Sérotonine

Michel Houellebecq, Sérotonine, Flammarion, 2019

Par Brigitte Niquet.

Voilà déjà trois mois que Sérotonine caracole en tête des ventes. Difficile de résister à l’envie d’aller voir de quoi il retourne, surtout pour moi, fan de la première heure – ah ! Les particules élémentaires et quelques autres… – et  déçue des heures suivantes, dégoûtée même depuis l’imbuvable La carte et le territoire (prix Goncourt, oui, je sais…).

J’ai donc succombé et suis au regret de dire que cette lecture ne fait que conforter mes impressions précédentes. Certes, la plume du maître n’a rien perdu de sa virtuosité et on est emporté dès le début par ce flot déferlant qui n’a guère d’équivalent parmi les écrivains actuels. L’auteur maniant comme personne l’autodérision, le lecteur s’amuse des déboires de ce dépressif chronique, de cet obsédé sexuel devenu impuissant suite à ses excès de drogues, et met quelque temps à se dire « Mais au fait, ça parle de quoi ? ». Car de contenu, il n’y a guère dans la première moitié du livre, sauf celui rabâché par l’auteur depuis des lustres et qu’on pourrait résumer par le vers de Mallarmé « La chair est triste, hélas… » ou par le fameux « Je t’aime moi non plus » de Gainsbourg, Gainsbourg période Gainsbarre avec qui il n’est pas nécessaire de souligner les affinités de l’auteur. En fait, faute d’inspiration nouvelle, tandis qu’il partage sa vie avec une Japonaise dont les déviances sexuelles l’inquiètent (sic), il se remémore les femmes qu’il a aimées, et parmi elles une certaine Camille dotée de toutes les qualités mais qui l’a largué après l’avoir surpris en galante compagnie.

Dans la deuxième partie, le ton change sans préavis. L’auteur cesse de se contempler le nombril pour s’intéresser aux problèmes du monde actuel, dont la détresse des paysans, qu’il côtoie de près via son ami d’enfance Aymeric, devenu agriculteur et au bord de la faillite. On retrouve tout le talent de l’écrivain et même une remarquable capacité à susciter l’émotion dans la description de l’affrontement entre les agriculteurs et les CRS, qui finira tragiquement : c’est un véritable morceau d’anthologie. Las, le narrateur se désintéresse assez vite de la question, ce qui en dit long sur son investissement, et retourne à ses histoires d’amour vaseuses et à sa philosophie nihiliste, fustigeant la tristesse de la vie et « l’insupportable vacuité des jours ».

Une lecture à réserver aux inconditionnels de l’auteur. Ils sont nombreux, si on en juge par le chiffre des ventes.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Munich

Robert Harris, Munich, Plon, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

27 septembre 1938, Hitler menace d’envahir la Tchécoslovaquie. À Londres, c’est l’effervescence autour du Premier Ministre Chamberlain : il faut sauver la paix ! Hugh Legat, jeune diplomate, est l’un des secrétaires du PM détaché au 10, Downing Street par le Foreign Office. Il assiste aux efforts britanniques pour maintenir le contact avec le Reich et négocier ce qu’il est possible de négocier. Paul von Hartmann, jeune diplomate allemand, assiste lui à la marche furieuse du Führer vers la guerre. Le roman va se dérouler sur quatre jours cruciaux, sous la forme d’un thriller diplomatique. Et même si le lecteur sait bien qu’ils seront signés, à la fin, ces fameux Accords de Munich (dont il n’est pas nécessaire de savoir grand chose pour apprécier le roman), l’attente, la menace de guerre, l’imprévisibilité d’Hitler créent une atmosphère très forte. D’autant que le sort qui sera réservé à Hugh Legat d’un côté et à Paul von Hartmann de l’autre nous tient en haleine jusqu’à la fin.

Un bémol cependant : le très grand nombre de personnages, dont tous ne me semblent pas indispensables au roman, même s’ils figurent dans l’Histoire. On aurait au moins mérité une liste des membres des gouvernements concernés pour s’y retrouver. Cela nous aurait également permis de distinguer les personnages historiques et fictionnels, d’autant que l’auteur fait apposer la mention : « Ce roman est une oeuvre de fiction. Les noms, personnages et actions sont le fruit de l’imagination de l’auteur, et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des événements ou des lieux serait purement fortuite ». Formule qui laisse perplexe…

↑ De G à D : Chamberlain, Daladier, Hitler, Mussolini et Ciano. Munich, 29 septembre 1938.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Natalie Zimmermann.

Liens : Le site de l’éditeur est lisez.com.  Voici ma liste des personnages, si elle peut être utile. Consultez notre classement par auteur à la lettre H pour découvrir nos autres critiques de romans de Robert Harris.

