Serge

Yasmina Reza, Serge, Flammarion, 2021

— Par François Lechat

Une famille juive, c’est toujours un bon sujet. Il y a plus de vie, de pathos, d’humour, de grandiloquence, de références historiques, de désespérance aussi, que dans une autre famille. Même si, comme dans celle de Serge, grand frère du narrateur, le judaïsme est un souvenir assez lointain. Peu importe : la mémoire joue au long cours, l’Holocauste n’est pas si loin, et une visite à Auschwitz est un formidable révélateur des failles et des limites de chacun.

Yasmina Reza déroule ici une chronique légère et mélancolique, entre les trois frères et sœurs qui sont au centre du récit, antihéros obstinés, arrivés à la soixantaine, et les cercles d’ancêtres légendaires et de jeunes décontractés qui les entourent. Elle décrit tout ce petit monde à un rythme d’enfer, accentué par l’effacement de milliers de virgules qu’un auteur plus classique aurait jugées nécessaires. Il en résulte un récit remarquablement enlevé, humain, qui n’appuie jamais. Ce n’est pas de la grande littérature, faute d’originalité, mais ça se déguste comme une savoureuse série télé.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Donbass

Benoît Vitkine, Donbass, Les Arènes, 2020 (disponible au Livre de Poche)

— Par Catherine Chahnazarian

Dans l’est de l’Ukraine, Avdiïvka a le malheur de se trouver à la frontière de la zone que les séparatistes pro-russes ont investie. C’est pourquoi les militaires ukrainiens s’y sont installés, immobilisant ainsi la ligne de front sur le pas de la porte d’habitants épuisés. Les canons tonnent quotidiennement. C’est donc dans un contexte de misère et de désolation qu’Henrik Kavadze, colonel de la police ukrainienne et vétéran de l’Afghanistan, va mener une enquête sur un meurtre qui le dégoûte et qui touche aussi particulièrement une population pourtant habituée à l’horreur. Le décor de cette région minière, évidemment sinistrée, avec son usine de coke douteuse, en fin d’hiver, dans une neige qui s’acharne à rester en paquets ici et là, fait ressortir des personnages plus ou moins vivants, plus ou moins usés : ce policier, plus observateur que partisan, pas encore tout à fait brisé, cachant tant bien que mal ses traumas, sans illusion mais conservant un reste de sensibilité et de sens de la justice ; une jeune prostituée ; quelques vieilles dames ; un flic corrompu ; un pochtron titubant ; des ouvriers ; des soldats…

Donbass est un de ces romans dont on est bien content d’être un lecteur, d’avoir une possibilité de recul qui met cette réalité-là à distance. Une réalité humaine que seul un excellent journaliste peut décrire, et dont on ne saurait, sinon, rien ou pas grand-chose. Donbass laisse en nous à la fois la trace d’une intrigue fictionnelle qui nous a tenus en haleine et celle d’une vie vraie, telle que, personnellement, j’ai tout imaginé en noir et blanc. Comment amener de la couleur dans tout ça ?

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; au Livre de Poche ; sur le prix Albert Londres reçu par l’auteur.

Sœurs

Daisy Johnson, Sœurs, Stock, 2021

— Par François Lechat

Ce roman anglais impeccablement traduit nous fait vivre au plus près les émotions de Juillet, jeune fille née moins d’un an après sa sœur, Septembre, et qui s’est toujours soumise aux caprices et à la protection perverse de son aînée.

Dans une maison retirée de la campagne anglaise, Juillet subit les conséquences d’un drame récent dont elle a été l’épicentre, qui déstabilise sa mère, devenue fantomatique, et qui remet en jeu ses relations avec sa sœur, son double écrasant et fascinant dont elle devrait se libérer. La tension est d’autant plus forte que la maison où se situe le récit est pleine de souvenirs, notamment du père des jeunes filles, et semble vivre sa propre vie, entre phénomènes étranges et sensations étouffantes.

