Le Soleil des rebelles

Luca di Fulvio, Le Soleil des rebelles, Slatkine & Cie, 2018

Par François Lechat.

Curieusement, c’est L’Obs qui m’a donné envie d’acheter ce livre. Je dis « curieusement », car au cours de sa critique très élogieuse le journal n’a pas précisé un point essentiel : ce très bon roman dans son genre est un roman de genre, que je rangerais dans la littérature jeunesse. Je sais que c’est un peu fort pour un pavé de 630 pages, mais je ne vois pas comment le qualifier autrement. Car cette histoire, prenante dès la première page, menée tambour battant, avec tout ce qu’il faut de suspense, d’action, d’émotion (une jolie scène d’amour, entre autres) et de rebondissements, reste en même temps terriblement conventionnelle, pour ne pas dire prévisible. Il y a de belles inventions, dont Hubertus, un rat qui prend une certaine importance au début du récit, et Emöke, une femme victime qui devine l’avenir et connaîtra un deuxième amour. Mais les nobles sont soit cruels soit faits pour régner, les femmes sont aimantes et dévouées, le curé est généreux mais couard, le chef des rebelles a un grand cœur, le héros apprend à surmonter ses faiblesses, l’amour frappe même la brute la plus sanguinaire… Tout cela n’est pas grave si l’on prend ce roman pour ce qu’il est, un récit d’aventures haut en couleur, à lire par pur divertissement, comme le synopsis d’une série télévisée. A recommander aux ados, qui prendront plaisir à voyager dans le temps (le 15e siècle) et l’espace (dans le saint empire romain germanique).

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Françoise Brun.

Liens : chez l’éditeur ; la critique de L’Obs.

La vie parfaite

Silvia Avallone, La vie parfaite, Liana Levi, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Un roman que j’ai vraiment aimé, attachant mais dur.

Nous sommes à Bologne, de nos jours, dans la cité des Lombriconi (des lombrics), deux immenses barres très longues entourées de sept tours. Cette cité, on y nait et on y reste, ou on y arrive suite à des accidents de la vie. Rosaria était douée pour l’école, allait faire des études, mais elle croise un beau gosse, un voyou (la Mafia n’est jamais loin). À 17 ans, elle est enceinte d’Adèle et bientôt de Jessica, et son mari se retrouve en prison. Même si elle doit se tuer au travail, ses filles feront des études et auront une vie parfaite ! Mais l’histoire se répète pour Adèle et ce roman commence quand celle-ci accouche dans des circonstances terribles. Va-t-elle garder cet enfant ?

Dans les beaux quartiers, il y a Dora, la prof de littérature, et Fabio, l’architecte. Tout semble aller bien pour eux mais la vie ne leur a pas fait de cadeaux non plus et leur couple se déchire dans l’impossibilité d’avoir un enfant.

Les deux mondes se croisent mais ne se mélangent jamais. Il y a beaucoup de personnages, de portraits d’ados et d’adultes, sans concession mais attachants. Ils aspirent au bonheur (pour eux ou leur famille) — quand ils n’ont pas déjà abandonné tout espoir.

Un roman réaliste, très humain, où les hommes n’ont pas toujours le beau rôle, où on retrouve les mamas italiennes qui se battent comme elles peuvent pour leurs enfants. Car le thème principal est la maternité, follement désirée ou au contraire subie.

Une belle chronique sociale, sans pathos.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Françoise Brun.

Liens : chez l’éditeur.

L’amie prodigieuse (la tétralogie)

Elena Ferrante, « L’Amie prodigieuse » (L’amie prodigieuseLe nouveau nomCelle qui fuit et celle qui resteL’enfant perdue), Gallimard, 2014-2018

Par François Lechat.

J’ai enfin terminé la saga en quatre tomes d’Elena Ferrante, « L’amie prodigieuse ». Et je confirme : cette tétralogie mérite les superlatifs et le succès qui l’entourent. Personnellement, j’ai ressenti une légère baisse d’intérêt à deux moments, pendant quelques chapitres du deuxième tome et du quatrième tome. Mais d’autres auront sans doute eu l’impression inverse : ces chapitres sont ceux dans lesquels la narratrice, Elena, se focalise sur son amour pour le beau et ténébreux Nino, ce qui rend le roman moins social et moins choral, mais plus fort pour qui aime les intrigues intimistes.

