Le Bourreau de Gaudi

Aro Sáinz de la Maza, Le Bourreau de Gaudi, Actes Sud (Actes noirs), 2014

Par Sylvaine Micheaux.

Un nouvel auteur pour moi, avec un nouveau héros, flic bien sûr, barcelonais jusqu’au bout des ongles, Milo Malart.

On m’a dit :  » Toi qui reviens de Barcelone, il faut que tu lises ce livre.  » J’ai pris le pavé, 663 pages, et je n’ai pas été déçue.

Un homme en flammes est trouvé, accroché au balcon de la Pedrera, casa emblématique de Barcelone réalisée par Gaudi. Cet homme, haut responsable de La Caixa, grande banque espagnole, a été enlevé et torturé.

Milo Malart, policier sous le coup d’une mise à pied sans solde et mal vu par sa hiérarchie, est rappelé d’urgence. Ce policier à l’esprit torturé, comme souvent dans les polars actuels, est malgré tout considéré comme le meilleur enquêteur de Barcelone, personnage solitaire mais arrivant à se mettre dans la peau et la tête des assassins. On lui adjoint une jeune inspectrice, Rebecca, qui doit le surveiller et calmer ses initiatives.

Meurtre isolé ou tueur en série ? Surtout que le président de la fondation Gaudi disparaît également : est-il en fuite, après avoir détourné des millions d’euros des caisses de l’association ou a-t-il également été enlevé par le tueur ?

Nous sommes en 2010, peu de temps avant que Benoit XVI consacre la Sagrada Familia, dont l’intérieur est enfin achevé. Le temps presse, surtout s’il s’agit d’un tueur en série.

Le Bourreau de Gaudi est un excellent policier, haletant, mais roman noir. On visite tout Barcelone, les beaux et les moins beaux quartiers. Les œuvres réalisées par Gaudi sont omniprésentes (d’ailleurs je m’étais fait la réflexion : « Que serait Barcelone sans Gaudi et ce tourisme à tout va ? »). On plonge dans la politique locale, dans le monde des quatre cents familles qui tiennent les finances, les institutions et la politique et dans le monde des personnes expulsées sauvagement, d’abord avant 1992 pour moderniser Barcelone en vue des J.O., et ensuite lors du virage de la ville vers le tourisme de masse.

Peut-être un peu noir pour une lecture d’été.

Catégorie : Policiers et thrillers (Espagne). Traduction : Serge Mestre.

Liens : chez l’éditeur.

Sidérer, considérer

Marielle Macé, Sidérer, considérer, Verdier, 2017

Par Jacques Dupont.

Un petit livre d’une auteure émergente, qu’il y a urgence à entendre.

Marielle Macé parle des « délaissés urbains », des espaces inhabitables et pourtant habités, bords en plein centre, ceux de la gare d’Austerlitz, qu’occupent les migrants.

S’agit-il de demeurer sidérés devant de tels lieux ? De saisir les migrants comme on saisit, comme on comprend tout à coup une idée : celle de la peine et la perte qui sont les leurs ? Ou s’agit-il, à l’inverse, de les considérer, de parler des vies qui tentent de se tenir à même le campement ­– vies auxquelles on se rapporte par les gestes, les rêves, les tentatives, l‘expérience des migrants ? Non pas : « Te voilà victime », mais : « Et toi, comment vis-tu, comment fais-tu, comment t’y prends-tu pour vivre là, vivre cela, cette violence et ton chagrin, cette espérance, tes gestes. Comment te débats-tu avec la vie ? – puisque bien sûr je m’y débats aussi. »

Devant la crise des migrants, il est plus facile de se laisser sidérer que de considérer. Or celui qui se laisse sidérer (le « sujet de sidération ») n’est pas le même que celui qui choisit de considérer (« le sujet de considération »).  Le sujet de la sidération voit l’extraordinaire des campements, le nourrit d’images où il reconnaît la relégation et la souffrance. Dans cette reconnaissance est sa compassion. Le sujet de la considération regarde les situations, travaille à se rapporter autrement à ceux à qui il fait attention, par les vies desquels il devrait aussi pouvoir être surpris.

Or, remarque Marielle Macé, on dirait que certaines vies ne seraient pas tout à fait vivantes, qu’on en considérerait certaines comme des non-vies, perdues d’avance, avant toute forme de destruction ou d’abandon. « Ce n’est pas une vie » ?  Si, c’en est toujours une. Traversée à la première personne. Toutes doivent trouver la possibilité et les ressources de reformer un quotidien : préserver, essayer, soulever, améliorer, tenter, pleurer, rêver jusqu’à (re)construire un quotidien.

Gare d’Austerlitz, là où un espace jouxte un autre espace, où un temps jouxte un tout autre temps, là où des humains s’abstiennent les uns des autres, c’est une introuvable expérience de côtoiement qui se produit. Or, le côtoiement est justement la tâche politique ordinaire (avant même la relation)…

Marielle Macé nous oblige à voir qu’il n’y a pas de non-lieux. Il n’y a que des lieux ou des vies maltraités, précarisés, disqualifiés par l’absence de considération.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

Femme qui court

Gérard de Cortanze, Femme qui court, Albin Michel, 2019

Par François Lechat.