Né d’aucune femme

Franck Bouysse, Né d’aucune femme, La Manufacture de livres, 2018

Par François Lechat.

Si l’on est formaliste, on peut faire à l’auteur trois reproches. Son roman est censé se fonder sur un journal intime, or l’auteur adopte dans deux chapitres sur trois le point de vue du narrateur omniscient. La diariste est une fille de paysans pauvres au 19e siècle, or elle écrit parfois avec une finesse et une grâce qu’on peut difficilement lui prêter. Et certains courts chapitres, dont on finit par trouver la clé à la fin de l’histoire, sont à ce point énigmatiques que l’on pourrait s’en irriter. Seulement voilà : à défaut d’être originale, son histoire est forte, poignante, addictive, et le style, au plus près des émotions des personnages, est formidablement approprié au récit, à la fois simple et grave – il faut, notamment, ne pas rater une magnifique tentative de noyade. Drame social et intime, dur au point d’être parfois insoutenable, toujours touchant mais jamais larmoyant, ce roman fait partie de ceux qu’on n’oublie pas. Si vous aimez la vieille campagne française et si vous pouvez imaginer qu’un maître de forges peut être un parfait salaud, ne ratez pas l’histoire de Rose, fille vendue par son père parce qu’il faut bien faire rentrer quelques sous.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; notre critique de Grossir le ciel, du même auteur (par Jacques Dupont).

La Malédiction des Freudeneck

Martial Debriffe, La Malédiction des Freudeneck, Belfond, 2011

Par Anne-Marie Debarbieux.

L’auteur après avoir marqué sa prédilection pour l’Histoire avec la publication d’un certain nombre de biographies, se livre ici à une étude de caractères sur fond de roman d’espionnage dans une période trouble de l’Histoire, peu avant la guerre de 1914.

1910. La vie de Viktoria s’annonce sous les plus heureux auspices : vendeuse appréciée dans un magasin de mode réputé de Berlin, elle s’apprête à épouser Wolfgang un jeune instituteur brillant et charmant. Mais tout bascule quand elle découvre que son patron est mêlé à un réseau d’espionnage avec les Russes. En grand danger, elle quitte la capitale et suit son mari, étrangement nommé très loin, dans un petit bourg alsacien. Aux charmes de la ville succède la rude vie de la campagne, à l’insertion dans un milieu où l’on a sa place, la nécessité de faire ses preuves et de dépasser les réticences d’une population hostile et encore marquée par la guerre de 1870. Mais ce que le jeune couple ne mesure pas, c’est qu’évidemment l’éloignement géographique ne le met à l’abri de rien. Dès lors le roman historique et social s’efface devant le roman à suspense avec des personnages ambivalents et inquiétants, en particulier l’étrange châtelaine de la forteresse des Freudeneck.

Destins individuels sur fond d’histoire collective, le procédé n’est pas nouveau mais ici encore il fonctionne plutôt bien.

Catégorie : Littérature française.

Liens : sur Lisez.com.

L’été circulaire

Marion Brunet, L’été circulaire, Albin Michel, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Céline a seize ans et elle est enceinte. C’est le drame. Tout va tourner autour de cette jeune fille, son père furieux, sa mère perdue, sa sœur solidaire mais qui rêve de partir.

Outre le tout début, brutal, une grosse moitié de cet Été circulaire voit se dérouler des événements maigres, presque insignifiants, à l’image de l’ennui et de la mélancolie qui rongent les protagonistes. On ne sait pas trop comment le prendre puis, progressivement, une société archaïque et contemporaine à la fois se dessine, reculée, écrasée, et pas que par le soleil. La peinture de cette famille provençale et de leurs amis peut choquer, car le machisme ordinaire, la vulgarité, l’absence de mots, les baffes qui y suppléent, l’alcool, l’ennui, la morale incertaine, presque absente, cela semble trop. C’est pourtant un roman réaliste qu’on a dans les mains, et qui nous tient par une forme de fascination devant ce réalisme, difficile à accepter parce que le Luberon est une région magnifique et un paradis pour touristes. Et si le style concède à cette mode consistant à tout écrire au présent – à mes yeux faute de goût, faute littéraire et faute de sens à la fois – plus on tourne les pages et plus il est fascinant, cet Été circulaire – même s’il y a un suspense qui ne marche pas. Parce que l’auteure a une façon bien à elle de peindre et de faire vivre ses personnages, de les faire penser, ignorer, aimer, détester et exister, malgré tout ce qui les maintient dans la souffrance – chacun la sienne.

Catégorie : Littérature française. (Je ne comprends sincèrement pas pourquoi c’est le Grand prix de littérature policière qui a été attribué à ce roman.)

Liens : chez l’éditeur.

Journal d’Irlande

Benoîte Groult, Journal d’Irlande – Carnets de pêche et d’amour, 1977-2003, Grasset, 2018, texte établi et préfacé par Blandine de Caunes

Par Brigitte Niquet.

