Double piège

Harlan Coben, Double piège, Belfond, 2017 (disponible en Pocket)

Par Catherine Chahnazarian.

Joe, le mari de Maya, est mort assassiné. Son beau-frère trouve que « la mort colle aux basques » de cette ex-militaire qui en a déjà vu de toutes les couleurs à la frontière irako-syrienne (il n’a pas tort). Peut-être est-ce ce qui lui procure le sang-froid dont elle va faire preuve tout au long de ce roman, malgré sa colère et ses angoisses. Harlan Coben nous embarque dans la recherche de la vérité que mène cette femme intelligente, à la fois courageuse et sans cesse à la limite de l’imprudence, qui pense et agit en militaire et n’échappe malheureusement pas au syndrome de stress post-traumatique. Son enquête avance à un rythme parfait et se découpe en chapitres bien pensés au terme desquels on n’a pas envie de souffler. Et la surprise est au rendez-vous.

Comme souvent, il y a un tout dernier chapitre, de quelques pages à peine, en forme d’épilogue, un peu forcé, comme destiné à vous remettre de vos émotions, quelque chose de très américain – mais c’est un détail. Jusque là, 422 pages tout à fait excellentes d’une histoire moderne sans être gonflée de nouvelles technologies, qui sait évoquer la guerre sans lourdeur, le monde des affaires sans complaisance mais sans parano, l’amour familial sans romantisme dégoulinant, la vengeance sans délire. Ça pourrait être vrai…

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction Roxane Azimi.

Liens : lisez.com. Nos autres critiques de romans d’Harlan Coben sont renseignées à la rubrique « par auteur ».

Filles de la mer

Mary Lynn Bracht, Filles de la mer, Robert Laffont, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Coup de coeur.

L’histoire d’Hana commence en été 1943 sur l’île de Jeju, au sud de la péninsule coréenne, alors que l’envahisseur japonais y fait régner la terreur. Le fond historique sur lequel elle a été construite lui confère une dimension de vérité et une densité saisissantes. On est totalement immergé dans un drame personnel et familial bouleversant. D’autant que l’auteure manie avec le plus grand art rebondissements et suspense. Des accents orientaux dans le style, des décors naturels d’une grande beauté et les modes de vie traditionnels des personnages, notamment de ces filles de la mer, plongeuses  en grande profondeur faisant vivre leur famille des produits de leur pêche, tout cela emmène le lecteur dans un autre monde – mais un monde qui a existé. Hana et sa sœur Emiko (Emi) racontent à la fois leur histoire et ce que les guerres réservent hélas souvent aux femmes, les Coréennes ayant beaucoup souffert.

Un roman témoignage donc, bien que fictionnel ; dur et dénonciateur. Il est inspiré des récits de la mère de l’auteure et des amies de celle-ci.

Vraiment excellent mais à ne pas mettre entre les mains de petites filles.

Catégorie : Littérature anglophone. Traduction : Sarah Tardy.

Liens : chez l’éditeur.

Fatherland

Pour la rentrée, et parce qu’il n’y a pas que les nouveautés qui comptent, quatre petits extras : des critiques enthousiastes de livres plus vieux que d’habitude (d’habitude ceux dont nous parlons ont dix ans d’âge maximum) → Dolce agonia, Fatherland, De chair et de sang, La chambre des officiers.

Robert Harris, Fatherland, Julliard, 1992 (existe en Pocket)

Par Catherine Chahnazarian.

Le contexte de ce thriller palpitant est d’une importance capitale, à la fois en raison de son originalité  (c’est même sacrément culotté) et de son rôle dans l’intrigue. C’est que l’enquête policière du Sturmbannführer Xavier March se déroule dans Berlin en 1964, sous un national-socialisme qui bat son plein. Hitler a gagné la guerre de 1939-1946, c’est bientôt son anniversaire (le Führertag) et l’ambiance est à l’ordre et à la soumission. Tous les ingrédients y sont : le meurtre, la confiance et la méfiance, la séduction aussi, la recherche de la vérité, le mensonge, la menace… Cette fiction, qui réécrit l’Histoire en même temps qu’elle nous en raconte une, est d’une cohérence et d’une fluidité remarquables, et les personnalités des deux personnages principaux sont nos bouées de sauvetage, à nous qui n’aimerions pas que le monde ait tourné de cette façon. Jusqu’au bout du roman, Robert Harris nous fait vibrer pour de petites et de grandes raisons. Admirable.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Hubert Galle.

