Le mensonge suffit

Littérature française
Par Florence Montségur

Voilà un petit livre divertissant qui mélange différents ingrédients. Le plus inattendu, ce sont les parodies de vieilles publicités américaines, graphiquement très réussies. Le moins inattendu, c’est l’annonce d’un futur totalitaire dans lequel tous nos comportements sont enregistrés et évalués – comme en Chine déjà aujourd’hui. Le plus actuel, c’est le rôle de l’intelligence artificielle : ici un robot humanoïde qui interroge un citoyen ordinaire et l’accuse de meurtre. Et comme ce pauvre homme, évidemment, nie et se défend, il perd son calme, il sort des phrases politiquement incorrectes, et il aggrave son cas, ce qui crée un réel suspense quant au sort qui lui sera réservé.

Le même auteur a déjà produit deux autres livres dans la même veine : le cauchemar technologique qui nous attend. Le style reste léger, il ne prétend pas être profond. Et c’est bien comme ça.

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Christopher Bouix
Le mensonge suffit

Au Diable Vauvert
2025

L’homme qui ne voulait plus se lever

Hommage à David Lodge (1935-2025) – 1

C’est avec tristesse que nous avons appris la mort de David Lodge, un auteur merveilleux par sa drôlerie, son intelligence et sa culture, ses formidables compétences littéraires, son sens de l’observation, son humanité. Professeur de littérature, il est connu autant pour son approche théorique de cet art qui ne peut se contenter d’inspiration que pour son œuvre propre : de nombreux romans mais aussi du théâtre et, bien sûr, des essais.

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Nouvelles et textes courts (Grande-Bretagne)
Par Florence Montségur

Le recueil paru en 1997 contient 6 nouvelles. Il y en a 8, si je comprends bien, dans l’édition de 2019 que je ne possède pas. Ceux qui ne connaissent pas David Lodge y découvriront son talent, son humour, sa sensibilité. Je leur conseille – je conseille à tous – de lire l’introduction après coup, pour l’apprécier d’autant mieux. David Lodge y explique, pour chaque nouvelle, le contexte d’écriture, l’inspiration, le thème, une anecdote. Ceux qui ont lu Lodge mais ne connaissent pas ces nouvelles s’amuseront à faire des liens au sein de son œuvre.


« Sous un climat maussade » (1987)

Deux jeunes couples d’Anglais, sages comme il le faut dans les années 1950 avant le mariage, passent des vacances au soleil qui rendent la tension sexuelle insupportable. Le feront-ils ou ne le feront-ils pas ? On souffre pour eux.

« Mon premier job » (1980) – ma préférée

Le premier job, dans une gare londonienne, d’un jeune homme qui deviendra professeur de sociologie. Une autre vision des années 1950 à travers un petit emploi comme on n’en fait plus — quoique, non, je retire ce que je viens d’écrire, c’était complètement con.

« L’hôtel des Paires et de l’Impair » (vers 1985)

David Lodge déroule ici son art de la mise en abîme. C’est très habile. Et cela se moque – oserais-je dire –  de la raideur anglaise, à une époque où, à la Côte d’Azur, la pudeur répondait à d’autres codes…

« L’homme qui ne voulait plus se lever » (hiver 1965-1966)

Une idée simple : un homme refuse un matin de sortir de son lit. Les conséquences aux plans familial, financier, spirituel, médical… sont logiques mais, en même temps, qui d’autre pour écrire un truc pareil ? Vous méditerez sur la fin – ou pas, selon la dépressivité de votre propre état.

« L’avare » (années 1970)

En quelques phrases, Lodge pose un décor précis. Images évocatrices de l’immédiat après-guerre, traits de l’enfance, personnalité du principal protagoniste, tout est ciselé en deux temps trois mouvements. La fin n’est pas drôle, mais jusque-là, la plongée est si profonde qu’on n’en veut pas à l’auteur.

« Pastorale » (1992 ?)