Une seule réserve : le coup de théâtre qui fait rebondir l’intrigue et la rend encore plus riche ne paraît pas vraiment crédible, compte tenu de ce qui le précède. Mais cela ne doit pas vous détourner de ce roman subtil et travaillé, où toutes les émotions sont à fleur de peau. Une superbe évocation des rapports d’emprise qui peuvent se déployer entre deux sœurs, pour peu que l’amour se conjugue avec la fragilité.

Catégorie : Littérature anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Laetitia Devaux.

Liens : chez l’éditeur.

Florida

Olivier Bourdeaut, Florida, Finitude, 2021

— Par Brigitte Niquet

Fan de la première heure d’En attendant Bojangles, déçue par un Pactum Salis de la deuxième heure qui ressemblait plus à une mauvaise blague de potaches attardés qu’à un roman noir, j’attendais avec impatience que sonne la troisième heure : Bourdeaut allait-il redresser la barre après ce regrettable écart ? Pendant toute la première partie, j’ai cru que oui.

Il n’a pourtant pas choisi la facilité en s’attaquant cette fois à l’infecte mascarade que représentent les concours de mini-miss. Généralement coachées par leurs parents, bardées de rubans, de colifichets et d’accessoires censés exalter leur féminité naissante, ces gamines ont environ sept ans quand leurs géniteurs (souvent leurs mères) les jettent dans l’arène, et gare à elles si elles déçoivent. La sanction sera sans pitié. Beaucoup ne s’en remettront jamais.

Elizabeth, l’héroïne de Bourdeaut, s’en remet, si l’on peut dire, c’est-à-dire qu’au lieu de sombrer, elle acquiert le goût du combat et de la rébellion, qu’elle gardera chevillé au corps pour le restant de ses jours. Quittant l’univers des mini-miss, elle intégrera celui du body building avec un seul but : s’autodétruire, et détruire ses parents par ricochet. C’est par elle que l’histoire nous est narrée, dès le début, via un vrai/faux journal intime où elle déverse avec une gouaille féroce sa rancœur et son mal de vivre. C’est extrêmement bien écrit, avec tout le talent d’un écrivain dans la force de l’âge qui réussit à nous faire croire que c’est une petite fille puis, plus tard, une jeune fille qui le rédige, sans que cela vire jamais à la caricature. Bravo !

Pourquoi mes réticences du début, alors ? C’est que le livre est divisé en deux parties inégales, la seconde étant de loin la plus longue, et que, tout en restant d’un remarquable niveau d’écriture, elle « tire à la ligne ». La jeune fille qu’est devenue Elizabeth ne cesse d’y dégorger sa haine et son désir de vengeance, et cette logorrhée sans nuance finit par lasser et devenir fastidieuse. Dommage. Faudra-t-il attendre la quatrième heure pour que Bourdeaut, sans pour autant bégayer, tende enfin la main à un autre Bojangles ?

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; toutes nos critiques de Bourdeaut sont accessibles depuis le classement par auteur à la lettre B.

Voix d’extinction

Sophie Hénaff, Voix d’extinction, Albin Michel, 2021

— Par Catherine Chahnazarian

Martin Bénétant, généticien animalier de génie, a « l’âme d’un lion bloquée dans l’ego d’un cochon d’inde » ! Comment convaincre les chefs d’État du monde entier de sauver les animaux de la planète – et tout simplement la planète – quand on n’a aucune assurance et aucun charisme ? Heureusement (ou pas), Déesse, Noé et l’Archange Gabriel s’en mêlent : et si les animaux contribuaient à leur propre défense ?

On l’aura deviné, sous le burlesque d’une intrigue improbable se font entendre les grincements d’un humour qui dit des vérités. Sophie Hénaff nous livre une comédie divertissante et déjantée, dont les péripéties imposent un sujet implacable au sérieux duquel nous n’échapperons pas : sous les personnages caricaturaux apparaît l’homme en tant qu’espèce, sa suffisance et son insuffisance. Avec son humour et son sens de la formule, Sophie Hénaff décoche des flèches qui tapent juste, prouvant, si besoin en était, sa bonne connaissance de l’humain, du politique et du monde comme il va (plutôt mal).