Liens : sur Lisez.com. Nos autres critiques de romans de Robert Harris sont renseignées à la rubrique « par auteur ».

D.

Robert Harris, D., Plon, 2014 (disponible en Pocket)

Par Catherine Chahnazarian.

Georges Picquart, commandant dans l’armée française, est un homme sans histoire. Il est musicien, il aime la littérature, il a des amis raffinés et sympathiques. Il est mêlé – d’assez loin – au conseil de guerre qui charge le capitaine Alfred Dreyfus, accusé d’avoir livré des informations secrètes à l’Allemagne. La perte de l’Alsace et de la Lorraine est très présente dans les esprits puisqu’elle date d’une vingtaine d’années à peine ; et Dreyfus a le malheur d’être juif dans un pays où l’antisémitisme atteint des proportions considérables (la France). Alors que le traître est envoyé sur l’Ile du Diable, Picquart est promu et prend ses nouvelles fonctions dans un service qui contrarie sa nature. Mais d’autres choses vont le contrarier : ce qu’il découvre parce qu’il est scrupuleux, qui choque sa droiture de soldat et sa sensibilité d’homme. C’est alors que ce qui arrive au capitaine va devenir une Affaire avec un grand A. Parce que Picquart est honnête et rigoureux, et que tout le monde ne l’est pas.

En nous racontant l’affaire Dreyfus vue par Georges Picquart, narrateur et héros de D., Robert Harris la rend compréhensible : un mécanisme se met en place, par bêtise, par ambition, par racisme ; ensuite c’est un engrenage fou, cynique, honteux, écoeurant.

Que l’on connaisse ou non les détails ou ne fût-ce que la trame de l’affaire importe peu pour se plonger dans ce passionnant roman qui a tout pour plaire aux amateurs de thrillers aussi bien que de romans historiques : un héros attachant, des amis, des ennemis, de vrais méchants, des suspenses, des coups de théâtre, des femmes aimantes, de l’espionnage, de la politique, de l’intelligence, de l’honneur et du courage. Beaucoup de courage…

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (Royaume-Uni). Traduction : Natalie Zimmermann.

Liens : Le mot et les références de l’éditeur. Un intéressant site sur l’Affaire Dreyfus. Nos autres critiques de romans de Robert Harris sont renseignées à la rubrique « par auteur ».

Pas simple de s’appeler Violette avec un profil de baobab

Martine Gengoux, Pas simple de s’appeler Violette avec un profil de baobab, Ed. de l’Aube, 2017 (Aube Poche, 2018)

Par Catherine Chahnazarian.

Tout semble indiquer qu’à cette saison les lectures peuvent être comme les tenues, plus légères, et je ne suis pas la dernière à me détendre d’activités sérieuses avec des lectures faciles. C’est pourtant assez horrifiant de faire son marché aux étals « poches » des grandes librairies. Violette n’échappe pas à la règle des romans de plage, comme si le sable allait de toute façon gâcher quelque chose. (Je l’ai lu dans mon canapé, mais je peux tout de même en dire deux mots, je suppose ?) On retrouve dans celui-ci les défauts classiques d’un premier roman, ce qui peut agacer ou rendre indulgent : des passages inutilement explicites, un abus de détails dans certaines descriptions, un personnage central un peu faible…

Mais l’ensemble se défend. Et puis le blog de Martine Gengoux m’a rappelé que sous les piles de livres pour lesquels on ne criera pas au génie, comme aurait dit François Lechat, se cache tout un monde littéraire vrai, composé d’hommes et de femmes qui ont envie d’écrire, qui aiment faire glisser le stylo sur le papier ou taper au kilomètre sur un clavier, qui se font lire par leurs amis, échangent, lisent ce que sortent les grands et petits éditeurs, se réunissent pour en parler… Voilà d’où vient Violette, celle qui a un profil de baobab et que son auteure mène patiemment, avec un peu d’humour et une réelle sensibilité, au bout de son histoire. Tout cela est sympathique, et payant puisque Martine Gengoux vient de sortir un deuxième roman chez le même éditeur : Ça se casse la figure, une libellule ?

