Un fils obéissant

Laurent Seksik, Un fils obéissant, Flammarion, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

J’avais été séduite par Les derniers jours de Stefan Zweig et par Le cas Edouard Einstein et je n’ai pas été déçue par Un fils obéissant, un roman largement autobiographique dans lequel le grand homme auquel l’auteur rend hommage n’est plus une personnalité connue de tous mais, selon sa propre expression, un autre « géant », son propre père.

Dans l’avion qui l’emmène vers la sépulture de ce père en mémoire duquel il doit, un an après son décès, prononcer devant ses proches un discours d’hommage, le narrateur engage la conversation avec sa voisine et lui raconte ce père exceptionnel. Durant ce voyage de 4 heures il s’épanche donc auprès d’une inconnue qui déclare d’emblée qu’elle-même n’a pas une image positive de son propre père. Les souvenirs arrivent donc en contrepoint pour dire à quel point il a noué une connivence avec ce père à qui il doit d’avoir construit sa vie d’écrivain et sa vie tout court.

Les évocations du passé s’enrichissent par ailleurs de l’insertion de l’histoire pittoresque du grand-oncle Jacob qui ambitionnait de rivaliser avec Coca Cola après avoir inventé la « Jacobine ». Projet dont la naïveté n’avait eu d’égale que l’opiniâtreté et, à ce titre,  hautement exemplaire.

Ce roman est donc un ouvrage très intimiste dans lequel un fils exprime son amour et son indéfectible admiration pour celui qui l’a toujours aimé, soutenu, et poussé dans sa vocation d’écrivain, tout en commençant par le guider vers celle de médecin. En d’autres termes, et pour reprendre des propos de l’auteur lui-même il s’agit de raconter « comment on devient écrivain quand son père a la singulière vocation d’avoir un fils écrivain » ou encore « comment on devient médecin en voulant devenir écrivain ».

Ce livre original est souvent empreint de nostalgie mais ce n’est pas un livre triste. Car les souvenirs sont là pour rappeler à quel point ce père a été dans tous les sens du terme un « éveilleur  de vie ».

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; voir aussi notre critique de Romain Gary s’en va-t-en guerre, du même auteur.

Une femme au téléphone

Carole Fives, Une femme au téléphone, Gallimard (L’arbalète), 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

On connait depuis des siècles les romans épistolaires et il en est de splendides, ces dernières années quelques écrivains se sont risqués aux romans par e-mails, mais je n’avais encore jamais lu de roman entièrement présenté sous forme d’entretiens téléphoniques, encore que le terme « entretien » soit ici inexact, puisque seule parle une mère qui s’adresse à sa fille sans qu’il y ait d’échange. On imagine qu’elle laisse des messages sur un répondeur, ou qu’elle inonde son interlocutrice d’un flot de paroles que celle-ci ne parvient pas ou se refuse à interrompre. C’est donc une conversation tronquée que nous présente Carole Fives dans un roman bref où une fille « ne peut pas en placer une » ou choisit de ne pas répondre aux déluges verbaux de sa mère.

Nombreux sont les lecteurs qui trouvent ce livre drôle. Certes il l’est, car les propos décousus, les sujets qui passent du coq à l’âne, les délires de la parole que l’on n’endigue plus et qui oscille constamment entre l’affection et les reproches, sont savoureux et souvent amusants. Cependant je trouve ce livre tragique plus que comique et s’il m’a fait rire, ce n’est pas d’un rire franc et libérateur. Une mère, certes vieillissante, malade, un peu seule, un peu perdue, parle à sa fille. Sujets sérieux ou anodins, confidences parfois impudiques, petites joies ou grands désespoirs, petits tracas ou inquiétudes fondamentales, tout y passe. Sauf que cette mère-là, on ne voudrait surtout pas l’avoir comme mère ni devenir une mère comme elle ! Elle a des excuses, on peut comprendre son désarroi, peut-être l’âge et la maladie altèrent-t-ils sa lucidité et sa relation aux autres, elle est parfois touchante quand elle s’excuse presque d’être encore là, on peut aussi penser que la fille, interlocutrice silencieuse dont on ne connaît que ce qu’en dit sa mère, n’est peut-être pas non plus une fille idéale, si tant est que ce concept ait un sens. Il n’en demeure pas moins qu’on a du mal à croire que la portée de certains propos ne soit pas consciente et intentionnellement méchante (“Il faut vraiment que ça soit pour toi qu’on mette France Culture ! Tu stresses parce que tu passes à la radio ? Mais il n’y a pas de quoi. Tu te fais un monde avec ça alors que personne n’écoute. C’est pas RTL tout de même”).

Ce petit livre est remarquable. Mais pour moi, il est plus pathétique que drôle.

« C’est MOI la mère, tu n’es que la fille » (p. 41). Un petit « que » restrictif qui en dit long…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Voir aussi Tenir jusqu’à l’aube, de la même auteure.