L’auteur réussit un exploit : faire un mauvais livre sur un formidable sujet. Mais il a de la chance : son sujet est tellement fort qu’on le lit jusqu’au bout, désorienté devant tant de maladresse, mais heureux d’avoir découvert grâce à lui le destin étonnant de Violette Morris.

Car elle est formidable, Violette. Fille de parents peu aimants, mise tôt en pension, harcelée toute sa vie par la violence des hommes, elle possède un physique d’exception, un caractère de cochon et une détermination hors norme. Cela lui permettra de devenir championne d’une foule de sports féminins – mais aussi masculins, comme la course automobile – à une époque, la première moitié du 20e siècle, où une sportive est soit une femme sans féminité, soit une lesbienne aux mœurs douteuses. Et de fait Violette est violente, rageuse, souvent en colère, et elle aime les femmes, dont Joséphine Baker et l’actrice Yvonne de Bray, qui la feront entrer dans le monde du spectacle et se nouer d’amitié avec Cocteau et Jean Marais. Dans tous les sports qu’elle pratique, elle surclasse les femmes et rivalise avec les hommes, mais se fait rappeler à l’ordre par les autorités à cause de son audace, de ses coups de gueule et de ce qu’elle représente : l’émancipation féminine en marche, la preuve éclatante de l’égalité des sexes. Et fleur bleue, avec ça, éperdument sentimentale avec son amie d’enfance, Sarah, et avec sa dernière conquête, Annette. Ce qui ne l’empêche pas d’être intelligente, mais pas assez pour comprendre, pendant la montée du nazisme et sous l’Occupation, qu’elle ferait mieux de couper les ponts avec Greta, une beauté vénéneuse engagée aux côtés de Hitler…

Quel roman, direz-vous ! De fait, cette vie est un roman et c’est comme un roman que Gérard de Cortanze la raconte, c’est même marqué sur la couverture. Cela lui permet d’imaginer ce qui n’est pas documenté et de mettre la focale là où il le souhaite – et pourquoi pas ? Mais il le fait dans une écriture un peu précieuse, et qui sent la précipitation : dialogues improbables, beaucoup trop écrits, même pour l’époque ; longues phrases bourrées d’informations que l’auteur se sent tenu de livrer et qu’il essaie d’enchâsser dans le récit, en noyant son lecteur ; aphorismes et jugements à l’emporte-pièce, condamnant le machisme d’il y a un siècle avec les lunettes d’aujourd’hui ; rebondissements mal amenés, expédiés en quelques lignes alors qu’ils valaient bien mieux – et toutes ces fautes d’orthographe négligées par l’éditeur… Reste cependant la fascination exercée par Violette, et le talent déployé dans les chapitres d’ouverture et de fin, qui donnent une idée du chef-d’œuvre que Cortanze n’a pas pris le temps d’écrire. Malgré ses défauts, lisez-le : Violette Morris le mérite.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Dernier arrêt avant l’automne

René Frégni, Dernier arrêt avant l’automne, Gallimard, 2019

Par Brigitte Niquet.

Quiconque s’est promené dans les paysages sublimes des Alpes de Haute-Provence y a forcément croisé le fantôme de Giono et l’ombre plus discrète mais bien vivante, elle, de René Frégni. Ce dernier en est tombé raide amoureux (comme on le comprend !), il y vit et y a écrit l’essentiel de son œuvre.

Le talent de Frégni et l’éclectisme de son inspiration ne sont plus à démontrer, aussi est-il presque amusant de le découvrir cette fois dans la peau d’un auteur soi-disant en panne totale d’inspiration et qui espère se ressourcer – ou à défaut renoncer à toute activité littéraire – en devenant le gardien d’une abbaye en ruine et en cours de réfection, ce dont le charge un mystérieux commanditaire qu’il ne verra jamais. Une petite chatte abandonnée qu’il baptise Solex et qui le suit partout le choisit comme maître exclusif, et voilà un duo constitué pour être heureux sans se torturer les méninges, d’autant que l’auteur peut compter sur l’amitié indéfectible d’un couple qui tient une librairie à Riez et ne vit que pour et par les livres.

Mais voilà, en jardinant autour de l’abbaye, René exhume un cadavre fraîchement enterré et la machine se remet en marche, l’auteur de polars friand d’énigmes inédites se réveille et…

Non, vous n’en saurez pas plus. Lisez Frégni pour connaître la suite, ce n’est peut-être pas son meilleur livre mais sans doute (dit-il) le dernier, et surtout, outre qu’il nous plonge dans une intrigue policière peu banale, il baigne dans la lumière inégalable de la région de Manosque où l’auteur réside et qu’il décrit si bien, si sensuellement. Ce seul argument devrait suffire à convaincre bien des lecteurs potentiels.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; la critique que Brigitte avait faite de Tendresse des loups (Gallimard-Folio, 1998).