Pessimisme ? Optimisme ? Détente ou prise de conscience ? On lira ce roman comme on voudra. Moi, j’ai aimé l’option prise, celle du burlesque impertinent dans un roman léger qui contourne la tentation moralisatrice : ça appuie là où ça fait mal, sans choquer ni braquer. Maintenant, ai-je raison ? Est-ce que cela suffit ? Est-ce que ça fait bouger les lignes ?

Catégorie : Littérature française.

Liens : Voix d’extinction chez l’éditeur ; et ici nos critiques de l’excellente série policière des Poulets grillés, de la même auteure.

Kérozène

Adeline Dieudonné, Kérozène, L’Iconoclaste, 2021

— Par François Lechat

Difficile de ne pas comparer le deuxième roman d’Adeline Dieudonné à son premier, La vraie vie, succès éclatant qui l’avait révélée : même éditeur, même format, même type de couverture. Mais avec une différence de taille. La vraie vie composait un récit linéaire, empreint d’humour sombre mais aussi de tension, dans lequel une atmosphère épaisse dominait d’un bout à l’autre et qui nous menait à un final pathétique. Kérozène, lui, est presque un recueil de nouvelles, articulant une quinzaine de personnages (dont un cadavre et un cheval…) autour d’une station d’essence qui les voit se croiser accidentellement, mais qui ne suffit pas à nouer des liens profonds entre eux. Adeline Dieudonné nous propose plutôt une série de mini-récits, remarquablement croqués, assez déjantés pour la plupart, très contemporains et traités d’une plume acide et enlevée. C’est toujours plaisant, et parfois remarquable. Mais nettement moins ambitieux et marquant que son premier roman, à mon humble avis.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; et retrouvez nos critiques d’Adeline Dieudonné à la page D du classement par auteurs.

Quartier des Innocents

Marie-Hélène Moreau, Quartier des Innocents, Aethalidès, 2020

— Par Brigitte Niquet.

Encore un livre qui a pâti de la Covid et n’a pas eu, lors de sa sortie, la vitrine qu’il méritait — et c’est bien dommage. Marie-Hélène Moreau, dont nous connaissions surtout les talents dans le domaine du texte court (nouvelles et autres, tous parus chez L’Harmattan), s’essaie ici au roman noir chez un petit éditeur et c’est une réussite, tant sur le plan de l’intrigue, tortueuse à souhait, que sur celui du style, travaillé de façon à ce que chacun des dix protagonistes ait le sien.

L’intrigue se concentre dans un quartier d’une quelconque banlieue, baptisé Quartier des Innocents. A vrai dire, nul n’avait fait attention jusque-là à ce nom un peu bizarre, vu qu’il ne s’y passait rien, jamais. Mais voilà qu’un jour, un enfant disparaît sur le chemin de l’école, se volatilise littéralement, sans laisser la moindre trace, sauf son vélo abandonné en travers d’une allée. Et brusquement, tout change. Dix personnes, y compris les parents de l’enfant, dix personnes, toutes de ce même quartier, se retrouvent soudain sur la sellette et l’on découvre peu à peu qu’aucune n’a vraiment la conscience tranquille.

Outre ce presque huis clos, l’originalité du récit tient aussi dans sa construction : chacune des personnes susdites est l’objet d’un chapitre, fouillé jusque dans ses moindres détails (on peut faire confiance à l’auteur pour ça !) mais possiblement mensonger car les « innocents » sont aussi de grands menteurs – ou de grands taiseux, ou les deux à la fois. Bref, le flic qui mène l’enquête, lui aussi habitant du quartier, semble avoir du souci à se faire.

Quant au lecteur, il n’a plus qu’à se laisser porter, à condition de ne pas être un(e) adepte du happy end. Autant le dire tout de suite, chez Marie-Hélène Moreau, « noir, c’est noir ». A ne pas lire un soir de cafard.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

La Traversée

Patrick de Saint-Exupéry, La Traversée, Les Arènes, 2021

— Par Jacques Dupont

Le rapport Duclert – il est sorti en mars 2021 – fait parler de lui. Il pointe, après deux ans de recherches, effectuées à la demande du président Macron, la responsabilité de la France dans le génocide rwandais de 1994.