Le dos crawlé

Éric Fottorino, Le dos crawlé, Gallimard, 2011 (existe en Folio)

Par Anne-Marie Debarbieux.

Été 1976.

Abel, brocanteur installé sur la côte atlantique, un peu seul depuis qu’il est veuf, accueille pour les vacances son neveu, Marin, 13 ans, ravi de s’installer chez cet oncle bourru, chaleureux et pittoresque qui « sait que les chagrins passent avec des jeux et des bonnes choses dans l’estomac ». C’est Marin qui raconte les plaisirs simples des vacances au bord de la mer : plage, baignades, pêche, bonne chère, balades, et aussi les rêves et les  premiers tourments de l’adolescence.

Le bonheur de Marin est aussi d’avoir une compagne de jeux, Lisa, 10 ans, qui habite non loin de là une maison cossue, entre un père peu présent et une mère dépressive qui n’accepte pas de vieillir et multiplie les aventures. C’est bien souvent que Lisa est confiée à Abel pour une ou plusieurs journées. Pour Marin, elle est tout à la fois la petite sœur sur laquelle il veille comme un grand frère attentif, et l’incarnation d’une féminité qui commence à le troubler mais qu’il respecte profondément.

A deux, Marin et Lisa échafaudent les rêves les plus fous, par exemple celui de partir en Afrique, un continent qui les fascine et alimente leur imagination. Mais pour cela, il faut que Lisa sache au moins nager, et si possible le dos crawlé pour nager la nuit et voir les étoiles. Il est peu probable que les 2 enfants croient vraiment à ce rêve mais ils s’y accrochent comme à une bouffée d’oxygène. Et l’apprentissage de la nage pour Lisa devient l’objectif de l’été.

Sans dévoiler la fin du livre, on peut dire que cette histoire est touchante et finalement assez triste. Sans être vraiment passionnante, elle accroche l’intérêt du lecteur.

Ce qui questionne peut-être le plus dans ce roman, c’est le choix de l’écriture : Marin est censé parler comme un adolescent de 13 ans : l’auteur lui prête donc des maladresses grammaticales ou des erreurs de vocabulaire parfois drôles mais parfois un peu excessives. Il néglige souvent le « ne » des négations, parle de « l’Adjérie », se demande pourquoi la sœur de Lisa qu’elle ne voit jamais habite en Mongolie, mais il emploie également de très belles tournures « …sa cravate déroulée comme une langue de mer sur un continent englouti » ou encore « …ce n’est pas seulement sa taille qui le hissait en adjectif ».  La disparité des niveaux de langue semble un peu artificielle.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez Gallimard ; en Folio. Voir aussi Dix-sept ans, du même auteur.

Un été avec Homère

Sylvain Tesson, Un été avec Homère, Ed. de Radio France – Equateurs Parallèles, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Grand voyageur qui a parcouru une bonne partie du monde dans des conditions parfois extrêmes, auteur de grands reportages et documentaires mais aussi auteur de nouvelles et chroniqueur littéraire, Sylvain Tesson est un auteur aux nombreuses facettes et difficile à classer.

Un été avec Homère transpose des chroniques diffusées sur France Inter en 2017, ce qui explique la forme adoptée de courts chapitres classés par thèmes. Pour écrire ce recueil, Tesson s’est retiré sur une île des Cyclades, au cœur d’un paysage envoûtant qui l’a immergé dans le monde homérique. Que nous disent ces petits textes avec beaucoup de justesse et de talent ? Que les récits d’Homère nous parlent de nous, de notre monde, de notre attachement à la beauté du monde en dépit du choc des armes qui vient régulièrement la troubler. Que l’homme est toujours le même, « animal grandiose et désespérant, ruisselant de lumière et farci de médiocrité » qui toujours se perd dans l’hybris et brise la douceur de vivre à laquelle il ne cesse cependant d’aspirer. C’est un « journal du monde » qu’a écrit Homère, c’est pourquoi ce poète aveugle nous éclaire et nous touche encore, et chacun peut trouver en lui le reflet de son époque et de sa propre vie !

Ce petit livre très bien écrit est passionnant : il invite le lecteur à la fois à porter un regard neuf sur l’Iliade et l’Odyssée, œuvres fondatrices et vivantes (aujourd’hui souvent réduites à une somme de vers difficiles à comprendre et presque absentes du bagage culturel d’un lycéen), et à réfléchir aussi sur le monde actuel et ce que nous faisons pour l’avenir de notre planète.

Lecture un peu exigeante, comportant beaucoup de références, mais qui reste adaptée à un large public et qui suscite la réflexion sans être moralisante.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur, sur France Inter (postcasts).