Délivrances

Toni Morrison, Délivrances, Babelio, 2015 (disponible en 10-18)

Par Catherine Chahnazarian.

Quand nait Lulu-Ann, c’est la surprise : elle est d’un noir… noir ! Et comme ses parents le sont beaucoup moins, ça pose problème. Mais Toni Morrison ne racontera pas les accusations de trahison et la séparation des parents, ce n’est pas cela qui l’intéresse. Par chapitres adoptant tour à tour les points de vue de l’héroïne, de sa mère, de sa meilleure amie, etc., l’auteure explore différentes facettes de la vie et de l’esprit de Lulu-Ann, renommée Bride parce que c’est plus chic ; et son récit déconstruit progressivement le personnage qu’elle avait dessiné rapidement, avec habileté, au tout début du livre. Chaque chapitre, ou presque, explorant les multiples définitions que peut prendre ce mot, fait le récit d’une délivrance. Dans un style parfaitement maîtrisé, sur un ton brut magnifique, sans lyrisme et sans sous-entendus inutiles, un de ces styles où chaque mot compte, Morrison aborde de manière très directe les thèmes du racisme, de la pauvreté, des violences faites aux enfants et de l’amour, celui qui nécessite d’être vrai. Et quand on est presque à la fin et qu’on se dit que voilà un happy end à l’américaine, un certain réalisme tragique revient au triple galop.

On sent de l’urgence dans ce livre qui va vite, de la vérité dans sa brutalité. On sent aussi la volonté de nous encourager à ne pas laisser gagner nos peurs et nos traumatismes – à travers le personnage de Bride et un beau personnage d’homme. Seul bémol : l’insistance mise à dénoncer les violences sexuelles faites aux enfants, comme si elles étaient monnaie courante. Lorsqu’un quatrième cas est révélé, c’en est trop pour un récit si intimiste. Mais c’est mon seul reproche.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Christine Laferrière.

Liens : Chez l’éditeur ; une interview de l’Express à l’occasion du Nobel (1993).

Rue du Pardon

Mahi Binebine, Rue du Pardon, Stock, 2019

Par Jeanpierre.

Marrakech, une ruelle de pauvres où une jeune fille, Hayat (« la vie » en arabe), privée de l’amour de ses parents, vivra un enfer, sera recueillie avec amour, puis martyrisée jusqu’à une pré-mort, et trouvera la force de survivre et de réaliser son rêve. L’originalité, l’étrangeté, les coutumes inquiétantes et insolites, la solidarité dont on s’est éloigné en occident, la gentillesse spontanée et ses sourires éclatants sont un enchantement pour le lecteur. Les mots font remuer la conscience et font vivre des instants troublants dans cette ville remplie de tout ce que l’homme a de misérable et son contraire.

Catégorie : Littérature francophone (Maroc).

Liens : chez l’éditeur.

Chien-loup

Serge Joncour, Chien-Loup, Flammarion, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

1915 : Sous l’oppression de la guerre, dans un village perdu au milieu des Causses, en l’absence des hommes presque tous mobilisés, les femmes, dures à la tâche mais frustes et promptes aux réactions irrationnelles, assurent la survie de ceux qui restent. Seule, la veuve du médecin défie les peurs et les méfiances et s’aventure là-haut, au-delà des pâturages où l’on préserve les bêtes nourricières. Dans cette nature intacte et sauvage, elle fait l’expérience d’une renaissance.

2017 : Un couple de parisiens, désireux de se distancier d’un milieu où tout passage à vide vous expose à l’avidité de jeunes loups prompts à servir leurs intérêts, occupe pour l’été un gîte presque inaccessible, au milieu des Causses. Tandis qu’elle s’intègre immédiatement au paysage luxuriant et s’adonne à la peinture, lui doit apprivoiser les lieux et surmonter le malaise suscité par cette déconnexion trop radicale. Pourtant la magie opère peu à peu, sans doute grâce à ce chien sauvage surgi de nulle part et qui semble les adopter.

À un siècle d’intervalle, dans les mêmes lieux, deux histoires de vie que l’auteur raconte en chapitres alternés. A chaque époque ses peurs, ses oppressions et ses issues.

Confronté au soleil écrasant, à une végétation encore préservée des intrusions humaines, à une faune souvent invisible mais que l’on sent rôder alentour, l’individu se retrouve face à lui-même mais puise aussi dans les forces sauvages de la nature de quoi affronter ce qui le menace personnellement.

Ce roman est assez difficile à classer. Il tient à la fois du roman d’aventures, du roman psychologique ou du roman philosophique. Son double intérêt est de puiser à plusieurs genres et d’être par ailleurs fort bien écrit. L’auteur excelle à nous plonger dans une atmosphère envoûtante et à nous attacher très rapidement aux pas de ses personnages.