Livre posthume, ce Journal d’Irlande entrecroise les « Carnets de pêche » et les « Carnets d’amour » que l’auteure a tenus pendant vingt-quatre étés en Irlande. La maladie puis la mort l’ont empêchée de le finaliser et c’est un peu dommage, car l’écrivaine chevronnée qu’elle était ne nous aurait sans doute pas infligé l’énumération cent fois répétée des prises du jour : « un homard d’une livre, des bigorneaux énormes, quelques pétoncles et de très grosses moules », etc. Mais cette réserve mise à part, le livre tient les promesses de son titre et même les dépasse.

« Journal d’Irlande », d’abord, hymne à cette île où le couple Paul Guimard/Benoîte Groult a acheté une maison en 1977 et vécu vingt-quatre étés de froidure, de drizzle et de pluie avant qu’ils renoncent et que Benoîte écrive : « Le soulagement à quitter ce pays de gueux, cette nourriture de merde, cette mer perverse, ces cieux désespérants et si beaux, tourne vite à la nostalgie dès qu’on s’en éloigne. C’est ça le sortilège irlandais. » Tout est dit.

« Carnets d’amour », voilà qui mérite davantage de réflexion. L’amour n’est jamais simple, surtout quand on prétend le vivre à trois. Benoîte et Paul s’étaient toujours efforcés de conformer leur vie aux préceptes du Deuxième sexe, mais voilà… Dans un premier temps, c’est Paul qui est allé courir le guilledou, et « libérée » ou pas, Benoîte en a beaucoup souffert. Puis, les choses se sont inversées, Benoîte a rencontré un Américain, Kurt, qui lui a voué illico un amour éperdu et qui vient la « voir » en Irlande quand Paul veut bien lui laisser la place – et le lit. Paul est âgé, malade, Kurt aussi, et Benoîte culpabilise de ne pas savoir, de ne pas vouloir choisir. L’un des intérêts du livre réside certainement dans la manière dont les trois partenaires gèrent la situation.

Reste peut-être l’essentiel que le titre ne dit pas : cette folie d’une maison en Irlande quand on en a déjà trois autres, cette passion frénétique pour la pêche en milieu hostile, ce trio amoureux bancal, tout cela ne serait-il pas une manière de s’étourdir et d’oublier, ou plutôt de nier, que la vieillesse est là, déjà, qu’elle progresse à grands pas et que, quoi qu’on fasse, le naufrage est inéluctable ? L’auteure a des mots poignants qui iront droit au cœur de tous ceux et celles qui enragent d’assister impuissants à leur lente décrépitude et de mener un combat perdu d’avance. Elle souhaitait ardemment avoir le courage d’en finir proprement et de tirer sa révérence avant que ledit naufrage ne soit consommé. Alzheimer, hélas, ne lui en a pas laissé le loisir.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

Les tribulations d’Arthur Mineur

Andrew Sean Greer, Les tribulations d’Arthur Mineur, Jacqueline Chambon (Actes Sud), 2018

Par François Lechat.

À la recherche d’un moment de détente, j’ai acheté le dernier prix Pulitzer, qui est normalement un gage de qualité. Effectivement, le livre est bon, mais de là à remporter un des prix les plus prestigieux… Si l’Arthur Mineur dont nous suivons les tribulations n’avait pas été homosexuel, son histoire aurait-elle remporté un prix ? C’est au fond le sujet même du livre, puisque le héros est un écrivain gay auréolé d’un premier roman remarqué, mais qui court après un nouveau succès tandis que son ancien amant, lui, a obtenu le Pulitzer. Ce ne serait encore rien si, en plus, son dernier amour n’avait pas décidé de se marier – avec un autre, évidemment. D’où les tribulations d’Arthur Mineur, qui décide de parcourir le monde, d’invitation en invitation, pour se mettre dans l’incapacité d’assister au mariage.

Un anti-héros, donc, auquel il va arriver, comme il se doit, une foule d’aventures tragi-comiques qui le placent en permanence au bord du ridicule, sans qu’il n’y sombre jamais car il est trop digne et lucide pour ça. C’est sympathique, assez enlevé, avec une belle brochette de personnages secondaires et un enchâssement du présent et du passé qui fait merveille dans les dernières pages. Mais à moins de partager la situation de ce brave Mineur, il est difficile de le prendre tout à fait au sérieux et de se laisser prendre par l’émotion, surtout que l’auteur n’appuie jamais. On suit plutôt le personnage d’un œil amusé, en se réjouissant de ne pas être à sa place. Ce n’est peut-être pas ce qu’on attend d’un roman ?

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (U.S.A.). Traduction : Gilbert Cohen-Solal.

Liens : chez l’éditeur.