Une Odyssée

Daniel Mendelsohn, Une Odyssée. Un père, un fils, une épopée, Flammarion, 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

Quand Daniel Mendelsohn, professeur de langues anciennes à la petite université de Bard College, accède à la demande de son père, alors âgé de plus de 80 ans, d’assister à son séminaire de Licence 1 sur l’Odyssée d’Homère, il ne mesure pas encore quelle épopée personnelle il s’apprête à effectuer lui-même.

Bien loin d’un exposé académique sur les aventures édifiantes d’Ulysse, guerrier rusé, super héros et victime des dieux, le cours de Daniel, très interactif, invite constamment les étudiants à réagir au texte, à s’interroger sur la vraie nature d’Ulysse et ses multiples facettes, mais aussi sur celle de son fils Télémaque, longtemps privé de père. De son côté, bien loin d’être un étudiant discret, Jay Mendelsohn se prend au jeu, participe aux débats, apporte aux jeunes étudiants le regard d’un homme qui a beaucoup vécu et n’hésite pas à introduire la contradiction. Daniel est ainsi amené à découvrir et à explorer des visages de son père qu’il ne soupçonnait pas. Les relations entre Jay et Daniel se superposent alors à celles d’Ulysse et de Télémaque. Sans jamais se détacher de l’Odyssée d’Homère, l’auteur parvient ainsi à effectuer une double lecture des faits et des personnages.

Cette aventure familiale et culturelle prend encore une autre dimension quand Jay et Daniel effectuent ensemble une croisière qui les mène « sur les traces d’Ulysse ».

Ce roman biographique est vraiment passionnant. Érudit sans jamais être ennuyeux, il propose une nouvelle approche de l’Odyssée et une découverte d’un père et d’un fils qui prouvent, si besoin en était, que les grandes œuvres ont encore bien des choses à nous dire !

Précision importante : bien sûr ce roman ravira particulièrement les lecteurs familiers du grec ancien mais point n’est indispensable de pratiquer Homère dans le texte pour être sensible à cette odyssée.

Catégorie : Littérature anglophone (U.S.A.). Traduction : Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière.

Liens : chez l’éditeur. Ce livre a reçu le Prix Transfuge du meilleur livre américain en 2017, le Prix Méditerranée 2018.

Des hommes sans femmes

Haruki Murakami, Des hommes sans femmes, Belfond, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Sept récits évoquent sept hommes dont le point commun est d’avoir tous été un jour abandonnés par une femme. Ils ne sont ni du même âge ni du même milieu et le contexte dans lequel s’est opérée la rupture qui a marqué leur vie du sceau de la solitude est tout à fait différent.

Ce livre est donc constitué de sept nouvelles, relativement longues (une cinquantaine de pages en moyenne), mais courtes au regard des longs romans auxquels l’auteur nous a plutôt accoutumés. Cependant le lecteur n’est pas vraiment déconcerté par ce choix d’un genre bref car c’est le même univers que l’on retrouve dans chacun de ces récits. Il y règne une atmosphère un peu triste, nostalgique, résignée peut-être, devant ces histoires d’amour parfois passionnées qui se sont mal terminées, éteintes en quelque sorte. La sexualité est très présente dans chacune de ces histoires de vie, elle est évoquée sans masque, avec naturel, plus que les sentiments qui restent à peine suggérés, esquissés tout au plus, jamais exhibés, ce qui d’emblée évite tout pathos. Le lecteur entre dans la vie de chaque personnage mais tout en restant sur le seuil de son histoire, en simple témoin. Pas d’intrusion, pas d’identification, pas de distanciation particulière non plus, car chacun est présenté sans masque, sans pudeur excessive et sans exhibitionnisme non plus. Les choses sont ainsi, c’est tout. Leurs histoires n’invitent à aucun jugement, aucun parti pris, aucune empathie non plus. On ne peut pas vraiment s’attacher aux personnages et on ne peut pas non plus rester indifférent à leur sort.

L’auteur diversifie le mode de narration, mais le ton reste donc assez neutre, direct, dénué d’affectif mais c’est précisément là le charme d’une écriture très efficace qui accroche le lecteur sans le prendre en otage.

J’admire toujours chez un auteur cette capacité à créer une atmosphère dont on reconnaît la marque de livre en livre. Le style de Murakami est très particulier et j’apprécie beaucoup son originalité, mais, pour moi, son univers manque quand même un peu de chaleur.

Catégorie : Nouvelles (Japon). Traduction : Hélène Morita.

Liens : sur lisez.com.

Chien-loup

Serge Joncour, Chien-Loup, Flammarion, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

1915 : Sous l’oppression de la guerre, dans un village perdu au milieu des Causses, en l’absence des hommes presque tous mobilisés, les femmes, dures à la tâche mais frustes et promptes aux réactions irrationnelles, assurent la survie de ceux qui restent. Seule, la veuve du médecin défie les peurs et les méfiances et s’aventure là-haut, au-delà des pâturages où l’on préserve les bêtes nourricières. Dans cette nature intacte et sauvage, elle fait l’expérience d’une renaissance.

