Article 353 du code pénal

Tanguy Viel, Article 353 du code pénal, Ed. de Minuit, 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

Un titre clair, net et précis, comme le monde de la justice qu’il évoque, mais qui pour autant ne donne guère de clef d’introduction au lecteur peu familier des articles du code pénal.  D’où un effet de curiosité qui pousse à la lecture de ce livre original et très bien écrit.

C’est bien dans le monde de la justice que nous plonge ce roman puisque tout se déroule dans le bureau du juge devant lequel Martial Kermeur a été déféré après la noyade d’Antoine Lazenec qu’il a jeté à l’eau au cours d’une partie de pêche. Les faits sont posés en préambule du récit.

Il s’agit donc du huis clos d’un interrogatoire durant lequel le juge n’intervient que pour guider la parole de Martial Kermeur qui reconstitue, au fil des pages, le film de sa vie.

L’univers de Tanguy Viel évoque beaucoup celui de Simenon : un village en bord de mer, une atmosphère feutrée, de grisaille, de brume et de bruine, des gens simples dont la vie est rude et peu encline à l’épanchement verbal.

Pourtant, peu à peu, Martial, qui pose sans doute pour la première fois des mots sur son histoire, va se dévoiler face au juge qui sait mener un interrogatoire presque à la manière d’un psychologue, et raconter comment il a été amené à ce geste insensé si peu en accord avec sa personnalité. Il raconte l’engrenage de ses malheurs et l’inexorable descente qu’a été sa vie, depuis ce marché de dupes dont il a été d’autant plus dupe qu’il a pendant longtemps refusé de s’avouer la vérité.

Le récit prend la tonalité d’une confession, elle est intimiste et touchante parce que Martial n’est pas un intellectuel, il parle avec ses mots simples, il a recours à des images pour mieux se faire comprendre. Il ne revendique ni qu’on le plaigne, ni qu’on l’excuse, il raconte simplement son histoire qui ne pouvait mener que là où elle l’a mené.

Martial a irrésistiblement touché le lecteur.

A-t-il touché le juge ?

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Répliques

Marie Christine Collard, Répliques, Ed. Noir au blanc, 2016

Par Anne-Marie Debarbieux.

Parce que l’action de ce roman contemporain se déroule au Japon, un pays qui reste fascinant et mystérieux tant il diffère encore souvent du nôtre à bien des égards, le titre « Répliques » renvoie d’abord au sens sismologique du terme : « tremblements de terre secondaires survenant après un séisme majeur et pouvant aggraver les dégâts provoqués par le séisme principal ». Si c’est bien de cela qu’il s’agit évidemment ici, dans un Japon secoué par des catastrophes successives, le terme évoque également les lames de fond qui bouleversent la vie personnelle des héros et les répliques qu’ils tentent de leur opposer. Vincent essaie de reconstruire sa vie ravagée depuis l’accident qui a laissé sa femme invalide et dans l’incapacité de reprendre sa profession de pianiste. Le couple a donc émigré au Japon, où Vincent , dans ce pays qu’il connaît déjà, a obtenu un poste de professeur de Lettres au lycée français de Tokyo. Enseignant brillant et passionné, il retrouve équilibre et bonheur auprès de ses élèves. Les choses sont évidemment plus complexes pour Elisabeth. C’est alors que surgit dans la vie de Vincent une élève surdouée qui va envahir son existence avec la violence d’un autre séisme. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Les réponses ne seront pas dévoilées avant les dernières pages et le roman prend alors le rythme d’un thriller où se superposent les bouleversements du destin collectif et ceux de la vie personnelle. Dans les deux cas, un monde s’effondre et il faut survivre.

L’intérêt du roman réside de ce fait dans la densité des personnages. Qui sont- ils vraiment ?

Quels secrets, quelles vulnérabilités masquent leur force et leur apparente détermination ? Peut-on vraiment toujours remédier à certaines détresses intérieures, même quand elles touchent les êtres que nous aimons le plus ? Ne sommes-nous pas parfois condamnés à nous sentir désemparés et impuissants ? Connaissons-nous vraiment ceux qui nous sont les plus proches ? Sait-on toujours ce que l’on doit faire ? Mesure- t-on toujours les conséquences de ses actes ?

Au-delà du dépaysement géographique et culturel et du suspense bien ménagé, l’intérêt de ce roman réside donc aussi et surtout dans les questions très humaines qu’il aborde avec finesse et justesse.

L’auteure se garde bien d’enfermer ses personnages dans une fin trop simpliste et elle invite ainsi le lecteur à prolonger sa lecture au-delà des derniers mots.

Catégorie : Littérature française.

Liens : le blog de cette petite maison d’édition, le blog de l’auteure.

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