Un adolescent met en scène une Nativité pour le club de jeunes de la paroisse et ses motivations ne sont ni religieuses ni littéraires. Les thèmes de cette amusante nouvelle sont l’attirance sexuelle et le préjugé social.

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À lire en anglais si vous le pouvez. Mais la traduction française de Suzanne V. Mayoux chez Rivages (poche) est vraiment excellente.

L’éditeur renseigne ici toutes les œuvres de David Lodge traduites en français.

Inconnu à cette adresse

Série : NOS MONUMENTS DE LA LITTÉRATURE AMÉRICAINE

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Une brève de Florence Montségur

Un des romans les plus marquants que j’aie lus. Très court, une cinquantaine de pages à peine. Epistolaire.

Deux amis, amateurs d’art, correspondent et font affaire. Martin Schulse s’est établi à Munich tandis que Max Eisenstein est propriétaire d’une galerie de peinture à San Francisco. Nous sommes en 1932, 1933, 1934… Leur amitié peut-elle résister à la vague hitlérienne ?

Inoubliable.

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Kressmann Taylor
Inconnu à cette adresse

Titre original : Address Unknown
Première édition : Story, 1938
Édition française : Autrement, 1999
Existe aussi en J’ai Lu

Traduction : Michèle Lévy-Bram

Nos monuments de la littérature américaine

Par Florence Montségur

Lancer une série « Nos monuments de la littérature américaine » sur Les yeux dans les livres, c’est l’occasion de mentionner le Dictionnaire amoureux (2024) de Bruno Corty, le rédac-chef du Figaro littéraire. Je suis ambivalente à l’égard de cette collection un peu facile, enthousiasmante et parfois un peu décevante, publiée chez Plon. Mais elle a pour vertu de donner la parole à un connaisseur sur le sujet traité – en l’occurrence, la littérature américaine.

Riche et intéressant donc, mais tout à fait subjectif et forcément un peu disparate, ce Dictionnaire se lit par petites touches, au gré de l’humeur. On y découvre des auteurs et des autrices qu’on ne connaissait pas, aux côtés de célébrités dont les noms nous sont très familiers.

Parlant d’autrices, j’avoue qu’il a fallu du temps avant que me vienne à l’esprit le nom de Toni Morrison, après les Hemingway, Steinbeck et autres Auster auxquels j’ai pensé tout de suite quand Catherine m’a demandé quels étaient mes monuments de la littérature américaine. Je baisse humblement le front en demandant pardon aux femmes écrivaines que ma mémoire ou mon ignorance ainsi qu’une éducation phallocrate à la culture ont failli passer sous silence. Patricia Highsmith, Joyce Carol Oates, Kressmann Taylor…

Ah ! Kressmann Taylor ! Je vous ferai une brève sur Inconnu à cette adresse.

En attendant, cela me saute aux yeux qu’il faut avoir une pensée pour Bob Dylan, prix Nobel de littérature 2016 for having created new poetic expressions within the great American song tradition.

Bob Dylan !

Faites-vous une petite éclate :
Like a rolling stone ; Don’t Fall Apart on Me Tonight ; Things Have Changed ; Forever young

Fayard a sorti un recueil de ses chansons en version bilingue anglais/français : Lyrics 1961-2012. Excellente référence pour plonger dans l’univers littéraire de cet incomparable poète.

Liens :
– La page du Nobel Prize in Literature consacrée à Dylan
– Le discours de Dylan pour l’Académie Nobel (english version)
– La traduction française publiée chez Fayard
Lyrics 1961-2012 l’édition bilingue américain/français chez Fayard
– Le livre à feuilleter
– Le site officiel de Bob Dylan : http://www.bobdylan.com/
– Et une petite dernière pour la route : Blowin’ in the Wind avec Joan Baez

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Nos articles de la série « Nos monuments de la littérature américaine » :
Les nus et les morts ; Le livre des illusions ; Inconnu à cette adresse ; Angle d’équilibre ; De sang froid ; 84 Charing Coss Road ; De si jolis chevaux ; En un combat douteux ; Un tramway nommé Désir.

