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Littérature française
Par Marie-Hélène Moreau
Exercice difficile que celui de parler de ce livre ! Difficile tant on est en permanence tiraillé entre les deux facettes du roman dans une alternance savamment orchestrée de chapitres. Face A, la description extrêmement détaillée, presque clinique pourrait-on dire compte tenu du contexte, de l’avancée inexorable du cancer chez la femme du narrateur. Face B, les facéties répétées de ce même narrateur, facéties qu’il partageait avec elle, notamment tous les premier avril. D’où le titre.
Porté par une belle écriture, fluide et percutante en même temps, on oscille en permanence entre des chapitres poignants et des chapitres drôles et un brin loufoques, voire franchement irréalistes. Mais qu’importe, cette alternance nous sauve de la déprime, car la description au jour le jour de la descente aux enfers de cette femme pourrait sinon rebuter, surtout les lecteurs ayant eux-mêmes vécu de près une telle épreuve. Heureusement, donc, les passages dans lesquels le narrateur se venge de façon drôlatique et déjantée de tous ceux qui ont pourri sa vie (son patron qui l’a licencié deux fois, ses collègues insupportables ou encore l’oncologue incompétent qui a ajouté de la douleur à la douleur) sont comme des respirations dans ce récit en apnée. Une manière qu’a le narrateur, aussi, de rendre hommage à celle qui, dans le domaine de la blague, lui a tout appris. Les enfants, eux, survolent tout cela avec l’innocence et la légèreté de leur âge, cinq et sept ans, couvés par ce papa perdu qui tente, comme il le peut, de surmonter la perte de son amour, la lente destruction de ce corps tant aimé. Quant aux grands-parents, parents du narrateur, bien qu’un peu caricaturaux, ils apportent eux aussi une touche d’humour bienvenue à l’ensemble.
Difficile de penser qu’il n’y a pas un certain vécu là-dedans, tant les descriptions de l’évolution de la maladie sont précises, presque immersives. Le contraste avec les scènes plus légères en est d’autant plus déroutant, et on ne peut manquer d’y voir la marque d’un profond désespoir. Un livre qui ne peut laisser indifférent mais, âmes sensibles, vous voilà prévenues…
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Frédéric Ploussard
Premier avril
Editions Héloise d’Ormesson
2025