Son meilleur roman, à mon avis.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Les Étoiles de Sidi Moumen

Mahi Binebine, Les Étoiles de Sidi Moumen, Flammarion, 2010

Par Jeanpierre.

Yachine habite dans un enfer terrestre aux portes de Casablanca, à Sidi Moumen, banlieue bidonville.

Là, s’entassent les pauvres, reclus, déchus et autres crève-la-faim ; des déchets humains qui survivent grâce à la solidarité et pour certains aux versets du Coran qui les conduit dans l’au-delà promis, miraculeux mais jamais offert. Un roman tragique, lumineux mais plein des ombres fantomatiques de ceux qui y ont été assassinés simplement pour des errances et des trahisons, pour un mauvais regard, une mauvaise plaisanterie. L’enfer, c’est peut-être ça.

Le style est envoûtant, les faits crûment rapportés font pénétrer le lecteur dans cet univers et le laissent pantois, accroché au récit jusqu’au bout, à l’impensable libération sacrificielle. Dans un français parfait, d’un style coulant et scotchant, l’auteur a su, avec ce roman, capter l’inimaginable, le faire vivre au point de s’y croire mêlé. La qualité de la langue est si parfaite et enchanteresse qu’elle m’a fait oublier tout ce que j’avais pu lire avant en France, chez les auteurs contemporains.

Mahi Binebine, écrivain, sculpteur, peintre, vit à Marrakech après avoir vécu longtemps en France. Il est l’auteur de plus d’une dizaine de romans.

Catégorie : Littérature francophone (Maroc).

Liens : chez l’éditeur.

Les romans préférés de Geneviève

Stylo-trottoir : Geneviève est mamy mais encore jeune, elle lit énormément mais ne veut pas faire de critiques. Dans un restaurant, entre le plat et le dessert, elle consulte sa liseuse pour nous dire quels ont été ses livres et auteurs préférés ces derniers temps.

Alice Ferney, Les Bourgeois et Cherchez la femme (Actes Sud, 2017 et 2014, disponibles en Babel)

« Je suis cette auteure depuis le début. J’aime énormément ce qu’elle écrit. Les Bourgeois est à mon avis le plus abouti. » Il retrace la vie de dix frères et soeurs entre les deux Guerres. « Cherchez la femme est aussi très bien. » C’est une histoire de couple, le portrait détaillé d’une famille dans tous ses états.

Ruth Rendell, Deux doigts de mensonge (Ed. des Deux Terres, disponible au Livre de Poche, 2009)

« Celui-ci, c’est le genre Jane Austin. Une jeune femme arrive dans un manoir anglais pour s’occuper d’un schizophrène… C’est très bien écrit. Genre polar (suspense). »

Peter May, La trilogie écossaise : L’île des chasseurs d’oiseaux, L’homme de Lewis, Le braconnier du lac perdu (Le Rouergue, 2014)

« C’est très bien aussi, Peter May, j’ai beaucoup aimé. Surtout L’homme de Lewis. » (Roman policier noir prenant place dans un paysage tourmenté et dont le personnage principal est atteint de la maladie d’Alzeimer.)

Ceux-ci sont plus anciens, mais Geneviève mentionne encore :

George Eliot, Middlemarch (Folio, 2005)

« Très bon roman qui se passe au XVIIIe siècle. C’est la vie d’un village… »

Edith Wharton, Chez les heureux du monde et Les beaux mariages (Ed. La Découverte, disponibles au Livre de Poche)

« J’aime également beaucoup Edith Wharton. C’est très narratif. Ça se passe au début du siècle (le XXe). Le premier à lire est Chez les heureux du monde. Il y a aussi une réédition récente des Beaux mariages. C’est l’histoire d’une femme, aux États-Unis, qui naît pauvre et cherche toujours, par vanité, à viser plus haut, à être au-dessus de sa condition. »

Catégories :  Littérature française et anglophone.

Liens : Cliquez sur les titres pour accéder aux informations mises en ligne par les éditeurs.

Tu aimes trop la littérature, elle te tuera

George Sand, Gustave Flaubert, Tu aimes trop la littérature, elle te tuera, correspondance, Le Passeur, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Amitié, admiration, plaisir réciproque de s’écrire et de se voir aussi souvent que possible, sentiments assumés, confiance : on envierait la qualité de cette relation-là ! Elle l’appelle son « vieux troubadour », il l’appelle « maître », ils parlent d’eux-mêmes à cœur ouvert, ils s’encouragent et se soutiennent, s’inquiètent l’un de l’autre…

Sand : Toi, cher, tu te promènes dans la neige, la nuit. Voilà qui pour une sortie exceptionnelle est assez fou et pourrait bien te rendre malade aussi. Ce n’est pas la lune, mais le soleil que je te conseillais, nous ne sommes pas des chouettes, que diable (p. 135).