Bien sûr que les poissons ont froid

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Littérature francophone (Belgique)
Une brève de Florence Montségur

Un roman dans le genre stand-up : je parle de moi avec autodérision mais j’en profite pour dire des choses importantes sur la vie et peindre la société comme je la vois. Sujets (conscients) : le catfishing, le deuil, et (inconscients) l’importance de la bière et de la musique dans la vie, la flemme de travailler. Le personnage, psychologiquement baroque (entre poisson froid et maniaco-dépression), l’excellent rythme et une enquête qui réserve des surprises forment un roman qui se lit rapidement, en souriant et avec curiosité.

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Fanny Ruwet
Bien sûr que les poissons ont froid
Éditions L’Iconoclaste
2023

Sorti en « Proche ».

Cent millions d’années et un jour

On a tellement aimé Veiller sur elle (Prix Goncourt 2023) qu’on a décidé de lire les premiers romans de Jean-Baptiste Andrea, qu’on ne connaissait pas. D’où cette mini-série « On a lu tout Jean-Baptiste Andrea » — en attendant le prochain.

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Littérature française

Catherine Chahnazarian

Pourquoi n’a-t-il pas été primé, ce roman-ci ? Parce qu’il venait en second après Ma reine (prix du Premier roman 2017 et bien d’autres) et qu’on l’a examiné sous toutes les coutures avec trop d’exigence ? Moi j’ai adoré. Avidité de connaître la fin, emprise de la montagne sur mon imagination, admiration pour l’auteur, empathie, bien sûr, pour Stan, le narrateur.

Andrea nous offre à nouveau une histoire simple, originale et captivante mais que vont complexifier et renforcer des fils secondaires. Ici, cela monte en puissance et la tension dramatique devient si aigüe qu’on se croirait dans un thriller. Un archéologue d’une cinquantaine d’années part en expédition à la recherche d’un squelette de dinosaure – ou à la poursuite d’une chimère ? – dans cet univers fantastique, magique, qu’est la haute montagne, si loin de nos vies ordinaires.

Andrea possède l’art subtil de peindre progressivement ses personnages, de les densifier au cours du récit, de travailler les émotions, la souplesse de la pâte humaine. Certains chapitres commencent de manière énigmatique, polysémique, obligeant à continuer à lire pour comprendre de quoi il s’agit. J’adore cette manière qu’a l’auteur de me prendre la main et de me demander de sauter. S’il abuse un peu, dans ce roman-ci, de comparaisons et de métaphores parfois très imaginatives au point que le lecteur y bute, son style poétique s’y forge une qualité exceptionnelle.

Et j’ai savouré cette aventure, relisant certains paragraphes avant de me lancer dans la suite, juste pour être sûre de n’avoir pas manqué un zeste de beauté. Et puis pour faire durer le plaisir : il reste encore quelques chapitres, tout est possible ; il reste quelques pages, on ne sait jamais…

Florence Montségur

Presque un thriller, oui, tout à fait d’accord ! Avec des flashbacks éclairants mais en même temps une action qui tire le lecteur sans cesse vers la suite. Un bon travail sur la temporalité. Avec le merveilleux de Ma reine et quelque chose que je n’arrive pas à expliciter. Un impressionnisme ? Jouant sur ce fantasme que nous avons tous de partir à l’aventure, sur nos peurs aussi. Les quatre personnages sont spéciaux, chacun à sa manière. L’ambiance vient de la montagne mais aussi de leur personnalité.

Je n’en ai fait qu’une bouchée.

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Jean-Baptiste Andrea
Cent millions d’années et un jour

Édition originale : L’Iconoclaste
2019
Disponible en Folio.

Tous nos articles sur Andrea sont référencés dans le classement par auteur.