2017 : Un couple de parisiens, désireux de se distancier d’un milieu où tout passage à vide vous expose à l’avidité de jeunes loups prompts à servir leurs intérêts, occupe pour l’été un gîte presque inaccessible, au milieu des Causses. Tandis qu’elle s’intègre immédiatement au paysage luxuriant et s’adonne à la peinture, lui doit apprivoiser les lieux et surmonter le malaise suscité par cette déconnexion trop radicale. Pourtant la magie opère peu à peu, sans doute grâce à ce chien sauvage surgi de nulle part et qui semble les adopter.

À un siècle d’intervalle, dans les mêmes lieux, deux histoires de vie que l’auteur raconte en chapitres alternés. A chaque époque ses peurs, ses oppressions et ses issues.

Confronté au soleil écrasant, à une végétation encore préservée des intrusions humaines, à une faune souvent invisible mais que l’on sent rôder alentour, l’individu se retrouve face à lui-même mais puise aussi dans les forces sauvages de la nature de quoi affronter ce qui le menace personnellement.

Ce roman est assez difficile à classer. Il tient à la fois du roman d’aventures, du roman psychologique ou du roman philosophique. Son double intérêt est de puiser à plusieurs genres et d’être par ailleurs fort bien écrit. L’auteur excelle à nous plonger dans une atmosphère envoûtante et à nous attacher très rapidement aux pas de ses personnages.

Son meilleur roman, à mon avis.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

L’Archipel du Chien

Philippe Claudel, L’Archipel du Chien, Stock, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Les âmes ici mises en scène par Philippe Claudel ne sont plus « grises », elles sont franchement noires, très noires. Sur l’Archipel du Chien où vit chichement de la pêche une petite communauté repliée sur elle-même et peu ouverte à « ceux du continent », on tolère tout juste le nouvel instituteur et sa famille qui viennent d’arriver. On mise aussi beaucoup sur le projet que s’installe sur l’île un établissement thermal qui redynamiserait l’économie locale. Projet qui reste toutefois encore bien incertain. Aussi, quand des cadavres s’échouent malencontreusement sur le rivage, tous ceux qui sont censés représenter les valeurs fondamentales, la morale, laïque ou religieuse, s’accordent pour ne respecter qu’une seule loi : celle du silence. Surtout ne pas porter préjudice à la réputation des lieux ! Malheur alors à celui qui ne l’entend pas de cette oreille. Aussi quand un enquêteur se présente sur l’île, tout se passe comme l’a si bien chanté Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté ». Ou, comme dans la tradition de la Grèce antique : il faut expier la faute collective en trouvant un bouc émissaire.

Sur l’île le volcan gronde régulièrement et des odeurs pestilentielles se répandent, métaphores des événements pour les habitants condamnés à s’accommoder avec leur conscience.

Philippe Claudel adopte une écriture en apparence très simple, décrivant la veulerie ou la couardise avec une sobriété et une clarté qui excluent la dramatisation et l’emphase.  Mais ce style est percutant et efficace. Un peu moralisant ? Peut-être, mais je n’y vois pas matière à critique.

Un excellent roman, bien que très dur, qui n’est pas sans rappeler bien sûr l’atmosphère du « Rapport de Brodeck » du même auteur et qui constitue pour moi l’un des lectures les plus marquantes de ces dernières années.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le vieux qui voulait sauver le monde

Jonas Jonasson, Le vieux qui voulait sauver le monde, Presses de la cité, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Les suites les plus prometteuses ne sont pas forcément à la hauteur de nos attentes, et pour moi c’est un peu le cas pour ce second volet des péripéties rocambolesques du « Centenaire qui ne voulait pas fêter son anniversaire ». L’auteur y  reprend avec virtuosité les recettes du premier récit, mais cependant avec moins de bonheur.

Installé dans un luxueux hôtel à Bali avec son compère Julius, producteur d’asperges, Allan maintenant âgé de 101 ans, commence à ressentir l’ennui d’une vie trop calme, d’autant plus que les finances s’amenuisent dangereusement. Bref, il est temps de changer d’air et de s’envoler discrètement (en montgolfière !) vers de nouvelles aventures, tout aussi délirantes que les précédentes. Ce second tome commence donc très bien, mais malheureusement l’intérêt s’effrite un peu au fil des pages. Malgré des situations très drôles, malgré l’insertion d’un  personnage féminin, tout aussi décalé que les deux comparses et qui relance l’intérêt (mais tend parfois à reléguer Allan et ses projets au second plan), on se surprend à trouver à ce roman des longueurs inutiles, une dispersion des thèmes, une action qui s’égare dans trop de directions, ce qui finalement tempère l’enthousiasme du lecteur plus qu’il ne le stimule.