Je te protégerai

Peter May, Je te protégerai, Rouergue Noir, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Niamh et Ruairidh Macfarlane, les propriétaires d’une entreprise de textile renommée fabriquant un tweed exceptionnel, sont à Paris pour un salon de la mode. Niamh, soupçonnant  son mari d’infidélité, suit son époux qui monte en voiture avec sa présumée maitresse, voiture qui explose sous ses yeux. Un temps retenue par la police française, Niahm peut repartir chez elle, sur l’île Lewis, dans les Hébrides, à l’extrême nord-ouest de l’Écosse.

Plongeant dans les souvenirs de Niahm, Peter May nous narre l’histoire des Macfarlane, qui se connaissent depuis leur tendre enfance et que tout veut séparer. Et là, l’écriture de May est magique ; il nous décrit cette île d’Écosse battue par les vents, austère, faite de landes, de tourbières, de falaises argentées, de mer et de vents, la vie rude de ses habitants pauvres qui survivent de la pêche et du tissage, qui parfois doivent quitter leur île mais n’ont de cesse d’y retourner. Au trois quarts du livre, on replonge dans l’enquête policière, voire le thriller. On saura qui a tué et pourquoi, mais pas vraiment comment.

En résumé, un roman policier qui démarre sur une bonne idée, qui se perd et se termine par une fin un tantinet bâclée, au centre duquel se trouve une belle histoire romantique et des pages magnifiques sur cette île d’Écosse : on est sur les falaises battues par le vent, dans  une luminosité extraordinaire, au milieu de paysages sauvages et envoûtants.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

13 à table (hiver 2018-2019)

Les Restos du Coeur, 13 à table, Pocket, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Là, paf ! , coup de coeur. « Une vie, des fêtes », de Philippe Jaenada, est une nouvelle inspirée d’un ouvrage de Pierre Darmon. Elle raconte avec un humour savoureux et sur un rythme enthousiasmant, la vie trépidante de Marguerite Steinheil, demi-mondaine dont le destin a croisé celui de nombreux hommes célèbres, à commencer par deux présidents français. Un récit qui ne se prend pas au sérieux et qui met en joie pour la journée. À lire !

« Big Real Park, que la fête commence », de François d’Épenoux, pointe une tendance réelle, assez monstrueuse, des sociétés contemporaines. Dans un futur pas si lointain, un journaliste interviewe le dir’com’ d’une grosse boîte de divertissement… C’est bien vu et ça devrait nous faire réfléchir.

C’est la cinquième année que des auteurs prêtent leur plume aux Restos du Cœur et qu’un recueil de nouvelles intitulé 13 à table est mis en vente aux éditions Pocket pour participer à l’effort collectif. L’ensemble de quatorze textes (pourquoi pas treize ?) est très inégal mais citons encore : « Nuit d’ivresse », d’Éric Giacometti et Jacques Ravenne, sujet simple en apparence mais joliment bien traité ; et « Le Point d’émergence », de Maxime Chattam, où un personnage étrange nous raconte brièvement sa vie.

1 livre (à 5 euros peine) = 4 repas offerts + le plaisir de lire ! Il n’y a pas à hésiter.

Catégorie : Nouvelles.

Liens : sur Lisez.com.

Le corps de ma mère

Fawzia Zouari, Le corps de ma mère, Gallimard, 2016 (disponible en Folio)

Par Jacques Dupont.

Le récit de Fawzia Zouari commence de nos jours, dans un hôpital de Tunis. Yamna, sa mère, y vit ses derniers jours. Font irruption – intrusion – dans la chambre de folkloriques Bédouins, vêtus à l’ancienne, poussant des youyous, semblant venir du bled le plus reculé. Lesquels, femmes et hommes furent bien les commensaux de Yamna, une mère dont sa fille (et ses frères, et ses sœurs) ne savent… rien.

C’était voulu. Allah n’a-t-il pas recommandé de tendre un rideau sur tous les secrets, et le premier des secrets n’est-il pas la femme ?

Mais ce silence que Yamna a su garder vis-à-vis de ses enfants, elle ne l’a pas eu pour Naïma, sa servante. Celle-ci va raconter, à Fawzia, lui ouvrir les portes d’un monde extraordinaire (et les yeux). Et Fawzia, après elle, de nous dire l’histoire du village de sa mère, du clan, dans la Tunisie des campagnes lointaines, entre le début de la colonisation, l’indépendance et la Révolution du Jasmin. Assignées à la maison, les femmes y mènent depuis leur plus jeune âge une existence plus ancienne que le monde. Non que cette existence soit contemplative : sous couvert d’obéissance, ce sont bien elles qui commandent, de la façon la plus mutique dès lors qu’une intimité risquerait de se dévoiler, et la plus loquace lorsqu’il s’agit d’édicter les lois claniques.