Il reste qu’à mes yeux, le mérite le plus éclatant de Ferrante est de nous offrir une suite ininterrompue de péripéties romanesques rehaussée d’un sens inouï des stratégies sociales, des codes, des espérances et des comportements d’une foule de micro-sociétés finement stratifiées, subtilement hiérarchisées selon les quartiers, les métiers, les familles, les sexes…, et qui ne cessent d’interagir et de se juger. Il y a du Balzac et du Proust chez Ferrante, un art consommé de nous rendre complice des moindres détails par lesquels chacun tente de conserver sa position, son honneur, son image, sa situation, ses idéaux. Ou des moindres détails par lesquels certains s’efforcent de changer de position, en y parvenant ou pas, ou en arrivent à trahir et à se trahir. Parmi les dizaines de personnages qui peuplent cet univers foisonnant, et dont Ferrante nous rappelle toujours finement la situation, chaque lectrice et chaque lecteur aura ses préférés, de même que chacun préférera telle ou telle époque.

Au final, et sans rien déflorer, les deux héroïnes auront fait un chemin inverse. Lila, « l’amie prodigieuse », l’enfant revêche dotée de talents hors normes, sera la proie du destin parce qu’elle a tourné sa colère contre son quartier, parce qu’elle n’a pas voulu rompre vraiment avec sa condition, espérant pouvoir changer le monde plutôt qu’elle-même. Elena, au contraire, bien moins douée sinon moins jolie, réussira son ascension sociale mais au prix de mille ruptures, et en doutant toujours de sa légitimité, elle qui est bien consciente de rester une forte en thème, une besogneuse. Par-delà le tourbillon des événements et des sentiments, sur fond d’Italie gangrenée par la mafia et la corruption, c’est une question théologique qui sous-tend la saga de Ferrante, celle consistant à savoir si l’on se sauve par la grâce, comme Lila devrait pouvoir le faire, ou par les œuvres, comme le tente Elena. Mais cette question n’est jamais formulée : tout passe par le récit, ou par le dialogue qu’Elena entretient avec sa propre histoire, et qui reste romanesque de bout en bout, jamais pédant. Avec un final quelque peu pervers et d’une grande beauté, qui ne déçoit pas alors que le lecteur, cent fois, se demande comment l’auteure parviendra à clore un tel cycle.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Elsa Damien.

Liens : chez l’éditeur, le tome I, le tome II, le tome III, le tome IV  ; les critiques de François Lechat des tomes I et II.

Débâcle

Lize Spit, Débâcle, Actes Sud, 2018

Par Françoise Ghilain.

Je viens de découvrir une jeune écrivaine belge, Lize Spit, 28 ans, éditée chez  Actes Sud… à travers son roman Débâcle (*) qui fait un tabac et à juste titre ! Le titre en néerlandais est Het Smelt qui signifie « Ça fond »…

Un livre extrêmement bien construit… Une excellente traduction du néerlandais en français. Sur la couverture de ce livre en français : une photo d’enfant réalisée par la photographe Frieke Janssens… très interpellante aussi !

J’invite vivement tous les lecteurs des Yeux dans les livres à découvrir Lize Spit !

(*) Débâcle : rupture des glaces d’un cours d’eau.

Catégorie : Littérature étrangère (Belgique). Traduction du néerlandais : Emmanuelle Tardif.

Liens : chez l’éditeur.

Konbini

Sayaka Murata, Konbini, Denoël & d’ailleurs, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Keiko se rend compte dès la petite enfance qu’elle ne ressent pas les mêmes sentiments que ses petites copines et n’a absolument pas leurs réactions. Pour ne pas avoir d’ennui elle se fond dans la masse. Devenue étudiante, elle trouve un petit boulot dans un Konbini, supérette japonaise ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Là tout est écrit dans un guide : comment remplir les rayons, comment parler aux clients, tout est millimétré. Dix-huit ans plus tard, Keiko y travaille toujours, mais elle n’est pas mariée et n’a pas d’enfant, et elle a 36 ans…

Ce petit livre japonais de 123 pages est un roman satirique et plein d’humour noir sur la société nippone actuelle, où il faut à tout prix entrer dans la bonne case, dans le bon moule. Il a été récompensé de nombreux prix, notamment le prix Akutagawa, l’équivalent japonais du Goncourt.

Un bon petit livre, sans plus. Mais je ne suis pas habituée à la littérature japonaise.