La femme brouillon

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Littérature française
Une brève de Florence Montségur

Ce très court livre, simple, drôle, franc, dit le parcours d’une femme qui tombe enceinte et découvre tout ce que cela implique. Changement de statut social, humiliations, angoisses, résurgences de sa propre enfance, déséquilibres, envahissement, amour. En faire un livre fait sortir faits et émotions d’une sphère habituellement refermée sur quelques intimes – ou alors romancée. Décidément, aujourd’hui les femmes s’expriment.

Un chouette clin d’oeil. Un féminisme du quotidien.

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Amandine Dhée
La femme brouillon
Editions La Contre Allée
2017

Disponible en Folio

Roman fleuve

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Littérature française
Par Florence Montségur

Mon libraire y avait placé une étiquette « coup de cœur ». Comme je lui fais confiance, j’ai mis la main sur l’un des derniers exemplaires empilés sur le comptoir. Dès que je l’ai ouvert, j’ai su que j’allais parvenir à calmer ma frénésie de grand nettoyage du printemps. Allongée les pieds sur l’accoudoir d’en face, je me suis laissée embarquer dans cette histoire. C’est le cas de le dire car ces trois jeunes Parisiens sont partis à l’aventure en canoë. D’où le titre. Mais pas au bout du monde. Le projet était de descendre la Seine jusqu’à la mer. Y arriveront-ils ? Je laisse le suspense entier.

Vous trouverez sûrement une ressemblance entre ces personnages et des jeunes que vous connaissez. Bonne aptitude à s’insérer en société, surtout dans les bistrots. Mais du courage, de l’acharnement. Dans une inconscience à peine compensée par « les premières lueurs d’une maturité relative » (l’expression n’est pas de moi – ni de Humm d’ailleurs).

Ce récit est plein de méandres (c’est le style de l’auteur qui m’inspire ce jeu de mots) et se situe entre la blague potache et le guide touristique. Avec des phases de réflexion presque philosophique, un certain regard sur le monde.

C’est savoureux. Humm se présente en adolescent attardé jetant sur lui-même et sur l’expédition un regard ironique. C’est la dérision qui commande dans ce roman distrayant et joyeux.

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Philibert Humm
Roman fleuve
Éditions des Équateurs, 2022
Folio, 2024

J’ai lu tout Fred Vargas

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Série « J’ai lu tout… »
Policiers et thrillers – Hommages
Par Florence Montségur

D’abord, il y a eu Ceux qui vont mourir te saluent. C’était pas mal, comme titre ! Et ces deux personnages d’aujourd’hui qui s’appellent Tibère et Néron, c’était trouvé ! Puis comme l’intrigue se tenait, le style aussi, on a mordu à l’hameçon.

Alors Vargas nous a régalés avec Debout les morts, L’homme aux cercles bleus, Un peu plus loin sur la droite, Sans feu ni lieu, L’homme à l’envers, Pars vite et reviens tard, tous des titres qui assumaient la catégorie « polar » sans décevoir, en lui donnant plutôt du charme. Car il y a du charme dans l’écriture de Vargas. Dans les deux sens du terme.

Adamsberg se laissait descendre vers la Seine, suivant le vol des mouettes qu’il voyait tourner au loin. Le fleuve de Paris, si puant soit-il certains jours, était son refuge flottant, le lieu où il pouvait le mieux laisser filer ses pensées. Il les libérait comme on lâche un vol d’oiseaux, et elles s’éparpillaient dans le ciel, jouaient en se laissant soulever par le vent, inconscientes et écervelées. Si paradoxal que cela paraisse, produire des pensées écervelées était l’activité prioritaire d’Adamsberg.[1]

Alors, il n’a plus été nécessaire de jouer avec les titres – et ce sont mes romans préférés – : Dans les bois éternels, Un lieu incertain, L’armée furieuse, Temps glaciaires, Quand sort la recluse

Enquêtes et enquêteurs sortant de l’ordinaire, intrigues à nœuds et surtout – surtout ! – ficelles invisibles. Du mystère, de la poésie, des métaphores, beaucoup de dialogues – sans jamais une fausse note – et une bonne bande de flics bien campés, aux caractères très distincts.