Par volonté de ne pas déplaire au chef de l’État, pour des motivations idéologiques, par une lecture politique post-coloniale … l’entourage du président a suivi et encouragé Mitterrand dans son soutien quasi « inconditionnel » au régime « raciste, corrompu et violent » du président Habyarimana. Le rapport ne retient pas la complicité de génocide, mais la responsabilité française est qualifiée de « lourde et accablante » : la France n’a – c’est un euphémisme – rien fait pour empêcher ce génocide.

Je n’étais, jusqu’à la lecture ce livre, pas parvenu à bien comprendre la guerre du Rwanda, confondant la volonté meurtrière des Hutus et celle des Tutsis. Les premiers – 80 % de la population rwandaise – avaient tué les seconds, et ensuite : vice versa ? Car les Tutsis avaient sous la conduite de Paul Kagame reconquis le Rwanda. L’état-major génocidaire hutu avait alors pris la fuite et trouvé refuge au Congo voisin. Les Tutsis les y ont-ils poursuivis ? Des centaines de milliers de Hutus ont-ils été assassinés dans la jungle ? Y a-t-il eu un « génocide en retour », comme le répètent depuis 25 ans les autorités françaises ?

C’est ce que Patrick de Saint-Exupéry est parti vérifier. Après un court séjour à Kigali, il va d’étape en étape traverser l’immense Congo sur les pas des réfugiés hutus. Un voyage infini, en moto, en camion, en barge sur le fleuve-océan, en antédiluvienne loco à travers la jungle. Il rencontrera des hommes et des femmes dans les lieux les plus improbables. Ils raconteront le périple des fuyards rwandais, de leurs alliés mobutistes, et du … cercueil du président Habyarimana. On se souvient que son assassinat avait sonné le déclenchement du génocide.

Au fil des rencontres et des étapes, les témoins parlent et la vérité émerge.

Le livre de Patrick de Saint-Exupéry remet plus qu’à propos les pendules à l’heure. C’est par ailleurs une enquête très documentée, écrite dans un style vif et alerte.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur ; interview de l’auteur sur Arte (28′).

Séquences mortelles

Michael Connelly, Séquences mortelles, Calmann-Lévy, 2021

— Par François Lechat

Dans une traduction parfois un rien maladroite, le dernier Connelly répond parfaitement aux attentes : un thriller efficace, prenant, sans mauvaise graisse, basé sur une documentation solide et qui développe une intrigue de plus en plus complexe. Avec un peu de psychologie, un journaliste courageux, des personnages féminins solides et de saines valeurs, aussi. Ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est un parfait divertissement. Qui donne à réfléchir sur le rôle de la presse et sur le traitement des données personnelles en matière d’ADN, dont on peut faire des usages effrayants.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; pour nos autres critiques de M. Connelly voir à la page C du classement par auteur.

Incendie nocturne

Michael Connelly, Incendie nocturne, Calmann-Lévy, 2020

— Par Anne-Marie Debarbieux

En matière de romans policiers, Michael Connelly est une valeur sûre et ce n’est pas Incendie nocturne qui démentira cette réputation. On y retrouve avec grand plaisir son héros récurrent, l’inspecteur Bosch au caractère bien trempé, désormais en retraite et victime de gros soucis de santé, mais qui néanmoins continue à suivre ou à reprendre certaines affaires en cours ou non résolues. Il a besoin pour cela d’un appui de l’intérieur, susceptible de lui fournir des documents et informations auxquels il est censé ne plus avoir accès. Et l’on retrouve avec grand plaisir également sa jeune coéquipière, l’inspectrice Ballard, récemment apparue dans ses derniers romans.

Cette fois, Bosch va s’attaquer à une affaire déjà ancienne : après les obsèques de celui qui a été son mentor, il se voit remettre par l’épouse du défunt un dossier retrouvé dans le bureau de son mari. Dossier qui évidemment n’aurait jamais dû sortir des archives de la police et qui contient tous les documents relatifs à un meurtre qui remonte à plus de vingt ans. Quel but John Jack Thomson poursuivait-il en subtilisant ce rapport ?

