Noël 2018 – Quel livre offrir? Et si on s’amusait avec un bon polar? (II)

Frédéric Lenormand, Le retour d’Arsène Lupin, Le Masque (JC Lattès), 2018

Par Florence Monségur.

Après avoir fait vivre à Voltaire des aventures amusantes, Frédéric Lenormand s’attaque à Arsène Lupin – à moins que ce ne soit Arsène Lupin qui s’attaque à… car tout est possible avec cet as du déguisement (et Lenormand adore les déguisements), de la pirouette (et Lenormand adore les pirouettes), des rebondissements et du second degré (et Lenormand adore…).

Lecture légère mais cultivée quand même, comme toujours avec Frédéric Lenormand ; légère mais pétillante, comme toujours avec Arsène Lupin.

Pour se changer les idées et se détendre.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur. Et profitons-en pour rappeler que le même auteur a aussi repris les aventures du vénérable Juge Ti et écrit des livres pour les jeunes.

Sans un adieu

Harlan Coben, Sans un adieu, Belfond, 2010 (existe en Pocket)

Par Florence Montségur.

Je rebondis sur les derniers articles de Sylvaine et de Catherine. J’ai lu récemment un H. Coben publié en 2010 mais qui est en fait un roman de jeunesse ressorti des cartons comme Sang famille de M. Bussi.

On ressent déjà très fort, dans Sans un adieu, ce plaisir d’inventer des histoires et d’y empiler quelques couches de complexité, de disséminer les indices et de peser les mots de façon à jouer avec les nerfs du lecteur, avec son coeur. Si vous voulez connaître le fin mot et, dans cette histoire-ci, savoir si l’épilogue sera dramatique ou heureux, il vous faudra supporter les tensions et lire le livre jusqu’au bout. Et tant pis si ce roman comporte des défauts parce que Coben « répugne » à l’idée de tout réécrire. Tant pis pour le romantisme naïf de certains passages, les répétitions ou les explicitations inutiles. Il arrive un grand malheur à Laura : en pleine lune de miel, son adorable mari disparaît. Difficile à accepter. Comme toute la suite. Pour elle comme pour nous.

Il y a, dans Sans un adieu, tout le talent qui se développera plus tard. Certaines des facilités et des recettes aussi : les personnages tellement riches que l’argent n’est jamais un obstacle pour aucune action, le culot et la force de caractère hors pair des héros, les amis indéfectibles à un incroyable degré. Mais, au-delà de cela, Coben vous scotche le livre aux mains et vous laisse sur votre canapé, essouflé, le coeur battant.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Roxane Azimi.

Liens : lisez.com ; la page sur l’auteur aux éd° Pocket. Retrouvez toutes nos critiques d’Harlan Coben dans le classement par auteur. Voir aussi la critique de Sang famille de Michel Bussi.

À vol d’oiseau

Craig Johnson, À vol d’oiseau, Gallmeister, 2016 (aussi en Points)

Par Florence Montségur.

Vous m’avez donné envie d’essayer un Craig Johnson et je suis tombée par hasard sur À vol d’oiseau. Au tout début, je trouvais ça confus. Le narrateur (dont on ignore d’abord qui il est, ce qui est inconfortable) donnait plein de noms de gens et de lieux, et des motifs d’action dont je ne savais pas quoi faire. Mais, assez rapidement, il y a eu cette jeune femme décédée sous les yeux du shérif Walt Longmire (le narrateur), et cette jeune policière cheyenne brutale et maladroite. Le flegme de Longmire et son humour distancié m’ont plu, alors j’ai poursuivi, frappée par l’authenticité du décor et des caractères.

L’action se passe dans une réserve indienne du Montana et tout paraît réaliste. Le pays a l’air très beau. Seul problème, un peu comme celui que Catherine soulevait dans son article sur Chiennes de vies, ça ne donne pas vraiment envie d’aller là-bas. On dirait qu’ils ne pensent que flingues, bières et vieilles voitures. L’intrigue est donc relativement simple, mais ce n’est pas ce qui compte. C’est plutôt qu’on se retrouve dans la peau du shérif Walt Longmire comme devant un bon film où le gentil va réussir à mettre le méchant en prison. Ça, c’est plutôt agréable.