[Estalère], tous ses collègues considéraient plus ou moins qu’[il] ne tenait pas la route, voire qu’il était un crétin complet. (…) [Il] suivait Adamsberg pas à pas comme un voyageur fixant sa boussole, dénué de tout sens critique, et idolâtrait simultanément le lieutenant Retancourt. L’antagonisme entre les manières d’être de l’un et de l’autre le plongeait dans de grandes perplexités, Adamsberg allant au long de sentiers sinueux tandis que Retancourt avançait en ligne droite vers l’objectif, selon le mécanisme réaliste d’un buffle visant le point d’eau. Si bien que le jeune brigadier s’arrêtait souvent à la fourche des chemins, incapable de se décider sur la marche à suivre.[2]

Vargas nous fait voyager dans des ambiances extraordinaires qui semblent à la fois d’hier et d’aujourd’hui. Paris, la Bretagne, l’Islande, des croyances, des légendes, l’Histoire… Mais, si j’aime et souligne l’intriguant de ses intrigues, leur force et leur complexité font des romans de Fred Vargas des policiers à part entière !

Que dire de plus pour lui rendre hommage et vous donner envie de la lire ou de la relire ? Qu’ il y a chez Vargas des trouvailles merveilleuses :

Danglard, tremblant de colère, s’était éloigné à grands pas, aussi vite que le lui permettait sa démarche bien particulière, basée sur deux grandes jambes qui semblaient aussi peu fiables que deux cierges partiellement fondus.[3]


[1] Dans les bois éternels, J’ai Lu, p. 262. [2] L’armée furieuse, J’ai Lu, p. 112-113. [3] L’armée furieuse, J’ai lu, p. 117.

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Fred Vargas n’écrit pas que des romans policiers, comme vous pourrez le découvrir sur la page que les éditions Flammarion lui consacrent. Et elle est publiée en J’ai lu.
Sur Les yeux dans les livres retrouvez les articles qui lui sont consacrés à la lettre V du classement alphabétique.

L’échappée belle

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Littérature française
Par Florence Montségur

Un roman psychologique sur l’emprise et les violences morales dans le couple. Bien conçu et avançant de manière implacable, comme le séducteur qui refermera sur Elsa ses bras possessifs. Un sujet contemporain, traité avec toute l’empathie dont l’autrice est capable. Trop descriptif, mais montrant bien l’aveuglement de l’amour puis la négation du problème, les détours que font les pensées pour ne pas regarder la vérité en face et pour éviter de prendre la décision qui s’impose. Ce roman laissera peut-être dubitatifs ceux qui se sentent forts et lucides. Ils auront peut-être du mal à y croire en raison d’un point de départ un peu caricatrural. Mais, hélas, ces choses arrivent. Ingrid Chauvin a voulu montrer comment on peut parfois perdre la raison et la maîtrise de sa vie, et combien il est alors difficile de s’en sortir, tant le sentiment de perdre la face peut être puissant.

A essayer si le sujet vous intéresse ou si vous connaissez quelqu’un qui…

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Ingrid Chauvin
L’échappée belle
Éditions Michel Lafon
2023

Existe en Michel Lafon Poche.

La femme en moi

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (U.S.A.)
Par Florence Montségur

Britney commence par énumérer les différentes étapes de son enfance : parents, école, ses débuts dans la musique. J’ai trouvé cela froid, factuel, mais intéressant. On comprend bien le milieu social dont elle vient. Le schéma est classique : Amérique profonde, père alcoolique, mère impuissante, maigre éducation. Tout ce que voulait, tout ce que veut Britney, c’est danser, chanter et s’amuser. L’écriture — des phrases courtes, simples, au passé composé, s’enchaînant comme dans une rédaction d’enfant — n’arrange rien à cette impression de pauvreté intellectuelle. Et Britney reste démunie dans les circonstances graves de son existence. Elle ne sait par exemple pas qu’elle a le droit de choisir son avocat quand son père veut la mettre sous tutelle.