… Ils discutent, sont souvent en désaccord, mais ils s’aiment. Leur correspondance est émaillée de grandes réflexions aussi bien que de petits récits du quotidien. Ils abordent toutes sortes de thèmes : la littérature et l’art, bien sûr, la politique aussi. On traverse avec eux des années agitées, comme celles de la guerre contre la Prusse.

Sand : Nous avons tous souffert par l’esprit plus qu’en aucun autre temps de notre vie et nous souffrirons toujours de cette blessure. Il est évident que l’instinct sauvage tend à prendre le dessus. Mais j’en crains un pire, c’est l’instinct égoïste et lâche ; c’est l’ignoble corruption des faux patriotes (…) (p. 376).

Avec le temps, cependant, Flaubert est de plus en plus torturé, de plus en plus misanthrope, tandis que Sand reste optimiste, sociable, ouverte. Elle va s’accrocher longtemps mais leur relation finira forcément par pâtir de ces différences.

Flaubert : Quelle bonne et charmante lettre que la vôtre ! maître adoré ! Il n’y a donc plus que vous, ma parole d’honneur !  je finis par le croire !  Un vent de bêtise et de folie souffle maintenant sur le monde. Ceux qui se tiennent debout fermes et droits sont rares (p. 273).

Cette correspondance donne très envie de lire ou relire les deux auteurs, surtout Georges Sand, toujours capable d’émerveillement, modeste, adorable.

Sand : Je travaille toujours ma pièce. Je ne sais pas du tout si elle vaut quelque chose et ne m’en tourmente point. On me le dira quand elle sera finie, et si elle ne paraît pas intéressante, je la remettrai au clou. Elle m’aura amusée six semaines. C’est le plus clair de notre affaire à nous autres (p. 548).

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur (édition de poche, 672 pages, 11,90 euros).

Loup et les hommes

Emmanuelle Pirotte, Loup et les hommes, Cherche midi, 2018

Par François Lechat.

Ce remarquable roman a une foule de qualités, et sans doute un défaut : il est lent, très lent. Il aurait pourtant pu être mené à une allure trépidante, car le récit ne manque pas de panache. Au 17e siècle, un noble de province part à la recherche de son frère qu’il a trahi de manière éhontée 20 ans plus tôt, et qui semble avoir survécu à ses malheurs. Il faut dire que ce frère, Loup, avait tout pour attiser la jalousie : enfant bâtard recueilli dans des circonstances mystérieuses, il a un regard magnétique, un courage sans bornes, la beauté du diable et juste assez de vice pour fasciner tous ceux qu’il rencontre. C’est au Québec que son traître de frère tentera de le retrouver, mis sur la piste par une belle Amérindienne qui porte un bijou que seul Loup peut lui avoir donné…

L’aventure commence donc, dans le décor grandiose de la Nouvelle-France, avec son lot de prêtres manipulateurs, d’Indiens aux mœurs étranges, de coloniaux sans scrupule, de guerres sans merci entre tribus indiennes et avec les Européens, de bravoure, de captures, de torture, d’amour, de vengeance… Emmanuelle Pirotte sonde les cœurs, les âmes et la nature, et restitue avec une force peu commune l’animisme, les coutumes et la manière de penser des Indiens, du sage qui décode l’avenir au guerrier qui préfère les hommes. Et elle fait graviter autour de son duo de frères deux femmes au caractère bien trempé, auxquelles on s’attache instantanément. Tout est donc réuni pour que la tension monte, sauf que notre auteure soigne chaque scène, chaque souvenir, chaque méditation de ses personnages, qui sont confrontés à une foule d’interrogations et de dilemmes. C’est subtil, écrit dans une langue très soignée, avec une remarquable empathie, y compris à l’égard des Indiens (inoubliable personnage de Croisée des Chemins, le chaman qui devine tout sauf lorsque les esprits se dérobent). Et les scènes fortes ne manquent pas, poignantes ou angoissantes. Mais il faut aimer se poser, et déguster les instants, les intermittences du cœur, pour ne pas s’impatienter devant ce suspense qui court sur 600 pages. Si vous êtes capable de patience, si vous aimez le beau style et l’intelligence, n’hésitez pas.

Catégorie : Littérature francophone (Belgique).

Liens : chez l’éditeur.

L’homme de Kaboul, Baad et Kaboul Express

Cédric Bannel, L’homme de Kaboul (2011), Baad (2016), Kaboul Express (2017), Robert Laffont, coll. « La Bête noire »

Stylo-trottoir. Autour d’une table.

C’est Pierre qui signale cette trilogie de romans policiers qui se déroulent en Afghanistan.

— Il y a un flic afghan incorruptible, un personnage suisse, aussi, et une flic française. Daesh et talibans font partie du jeu, mais pas que. Et comme l’auteur connaît très bien le pays, on apprend plein de choses !

— Il y a beaucoup d’action ?

— Oui !  C’est même parfois assez violent. Et ça se termine parfois un peu rapidement, mais ce n’est pas grave, parce que c’est vraiment super. Et  Le copain avec lequel j’échange des livres a beaucoup aimé lui aussi.