Quant à la traduction, effectivement… Il y a des problèmes de conjugaison, quelques traductions littérales étranges, des mots manifestement mal choisis. Ce n’est pas terrible. Mais il y a aussi des mots de trop et des mots qui manquent, ce qui est plutôt le fait de l’éditeur ; et des problèmes dans certaines descriptions spatiales, ce qui est le fait de l’auteur. C’est la qualité générale que je mettrais en cause, la manière dont le public de ce genre de livre est considéré. Par ailleurs, Pierre a raison : il faut certainement lire les Craig Johnson dans l’ordre de leur parution, parce que les allusions à d’autres affaires sont nombreuses. À la fin, ça donne l’impression de ne pas faire partie du club.

N’empêche : bon auteur, bon divertissement.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Sophie Aslanides.

LiensÀ vol d’oiseau au Cercle Points. L’article sur Dark Horse, du même auteur, et le débat qui suit. La critique de Chiennes de vies.

Le président a disparu

Bill Clinton et James Patterson, Le président a disparu, J.-C. Lattès, 2018

Par Florence Montségur.

Un article de l’Express m’avait donné envie de boycotter les romans de Patterson, mais le partenariat avec Bill Clinton a attiré ma curiosité. Bonne surprise ! Voici un bon thriller politique plein d’action et machiavélique. C’est plein de pièges, d’attaques, de secrets et de calculs.

Le président des Etats-Unis, Jon Duncan, doit faire face à de graves attaques politiques et à une menace terroriste sans précédent. Priorité absolue au terrorisme, bien sûr ! Mais de quoi s’agit-il au juste ? Nous n’apprendrons d’abord que ce que le président peut nous dire sans dévoiler de secret d’Etat ! Car c’est le plus souvent lui qui raconte et il distille les informations au compte-goutte. A chaque étape du récit ce sont de nouveaux rebondissements, et en plus il y a urgence. On peut dire que Duncan passe les trois pires jours de sa vie ! Mais quand on est le président des Etats-Unis d’Amérique et que la Nation est en jeu, on tient bon.

Côté Clinton, ça sent le vécu ; côté Patterson, ça sent le cinéma.

J’aurais trouvé plus fin de supprimer le dernier chapitre avant l’épilogue et quelques petits passages un peu donneurs de leçon à l’américaine, mais comment donner tort à Clinton/Duncan sur ce coup-là ? Je me suis aussi étonnée de plusieurs choix de la part des traducteurs. Mais si vous aimez les thrillers, n’hésitez pas, vous aurez votre dose d’adrénaline !

Catégories : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Dominique Defert, Carole Delporte et Samuel Todd.

Liens : chez Lattès ; l’article de l’Express sur James Patterson.

Patients

Grand Corps Malade, Patients, Don Quichotte éd., 2012 (aussi au Cercle Points)

Par Florence Montségur.

Immersion dans un centre de rééducation, celui qu’a fréquenté Fabien Marsaud, connu aujourd’hui sous le nom de Grand Corps Malade. Il nous en raconte le quotidien : les soins, la cantine, la kiné, les apprentissages, les copains et les états d’âme. C’est un témoignage, peut-être thérapeutique pour lui, peut-être pour nous. L’histoire de types qui ont vingt ans et se retrouvent tétraplégiques. Cela se lit d’une traite tellement c’est passionnant, touchant, drôle, pathétique, sincère et bien écrit. Scotchant et pourtant tout simple.

Quant au film, je ne sais pas, je ne l’ai pas encore vu. Il doit être plus narratif, et c’est sans doute bien comme ça. Le livre, c’est du souvenir, du ressenti, des images à l’état brut ; la nécessité, l’essentiel, l’importance de dire.