Il était important qu’on entende ce qu’elle avait à dire sur ce sujet qui a fait l’actualité. Ce qui ressort avant tout, c’est l’extrême solitude de cette toute jeune femme au moment de son premier puis de son second chagrin d’amour, de la naissance de ses enfants et de sa dépression post partum. Elle est très démunie et très mal entourée. Elle perd pied. À quel point ? C’est difficile à dire, mais il est certain que le juge qui a décidé de sa mise sous tutelle a fait un très mauvais choix : son père et toute la famille sont à la fois trop bêtes et trop malsains. Et les paparazzi n’arrangent rien.

C’est donc une femme brisée par des années d’emprise qui s’adresse à nous dans son processus de reconstruction. Elle est dans un tel état qu’on ne peut que la plaindre — et trouver aussi bien le titre du livre que la photo de couverture sans relation avec le contenu. Sauf peut-être pour le regard triste.

À lire si vous aimer sa musique et que vous voulez en savoir plus sur le personnage ou le monde du show-biz ; pour avoir le témoignage d’une vie sous les flashs des photographes (*), ou pour comprendre comment une personne peut être instrumentalisée et perdre tout pouvoir sur elle-même.

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Britney Spears
La femme en moi
Traduction : Cyrille Rivallan et Marion Roman
Éditions JC Lattès
2023

(*) Dans le même ordre d’idées, voir aussi Le suppléant (Prince Harry) et Initiales B.B. (Brigitte Bardot).

3 livres à succès qui nous ont plutôt déçus

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Les Armes de la Lumière

Littérature anglophone (Royaume-Uni)
Stylo-trottoir : ce que Pierre vient de lire

Les Armes de la Lumière sera le dernier opus de la fresque de Kingsbridge commencée avec Les Piliers de la Terre. Pierre nous avait parlé d’Une Colonne de Feu. Ce roman-ci se passe deux siècles après le précédent (Le Crépuscule de l’Aube).

« On est au temps des filatures, de l’évolution avec les premières machines à vapeur, la montée des syndicalismes, travailleurs contre patrons, et les guerres napoléoniennes », explique Pierre avec un enthousiasme modéré. Car, pour lui, le roman reste assez classique, les personnages se partagent entre les bons et les moins bons… Un effet de lassitude devant le Xème roman de Ken Follett conçu de la même façon ? « Mais ça se lit et on a envie de connaître la suite. »

Angle mort

Policiers et thrillers (Grande-Bretagne)
Une brève de Florence Montségur

Je viens de relire les articles sur La fille du train et Celle qui brûle. La régression s’accentue, hélas. Angle mort est décevant. Il y a peu de substance, peu de psychologie, peu de suspense… Les ingrédients sont classiques et employés platement (il y a de l’orage quand les choses vont mal). On sent que l’auteure devrait respirer un peu, attendre la bonne histoire et une réelle envie d’écrire. Je l’ai fini car il se lit vite et que ce sont les vacances.