La dernière partie du récit – excellement structuré – nous montre Yamna dans sa vieillesse, exilée à Tunis, esquivant la sollicitude de sa progéniture, rusant – jusqu’à feindre Alzheimer – pour éviter de parler. « Parlant à Dieu et à la nature, aux djinns et aux ancêtres, aux blés quand ils poussent et aux nuages quand ils se pavanent, elle n’avait pas besoin de sa fille, non plus que de se confier. »

Il est alors temps pour Fawzia de présenter des excuses à sa mère décédée, pour avoir enquêté sur  elle, « transporté sa mémoire jusque sous les toits de France et l’avoir couchée dans une langue étrangère. »

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez Gallimard, en Folio, sur le site du Prix des Cinq Continents de la Francophonie reçu en 2016 par l’auteur pour ce livre.

La dernière fois que j’ai rencontré Dieu

Franz-Olivier Giesbert, La dernière fois que j’ai rencontré Dieu, Gallimard, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Difficile de classer ce livre très personnel qui se présente comme une sorte de profession de foi tout en se défendant de toute approche théologique (« Dieu est bien trop important pour être confié aux religions » prévient l’auteur). Une citation de Julien Green, mise en exergue, éclaire deux aspects de sa démarche : « Tout ce qui est triste me paraît suspect (…) L’idée que Dieu ne pût exister ne m’a seulement jamais effleuré ».

De l’éducation catholique qu’il a reçue, Giesbert a gardé la certitude de l’existence de Dieu mais la conviction également qu’il se contente d’être là sans intervenir dans la vie des hommes. De ses origines rurales, Giesbert a gardé une grande sensibilité à la nature et au monde animal. Tout cela le conduit aujourd’hui à se réclamer d’un panthéisme dont il trouve des illustrations et des échos dans de multiples sources, aussi diverses, pour n’en citer que trois, qu’Epicure, François d’Assise ou Spinoza.

On n’est pas forcément convaincu par la démarche de l’auteur, et l’éclectisme de ses références – bien qu’il témoigne de la grande culture qu’on lui connaît – peut laisser perplexe. Cependant ce livre est un hymne à la vie, à la nature, au monde vivant, et l’élan vital qui s’en dégage ne laisse pas indifférent.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

Leurs enfants après eux

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes Sud, 2018

Par Brigitte Niquet.

On a déjà beaucoup écrit sur le Goncourt 2018, et presque toujours de manière laudative, voire dithyrambique, ce qu’il mérite amplement. À quoi bon en rajouter, alors, dira le lecteur blasé, qui n’a pas attendu « Les yeux dans les livres » pour se faire son opinion et dévorer – ou pas – ledit bouquin. À quoi bon, c’est vrai, d’autant qu’il est quasiment impossible de prendre le contrepied de l’opinion générale et d’assassiner le chef-d’œuvre, ou même de l’égratigner, tant il est à la fois dérangeant et consensuel.

On peut simplement remarquer, à lire les critiques, que tous ne sont pas d’accord sur ce qui fait l’intérêt, la beauté et la force de ce roman. Ou plutôt que certains s’attachent davantage au parcours initiatique d’Anthony, Yacine, Stéphanie et les autres, en pleine crise d’adolescence et premiers émois amoureux dans les années 90, et d’autres à la fresque sociale qui situe tout ce petit monde dans une vallée de l’Est de la France, vallée qui fut prospère quand les hauts-fourneaux brûlaient de toutes leurs flammes et qui n’est plus qu’un piège à rats pour la génération suivante. Après tout, le livre est assez riche pour permettre les deux lectures et c’est avec beaucoup de maîtrise que l’auteur en entrecroise les fils qu’il devient impossible de démêler, ceux des destins individuels et ceux de la débâcle collective, tenant toujours son lecteur en haleine, d’autant que les principaux personnages (essentiellement les ados) sont très attachants chacun à sa manière. On suit leur parcours sur huit ans et on sait déjà que ces huit années décideront de tout et que ça n’ira pas dans le bon sens. Qu’il s’agisse de démoralisation impuissante ou de révolte farouche, de résignation bovine à un destin minable déjà tout tracé ou de volonté opiniâtre de s’en sortir par tous les moyens, à 14 ans, on peut tout espérer, à 22, on a déjà presque sa vie derrière soi. On devine sans peine de quel côté penche Nicolas Mathieu, le magnifique titre du livre nous ayant d’ailleurs éclairés d’emblée sur ses intentions. Comme l’écrivait déjà Musset, « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux », celui-ci l’est assez sans doute pour expliquer ce remarquable succès de librairie.