Catégorie : Littérature étrangère (Japon). Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon.

Liens : chez l’éditeur.

La tanche

Inge Schilperoord, La tanche, Belfond, 2017

Par François Lechat.

En tombant sur ce livre en librairie, j’y ai vu un défi. Un nom d’auteur inconnu et imprononçable, un titre sec et peu ragoûtant et une couverture minimaliste : l’éditeur devait se sentir sûr de son coup pour oser proposer un tel ouvrage. Même si ce livre a été couronné de distinctions aux Pays-Bas, qui, sérieusement, a envie de s’intéresser à une tanche ? La réponse est simple : les deux héros – Jonathan, un homme encore jeune qui vient d’être libéré de prison faute de preuves, et « la fillette », une gamine joueuse et sensible qui habite juste à côté de chez lui et qui veut à tout prix sauver cette tanche d’une mort injuste. Car elle n’a pas mérité de dépérir dans un aquarium lors de la pire canicule qu’ait jamais connue le village dans lequel revient Jonathan, un coin désolé en bordure de mer. La tanche servira évidemment d’objet transitionnel entre eux : elle leur permettra de nouer des liens qui, pour elle, compenseront le divorce de ses parents et les absences de sa mère et, pour lui, constitueront un danger majeur : comment résister à ses pulsions ? C’est tout l’enjeu de ce livre étonnant de maîtrise (un seul adjectif mal choisi en 200 pages, qui fait ressortir la perfection du reste), de tension (car on s’identifie dès le début à cet homme de bonne volonté, dépassé par ses désirs et borné par sa bêtise) et de finesse (l’auteure, qui a longtemps exercé comme psychologue judiciaire, décrit avec une force rare le tourbillon des idées et des sensations de Jonathan, ainsi que les protocoles thérapeutiques auxquels il s’astreint, sans jamais verser dans le didactisme). Cela pourrait être glauque, mais c’est fascinant à force de sensibilité et de réalisme, ainsi que d’un sens aigu du drame. L’alternance des huis clos entre Jonathan et sa vieille mère d’une part, entre Jonathan et la fillette d’autre part, semble voué à déchaîner les passions lors de cet été étouffant qui voit un homme perdre pied alors que son psychologue l’avait préparé au mieux à sa libération. A vous de voir si la fin (un peu longuette ?) dément cette catastrophe annoncée.

Catégorie : Littérature étrangère (Pays-Bas). Traduction : Isabelle Rosselin.

Liens : chez l’éditeur.

Ailleurs

Dario Franceschini, Ailleurs, Gallimard, collection L’Arpenteur, 2017

Par François Lechat.

C’est bien connu, en tout cas en France : on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Cette maxime n’a peut-être pas cours en Italie, où l’actuel ministre de la Culture a publié en 2011 ce court roman joliment publié dans une des plus élégantes collections de Gallimard (ce qui compense les petites fautes de la traductrice). L’histoire est banale, à certains égards, mais bien faite aussi pour voyager dans l’esprit et dans l’espace. Dans un village près de Ferrare, le notaire Ippolito Dalla Libera, un parangon de vertu et de rigueur, révèle à son fils, aussi notaire et aussi coincé que lui, qu’il a eu 52 enfants cachés avec 52 prostituées et que son fils doit les retrouver avant sa mort. S’ensuit une enquête sur la double vie de ce père-la-pudeur, qui conduira évidemment notre héros à découvrir des horizons insoupçonnés et, au travers d’une prostituée au grand cœur prénommée Mila, à s’ouvrir à des sentiments et à des comportements jusque-là inaccessibles. Rien de très original, donc, sauf que l’auteur ménage de véritables surprises, nous offre quelques trouvailles (dont une jolie manière de rédiger des épitaphes), et va jusqu’au bout de sa logique en soignant le style, le tempo, la peinture délicate et complice des découvertes de ce notaire qui nous devient de plus en plus sympathique car nous aimerions bien, nous aussi, retrouver le souffle de la liberté. A lire pour se sentir humain, et pour un sens aigu des détails et des dialogues.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Chantal Moiroud.

Liens : chez l’éditeur.

La plus grande baleine morte de Lombardie

Aldo Nove, La plus grande baleine morte de Lombardie, Actes Sud, 2007

Par Patrick Poivre.