C’est évidemment ce que Bosch va s’efforcer d’élucider sans vraiment en avoir le droit, tandis que Ballard enquête de son côté sur le meurtre récent d’un SDF dont la tente a été incendiée alors qu’il dormait.

La grande efficacité de Michael Connelly est de faire progresser les enquêtes avec beaucoup de minutie et de justesse grâce à une excellente connaissance du fonctionnement de la police américaine. Les enquêtes sont rigoureuses, elles avancent pas à pas, et les retournements de situation sont toujours bien amenés : ils ne sont pas le fruit d’invraisemblances auxquelles on feint de croire, mais de déductions, de recherches menées avec ténacité et intelligence. Telle un puzzle, l’élucidation se met en place méthodiquement avec ce qu’il faut de travail et d’intuition. Et si les enquêtes de Bosch et de Ballard se croisent, c’est le fruit d’une logique et non d’un deus ex machina.

Quant à la personnalité attachante des deux enquêteurs et leur connivence, elles éclairent avec bonheur l’atmosphère bien sombre que confèrent au récit les bas-fonds qui sont évoqués.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; le site de l’auteur ; pour nos autres critiques de M. Connelly voir à la page C du classement par auteur.

À la piscine avec Norbert

Véronique Pittolo, À la piscine avec Norbert, Seuil, 2021

— Une brève de François Lechat

Pas de suspense ni de récit, dans ce court roman dialogué. Mais des évocations crues et féministes autour du sexe, et des libres propos politiques (de gauche) sur le monde comme il va. Un moment de détente pour les bobos.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le jour de ma mort

Jacques Expert, Le jour de ma mort, Sonatines, 2019

— Par Brigitte Niquet

Voici un petit polar qui, certes, ne révolutionne pas vraiment le genre mais qui est très bien fichu et accompagne volontiers un aller-retour Paris-Lille, par exemple. Charlotte, l’héroïne, a tout pour être heureuse mais s’aperçoit tout à coup qu’on est le 28 octobre, date de sa mort, du moins si elle en croit le charlatan (?) qui la lui a prédite trois ans plus tôt. Elle est seule chez elle avec son chat et elle panique, d’autant que son petit ami, qui a un comportement bizarre depuis quelque temps, joue ce soir les abonnés absents. Va-t-elle survivre à cette nuit maudite ? Est-ce elle qui fantasme alors qu’en prime, un tueur psychopathe rôde dans la ville ?

Le dénouement, que l’on croyait prévisible, ne manquera pas de vous stupéfier !

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Les enfants sont rois

Delphine de Vigan, Les enfants sont rois, Gallimard, 2021

— Par Brigitte Niquet

Et voici le dernier cru de Delphine de Vigan, romancière chérie du public et des médias, qui a choisi dans chacun de ses livres ou presque de dénoncer un dysfonctionnement de notre société.

Il s’agit ici d’enfants, sujet sensible s’il en fut. Enfants maltraités, battus, violés ou pire encore ? Non, au contraire, enfants stars toujours souriants, submergés face caméra de cadeaux et de gadgets indéfiniment renouvelables. Comment en sont-ils arrivés là ? C’est simple, ces enfants ont une mère, Mélanie, accro aux réseaux sociaux et surtout à la mine d’or qu’ils représentent pour les parents qui ont la chance d’avoir une progéniture photogénique et docile. Mélanie a donc créé une chaîne You Tube, Happy récré, dont ses enfants, Kimmy et Sammy, sont les héros. Filmés en permanence par leur mère, on les voit généralement occupés à déchirer des papiers-cadeaux ou à se régaler de sucreries diverses en poussant des cris d’extase. Les parents passent au tiroir-caisse (en plus, c’est parfaitement légal) et tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais la bulle magique va imploser de manière inattendue. Un jour, Kimmy, dont on a déjà perçu qu’elle était moins docile que son frère, ne revient pas de l’école. Elle a apparemment été enlevée. C’est ici qu’entre en scène Clara, une jeune femme flic qui normalement n’a rien à voir avec l’enquête mais qui se sent irrésistiblement attirée par ce qu’elle pressent de monstrueux sous le vernis nacré.