Un regret cependant : comme tant d’autres, l’auteur s’est cru obligé (ou a choisi) de sacrifier à la mode devenue incontournable des descriptions quasi cliniques d’ébats amoureux, dont aucun détail ne nous est épargné, ce qui peut sembler superflu et, ici, un peu hors de propos. Que la sexualité naissante polarise la vie des adolescents, on le sait et on le comprend, surtout dans ce contexte, mais quel besoin d’en infliger la description minutieuse au lecteur qui en a vu (lu) bien d’autres ? Ce bémol n’empêchant pas, bien sûr, que la symphonie soit harmonieuse, d’aucuns penseront peut-être qu’il la magnifie…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; le site de l’Académie Goncourt.

Les jours de silence

Phillip Lewis, Les jours de silence, Belfond, 2018

Par François Lechat.

Tout le monde fuit, dans ce roman situé dans les Appalaches, car personne ne parvient à dire ce qu’il a sur le cœur – surtout les hommes, faut-il préciser. C’est une histoire faite de frustrations, d’ambitions manquées, de séparations déchirantes, d’enfants frappés par la mort ou par la solitude. C’est l’histoire, surtout, d’un romancier réfugié dans une maison hors norme, au milieu d’une nature ingrate, qui fait vivre une famille dont tous les membres possèdent une personnalité à part, mais qui se consume à force d’écrire un chef-d’œuvre impossible, et qui jouera un méchant tour à ses proches. Le décor est vivant, le style de l’auteur élégant et fluide, ses personnages sont frappants : une fois entamé, on a de la peine à reposer ce livre. La magie opère un peu moins, à mon sens, quand le narrateur quitte les Appalaches pour la ville et s’éprend de Story, qui est aussi la proie d’un secret et de réflexes de fuite : pendant un temps, l’intrigue est moins originale. Mais elle rebondit et tous les fils du récit se renouent, jusqu’à une très belle fin qui éclaire le prologue. Ce premier roman est d’une force rare, intime et choral à la fois, et difficile à situer dans le temps (l’apparition d’un téléphone portable paraît incongrue, dans cette contrée perdue).

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (U.S.A.). Traduction : Anne-Laure Tissut.

Liens : sur lisez.com.

La France des Belhoumi

Stéphane Beaud, La France des Belhoumi, La Découverte, 2018

Par Jacques Dupont.

Les Belhoumi – famille algérienne – s’installent en France en 1977. Ils ont deux filles, Samira, 5 ans, et Leïla, 2 ans. Six autres enfants : trois garçons, trois filles naîtront sur le sol français. Stéphane Beaud les a rencontrés, « enquêtés » entre 2012 et 2017. La France des Belhoumi est la monographie de cette famille particulière. Elle a commencé après la rencontre fortuite de Samira, l’aînée des enfants.

La lecture m’a enthousiasmé. Il y a dans ce livre une extraordinaire proximité – étonnamment sans confidence – avec les enfants Belhoumi. J’ai suivi avec joie les combats des deux aînées. Combats contre la tradition, qui leur réservait le sort de femmes tôt mariées, sans instruction, sans travail, confites en bigoterie.  Or, c’est tout le contraire qu’on voit se produire, sous nos yeux, en « temps réel ». C’est formidable, c’est réjouissant. Samira deviendra cadre de santé, Leïla gérera une agence de Pôle Emploi.

Après quoi, on se dira que si les aînées des Belhoumi ont pu se battre, c’est parce que c’était … possible. Banalité ? Pas tant que cela. C’était possible parce que le mixage social existait encore dans les cités, au début des années 80, parce que les services publics n’avaient pas déserté les quartiers, que les municipalités communistes offraient beaucoup de possibilités culturelles (qu’on dirait aujourd’hui d’insertion), et surtout parce qu’il y avait l’école – et les institutrices militantes (nées vers 1948, elles avaient 20 ans en 68).

De là l’affaire commence à s’entendre autrement : les succès, les échecs des enfants Belhoumi sont le fruit de leurs personnalités individuelles, de leur genre, certes, oui encore, mais aussi d’un environnement social, politique, culturel. Or celui-ci s’est dégradé au fil du temps. Possibilités publiques, désir de s’investir, ouvertures, fermetures ne sont pas les mêmes d’une génération à l’autre. Une double hélice du pire court de Pasqua à Chirac, à Hollande ; de l’importation de l’Islam politique aux attentats. Elle s’enroule à celle de la paupérisation, et de la domination d’un libéralisme nouveau : l’ultra-libéralisme. Lire la suite « La France des Belhoumi »

Deux histoires de crêpes pour les enfants (6-9 ans)

Thérèse Bonté et Emmanuelle Massonaud, Sami et Julie font des crêpes et Le voleur de crêpes, Hachette Éducation

Sami et Julie forment un fameux duo. Toute une collection de livres leur est consacrée, avec pour objectif d’amuser les enfants tout en contribuant à leur apprentissage de la lecture. Public cible précis : les CE1 (2e année de l’école primaire).