Catégorie : Littérature étrangère francophone (Belgique).

Liens : en Aube Poche ; le blog de l’auteure.

Chiennes de vies

Frank Bill, Chiennes de vies, Gallimard, 2013 (existe en Folio)

Par Catherine Chahnazarian.

Dans ces « chroniques du sud de l’Indiana », d’un noir foncé, l’auteur a résolument pris le parti de dire la violence qui sévit dans des coins pauvres à mourir — c’est le cas de le dire. Chaque épisode peint un tableau précis dans lequel est parfois repris un des personnages ou un des événements dont il était question dans le précédent, composant ainsi, de scène en scène, une représentation franchement moche d’une Amérique dont il n’y a aucune raison de rêver. Les armes, dont les personnages sont si familiers, constituent les principaux accessoires de ces scènes ; elles font des dégâts, bien sûr, sur fond de misère, de trafic de drogue, de stress post-traumatique, de maladie mentale, etc. Certaines histoires sont un peu gratuites, mais d’autres sont plus substantielles ; ici le style se cherche (et tombe dans la caricature de cette écriture vulgaire des romans réalistes américains), là il coule de source ; parfois le message est trop gros, d’autre fois l’auteur se contente d’imprimer en vous une image marquante. L’ensemble est donc un peu irrégulier (c’était une première publication pour Frank Bill) et il faut aimer le noir, mais, pour chacune de ces histoires, on se demande comment elle va finir et les personnages sont bien campés. On est même prêt à s’attacher à certains d’entre eux, comme ce flic de campagne, Moon, qu’on verrait bien revenir dans un roman.

Catégorie : Nouvelles (U.S.A.). Traduction : Isabelle Maillet.

Liens : chez l’éditeur. Gallimard a aussi publié le premier roman de Frank Bill, Donnybrook (2014), et on peut imaginer que The Savage paraîtra bientôt en français.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert

Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, de Fallois/L’âge d’Homme, 2012 (aussi en de Fallois Poche)

Par Catherine Chahnazarian.

Ce roman policier, paru il y a six ans déjà, se lit avec passion. C’est que l’auteur y mêle au moins trois fils : l’histoire d’un grand amour (ou deux), une histoire d’amitié (hum… deux, finalement), l’histoire d’un jeune écrivain (pardon, deux jeunes écrivains) en proie à l’angoisse de la page blanche. On se trouve tour à tour dans les années 2000, en 1975, un peu avant, un peu après… Tout ceci rend l’intrigue riche, complexe et sinueuse, mais fluide et passionnante. Si vous ne l’avez pas encore lu, cela pourrait être votre gros-roman-à-lire-cet-été, sur une plage, dans une forêt, sur la route (mais pas au volant, bien sûr), dans une petite ville des Etats-Unis (ou d’ailleurs), au bar d’un bistrot-resto (en mangeant ou non des œufs au bacon). Tous ces lieux sont centraux dans ce roman à l’américaine écrit par un Suisse et coédité en France. Dans une construction savamment pensée, l’auteur déroule de bonnes scènes de rencontre, des interrogatoires et des confidences, de nombreuses fausses pistes et d’aussi nombreux rebondissements. Quelques facilités viennent troubler l’ensemble : une mère juive caricaturale, un flic qui enquête avec un écrivain (ce qui n’est pas du tout crédible mais très sympathique relationnellement). Mais Joël Dicker connaît les ficelles et sait les tirer. On comprend les lecteurs de 2012 : La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert a reçu le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le Goncourt des Lycéens. Pour Arnaud Vivant cependant (voir l’Obs ci-dessous), ce roman ne serait qu’une pâle resucée de La tache de Philip Roth, ce que je ne peux discuter, n’ayant pas lu ce livre. Pâle du point de vue de la qualité de l’écriture, je peux le croire, car Roth est un très grand auteur et la plume de Dicker est simplement naturelle. Resucée, c’est difficile à imaginer tant la construction de ce livre-ci semble personnelle. Mais peut-être faut-il, à un énième degré de lecture, voir dans le personnage du jeune écrivain narrateur un aveu de dépendance à l’égard du maître ? Tout commence comme cela, en tout cas : Marcus Goldman ne respectera pas les délais de livraison de son second roman parce qu’il n’a pas d’idée et n’écrit pas une ligne. Il va chercher les encouragements dont il a besoin chez son ami et mentor, Harry Quebert, professeur de littérature et auteur d’un grand roman célèbre. Puis Harry a des ennuis et Marcus ne peut pas s’empêcher de vouloir lui porter secours… Dès les premières pages, ça y est, vous avez mis le doigt dedans et vous n’avez plus le choix : vous devez poursuivre votre lecture jusqu’au bout.