Si vous faites partie de ceux qui n’ont plus ouvert un roman ou un recueil de nouvelles depuis belle lurette, le choc va être rude. Et même si celui-ci est traduit de l’italien et qu’il est donc difficile de juger de la qualité de la traduction (mais je fais confiance à l’équipe éditoriale d’Acte Sud pour nous avoir réservé le meilleur à l’époque), le texte qui nous est livré ici en langue française est limpide et reste saisissant. Le lecteur qui n’aurait plus aucun souvenir de son enfance ou qui ne disposerait d’aucune ressource imaginative, un lecteur ainsi diminué ne passera pas la première histoire. Il se demandera s’il s’agit d’une prose réservée à l’enfant ou d’un délire d’écrivain en mal de martingale et refermera l’ouvrage, dubitatif. S’il y survit, c’est que lui aussi va penser, par exemple, que « Bialetti (l’inventeur des fameuses cafetières italiennes) tue chaque nuit les enfants qui restent seuls au cabinet plus de neuf minutes ». Et il n’atteindra pas la moitié du livre sans se rendre compte qu’il avait oublié que les mots, ordonnés en phrases et celles-ci en paragraphes et chapitres étaient doués pour évoquer les souvenirs du monde que nous avions vécu.

Il s’agit d’un recueil de souvenirs des années 70, mais ici, le narrateur n’en n’a pas transposé la description dans sa langue d’adulte. Il les a conservés, ô miracle, dans leur jus, le tout formant un fantastique remède à la conformité, à l’uniformité de l’écriture mémorielle que le tout image nous impose depuis de nombreuses années déjà. Tout cela m’a fait penser à Dario Fo, héritier de la comedia dell’arte, à son Mistero buffo et à la richesse et l’habileté de sa narration.

Aldo Nove, qui nous est contemporain, m’était parfaitement inconnu et des quelques recherches que je viens de faire pour écrire cette petite note, j’ai retenu qu’il était d’abord poète avant d’être prosateur. Et manifestement, c’est par le va et vient de l’un vers l’autre que les spécialistes tentent d’expliquer sa technique d’écriture et son style. Sans doute, pourquoi pas. Pour ma part, je reste  persuadé que la prose n’est qu’un segment de la poésie.

Si vous mettez la main sur ce livre dans une librairie, offrez-le à quelqu’un qui ne lit plus. Les autres savent.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). N.B. : L’éditeur français publie cet ouvrage hors collection dans le genre « romans et nouvelles » et présente ces récits comme des chroniques. Traduction : Marianne Véron.

Liens : chez l’éditeur.

Si rude soit le début

Javier Marías, Si rude soit le début, Gallimard, 2017

Par François Lechat.

Salué par les meilleurs critiques dans les termes les plus flatteurs, ce roman vaut assurément le détour. Mais il s’adresse à un public très pointu, capable de lire 570 pages d’une intrigue qui, factuellement, se laisserait résumer en cinq lignes. C’est que le narrateur, qui retrace après coup quelques années de jeunesse, y mêle à tout moment une réflexion psychologique, morale, historique, sociale…, qui met à plat les moindres éléments de l’intrigue, qu’il s’agisse d’un mot prononcé, d’un geste, d’un souvenir, d’un événement. Le tout se situe dans l’Espagne postfranquiste, et tourne autour des questions de la faute, de la mémoire, de l’effacement des crimes, de la réussite des anciens fascistes, de la dette – tout ce qui pourrait agiter la société espagnole si elle n’avait pas décidé de jeter un voile pudique sur son passé. Cela paraît abstrait, bien sûr, mais la réussite du livre tient au fait qu’il incarne son sujet dans des rapports humains proches du huis clos : entre le héros, jeune intellectuel qui entame ici son apprentissage, et son patron, un cinéaste en vue ; entre celui-ci et sa femme, qu’il déteste viscéralement pour des raisons mystérieuses ; entre cette femme et le héros, avec des effets surprenants ; ou encore entre le patron et un de ses amis auquel le héros devra se lier intimement, et ainsi de suite, avec des éclairs de drame ou de sensualité inattendus. C’est formidablement construit, pensé, creusé, inscrit dans des boucles et des spirales qui se déploient comme un fleuve majestueux. Mais pour apprécier ce livre, et j’y reviens, il faut pouvoir affronter des phrases de dix lignes ou des chapitres entiers qui cernent un détail. Impressionnant, intelligent et jouissif, mais à la place de l’éditeur j’aurais imposé quelques coupes.

