieux

La valeur d’un écrivain se mesure souvent au fait qu’il sache durer et, n’en déplaise à ses détracteurs, Camus est de ceux-là. L’engouement suscité par la découverte ou la relecture de La Peste en cette période de pandémie en est une preuve. La voix de Camus reste obstinément vivante pour nous rappeler les vraies valeurs, celles qui unissent les hommes devant le malheur et la mort. Et Sartre et Beauvoir, qui l’ont considéré avec condescendance comme défenseur d’une sorte de « morale de Croix-Rouge », ont beau avoir ricané : les exhortations de Camus à la fraternité, à la solidarité, au dialogue, à la lutte contre la mort, même si c’est un combat toujours inégal, résonnent encore auprès d’un large public.

Plusieurs facteurs ont beaucoup pesé sur les choix et les idées de cet humaniste sans illusion mais jamais désespéré : ses origines pauvres, éloignées de l’intelligentsia, son attachement indéfectible à l’Algérie où il est né, son déchirement face au conflit qu’il espérait voir se résoudre autrement que par la violence et les armes, et la maladie qui l’a, très jeune, amené à une lucidité devant la mort et à un insatiable appétit de vie. Car l’homme révolté est celui qui aime la vie, dit « non » à l’inacceptable, sans se prendre pour Dieu mais en étant solidaire de tous, ce qui l’affranchit du désespoir de la solitude.

Si j’ai évidemment lu et relu L’étranger, bagage de base obligé quand on évoque Camus, j’ai préféré, outre La peste et son attachant docteur Rieux, La chute et son juge pénitent torturé par la culpabilité, Caligula à qui le pouvoir absolu, qu’il exerce uniquement parce qu’il le détient, ne procure qu’un nihilisme que n’éclaire aucun bonheur. On peut également évoquer Les Justes où, face à un attentat qui met en péril des enfants, s’affrontent le héros, qui n’accepte le recours au terrorisme que pour donner une chance à la vie, et celui qui fait de la terreur la seule réponse possible pour libérer le peuple du joug qui l’asservit.

Camus ne voit dans l’existence aucune transcendance divine qui lui donnerait sens, mais il repousse toute justification de la violence et de l’absolutisme, et trouve inlassablement, dans l’attention portée à l’homme dans ce qu’il a de plus fragile, la valeur de l’existence et la raison de vivre. Pour autant, son parcours n’est pas exempt de désenchantements, comme l’illustre une remarquable nouvelle intitulée « L’Hôte ». Un instituteur français, dans un village d’Algérie, doit prendre en charge un meurtrier arabe. Cet arabe, condamné hâtivement à la suite d’une bagarre stupide qui a mal tourné, dont on se déleste sur l’instituteur du sale boulot de l’emmener en prison, renvoie, à celui qui transmet la culture et ses valeurs, l’image d’un échec de ce à quoi il voue sa vie. Il laisse le meurtrier maître de son destin mais les Arabes croient à tort qu’il a livré son hôte. L’instituteur se sent alors très seul, humilié et menacé, dans ce pays qu’il avait cru le sien. Le tout, dans un paysage écrasé par la neige.

Cette nouvelle, extraite de L’exil et le royaume, est l’un des textes de Camus qui m’ont particulièrement marquée car il montre bien que l’on peut être un homme de conviction sans être un homme de certitudes. Et cela est tellement humain !

Catégories : Hommages, Littérature française, Nouvelles.

Liens : les pages sur Camus chez Gallimard et en Folio ; L’exil et le royaume.

Deux nouvelles

Par Catherine Chahnazarian.

Récemment, deux courtes oeuvres publiées sur Nouvelle Donne (qui promeut la nouvelle littéraire – à ne pas confondre avec l’association politique homonyme) m’ont procuré grand plaisir :

Hervé Gasser, « On voit s’obstiner, chez le poète vieilli, une volonté d’éblouir », Nouvelle Donne 2020

Un texte un peu farceur, superbement écrit. En quelque sorte, sur l’art de transmettre une bibliothèque à ses héritiers ! Une affaire peut-être pas très originale, mais si bien menée qu’on passe un excellent moment de plaisir.

Liens : la nouvelle en PDF ou sur le site de Nouvelle Donne.

Jean-Yves Robichon, « Comme à Ostende », Nouvelle Donne, 2020

Poignante. Une nouvelle en forme de journal, écrit par un adolescent à qui sa mère manque. En quelques phrases, l’auteur plante une atmosphère, suggère des caractères, exprime un malaise. Quel bon texte !

Liens : la nouvelle en PDF ou sur le site de Nouvelle Donne.

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