Rocky, dernier rivage

Littérature francophone (Belgique)
Par Catherine Chahnazarian

J’ai lu ce roman presque d’une traite, en me demandant sans cesse « Mais où vont ces personnages ? », « Mais où va l’auteur ? ». Et j’ai été déçue par la fin, mais ce n’est pas ce qui compte. C’est que, à travers le survivalisme, le thème de cette fiction au drôle de titre est notre incapacité à changer de mode de vie alors même que ça urge, le temps inouï qu’il nous faut pour nous adapter à la réalité du réchauffement climatique, notre indifférence au sort des autres, notre égoïsme et en particulier celui des – de certains – riches… Genre « on va droit vers l’apocalypse », mais dans un roman léger, qu’il serait facile de prendre au premier degré comme si ce dont il est question n’était pas si grave. L’intrigue est bien construite (sauf, à mon avis, pour la temporalité) et bien écrite, les personnages (sauf celui du père, qui n’est pas très bien maîtrisé) sont bons, Gunzig distille un humour discret… mais comme s’il s’agissait de nous distraire, alors que le message est autrement ambitieux. J’ai été très gênée par ce décalage. Le traitement psychologique est ahurissant. Pour le dire autrement, ça manque de tripes, c’est impossible de croire au désastre qui est supposé s’être produit, impossible de croire aux réactions des personnages. Et en même temps, quelque chose a fait que je l’ai lu presque d’une traite. Ce roman me laisse tout à fait perplexe.

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Ken Follett
Les Armes de la Lumière
Éditions Robert Laffont
2023

Paula Hawkins
Angle mort
Traduction : Corinne Daniellot
Éditions Sonatine
2023

Thomas Gunzig
Rocky, dernier rivage
Éditions Au Diable Vauvert
2023

Intrigue à Brégançon

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Policiers et thrillers
Par Florence Montségur

Voilà un roman qui plaira aux amateurs de polars et d’histoire de France. L’écriture est moderne, vive, amusante. Elle reproduit l’enchaînement plus ou moins fluide des pensées. Elle est cultivée aussi. Le roman est cultivé : le fort de Brégançon dans l’Histoire, du roi Louis à nos jours en passant par Napoléon, la Résistance, Charles de Gaulle ou Claude Pompidou.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Wandrille, plus caractérisé que Pénélope, qui est pourtant l’héroïne d’une série de Goetz depuis… Tiens ! Grasset n’indique pas les dates, c’est ballot ! Il y a aussi une, non, deux historiennes, un paparazzi sur le déclin, une éditrice et son photographe, et quelques autres personnages, tous suspects, du moins ceux qui étaient au Fort au moment du meurtre.

Il faut passer sans vergogne par-dessus certaines descriptions du mobilier du fort, qui sont pour le moins documentées mais trop longues et sans incidence sur la suite. Vous ne regretterez pas d’avoir continué. Car la construction du roman est assez géniale, même si on se demande par moments si l’auteur ne s’est pas simplement fait plaisir en racontant des pans de l’histoire du Fort et de la Provence sans doute tout à fait inutiles à l’intrigue.

Je ne crierai pas au grand roman, mais j’ai pris du plaisir à passer quelques jours à Brégançon, j’ai adoré le coup de force du Capitaine de Leusse, et j’ai eu vraiment envie de savoir où l’auteur m’emmenait. À la révélation d’un secret d’État… Peut-être.

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Adrien Goetz
Intrigue à Brégançon

Éditions Grasset
2023

« La rapine » et « Garonne »

Nouvelles et textes courts
Par Florence Montségur

D’un noir dense, dans un style tendu et sur un sujet glaçant, « La rapine » de Medhi Ikaddaren, m’a scotchée. Le déclencheur du drame ? Un chien et sa situation difficile auprès d’un maître peu sentimental. Ce texte exige du lecteur un engagement immédiat ; il crée dès les premières lignes une impression forte, aussi bien sur le plan émotionnel que sur le plan esthétique. Et la question finale est une ouverture qui prolonge habilement le récit.

« Garonne ou Le jeu du poulet », de Liv Charbonnier est d’un noir plus doux, car l’amour gicle un peu partout dans ce beau texte au style parfait. Il est fluide sans être monotone, il est juste dans chaque moment où il doit servir l’implication du lecteur dans l’image, qu’elle soit légère comme l’amour naissant, dramatique, ou adorable comme un enfant qui sort de l’eau.

Deux excellentes nouvelles lues sur nouvelle-donne.net.

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Mehdi Ikaddaren
« La rapine »
2023

Liv Charbonnier
« Garonne ou Le jeu du poulet »
2022

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