Catégorie : Policiers et thrillers (Suisse/France).

Liens : le roman en de Fallois Poche ; le site de l’auteur ; l’article de l’Obs.

Deux figures de l’individualisme

Vincent de Coorebyter, Deux figures de l’individualisme, Académie royale de Belgique, coll. L’Académie en poche, 2015

Par Catherine Chahnazarian.

Lorsque nous convoquons la notion d’individualisme c’est en général parce que nous sommes confrontés à celui d’autrui et que cela nous dérange, souvent parce que nous confondons individualisme et égoïsme, égocentrisme ou refus des règles. Vincent de Coorebyter tire les choses au clair dans ce petit livre de philosophie sociale. Son regard, alimenté notamment par les pensées de David Riesman, Emile Durkheim et Paul Yonnet, éclaire sur ce que nous vivons et observons autour de nous en nous obligeant à abandonner nos représentations erronées ou insuffisantes. Son objectif n’est bien sûr pas moraliste ; il est de mieux comprendre les mécanismes qui agissent sur l’individu.

En replaçant l’individualisme dans une perspective historique, et sans prétendre faire le tour de la question, Vincent de Coorebyter distingue essentiellement deux grandes tendances. D’une part, le modèle qui avait cours de la Renaissance à la Seconde Guerre Mondiale (et qui influence encore nos manières de voir), dans lequel l’individu intègre, fait siennes, les règles et les attentes familiales et sociales ; il organise sa vie de façon à leur être fidèle ; c’est sa vie d’individu unique, mais il est préoccupé de la rendre conforme aux attentes dont il a assimilé les principes et les valeurs. D’autre part, l’individualisme contemporain, qui voit le « moi » exploser dans une affirmation narcissique – non pas parce que ce serait sa tendance naturelle et qu’il serait enfin libéré des contraintes, mais parce que la société contemporaine exige de chacun d’être individué, de faire éclore sa personnalité, de se trouver, d’imposer son « moi ».

Vincent de Coorebyter sait développer une idée, l’illustrer et la reformuler afin que le lecteur puisse s’en emparer. L’on découvre, au fil des explications, que l’idée s’est précisée, qu’un sens subtil s’est ajouté et que la représentation qu’on en avait n’a cessé de s’affiner. Les références sont souvent familières, les exemples sont parlants, tirés du monde que nous connaissons. L’ensemble forme donc une réflexion qui n’est pas qu’abstraite et dans laquelle il n’est pas difficile d’entrer. On reconnaît forcément des proches, voire… La couverture en miroir est particulièrement bien adaptée au sujet !

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur ; interview de l’auteur (présentation de l’ouvrage 1′ ; interview 47′).

L’homme est un dieu en ruine

Kate Atkinson, L’homme est un dieu en ruine, J.-C. Lattès, 2017

Par Catherine Chahnazarian.

Ce roman complète Une vie après l’autre, qui racontait la vie d’Ursula Todd, en particulier sa traversée de la Deuxième Guerre Mondiale, et nous avait plongés dans les bizarreries de son esprit – qui lui faisaient vivre les choses à sa façon. C’est à son frère Teddy qu’est consacré L’homme est un dieu en ruine ; c’est à ses pensées à lui que l’on accède ici – et mieux vaut avoir le cœur bien accroché. Après avoir vécu le blitz de Londres avec Ursula, nous volons cette fois avec Teddy dans des bombardiers de la Royal Air Force chargés de détruire l’Allemagne nazie. De nouveaux personnages apparaissent : les équipages de Teddy mais aussi de nouveaux membres de la famille, que je vous laisse découvrir et qui ont eux aussi leurs drames. Rien de bien joyeux donc dans ce roman, un peu moins complexe que le précédent mais construit lui aussi d’anticipations et de retours en arrière. Remarquable de maîtrise, Kate Atkinson mêle les époques jusqu’à 2012, et les vies. Ces vies, on dirait qu’elle les a toutes vécues et, en tant que lecteur, on y est pris comme dans des filets ; on est secoué par les événements, ébranlé par les souffrances, et obligé de réfléchir. Un livre puissant, à lire après le précédent (car les deux forment un diptyque et le second fait souvent référence au premier) et jusqu’à la fin pour en apprécier l’aboutissement.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Sophie Aslanides.