Tout cela est très prenant, palpitant même, sans doute parce que la découverte de ce genre de dérive du monde moderne, moins connu que d’autres, nous fait entrevoir un univers dont nous ignorions jusqu’à l’existence et qui nous laisse sidérés, incrédules, alors que c’est un danger qui, en sourdine, nous menace plus ou moins tous. Bravo et merci à Delphine de Vigan !

Un bémol cependant : ce livre est trop long. L’intrigue aurait gagné, à mon sens, à être recentrée sur les personnages principaux (parents-enfants) et sur l’ouragan qui dévaste leurs vies, alors qu’ici l’intérêt se dilue entre l’écroulement de « la maison du bonheur » et la vie privée de la fliquette (qui n’en méritait pas tant), sans parler de la dernière partie qui nous projette dix ans plus tard dans un futur hasardeux. Un final un peu mitigé, donc, ce qui n’empêchera sûrement pas l’auteure de « cartonner ». C’est en bonne voie.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; nos autres critiques de D. de Vigan à découvrir à la lettre V du classement par auteur.

Rue du monde

— Par Catherine Chahnazarian

Pour Pâques, je vous ai sélectionné Une cuisine tout en chocolat d’Alain Serres et Nathalie Novi, publié chez Rue du monde. Avec son catalogue de 500 livres, cette maison d’édition spécialisée dans la petite enfance a tout pour satisfaire la curiosité et la soif de connaissance des petits. Et comme ils ont parfois soif mais faim aussi et que c’est bientôt Pâques, je vous recommande le voyage dans le monde du chocolat et les recettes de ce livre alléchant.

Une cuisine tout en chocolat « vous attend chez votre libraire », comme dit l’éditeur, dont le site ne permet pas l’achat. Profitez-en pour parcourir le rayon — ou parcourez le catalogue en ligne. Vous trouverez d’autres livres de cuisine pour enfants, des livres de science (sur la nature, les animaux, l’espace, la médecine… avec, notamment, La vie secrète des virus), et aussi des livres sur les langues, l’alphabet, la poésie :

Les poèmes ont des oreilles — 60 poèmes à dire comme ci ou comme ça ;
Il pleut des poèmes — Anthologie de poèmes minuscules ;
Le tireur de langue — Anthologie de poèmes insolites, étonnants ou carrément drôles ;
Pff ! Ça sert à quoi la poésie ? — Réponses des poètes et autres petits secrets de fabrication ;
Poèmes pour crier dans la rue — Anthologie de poèmes pour rêver un autre monde

Et pleins d’autres choses encore.

Catégories : Extras — Saisons — Petite enfance.

Liens : le site de l’éditeur ; les nouveautés.

L’inconnu de la poste

Florence Aubenas, L’inconnu de la Poste, L’Olivier, 2021

— Par Brigitte Niquet

Habituée à ne lire pratiquement que des romans, j’avoue que dans un premier temps, j’ai été un peu décontenancée par la relative sécheresse du style de Florence Aubenas, journalistique et très peu littéraire. Mais j’ai très vite été fascinée par L’inconnu de la Poste, regrettant seulement que les aléas de la justice n’aient pas permis de faire coïncider la résolution juridique de l’affaire et la sortie du livre.

La méthode Aubenas, peaufinée avec l’affaire d’Outreau et celle d’Ouistreham, n’a plus à faire ses preuves. Partant d’un fait-divers hyper-médiatisé, c’est avec une détermination sans faille mêlée à une remarquable qualité d’empathie que la journaliste ne tient rien pour acquis, prend son sujet à bras-le-corps, s’y immerge pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, gagne la confiance des protagonistes et ne lâche le morceau que lorsque, enfin, la vérité se fait jour.