Le coup de crayon est simple et efficace, les couleurs toujours bien vivantes ; les textes sont rédigés dans un français de qualité et écrits assez grands, en détachant bien les mots pour faciliter le déchiffrage.

La Chandeleur est l’occasion de faire un petit extra sur Les yeux dans les livres et de se pencher sur deux de ces albums : Sami et Julie font des crêpes, où les deux enfants vont tenter la recette la plus simple du monde… et trouver le moyen de faire des bêtises ; et Le voleur de crêpes où il faut élucider la disparition du précieux dessert :

Catégorie : Extras.

Liens : chez Hachette Éducation, Sami et Julie font des crêpes et Le voleur de crêpes.

Le coeur converti

Stefan Hertmans, Le cœur converti, Gallimard, 2018

Par François Lechat.

Comment  vivre, au 11e siècle, quand on est la fille d’un noble normand et que l’on tombe amoureuse d’un fils de rabbin dont les parents sont établis à Narbonne ? Et que peut-il rester de cette histoire follement romanesque, et potentiellement tragique (nous sommes à l’aube des Croisades, donc d’un regain de tension entres les diverses religions présentes en Europe) ? Il en subsiste un document, une lettre de recommandation conservée dans une synagogue du Caire, et dont l’auteur, un Belge d’expression flamande, a pris connaissance à force d’obstination, après avoir été mis sur la piste de cette histoire d’amour par les rumeurs qui circulaient dans son village d’adoption, à Monieux, dans le Vaucluse, où l’on raconte qu’un pogrom a eu lieu au Moyen Age. Le cœur converti raconte à la fois l’idylle improbable de Vigdis, la belle Normande, et de David, le fils du rabbin, et la recherche, par monts et par vaux, des traces laissées par leur histoire tumultueuse, recherche dont on devine qu’elle n’a pas été de tout repos.

Remarquablement documenté, écrit dans un style riche et travaillé, le récit médiéval touche le lecteur et le fait voyager bien au-delà de ce qu’il aurait souhaité pour ce couple menacé par des ennemis tenaces. L’enquête contemporaine, elle, est habilement mêlée au récit principal, mais elle choque quand on la découvre car il est un peu dégrisant de passer du 11e siècle, sauvage et sensible, à une aire d’autoroute ou à l’évocation d’un retour en voiture vers Bruxelles. Une fois la surprise passée, ce deuxième fil narratif intéresse aussi, mais sans posséder la force dramatique du premier, ni sa poésie. C’est pour David et Vigdis qu’on lit ce roman déchirant, écrit sur un ton grave qui épouse les joies et les tourments de ses héros. On peut juste regretter un manque de rythme, mais cette allure parfois méditative est en phase avec son sujet.

Catégorie : Littérature étrangère (Belgique). Traduction du néerlandais : Isabelle Rosselin.

Liens : chez l’éditeur.

Clair obscur

Don Carpenter, Clair obscur, Cambourakis, 2018

Par François Lechat.

Le deuxième roman de Don Carpenter, enfin traduit en français. C’est court, âpre, déroutant. Le héros, Semple, est légèrement simplet et a fait un séjour en asile psychiatrique. Ses compagnons de vie, dans une petite ville américaine sans charme, sont banals, avec les défauts, les aspirations et les failles d’une middle class dénuée d’imagination. Semple se fait difficilement sa place dans ce petit monde, et ne pourra pas toujours résister à ses pulsions – ce qui ne l’empêchera pas de rencontrer une esquisse d’amour, inattendue mais pas vraiment flamboyante. Une ode aux cœurs cabossés et aux cerveaux obtus, écrite dans un style étonnamment complexe, avec de longues phrases sinueuses et parfois un peu bancales. A ne pas manquer si l’on aime l’auteur, ou les plongées dans les clapotis de l’âme humaine.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (U.S.A.). Traduction : Céline Leroy.

Et je danse aussi

Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, Et je danse aussi, Fleuve éd°, 2015 (disponible en Pocket)

Par Brigitte Niquet.

Malgré le succès retentissant de certains romans épistolaires – citons  pour mémoire l’un des plus célèbres, devenu un classique, Les Liaisons dangereuses, et l’un des derniers en date, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates – j’avoue qu’a priori le genre ne m’attire pas, même si le passage de la plume au clavier (il s’agit ici, en fait, d’échange de mails) modifie un peu la donne. À vrai dire, si l’on ne m’avait pas offert ce petit bouquin avec un sourire entendu (« Ça va sûrement te plaire… »), je ne m’y serais certainement jamais intéressée. Et comme j’aurais eu tort !