Liens : chez l’éditeur ; critique d’Une vie après l’autre.

Nouilles froides à Pyongyang

Jean-Luc Coatalem, Nouilles froides à Pyongyang, Grasset, 2013 (aussi en Livre de Poche)

Par Catherine Chahnazarian.

Sous ce titre accrocheur de polar à la San Antonio se développe le récit de voyage d’un journaliste qui a pris le risque de se faire passer pour un conseiller touristique à la recherche de nouvelles destinations originales afin de pénétrer le pays le plus fermé du monde. Muni d’un appareil photo de touriste de base et d’un petit carnet de notes discret, Jean-Luc Coatalem a parcouru la Corée du Nord – enfin, ce qu’on a bien voulu lui en montrer –, escorté comme il se doit de représentants zélés du régime. Nous verrons avec lui les monuments qu’il a pu ou plutôt dû admirer (y déposer des fleurs, par exemple), les paysages qu’il a traversés (sans pouvoir descendre de voiture) et ce qu’il a pu observer incidemment. Il décrit non sans humour ses conditions de séjour et de visite, et mêle à son récit nombre d’explications sur la dynastie des Kim, la sociologie du pays et les conditions d’existence. Ce voyage s’étant déroulé en 2011, on est encore au temps de Kim Jong-il, le père de l’actuel dirigeant nord-coréen, ce qui confère au livre un caractère historique. Mais la forme n’est pas celle d’un essai, le ton est plutôt léger, parfois un peu cavalier, cela se lit presque comme un roman, avec des accents de Charlie. Le lecteur visualise les villes et les campagnes, imagine les gens et leur vie, et assiste à quelques moments de rébellion de la part de ce faux touriste, comme le refus de prendre un bain de boue fort peu appétissant dans une station thermale où il n’y a pas d’eau chaude pour se rincer. Malgré des phrases parfois un peu emmêlantes, on s’y croirait ! Et ça fait froid dans le dos.

Catégorie : Essais, Histoire… (Récit de voyage).

Liens : chez Grasset, au Livre de Poche.

Looping

Alexia Stresi, Looping, Stock, 2017 (aussi en Livre de Poche)

Par Catherine Chahnazarian.

Noélie, née sans père au tout début du XXe siècle dans un milieu paysan pauvre et taiseux, quelque part en Italie, va connaître le déracinement, changer de mondes, changer de vies, et imposer sa personnalité aux événements. Forte, la personnalité. Elle va croiser la route de toutes sortes de gens, de poules aussi ! et aimer de tout son être. Par un enchaînement haletant de phrases courtes, Alexia Stresi, qui est française mais écrit là un roman italien dont on s’étonne qu’il ne soit pas rédigé dans cette langue, mène rondement son récit. Le décor, l’Italie fasciste et coloniale notamment, situe la vie de Noélie avec précision, l’agrandit et rend ce récit intéressant pour cet angle de vue sur l’Histoire auquel nous ne sommes pas spécialement accoutumés.

Je reste ambivalente cependant. Car, jusqu’à la moitié du livre environ, on dirait le récit basé sur des faits réels, la narratrice retraçant avec autant de tendresse que de fidélité la vie de Noélie, sa grand-mère ; se concentrant sur les événements principaux comme seule une petite-fille qui a écouté les récits de famille peut le faire ; et accordant juste ce qu’il faut de place au romancé pour que l’ensemble soit fluide et agréable à lire, touche et donne envie de savoir ce qu’il va encore se passer par la suite. Mais tout est inventé et l’on est alors amené à se dire que l’auteure imite parfaitement bien le genre biographique… mais en fait un peu trop, puis décidément vraiment trop. L’on accepte volontiers que la réalité dépasse la fiction, mais l’inverse n’est pas vrai. Un dénouement est supposé donner sens à la démarche adoptée – mais cela ne suffit pas et l’auteure s’est livrée à un jeu dangereux car le lecteur pourrait lâcher le livre avant la fin.