Catégories : Policiers et thrillers.

Liens : L’homme de Kaboul, Baad, Kaboul -express sur Lisez.com.

Économie : on n’a pas tout essayé

Gilles Raveaud, Economie : on n’a pas tout essayé !, Seuil, 2018

Stylo-Trottoir. Un étudiant, dans le métro.

Il a l’air particulièrement intéressé par ce qu’il lit et content de le lire.

—  Le sens du livre, c’est d’expliquer que, contrairement à ce qu’on raconte partout, les États gardent une grande liberté politique dans l’Union européenne et peuvent prendre des décisions en matière économique et budgétaire beaucoup plus variées qu’on ne le dit. On n’arrête pas de répéter que l’Europe est un carcan mais l’auteur montre que c’est la volonté politique qui manque pour sortir des sentiers battus, comme c’est pour le moment le cas au Portugal.

— Et c’est un livre qu’on peut lire si on n’est pas économiste ou étudiant en économie ?

— Eh bien, moi je suis étudiant en philo et je comprends tout…

— Oui mais vous êtes quand même étudiant en philo !

— D’accord, mais c’est vraiment clair et bien expliqué, pas du tout écrit pour des spécialistes. Et ça redonne du sens à l’idée de voter le 26 mai.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

Une mère

Alejandro Palomas, Une mère, Le Cherche midi, 2017

Par Brigitte Niquet.

Pour qui ne connaît pas Palomas, disons que c’est quelque chose comme un « frère littéraire » d’Almodóvar. Une mère semble, en effet, pétri dans la même matière que Tout sur ma mère, Volver et bien d’autres. Le thème, en soi, n’a rien d’original et on se demande a priori comment un auteur, si talentueux soit-il, pourrait renouveler le genre. Si l’on ajoute que toute l’intrigue ou presque se déroule pendant un réveillon, l’ombre de Dolce Agonia et de quelques autres chefs-d’œuvre se profile et on se dit que, décidément, rien de nouveau sous le soleil.

Et pourtant Une mère  est profondément original, ne serait-ce que par la personnalité des protagonistes. Comme le titre le suggère, la mère est le personnage central, autour de qui tout gravite. Elle semble d’abord avoir une fonction essentiellement burlesque, c’est une Miss Catastrophe, cassant ou renversant quelque chose à chacun de ses gestes et servant à ses enfants un repas mitonné avec amour mais immangeable. Sylvia, l’aînée des filles, maladivement attachée à l’ordre et au rangement, éponge les dégâts ; Emma, sa sœur, roucoule avec sa nouvelle compagne, enceinte, qui essaie de s’adapter tant bien que mal à cette folklorique « belle-famille » ; l’oncle Eduardo raconte ses frasques et fait son numéro habituel de vieux séducteur impénitent et Fer, le fils, reste en retrait, sans doute parce que c’est la meilleure place pour observer les uns et les autres et ne rien révéler de soi-même.

Si le roman s’arrêtait là, on pourrait se dire « un de plus » et même trouver que les personnages sont un peu stéréotypés et la caricature poussée à l’extrême. Mais il n’en est rien et la Chaise des absences (une chaise qui reste vide devant un couvert soigneusement dressé) nous met d’ailleurs la puce à l’oreille dès le début : cette famille-là est moins simpliste qu’il y paraît. Peu à peu, on découvre la « face B » de chacun et on se trouve pris d’une profonde sympathie pour cette bande d’hurluberlus qui panse ses plaies comme elle peut, et surtout cette mère qui, sous ses airs évaporés, poursuit un objectif et un seul : aider ses enfants à faire le deuil de leur père et à sortir des ornières dans lesquelles chacun s’est embourbé depuis son départ. Il faut pour cela attendre le chapitre 20, où tout ce qui s’est dit jusque-là prend une autre dimension, balayant toute accusation possible de superficialité ou de facilité. Une mère est un roman à la fois poignant et drôle, où l’émotion vous étreint au détour d’un fou-rire et ne vous lâche plus.

Catégorie : Littérature étrangère (Espagne). Traduction : Vanessa Capieu.

Liens : sur Lisez.com.

L’Archipel du Chien

Philippe Claudel, L’Archipel du Chien, Stock, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Les âmes ici mises en scène par Philippe Claudel ne sont plus « grises », elles sont franchement noires, très noires. Sur l’Archipel du Chien où vit chichement de la pêche une petite communauté repliée sur elle-même et peu ouverte à « ceux du continent », on tolère tout juste le nouvel instituteur et sa famille qui viennent d’arriver. On mise aussi beaucoup sur le projet que s’installe sur l’île un établissement thermal qui redynamiserait l’économie locale. Projet qui reste toutefois encore bien incertain. Aussi, quand des cadavres s’échouent malencontreusement sur le rivage, tous ceux qui sont censés représenter les valeurs fondamentales, la morale, laïque ou religieuse, s’accordent pour ne respecter qu’une seule loi : celle du silence. Surtout ne pas porter préjudice à la réputation des lieux ! Malheur alors à celui qui ne l’entend pas de cette oreille. Aussi quand un enquêteur se présente sur l’île, tout se passe comme l’a si bien chanté Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ». Ou, comme dans la tradition de la Grèce antique : il faut expier la faute collective en trouvant un bouc émissaire.