Le cas qui nous occupe ici est à la fois symptomatique et atypique. Symptomatique parce que, comme souvent, les protagonistes, ce sont les paumés du coin – ici, une inénarrable bande de Pieds Nickelés basée à Montréal-la-cluse, petite commune rurale qui a cru trouver son salut dans l’usine de plastiques qui s’y est installée et qui a fermé ses portes quelques années plus tard, les laissant sur le carreau. Ils picolent, pointent au chômage, vivent de rapines et de troc mais globalement, ce sont de braves gens qui, comme on dit, ne feraient pas de mal à une mouche. La « mouche », c’est Catherine Burgod, la postière, tuée un matin de vingt-huit coups de couteau dans son bureau. A priori, tout le monde l’aimait. Qui l’a massacrée et pourquoi ? Atypique parce que, parmi les « braves gens », figure un OVNI : Gérald Thomassin, un jeune marginal sacré à 16 ans meilleur espoir de l’année cinématographique et titulaire d’un César, mais incapable de gérer sa vie. Rapidement, tout semble le désigner comme le coupable idéal, d’autant qu’il habite juste en face de la Poste. Et d’ailleurs il s’accuse lui-même. Mais ce n’est pas si simple.

Au lecteur maintenant de démêler cet imbroglio. Les faits datent de plus de dix ans et n’ont encore jamais été jugés. Le rôle de Florence Aubenas est terminé. Celui de la justice va peut-être enfin commencer.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : Au moment de publier cet article, le site des éditions de L’Olivier est en maintenance mais vous retrouverez prochainement L’inconnu de la poste sur editionsdelolivier.fr. Aux éditions Points : La Méprise. L’affaire d’Outreau (2010) et Le quai de Ouistreham (2021).

Tout meurt en une seconde

Clair Gauffenic, Tout meurt en une seconde, short-edition, 2021

— Une brève de Florence Montségur

Je prends de temps en temps quelques minutes pour me rendre sur short-edition.com. Et c’est avec grand plaisir que j’ai découvert le Grand prix du court de ce printemps 2021. Une très bonne nouvelle qui se lit en trois minutes.

J’ai aussi bien aimé Incendie, de Thomas Potier — un clin d’oeil à ceux et celles qui aiment les livres.

L’avantage des sites éditeurs de nouvelles : le plaisir est régulièrement renouvelé !

Catégorie : Nouvelles.

Liens : short-edition ; sans oublier le site de nouvelle-donne, dont Brigitte est directrice de publication et qui recèle aussi de bons textes pour les amateurs de court.

Arbre de vie

Nancy Huston, Arbre de vie, Actes Sud, 2021

Une brève de Geneviève Petit

Je viens de terminer Arbre de vie.

Comme toujours, je me suis laissée porter par l’écriture de cette auteure qui m’a emmenée à l’intersection de différentes interconnexions humaines, réflexion sur les traditions, la laïcité, le féminisme et la procréation assistée…

Nancy Huston ne me déçoit jamais.

Je le recommande vivement.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Histoires de la nuit

Laurent Mauvignier, Histoires de la nuit, Minuit, 2020

— Par Anne-Marie Debarbieux

La performance de Laurent Mauvignier est avant tout de nous accrocher à une histoire qui couvre la bagatelle de 635 pages, dans ce style si déroutant et qui lui est familier : longues phrases qui dépassent fréquemment la demi-page, qui parfois restent en suspens, comme non terminées, alternant les tons et les registres de langue, les rythmes, les dialogues et les descriptions, le suspense du polar et la minutie de l’analyse psychologique. Déroutante au premier abord, cette écriture originale devient vite captivante car elle est finement travaillée et elle est porteuse de sens.

Dans le hameau isolé de La Bassée, dans une campagne désertée, ne subsistent que trois maisons dont deux seulement sont encore habitées : l’une par Christine, une artiste peintre qui a dû connaître des jours plus glorieux, l’autre par un couple qui semble bien mal assorti : Patrice, modeste paysan rustre, complexé et sans charme, qui s’étonne encore d’avoir conquis la pétillante Marion, qui, elle, travaille en ville, aime la fête et sait défendre ses intérêts. Leur fille, Ida, dix ans, est l’objet de toute leur affection et Christine de son côté se considère un peu comme sa grand- mère.

Le soir des quarante ans de Marion, Patrice, Christine et Ida ont préparé un repas surprise et des cadeaux. Mais avant que Marion ne rentre, un étrange trio arrive, s’invite, occupe les lieux comme s’il en était propriétaire. Ces trois-là n’ont pas l’air bien intentionnés du tout. Dès lors, un étrange huis clos commence : qui sont-ils ? Que veulent-ils ? L’angoisse va s’installer progressivement.