Les rebondissements incessants, la gravité apparente des enjeux, la multiplicité des déplacements, la cocasserie des situations, bref tout ce qui faisait la réussite du premier tome, génère ici une légère lassitude qui rend la lecture toujours divertissante mais parfois un peu longue.

« Bis repetita ne placent pas toujours », comme dit sentencieusement Jules César dans « Le bouclier arverne » !

Catégorie : Littérature étrangère (Suède). Traduction : Laurence Mennerich.

Liens : sur lisez.com.

La Malédiction des Freudeneck

Martial Debriffe, La Malédiction des Freudeneck, Belfond, 2011

Par Anne-Marie Debarbieux.

L’auteur après avoir marqué sa prédilection pour l’Histoire avec la publication d’un certain nombre de biographies, se livre ici à une étude de caractères sur fond de roman d’espionnage dans une période trouble de l’Histoire, peu avant la guerre de 1914.

1910. La vie de Viktoria s’annonce sous les plus heureux auspices : vendeuse appréciée dans un magasin de mode réputé de Berlin, elle s’apprête à épouser Wolfgang un jeune instituteur brillant et charmant. Mais tout bascule quand elle découvre que son patron est mêlé à un réseau d’espionnage avec les Russes. En grand danger, elle quitte la capitale et suit son mari, étrangement nommé très loin, dans un petit bourg alsacien. Aux charmes de la ville succède la rude vie de la campagne, à l’insertion dans un milieu où l’on a sa place, la nécessité de faire ses preuves et de dépasser les réticences d’une population hostile et encore marquée par la guerre de 1870. Mais ce que le jeune couple ne mesure pas, c’est qu’évidemment l’éloignement géographique ne le met à l’abri de rien. Dès lors le roman historique et social s’efface devant le roman à suspense avec des personnages ambivalents et inquiétants, en particulier l’étrange châtelaine de la forteresse des Freudeneck.

Destins individuels sur fond d’histoire collective, le procédé n’est pas nouveau mais ici encore il fonctionne plutôt bien.

Catégorie : Littérature française.

Liens : sur Lisez.com.

La dernière fois que j’ai rencontré Dieu

Franz-Olivier Giesbert, La dernière fois que j’ai rencontré Dieu, Gallimard, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Difficile de classer ce livre très personnel qui se présente comme une sorte de profession de foi tout en se défendant de toute approche théologique (« Dieu est bien trop important pour être confié aux religions » prévient l’auteur). Une citation de Julien Green, mise en exergue, éclaire deux aspects de sa démarche : « Tout ce qui est triste me paraît suspect (…) L’idée que Dieu ne pût exister ne m’a seulement jamais effleuré ».

De l’éducation catholique qu’il a reçue, Giesbert a gardé la certitude de l’existence de Dieu mais la conviction également qu’il se contente d’être là sans intervenir dans la vie des hommes. De ses origines rurales, Giesbert a gardé une grande sensibilité à la nature et au monde animal. Tout cela le conduit aujourd’hui à se réclamer d’un panthéisme dont il trouve des illustrations et des échos dans de multiples sources, aussi diverses, pour n’en citer que trois, qu’Epicure, François d’Assise ou Spinoza.

On n’est pas forcément convaincu par la démarche de l’auteur, et l’éclectisme de ses références – bien qu’il témoigne de la grande culture qu’on lui connaît – peut laisser perplexe. Cependant ce livre est un hymne à la vie, à la nature, au monde vivant, et l’élan vital qui s’en dégage ne laisse pas indifférent.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

Vers la beauté

David Foenkinos, Vers la beauté, Gallimard, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Qui est finalement le principal personnage de cette histoire ? Antoine, professeur d’histoire de l’art, brillant et apprécié, qui doit quand même avoir une sérieuse raison pour abandonner d’un jour à l’autre ses étudiants et postuler à la fonction de simple gardien de salle de musée ?

Le lecteur pressent bien sûr un drame personnel dans la vie d’Antoine quand l’action est soudain relancée dans une autre direction avec l’apparition d’un second personnage qui éclipse momentanément Antoine et accapare alors tout notre intérêt et touche notre sensibilité.

Les destins se croisent évidemment et à la suite de Mathilde, DRH au musée d’Orsay qui s’attache aux pas d’Antoine, on découvre que sa décision insensée avait bien un sens.

L’art guérit-il les blessures et la contemplation de la beauté peut-elle être un exutoire à une situation traumatisante ?