Catégorie : Littérature étrangère (Espagne). Traduction : Marie-Odile Fortier-Masek.

Liens : chez l’éditeur.

La chair

Rosa Montero, La chair, Métailié, 2017

Par Catherine Chahnazarian.

L’auteure est espagnole, l’action se passe à Madrid et le personnage de ce livre, Soledad, ce qui signifie « solitude » en espagnol, se construit au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue. Car il y a une intrigue – assez forte même – alors qu’au premier abord on pourrait croire qu’on a affaire à un roman psychologique proche du dialogue intérieur. C’est que le personnage est caléidoscopique – ce qui est une autre manière de dire complexe – et que l’écriture l’est aussi – ce qui est une autre manière de dire que la construction n’est pas banale et que les chapitres se suivent de manière parfois très inattendue. Soledad est cultivée, désaxée, imprudente, obsédée par sa soixantaine, sportive et… vraie.

Seul bémol, une traduction qui mériterait d’être revue (quelques fautes d’orthographe, de mauvais choix de conjugaison, quelques coquilles), mais voici un roman prenant et touchant, bousculant un peu aussi, malin, sensible. Je l’ai beaucoup aimé et je ne le conseille pas seulement à ceux qui découvrent les angoisses de la soixantaine.

Catégorie : Littérature étrangère (Espagne). Traduction : Myriam Chirousse.

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Le pays que j’aime

Caterina Bonvicini, Le pays que j’aime, Gallimard, 2016

Par François Lechat.

Un joli point de départ, pour ce roman italien qui court sur quatre décennies : l’amitié puis l’amour (presque) indéfectible liant une riche héritière et le fils du jardinier. Inséparables pendant l’enfance, car Olivia avait besoin d’un compagnon de jeu, ils vont s’aimer mais surtout se perdre, se retrouver à de multiples reprises mais de façon toujours précaire. C’est qu’un gouffre social les sépare, et deux familles aussi, qui ne sont pas ennemies mais qui suivent chacune sa voie, très différente. On croit que tout va s’arranger lorsque Valerio, l’amoureux transi, fait à son tour fortune dans la construction et fréquente le même monde qu’Olivia, mais entre-temps d’autres obstacles se sont dressés entre eux, dont des mariages sans amour mais pas sans consistance. Caterina Bonvicini excelle à rapprocher et à éloigner ses protagonistes, et à les lier au moyen de personnages secondaires bien typés – surtout l’aïeule de la famille d’Olivia, d’une liberté folle derrière sa façade embourgeoisée, et ses deux fils, qui suivront des voies inattendues. Il y a de très belles scènes et beaucoup de finesse dans ce roman, mais aussi quelques faiblesses : un héros un peu improbable, un arrière-plan berlusconien pas vraiment exploité, des ellipses parfois curieuses. Cela n’empêche pas d’apprécier de beaux personnages de femmes, un sens aigu des codes sociaux, l’humour à froid de l’auteure et son sens des dialogues.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Lise Caillat.

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Sur cette terre comme au ciel

Davide Enia, Sur cette terre comme au ciel, Albin Michel, 2016

Par François Lechat.

Premier roman, très remarqué, d’un dramaturge italien, Sur cette terre comme au ciel fait inévitablement penser à L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante : même manière d’aller toujours droit au but, même évocation des milieux populaires d’une ville de province, Palerme en l’occurrence, même empathie pour des personnages plus vrais que nature. Certes, on est ici un cran ou deux en-dessous de Ferrante, d’abord parce que Palerme et sa mafia restent un décor un peu vague, ensuite parce que Davide Enia nous perd un peu avec ce récit éclaté en de multiples époques, où la plupart des héros masculins ont fait, font ou s’occupent de la boxe, ce qui ne facilite pas leur identification. Mais c’est une belle réussite malgré tout, même pour qui ne s’intéresse pas au noble art, grâce à un sens époustouflant des dialogues, qui sont à la fois brillants et criants de vérité. Et grâce, aussi, à une jolie histoire d’amour qui nous vaut un chapitre épatant à un moment que je ne dévoilerai pas. Si on aime l’Italie et les Italiens, leur gouaille et leur débrouille, leur humanité et leur sens de la famille, on aimera ce roman plein de vie et de gros mots.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Françoise Brun.

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