Catégorie : Essais, Histoire… (Témoignage).

Liens : chez Don Quichotte ; au Cercle Points ; le clip du film.

Un carrosse nommé Désir

Frédéric Lenormand, Un carrosse nommé Désir, J.-C. Lattès, 2018

Par Florence Montségur.

Ce nouveau roman tient les promesses de la série des « Voltaire mène l’enquête ». Le héros est toujours aussi égocentrique et vaniteux ; l’on s’amuse d’un tas d’allusions et de bons mots ; l’intrigue s’efface un peu devant l’esprit, mais titille la curiosité du lecteur qui veut savoir la fin.

La maîtresse de Voltaire, la marquise du Châtelet, voudrait faire l’acquisition d’un palais sur l’île Saint-Louis. Voltaire rêve d’y avoir ses appartements. La terrasse du premier étage propose une très belle vue sur le fleuve et il pourrait, chaque matin, ouvrir les yeux sur « les nymphes dans[ant] au plafond peint par Le Brun », ce qui met évidemment « de bonne humeur pour la journée ». Mais voilà que le banquier qui était supposé prêter à la Marquise la somme nécessaire a disparu. Très motivé, Voltaire tente de le retrouver.

Le Paris de l’époque est un décor intéressant et amusant pour cette intrigue sans analyses ADN et sans caméras de surveillance. Ses rues boueuses, son fleuve immonde et ses drôles de pâtisseries participent du plaisir de voir Voltaire virevolter d’un indice à l’autre avec sa perruque en rouleaux et ses grandes idées sur la science et la philosophie.

Si vous préparez le bac de français, attendez un peu avant de lire cet ouvrage car il pourrait vous inciter à l’impertinence à l’examen oral. Si vous êtes un  intellectuel et que vous craignez qu’elle soit trop légère, gardez cette lecture pour les vacances ! Sinon plongez sans attendre dans le mensonge, le déguisement et la mauvaise foi.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; notre article générique sur la série « Voltaire mène l’enquête ».

La série des « Voltaire mène l’enquête »

Frédéric Lenormand

Frédéric Lenormand, « Voltaire mène l’enquête », Jean-Claude Lattès (aussi aux éditions du Masque et en Livre de Poche)

Par Florence Montségur.

Signalons ces livres amusants et divertissants, vite lus et pas débilitants pour autant. Amoureux du XVIIIe siècle (mais pas que), Frédéric Lenormand est l’auteur, entre autres romans, d’une série nommée « Voltaire mène l’enquête » dans laquelle le personnage principal est l’écrivain français du Siècle des Lumières, le père de Candide que des générations d’élèves ont dû lire pour le collège ou le lycée. Il arrive plein d’aventures à ce personnage haut en couleurs qui, avec sa grande gueule et ses méthodes peu catholiques, doit chaque fois débrouiller des mystères et se sortir de mauvais pas. C’est drôle, ça se déroule toujours dans un décor crédible, d’époque évidemment, avec des personnages inventés pour certains, ayant existé pour d’autres. C’est léger, plein d’esprit et sans prétention !

Voltaire par Quentin Latour, détail du visage (château de Ferney)

La baronne meurt à cinq heures (2011) ; Meurtre dans le boudoir (2012); Le diable s’habille en Voltaire (2013) ; Crimes et condiments (2014) ; Elémentaire, mon cher Voltaire ! (2015) ; Docteur Voltaire et mister Hyde (2016) ; Meurtre à l’anglaise (2016) ; Ne tirez pas sur le philosophe (2017) ; et le dernier opus qui vient de sortir : Un carrosse nommé Désir (2018).

Les jeux de mots et allusions que comportent les titres suffisent à donner une bonne idée du style adopté dans cette série. Mais Lenormand écrit aussi des livres pour la jeunesse et a repris le personnage du Juge Ti, de van Gulik.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : l’auteur chez J.-C. Lattès ; au Livre de Poche ; la critique d’Un carrosse nommé Désir.

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