Sur l’île le volcan gronde régulièrement et des odeurs pestilentielles se répandent, métaphores des événements pour les habitants condamnés à s’accommoder avec leur conscience.

Philippe Claudel adopte une écriture en apparence très simple, décrivant la veulerie ou la couardise avec une sobriété et une clarté qui excluent la dramatisation et l’emphase.  Mais ce style est percutant et efficace. Un peu moralisant ? Peut-être, mais je n’y vois pas matière à critique.

Un excellent roman, bien que très dur, qui n’est pas sans rappeler bien sûr l’atmosphère du « Rapport de Brodeck » du même auteur et qui constitue pour moi l’un des lectures les plus marquantes de ces dernières années.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La cabane du métayer

Jim Thompson, La cabane du métayer, Payot & Rivages, 2019

Par François Lechat.

C’est la première traduction française intégrale de ce classique de Jim Thompson (l’auteur de 1275 âmes, dont Bertrand Tavernier a tiré Coup de torchon), et elle vaut le détour.

L’histoire est racontée à la première personne par Tommy Carver, un fils de métayer pauvre dans un bled de l’Oklahoma – autrement dit, un petit paysan qui fait fructifier les terres d’un autre. La famille Carver peine à survivre, et sa seule issue serait de sous-louer ses terres à une compagnie pétrolière, qui lui en propose une petite fortune. Mais la location est impossible parce que les terres sont enclavées dans celles du propriétaire, un Indien qui ne veut pas entendre parler de pétrole. Les Carver sont donc doublement sous la coupe de cet Indien, dont ils dépendent pour vivre et qui les empêche d’améliorer leur destin. Les conditions sont ainsi réunies pour que la violence éclate, mais la situation est encore compliquée par le fait que Tommy a une liaison torride avec Donna, la fille du propriétaire…

Sur cette trame, les événements s’enchaînent avec la force que l’on attend de Jim Thompson : c’est âpre, sec, sensuel, tragique, avec des éclairs de douleur et des lueurs d’espoir, et un arrière-plan de racisme atavique dont Tommy prend peu à peu conscience. Il y a quelques petites invraisemblances (la résistance du héros à la souffrance), mais les dialogues sont impeccables et tous les personnages sont remarquablement dépeints, avec en touche finale un avocat peu ordinaire. A vous de deviner si cela se termine bien ou mal, et de découvrir qu’en fin de compte cela importe peu : l’essentiel dans ce livre n’est pas le bonheur mais le chemin qui y mène, et il nous embarque de bout en bout.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Hubert Tezenas.

Liens : chez l’éditeur.

Changer l’eau des fleurs

Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs, Albin Michel, 2018

Par Brigitte Niquet.

A priori, je me méfie des gros pavés (554 pages), surtout quand  la 4e de couverture nous dit qu’il s’agit de « l’histoire intense d’une femme qui, malgré les épreuves, croit obstinément au bonheur ». Aïe aïe aïe, c’est mal parti. Mais j’essaie quand même, l’auteure étant auréolée du succès de son précédent et premier livre Les oubliés du dimanche, et se trouvant par ailleurs être scénariste de plusieurs films de Lelouch.

Lelouch, la référence n’est pas anodine. Personne n’a oublié sûrement Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée, tous deux veufs d’époux très aimés, se cherchant, se trouvant, se perdant, puis se retrouvant dans une valse éperdue sur la plage du Touquet. Si vous avez aimé Un homme et une femme, vous aimerez Changer l’eau des fleurs. Ici, la femme s’appelle Violette et si l’histoire est très différente, le postulat est le même : on peut survivre à tout, on peut même prétendre encore au bonheur quand on a la vie chevillée au corps et que l’on sait voir l’immuable beauté des choses (celle des fleurs en particulier) derrière les mauvais coups du destin. De plus, Violette est gardienne de cimetière, ce qui n’est pas censé faciliter la résilience, mais favorise l’empathie avec les endeuillés qui fréquentent son domaine et viennent chercher chez elle la tasse de thé, la part de gâteau, et surtout l’oreille attentive dont ils ont tant besoin.

Tout cela pourrait être simplement l’objet d’un roman sentimental parmi d’autres, mais il se passe beaucoup de choses dans ce livre (en particulier l’enquête sur « l’accident » qui a coûté la vie à quatre enfants et qui est menée comme dans un thriller), il est écrit d’une très jolie plume et farci de non moins jolies citations empruntées aux inscriptions gravées sur les tombes, aux poètes et surtout aux chanteurs, Brel en tête suivi de près par Brassens et bien d’autres, la conclusion étant laissée à Vincent Delerm avec La vie devant soi. Tout un programme !