Je ne suis donc pas conquise, mais il y a des trouvailles, le rythme est excellent, j’ai trouvé du talent à Alexia Stresi dont c’est le premier roman.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez Stock, au Livre de Poche. Sur Youtube, l’auteure en parle très bien, mais en racontant tout, ou presque, comme le font d’ailleurs les résumés des deux maisons d’éditions. A éviter donc si vous pensez lire le livre (250 pages en Poche), sinon ce n’est plus la peine.

Vivez mieux et plus longtemps, et chouchoutez votre cerveau

Michel Cymes, Vivez mieux et plus longtemps, Stock, 2016

Par Catherine Chahnazarian.

Si vous aimez bien les émissions de Michel Cymes, vous aimerez bien ce livre, et inversement. Il est amusant, intéressant et facile à lire. Nutrition, sport, sommeil, tabagisme et quelques thèmes divers sont abordés simplement, en allant droit à l’essentiel. Que cet ouvrage ratisse large permet à chacun d’y trouver un certain nombre de conseils dont il avait besoin – et semble un gage de bon sens : si l’on veut aller bien, on se nourrit bien, on ne fume pas, on se bouge, etc. Derrière ce qui peut apparaître comme des poncifs, on trouve de bonnes raisons d’y adhérer, expliquées avec le sérieux d’un scientifique et des mots de tous les jours. Un bon petit livre à laisser traîner sur votre table de chevet – ou à la cuisine ? – le temps que vous ayez mémorisé tout ce qui peut vous faire du bien. Sain d’esprit, bienveillant, sans moralisme inutile. Et c’est sans doute ça qu’on aime bien chez Michel Cymes.

Votre cerveau – Comment le chouchouter, Stock, 2017

La parenté avec le livre précédent est telle qu’on pourrait les considérer comme deux tomes d’un même ouvrage. Tous deux débutent par des conseils alimentaires, si bien qu’au final cela vous fait une bonne liste des aliments à privilégier ! La deuxième partie de Votre cerveau évoque le stress, le bien-être et même le bonheur (parce que c’est dans la tête que ça se passe), ce en quoi, sans répétition avec ce qui y a été dit, ces chapitres prolongent également le premier ouvrage. J’y ai moins apprécié l’angle d’attaque, qui semble parfois plutôt relever des valeurs et convictions philosophiques de l’auteur que de la médecine. Ces pages ont-elles été écrites par Patrice Romedenne, journaliste à France 2, présenté comme co-auteur de ce livre (pourtant écrit au « je ») ? D’aucuns cependant y découvriront un voire plusieurs conseils utiles ou l’étincelle qui déclenche un changement profitable. Et on retrouve pleinement le ton de Cymes au chapitre consacré au rire puis aux suivants (musique, sport, cannabis…) et dans la troisième et la quatrième parties, consacrées à la mémoire et aux maladies du cerveau qui nous turlupinent (Alzheimer, AVC, Parkinson, dépression, épilepsie).

De nombreux passages de Votre cerveau m’ont semblé particulièrement adaptés à un public jeune. Un livre à laisser traîner sur la table du salon ?

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : Vivez mieux et plus longtemps chez Stock et en Poche. Votre cerveau – Comment le chouchouter chez Stock et en Poche.

En bonus, voici un article que j’avais écrit à la sortie du livre de Giulia Enders, Le charme discret de l’intestin (Actes Sud, 2015 – l’édition a été augmentée depuis). Plus humoristique encore – notamment grâce aux dessins de la soeur de l’auteure – et tout ce qu’il y a de plus sérieux, ce best-seller sait lui aussi dire les choses simplement pour viser l’efficacité. Une excellente référence, et pas que si vos intestins vous font des misères.

Et si c’est la mémoire qui vous intéresse, je ne saurais trop vous recommander les ouvrages d’Alain Lieury, aux éditions Dunod. Je vous soumets ici quelques couvertures, mais tous les livres de ce spécialiste de psychologie cognitive sont intéressants.

                

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