Ce roman n’est sans doute pas le meilleur de Foenkinos, ce qui ne signifie pas qu’il soit médiocre. Il se lit avec plaisir, sa construction est assez originale et il aborde avec délicatesse et humanité un thème qui ne peut laisser indifférent.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Une question de temps

Samuel W. Gailey, Une question de temps, Gallmeister, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Alice se retrouve un matin, sans trop savoir pourquoi ni comment, en possession d’un magot qu’elle s’approprie, mais que son propriétaire, qui n’est pas franchement un homme compréhensif et prêt à négocier, entend bien récupérer à tout prix. Alice, elle, n’est pas à proprement parler une délinquante : en rupture depuis plusieurs années avec sa famille elle a plongé dans les paradis artificiels et toutes leurs dérives, suite à un drame dont elle se croit à tort responsable.

Ce polar noir, très noir, dont on a peine parfois à poursuivre la lecture tant elle est dure, raconte essentiellement la course poursuite impitoyable qui s’engage entre Alice, flanquée d’une ado en fuite qui croise sa route, et le vrai méchant et son acolyte. Une cavale où  le temps devient le facteur essentiel, comme l’indique le titre. Il s’agit donc d’un livre d’action, bien mené, qui se déroule aux États-Unis, dans lequel on retrouve les ingrédients habituels du genre ; et même si l’on soupçonne de-ci de-là quelques invraisemblances, on les accepte sans rechigner. Car l’intérêt du livre réside d’abord dans les personnages principaux, celui d’Alice en particulier (qui n’est pas sans évoquer de temps à autre la Lizbeth Salander de Millenium).  Ils sont avant tout des êtres de souffrance pétris malgré tout d’humanité.

Et l’idée effleure parfois le lecteur, au fil de quelques notations distillées au fil du texte, que le truand, même s’il est passé de l’autre côté de la barrière et qu’il n’inspire absolument aucune sympathie ni indulgence, a pu lui aussi être un blessé de la vie.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Laura Derajinski.

Liens : chez l’éditeur.

Gain de folie

André Soleau, Gain de folie, Ed° Les Lumières de Lille, 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

À l’extrémité du département du Nord, dans un Avesnois qui est passé au fil des années de la prospérité glorieuse au déclin économique inexorable, un Avesnois où les fractures sociales sont de plus en plus marquées entre deux mondes qui ne se rencontrent pas, Jean Baudson conjure au bistrot du coin une vie médiocre et sans horizon et joue au loto pour entretenir le souvenir de temps plus heureux avec ses amis. Un jour, l’improbable se produit…

La seconde partie du livre s’ouvre cinq ans plus tard, cette fois dans l’univers de la presse. Un jeune journaliste ambitieux, désireux de faire sa place au milieu des « anciens » et de se hisser dans la hiérarchie, rouvre le dossier et enquête : qu’est-il réellement arrivé à Jean Baudson ?

L’auteur connaît bien l’Avesnois et il en parle avec la passion de ceux qui aiment leur région. Il connaît aussi très bien le monde du journalisme qui a été le sien durant sa carrière professionnelle.

L’intérêt de son roman qui a obtenu le prix 2017 de l’association des auteurs du Nord (ADAN), réside à la fois dans l’intrigue alerte et bien menée, dans la construction intéressante du récit en deux temps et deux tonalités différentes, ce qui relance l’intérêt, mais surtout dans la peinture sociale et l’exploration psychologique de ses  personnages. André Soleau décrit sans concession mais avec beaucoup de tendresse un monde, certes dur, où les pauvres ne sont pas meilleurs que les riches, où règne l’attrait de l’argent et de la réussite, mais un monde où cependant tout espoir n’est pas perdu.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; sur le site de l’ADAN.

Le livre des Baltimore

Joël Dicker, Le livre des Baltimore, Ed. de Fallois, 2015 (et de Fallois Poche)

Par Anne-Marie Debarbieux.

D’un côté les Goldman-de-Baltimore, incarnation de la réussite, de la beauté, de l’élégance, de la générosité, qui à chaque période de vacances, ouvrent grand leur cœur et leur maison de rêve à leur neveu Marcus, lui-même membre de la même famille Goldman, mais un Goldman-de-Montclair, issu de classe moyenne et habitant avec ses parents une modeste maison dans une ville du New Jersey.

Les paradis de l’enfance, leur insouciance, les frasques de gamins qui scellent les souvenirs inaltérables, sont souvent voués à se lézarder. C’est bien ce qui se produit pour Marcus, fasciné par l’univers des Goldman-de-Baltimore et qui croyait en la pérennité du bonheur vécu par le trio inséparable qu’il formait avec ses deux cousins, tous trois sous le charme de la jolie Alexandra. Les illusions de l’enfance se brisent, chacun suit son propre chemin dès la fin des années lycée, et Marcus découvre au fil du temps que ni la richesse, ni l’amitié ni l’amour ne sont exempts de faiblesses et que l’image des Goldman-de-Baltimore, qu’il ne reniera jamais, comporte plusieurs facettes.