Certes, dans les premières pages, il faut prendre patience, car la correspondance se met en place difficilement entre un écrivain célèbre, Pierre-Marie Sotto, ex-prix Goncourt en panne d’inspiration devenu plus ou moins misanthrope, et une de ses… de ses quoi, au juste ? admiratrices ? Ah ! Déjà, le doute plane. Non, Adeline Parmelan n’est pas vraiment – ou pas seulement – une admiratrice, et la grosse enveloppe qu’elle lui a envoyée et qu’il n’a pas ouverte ne contient pas forcément un manuscrit qu’elle voudrait lui faire lire bon gré mal gré. Et lui n’est peut-être pas tout à fait – ou pas seulement – l’ours mal léché qu’il prétend être devenu ou alors cet ours est blessé et s’est réfugié dans sa tanière pour lécher ses plaies. C’est un jeu de dupes où chacun protège ses secrets (surtout celle qui a initié cet échange de correspondances) et il faudra 122 mails (61 chacun) et quelque 300 pages pour que l’écheveau se démêle et que le lecteur, complètement bluffé, découvre l’incroyable vérité et se laisse submerger par l’émotion, que l’on n’attendait pas à ce détour.

Laissez-vous prendre par le charme de ce livre, vous ne le regretterez pas. Il date déjà de quelques années mais sa réédition en poche lui donne une seconde chance et il mérite de vivre dans la durée.

Catégorie : Littérature française.

Liens : au Fleuve, en Pocket.

Sur le ciel effondré

Colin Niel, Sur le ciel effondré, Rouergue Noir, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Vous n’avez pas pris l’avion, vous ne portez pas de jungle boots, vous ne connaissez pas de piroguier, et pourtant vous allez pénétrer la forêt amazonienne, en découvrir les rivières et les criques, les plantes et animaux aux noms improbables, y croiser des tribus prises entre smartphone et mode de vie local, entre évangélisme et croyances ancestrales. Vous allez vivre au rythme des découvertes de la gendarmerie française, tentant de résoudre différentes affaires dans cette Guyane peuplée de chercheurs d’or, d’adolescents en rade, de vieux sages mystérieux. Vous allez souffrir de la chaleur et de l’humidité, souffrir pour les personnages que vous aurez, tous, envie de comprendre. Vous allez espérer aussi, beaucoup espérer. Et puis, quand vous refermerez le livre en vous demandant si vous venez de lire un grand roman de la littérature française, un roman policier ou un conte merveilleux, vous devrez rester assis un moment sans faire de geste brusque, le temps que les esprits du Haut Maroni aillent rejoindre leur Guyane natale ou envoûter d’autres lecteurs.

Prenant, habile, savant, sensible, respectueux, superbement écrit. Dépaysement garanti.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Happycratie

Edgar Cabanas et Eva Illouz, Happycratie, Premier Parallèle, 2018

Par François Lechat.

Ce livre est écrit par des universitaires pour des non-universitaires : son objectif est de faire la critique scientifique d’une soi-disant science, la « psychologie positive », ou science du bonheur. Bien entendu, l’affaire est d’abord américaine : c’est aux États-Unis surtout que cette escroquerie connaît un succès fulgurant, et c’est pour qualifier la situation américaine que le livre porte comme sous-titre « Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies ». Mais si nous n’en sommes pas là en Europe, nous en prenons le chemin, comme le montrent toutes ces injonctions qui nous sont faites d’être « épanouis », de nous « réaliser », de « gérer nos émotions », de rester « positifs », de trouver notre « voie » ou notre « Moi profond », de « cultiver notre trésor intime »…

Comme le montrent très bien les auteurs, l’injonction à être heureux sert deux types d’intérêts. Elle est au cœur d’un marché florissant, elle fait vivre une foule de revues, de chaînes de télé, de coachs, de psys, de gourous en tout genre, qui profitent du fait que, étant donné que nous devons impérativement être heureux, nous souffrons de ne pas l’être pleinement, nous sommes prêts à écouter ceux qui nous disent comment faire et à les payer pour ça. Et la même injonction sert aussi les employeurs, car un individu en quête de bonheur est un individu autonome, qui se prend en main, qui se motive par soi-même, qui prend ses responsabilités, qui se remet en question pour s’améliorer sans cesse, qui s’en veut de ses échecs et tente de s’améliorer par ses propres moyens… – l’employé rêvé, en somme, qui ne met jamais son patron ou le système économique en cause.

A travers la dissection d’une fausse science dont les ficelles laissent pantois, les auteurs nous invitent à ne pas écouter le psychologisme ambiant et, en quelque sorte, à nous révolter contre ceux qui nous veulent du bien. Cette réflexion va dans le même sens que celle de Jean-Pierre Le Goff dans Malaise dans la démocratie, dont j’avais déjà recommandé la lecture.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : Happycratie chez l’éditeur ; Malaise dans la démocratie par François Lechat.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