Tandis qu’elle monte, que la violence latente est de plus en plus prégnante, les personnages se dévoilent peu à peu et le lecteur comprend progressivement quels sont les fils qui les relient. Frustrations, rancœurs, incommunicabilité, poids du passé, tout les rattrape et leur saute à la figure. Le lecteur est terrifié, à l’image de la petite Ida, témoin malgré elle de révélations qui la dépassent, tandis que plane toujours l’incertitude sur l’issue de la situation.

Un livre déconcertant au premier abord mais qui parvient très vite à capter son lecteur !

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Ce lien entre nous

David Joy, Ce lien entre nous, Sonatine,2020

— Par François Lechat

Les histoires de vengeance sont terribles, car on s’identifie à tous les personnages. Au justicier vengeur qui, même s’il est cruel et redoutable, comme ici, nous touche par sa souffrance, par ce qu’il a perdu. Et à ceux dont il se venge, qui ne sont pas forcément coupables de ce qu’il leur reproche, et dont on ne veut pas qu’ils deviennent des victimes à leur tour. A cette trame classique s’ajoute le fait, en l’occurrence, que le justicier n’est pas seulement une brute effrayante : il est aussi sensible, grand lecteur de la Bible, et plein de finesse. Il comprend que nous sommes tous pareils, dépendants d’une personne sans laquelle nous ne pourrions pas vivre, rendus à la fois forts et fragiles par ce lien entre nous et l’être aimé. Notre justicier osera-t-il les trancher, tous ces liens, pour assouvir sa vengeance, pour compenser sa propre perte ? C’est la question posée par David Joy dans ce roman au ton prophétique, situé dans les Appalaches, et qui pourrait donner lieu à un formidable film hollywoodien.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Fabrice Pointeau.

Liens : chez l’éditeur.

Tout peut s’oublier

Olivier Adam, Tout peut s’oublier, Flammarion, 2021

— Par Brigitte Niquet

Amoureux inconditionnel du Japon, Olivier Adam exploite ici pour la 3e fois ses accointances avec ce pays, mais fidèle à lui-même, il oublie rapidement les arbres en fleurs, la beauté et la gentillesse des Japonaises dont il avait chanté les louanges dans ses deux livres précédents pour se centrer sur une particularité de la civilisation nippone : la façon dont on traite les pères divorcés au pays du Soleil levant, surtout quand ils sont étrangers. Quels droits ont-ils ? Aucun. C’est la mère qui les a tous, y compris celui de disparaître avec l’enfant issu de cette union, qui lui appartient à elle et à elle seule. C’est comme ça, c’est la loi et, là-bas, ça ne choque personne.

Ledit père se retrouve ainsi au centre d’un maelstrom qui le ballotte de tous côtés. Terrain connu pour ce « héros », un Nathan très proche d’Adam, qui ne cesse de porter en bandoulière son désenchantement, voire son désespoir. Quitté successivement par deux femmes sans qu’il ait compris pourquoi, Nathan est l’archétype du looser déjà rencontré dans maints livres de ce romancier. Le pire, c’est qu’il est sympathique, le bougre, mais qu’on a grande envie de le secouer et de lui dire : « Fais quelque chose, remue-toi, montre aux femmes de ta vie qu’elles sont quelque chose pour toi et peut-être qu’elles auront moins envie de te quitter ». Le drame qu’il est en train de vivre lui servira-t-il de révélateur ? Dans un sursaut, il décide de partir au Japon récupérer son fils coûte que coûte. C’est entre autres l’histoire de cette quête désespérée que nous raconte ce livre.

Tout peut-il s’oublier, suivant la belle formule de Brel dans l’indémodable Ne me quitte pas ? Peut-on oublier qu’on est père et abandonner sa progéniture à des milliers de kilomètres de la France, sans même un droit de visite ? Je vous laisse découvrir la réponse qu’Olivier Adam apporte (ou n’apporte pas) à cette question.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; voir aussi notre critique de Chanson de la ville silencieuse, du même auteur.

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