Ah, j’oubliais, Violette est aussi une fervente lectrice de John Irving (L’œuvre de Dieu, La part du diable est son livre de chevet, cent fois relu) et l’on sait gré à Valérie Perrin de nous rappeler, accessoirement, que ce romancier est l’un de nos plus grands auteurs contemporains et Le monde selon Garp, par exemple, un chef-d’œuvre qui mérite sa notoriété.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le discours

Fabrice Caro, Le discours, Sygne Gallimard, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Ah ! Ça fait du bien de rire !

Adrien assiste à un repas de famille. Papa, maman, soeur et beau-frère sur le point de se marier, gigot et gratin dauphinois. Il y assiste, certes, mais engoncé dans sa certitude d’être le canard boiteux de la famille, distrait par des pensées obsédantes, perturbé par un rapport conflictuel à la réalité – et par la demande de Ludo : Tu sais, ça ferait très plaisir à ta soeur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. La timidité d’Adrien et sa conviction d’être voué à échouer en tout lui font recevoir cette demande avec terreur. D’autant que ce qu’il aurait à dire…

Excellent divertissement, bien construit et plein d’humour, sur un mode pseudo-psy. Car Adrien nous dit tout au creux de l’oreille. Il raconte ses déboires divers, se confie, s’analyse, revient au repas, repart dans ses obsessions, son mal-être et ses tentatives de fuite, et se moque de lui-même.

Ce discours va être une catastrophe dont on parlera encore dans vingt ans, trente ans, il va traverser les générations, il deviendra une légende urbaine que les grands-parents raconteront le soir pour faire gentiment peur à leurs petits-enfants. Et là les enfants, devinez ce qu’Adrien raconta comme anecdote… — Papi j’ai peur…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Gwendy et la boîte à boutons

Stephen King et Richard Chizmar, Gwendy et la boîte à boutons, Librairie Générale Française, « Le Livre de Poche », 2018 (Keith Minnion pour les illustrations)

Par Florence Montségur.

Si vous êtes jeune et que vous lisez cet article, n’oubliez pas : on ne parle pas à quelqu’un qu’on ne connaît pas, on ne s’assied pas à côté de lui sur un banc dans un parc, et on n’accepte de lui ni chocolats ni cadeaux, pas même une « boîte à boutons ».

Ni agression ni détournement de mineur, malgré un début qui pourrait le laisser craindre, dans cette nouvelle de 156 pages qui ressemble de près à un conte et qui se lit d’une traite avec plaisir et curiosité. Gwendy, douze ans, est prise entre merveilleux et quotidien ; elle va grandir avec cette boîte à boutons qui, croyez-moi, n’engage pas petitement sa responsabilité.

Lecture légère et agréable émaillée de petits suspenses. Pour adultes et jeunes filles de douze ans et plus.

Catégorie : Nouvelles (U.S.A.). Traduction : Michel Pagel.

Liens : au Livre de Poche.

Deux soeurs

David Foenkinos, Deux soeurs, Gallimard, 2019

Par Brigitte Niquet.

Un énième livre sur les tourments de la passion amoureuse non partagée ou détruite par un accident de la vie (comme dans La délicatesse, qui assura le succès de son auteur pour des décennies) s’imposait-il vraiment ? Pas sûr. Même si David Foenkinos sait y faire, 90 pages avec pour seul sujet la détresse de Mathilde, brutalement quittée par son amant alors qu’elle se croyait en pleine idylle et pensait déjà mariage et enfant, c’est beau, mais c’est long. La jeune femme, assommée, s’éloigne de ses amis, renie son métier d’enseignante, qu’elle adorait, et s’enfonce dans la dépression et la solitude, malgré le soutien de sa voisine psychiatre et du proviseur de son lycée. OK, on compatit, mais le propre de ce genre de situation étant que la personne tourne en rond dans un univers clos, le lecteur finit par trouver ça un peu fastidieux.

C’est là que, pour les 90 autres pages, entre en scène Agathe, la sœur de Mathilde, qui prend les choses en main et invite sa frangine à partager pendant un temps le petit appartement qu’elle occupe avec son mari et son bébé, Lili. On imagine sans peine que la cohabitation dans un espace restreint ne va pas être facile, d’autant que les deux sœurs ont derrière elles… un certain contentieux. Ҫa se passe plutôt mal, en effet, du moins du côté de Mathilde car Agathe dégouline de bons sentiments et de désir de bien faire. Mais on pressent que ça va mal finir et, en effet ça finit mal, plus mal qu’on ne pouvait l’imaginer car le dénouement dramatique, peu crédible, semble artificiel, et le retour à une vie idyllique aussi.

Si vous êtes un fan inconditionnel de l’auteur et dans ce cas seulement, n’hésitez pas à vous jeter sur ce livre, mais même les fans inconditionnels conseillent : « Relisez plutôt Charlotte… ».

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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