Devenu écrivain à succès, il conjure sa nostalgie, ses illusions perdues mais entretient aussi sa fidélité aux Goldman en écrivant leur histoire, ponctuée de flashes back et d’allusions récurrentes au mystérieux « Drame » qui a ébranlé la famille et dont la teneur n’est révélée que dans les derniers chapitres.

Il s’agit donc d’une sorte de saga familiale rédigée par l’un de ses principaux protagonistes et qui constitue en fait le récit qu’on est en train de lire.

Marcus n’est pas un inconnu pour les lecteurs de Joël Dicker puisqu’il est l’écrivain mis en scène dans « La vérité sur l’affaire Harry Quebert ».

Ce roman, dédaigné par certains critiques qui y ont vu une œuvre un peu facile, ne mérite pas à mon sens un jugement aussi sévère. Le thème n’est pas nouveau, sans doute, on peut aussi sourire un peu des personnages féminins qui ont tendance à pleurer facilement. Il n’empêche qu’on se laisse emporter par le récit vivant, bien rythmé, qui ne tombe jamais dans le mélo et, tout en introduisant une réflexion sur les faiblesses humaines et la fascination que suscite le statut social, parvient à ménager jusque bout notre curiosité.

Catégorie : Littérature française.

Liens : Le livre des Baltimore aux Éditions de Fallois ; notre critique de La vérité sur l’affaire Harry Quebert.

La mise à nu

Jean-Philippe Blondel, La mise à nu, Buchet-Chastel, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Louis arbore une sorte de « résignation souriante » au seuil d’une fin de carrière d’enseignant apprécié de tous, dans une petite ville de province. Discret mais sociable, il est néanmoins marqué par la solitude engendrée par son divorce et l’éloignement de ses deux filles devenues adultes. Surgit alors l’inattendu : l’invitation d’un ancien élève, devenu peintre renommé, au vernissage de sa nouvelle exposition. Flatté, intrigué, surpris, Louis reprend ainsi contact avec Alexandre dont il ne gardait nul souvenir marquant. L’élève jadis réservé, aujourd’hui célèbre, ose enfin dire à son ancien professeur toute l’admiration de l’adolescent qu’il fut et lui demande d’accepter de poser pour lui.

S’instaure alors entre les deux hommes que pourtant tout sépare, âge, milieu social, itinéraire personnel, mode de vie, une étrange relation, à la fois forte et fragile, confiante et distante, amicale et ambigüe, mais qui permet à Louis de dérouler progressivement le film de sa vie et d’en relire les principaux épisodes avec ce mélange de nostalgie des bonheurs passés et de regret des élans et désirs qui sont restés en jachère, inachevés, ou abandonnés.

Il s’agit donc d’un roman intimiste et pudique où chacun des deux protagonistes se dévoile et se cache à la fois, d’une mise à nu ébauchée dans tous les sens du terme, puisque le récit s’organise autour des réflexions de l’un et de la peinture de l’autre, mêlant ainsi habilement deux modes d’expression et deux manières de se chercher et de se dévoiler.

Sans être vraiment un chef d’œuvre, ce roman bien construit séduit le lecteur jusqu’à la dernière page.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Voyage jusqu’au bout de la vie

Nicole Desportes, Voyage jusqu’au bout de la vie – Comment j’ai vaincu l’anorexie, Odile Jacob, 2016

Par Anne-Marie-Debarbieux.

La richesse de ce témoignage d’une très grande intensité est double : d’abord il apporte sur cette terrible maladie qu’est l’anorexie un éclairage qui dépasse les informations de base qu’ont acquises tous ceux qui s’intéressent à cette pathologie sans y avoir été eux-mêmes confrontés. A travers un récit moins descriptif qu’analytique, l’auteure pose un regard à la fois introspectif et rétrospectif sur les moments de gouffre et les moments d’exaltation qui ont jalonné la maladie, et elle explique à quel point et pourquoi les exigences que le malade impose à son corps expriment un besoin d’absolu et une force vitale exceptionnelle.

Il faut, dit-elle, aller chercher la guérison très loin en soi, mais le voyage en vaut la peine.

Et c’est là que s’amorce le second intérêt du livre. Car ce qu’écrit Nicole Desportes et les conclusions qu’elle tire de son expérience de l’anorexie, valent pour d’autres épreuves de la vie. Rien, dit-elle, n’est pire que se résigner et il revient à chacun de trouver sa voie pour distinguer ce qui fait la saveur de sa vie, non pas pour être un « gagnant », mais tout simplement pour se remettre debout.

Elle ne dit pas que c’est facile, elle dit que c’est un bonheur à reconstruire, à petits pas, en acceptant aussi d’être aidé.

Une leçon de vie qui ramène forcément le lecteur à la sienne.

On pense à Jean Ferrat qui écrivit pour Isabelle Aubret : « Que c’est beau, la vie ! »

Catégorie : Essais, Histoire… (témoignage).

