Sur cette terre comme au ciel

Davide Enia, Sur cette terre comme au ciel, Albin Michel, 2016

Par François Lechat.

Premier roman, très remarqué, d’un dramaturge italien, Sur cette terre comme au ciel fait inévitablement penser à L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante : même manière d’aller toujours droit au but, même évocation des milieux populaires d’une ville de province, Palerme en l’occurrence, même empathie pour des personnages plus vrais que nature. Certes, on est ici un cran ou deux en-dessous de Ferrante, d’abord parce que Palerme et sa mafia restent un décor un peu vague, ensuite parce que Davide Enia nous perd un peu avec ce récit éclaté en de multiples époques, où la plupart des héros masculins ont fait, font ou s’occupent de la boxe, ce qui ne facilite pas leur identification. Mais c’est une belle réussite malgré tout, même pour qui ne s’intéresse pas au noble art, grâce à un sens époustouflant des dialogues, qui sont à la fois brillants et criants de vérité. Et grâce, aussi, à une jolie histoire d’amour qui nous vaut un chapitre épatant à un moment que je ne dévoilerai pas. Si on aime l’Italie et les Italiens, leur gouaille et leur débrouille, leur humanité et leur sens de la famille, on aimera ce roman plein de vie et de gros mots.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Françoise Brun.

Liens : chez l’éditeur.

Le nouveau nom

Elena Ferrante, Le nouveau nom, Gallimard, 2016

Par François Lechat.

Elena Ferrante donne ici la suite de L’amie prodigieuse [volume II sur IV]. On y retrouve tout son art et toute sa patte, et on les comprend même mieux avec ce deuxième volume. Car pendant 150 pages, ce roman choral débordant de personnages se resserre plus classiquement sur un petit groupe de jeunes le temps de vacances d’été, situation propice aux amours compliquées. Cette parenthèse estivale est fort bien menée, mais par moment on ressent un léger vide, comme s’il manquait quelque chose. En fait, il n’y manque rien, mais lorsque les deux héroïnes reviennent à Naples, on saisit ce qui fait tout le prix de ce cycle romanesque qui comprendra quatre volumes : un extraordinaire sens des détails qui différencient les personnages selon leur position dans l’échelle des métiers, de la richesse, des sexes, des âges, une manière de rendre la vie grouillante d’un quartier à l’aide d’une foule d’anecdotes, de gestes, de dialogues qui sonnent tous plus vrais les uns que les autres. La vie est un combat que les deux héroïnes, l’une encline à s’effacer et l’autre à ne jamais rien céder, mènent envers et contre tout, dans une Italie où l’on ne peut jamais oublier le regard des autres. La lutte des classes, des sexes et des générations comme on la lit rarement : du point de vue de femmes du peuple – et c’est bien plus vivant que d’un point de vue bourgeois ou masculin.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Elsa Damien.

Liens : la page sur Le nouveau nom chez l’éditeur ; l’article de François Lechat sur le 1er volume de la saga : L’amie prodigieuse.

L’amie prodigieuse (I)

Elena Ferrante, L’Amie prodigieuse, Gallimard, 2014

Par François Lechat.

Le début déconcerte un peu tant le contraste entre les deux héroïnes est accentué. Mais leur relation devient vite crédible, et Elena Ferrante rend merveilleusement l’atmosphère de ce quartier pauvre de Naples et les sentiments de la narratrice, Elena, qui est à la fois éblouie et irritée par son amie Lila. Plusieurs scènes sont de petits bijoux : la tentative avortée des fillettes de découvrir la mer au cours d’une fugue ; le baiser reçu par Elena d’un personnage poétique qui va montrer un autre visage ; le trouble provoqué par Lila, pendant sa toilette nuptiale, sur quelqu’un que je ne veux pas nommer ici… Ce roman allie la sensibilité psychologique à un réalisme social aigu, sans que jamais l’auteure ne nous perde dans la foule de ses personnages, tous criants de vérité même si certains ont plus de relief que d’autres.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Elsa Damien.

Liens : page sur L’amie prodigieuse chez l’éditeur ; article de François Lechat sur la suite : Le nouveau nom (2e volume de la saga).

La femme sur l’escalier

Bernhard Schlink, La femme sur l’escalier, Gallimard, 2016

Par François Lechat.

Si vous avez lu Le liseur, le premier roman de Bernhard Schlink, La femme sur l’escalier va sans doute vous décevoir ; si vous avez aimé La femme sur l’escalier, précipitez-vous sur Le liseur. C’est que, dans les deux romans, la trame est semblable : une femme forte, belle, intrigante, parfois dure et cynique en raison des circonstances, fait face à un héros plein de bonne volonté, moral et raisonné, fasciné par cette créature qui, à l’évidence, possède une tout autre expérience de la vie. Mais là où, dans Le liseur, cette trame s’inscrit dans l’Histoire (le nazisme, le procès de Nuremberg, le gouffre entre les classes sociales), elle sert dans La femme sur l’escalier à raconter des histoires, celles de trois bourgeois amoureux de la même égérie. Le début est brillant, la fin est réussie même si elle ne surprend pas, mais l’ensemble, très soigné, manque de force et de folie, comme si Bernhard Schlink ne parvenait pas à se départir de ses bonnes manières de juriste allemand. A lire, surtout, si l’on croit qu’une femme – celle qui donne son sens au titre – mérite qu’on lui sacrifie sa carrière.

Catégorie : Littérature étrangère (Allemagne). Traduction : Bernard Lortholary.

Liens : chez l’éditeur.

Sens dessus dessous

Milena Agus, Sens dessus dessous, Liana Levi, 2016.

Par François Lechat.

Les inconditionnels de Milena Agus, dont je suis, retrouveront sa patte dans ce nouveau roman : même longueur, même éditeur, même sens du farfelu, du poétique et de l’inattendu, avec toujours des personnages décalés, obstinés, décidés à trouver l’amour et le bonheur que la vie semble devoir leur refuser. Avec, une fois encore, quelques percées érotiques surprenantes de la part d’héroïnes vivant en Sardaigne, où la femme semble devoir être plus réservée. Pour autant, ce n’est pas le roman le plus accompli de l’auteure : il faut un peu de temps pour que l’intrigue se noue, que les surprises arrivent, que la poésie se mette à rôder, et la dimension érotique est moins réussie. On sentait plus de folie et un plus grand travail du style dans ses livres précédents – même si celui-ci reste bien supérieur au tout-venant actuel, et constitue une jolie lecture d’été.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Marianne Faurobert.

Liens : chez l’éditeur.

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