Liens : chez l’éditeur.

Article 353 du code pénal

Tanguy Viel, Article 353 du code pénal, Ed. de Minuit, 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

Un titre clair, net et précis, comme le monde de la justice qu’il évoque, mais qui pour autant ne donne guère de clef d’introduction au lecteur peu familier des articles du code pénal.  D’où un effet de curiosité qui pousse à la lecture de ce livre original et très bien écrit.

C’est bien dans le monde de la justice que nous plonge ce roman puisque tout se déroule dans le bureau du juge devant lequel Martial Kermeur a été déféré après la noyade d’Antoine Lazenec qu’il a jeté à l’eau au cours d’une partie de pêche. Les faits sont posés en préambule du récit.

Il s’agit donc du huis clos d’un interrogatoire durant lequel le juge n’intervient que pour guider la parole de Martial Kermeur qui reconstitue, au fil des pages, le film de sa vie.

L’univers de Tanguy Viel évoque beaucoup celui de Simenon : un village en bord de mer, une atmosphère feutrée, de grisaille, de brume et de bruine, des gens simples dont la vie est rude et peu encline à l’épanchement verbal.

Pourtant, peu à peu, Martial, qui pose sans doute pour la première fois des mots sur son histoire, va se dévoiler face au juge qui sait mener un interrogatoire presque à la manière d’un psychologue, et raconter comment il a été amené à ce geste insensé si peu en accord avec sa personnalité. Il raconte l’engrenage de ses malheurs et l’inexorable descente qu’a été sa vie, depuis ce marché de dupes dont il a été d’autant plus dupe qu’il a pendant longtemps refusé de s’avouer la vérité.

Le récit prend la tonalité d’une confession, elle est intimiste et touchante parce que Martial n’est pas un intellectuel, il parle avec ses mots simples, il a recours à des images pour mieux se faire comprendre. Il ne revendique ni qu’on le plaigne, ni qu’on l’excuse, il raconte simplement son histoire qui ne pouvait mener que là où elle l’a mené.

Martial a irrésistiblement touché le lecteur.

A-t-il touché le juge ?

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Répliques

Marie Christine Collard, Répliques, Ed. Noir au blanc, 2016

Par Anne-Marie Debarbieux.

Parce que l’action de ce roman contemporain se déroule au Japon, un pays qui reste fascinant et mystérieux tant il diffère encore souvent du nôtre à bien des égards, le titre « Répliques » renvoie d’abord au sens sismologique du terme : « tremblements de terre secondaires survenant après un séisme majeur et pouvant aggraver les dégâts provoqués par le séisme principal ». Si c’est bien de cela qu’il s’agit évidemment ici, dans un Japon secoué par des catastrophes successives, le terme évoque également les lames de fond qui bouleversent la vie personnelle des héros et les répliques qu’ils tentent de leur opposer. Vincent essaie de reconstruire sa vie ravagée depuis l’accident qui a laissé sa femme invalide et dans l’incapacité de reprendre sa profession de pianiste. Le couple a donc émigré au Japon, où Vincent , dans ce pays qu’il connaît déjà, a obtenu un poste de professeur de Lettres au lycée français de Tokyo. Enseignant brillant et passionné, il retrouve équilibre et bonheur auprès de ses élèves. Les choses sont évidemment plus complexes pour Elisabeth. C’est alors que surgit dans la vie de Vincent une élève surdouée qui va envahir son existence avec la violence d’un autre séisme. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Les réponses ne seront pas dévoilées avant les dernières pages et le roman prend alors le rythme d’un thriller où se superposent les bouleversements du destin collectif et ceux de la vie personnelle. Dans les deux cas, un monde s’effondre et il faut survivre.

L’intérêt du roman réside de ce fait dans la densité des personnages. Qui sont- ils vraiment ?

Quels secrets, quelles vulnérabilités masquent leur force et leur apparente détermination ? Peut-on vraiment toujours remédier à certaines détresses intérieures, même quand elles touchent les êtres que nous aimons le plus ? Ne sommes-nous pas parfois condamnés à nous sentir désemparés et impuissants ? Connaissons-nous vraiment ceux qui nous sont les plus proches ? Sait-on toujours ce que l’on doit faire ? Mesure- t-on toujours les conséquences de ses actes ?

Au-delà du dépaysement géographique et culturel et du suspense bien ménagé, l’intérêt de ce roman réside donc aussi et surtout dans les questions très humaines qu’il aborde avec finesse et justesse.

L’auteure se garde bien d’enfermer ses personnages dans une fin trop simpliste et elle invite ainsi le lecteur à prolonger sa lecture au-delà des derniers mots.

Catégorie : Littérature française.

Liens : le blog de cette petite maison d’édition, le blog de l’auteure.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