La griffe du chat

Sophie Chabanel, La griffe du chat, Seuil, 2018 (disponible en Points)

– Par Florence Montségur

Ne vous fiez pas au mauvais titre de ce roman ni à son début, qui voit une femme pleurer la perte de son chat à côté du cadavre… de son mari. On pourrait craindre un ton grand-guignol ou un genre gnangnan, mais Sophie Chabanel entame là un vrai roman policier, sans prétention mais qui n’a rien à envier à certains auteurs à succès. L’intrigue est efficace sans vous mettre dans tous vos états (c’est un policier, pas un thriller) et se poursuit sans faiblir, au contraire, jusqu’à la résolution finale. Un peu d’humour et un féminisme qui n’a pas besoin de se crier sur tous les toits donnent une épaisseur délicate à cette histoire qui se passe dans le Nord. La commissaire Romano, vingt-cinq ans d’expérience, de la personnalité juste ce qu’il faut, humaine, imparfaite, réaliste, est affublée d’un adjoint qui a des valeurs et d’un lieutenant pas très futé, tous deux bien campés. Voilà une équipe qui pourrait durer : on serait bien content de retrouver les personnages comme le style — fluide, facile, agréable — dans une autre aventure.

Pour celles et ceux qui en ont marre que les flics aient nécessairement des c…

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : au Seuil, en Points.

Tout meurt en une seconde

Clair Gauffenic, Tout meurt en une seconde, short-edition, 2021

— Une brève de Florence Montségur

Je prends de temps en temps quelques minutes pour me rendre sur short-edition.com. Et c’est avec grand plaisir que j’ai découvert le Grand prix du court de ce printemps 2021. Une très bonne nouvelle qui se lit en trois minutes.

J’ai aussi bien aimé Incendie, de Thomas Potier — un clin d’oeil à ceux et celles qui aiment les livres.

L’avantage des sites éditeurs de nouvelles : le plaisir est régulièrement renouvelé !

Catégorie : Nouvelles.

Liens : short-edition ; sans oublier le site de nouvelle-donne, dont Brigitte est directrice de publication et qui recèle aussi de bons textes pour les amateurs de court.

L’offrande grecque

Philip Kerr, L’offrande grecque, Seuil, 2019 (disponible aux éd° Points)

— Par Florence Montségur

À la fin des années 1950, l’Allemagne est encore toute chamboulée : reconstruction et reprise économique, mais remise en liberté d’anciens nazis, suspicion généralisée, et malaise de ceux qui, comme l’ex-commissaire berlinois Bernie Günther, n’ont jamais été nazis mais ont eu l’air de l’être. Sous un faux nom et affublé d’une barbe de circonstance, le héros de Philip Kerr fait profil bas et tente de s’inventer une vie nouvelle. Mais chassez le naturel et il revient au galop. Bernie Günther se retrouve à enquêter en Grèce pour des Allemands — Grèce où les Allemands ont laissé de très mauvais souvenirs. Le contexte historique, fouillé et réaliste, s’assortit des comportements typiques de l’époque, un monde masculin que rend très bien l’auteur, avec ce Bernie Günther qui boit comme un trou, fume comme un pompier et ne voit pas les femmes comme on aimerait aujourd’hui que les hommes les voient. Si on ajoute à cela les stéréotypes qu’ont sans gêne les peuples les uns au sujet des autres, un lecteur qui ne serait pas prêt à vraiment se plonger dans l’époque pourrait être choqué. Mais le livre vaut la peine. Il est bien fichu, saupoudré d’humour, facile à lire, et il serait difficile de l’abandonner avant la fin. De plus, la personnalité du héros, qui se dessine à la fois très clairement et en laissant des zones d’ombre sur son passé, donne envie de retourner en arrière, aux premiers romans que Philip Kerr a consacrés à Bernie Günther. Mais la lecture de cet opus-ci, qui est le treizième, ne souffre pas que l’on rencontre éventuellement le personnage pour la première fois. Ça met plutôt l’eau à la bouche. C’est d’ailleurs Pierre qui, sur Les yeux dans les livres, a fini par me donner envie d’y goûter (merci !). Vols, fraudes, meurtres, menaces ; caractères de différents types ; imprévus et rebondissements, tous les ingrédients s’y trouvent, dans un cadre documenté et avec assez d’humour, dans le genre cynique, pour qu’on passe un très bon moment.

Catégorie : Policiers et thrillers (Grande-Bretagne). Traduction : Jean Esch.

Liens : au Seuil ; aux éd° Points. ; le site officiel de l’auteur.

Noël 2020 – Et si on se laissait un peu aller ?

Mathias Malzieu, Le plus petit baiser jamais recensé, Flammarion, 2013 (disponible en J’ai Lu)

— Par Florence Montségur

Vous ne pourrez pas fêter Noël comme vous le voudriez, c’est le début de l’hiver, vous ressentez cette lassitude qui vous ferait vous pelotonner sous un plaid, et vous résistez bravement à l’envie de regarder sur une chaîne grand public un de ces films de saison où des adultes croient que le Père Noël existe et s’embrassent à la fin ? Lisez Le plus petit baiser jamais recensé. Vous y trouverez le même réconfort – tout en ayant l’alibi d’étudier l’influence de Lewis Carroll sur Mathias Malzieu. Ce texte, poétique et d’une fluidité exceptionnelle, avancera tout seul entre vos mains.

Un vieux détective aux cheveux et à la barbe de nuages, un perroquet magique, un trou d’obus dans le coeur, des billets doux adorables et un peu sexuels, voilà les ingrédients de ce conte dans lequel un « inventeur-dépressif » a embrassé une fille et – pouf­ ! – elle est devenue invisible !

Catégorie : Extras (saisons).

Liens : chez l’éditeur.

Noël 2020 – Quels livres offrir ? Quelques conseils pour ne pas vous tromper

— Par Florence Montségur

Offrir un livre, oui, mais attention ! Par les temps qui courent, mieux vaut marcher sur des oeufs.

D’ailleurs, commençons par les livres de cuisine. Quelle abondance de recettes véganes ou minceur ! Évitez. Quand on est confiné, on bouge moins, on prend du poids… Ne prenez pas le risque de le/la vexer. Offrez-lui un livre de chef ou de cheffe, comme le tout récent livre d’Hélène Darroze ou celui de Stéphanie Le Quellec.

Attention aussi aux beaux-livres. En particulier ceux dont on lit surtout les images (!) et qui nous vantent la beauté de paradis sur Terre (ou ne serait-ce qu’en France)… paradis qu’on n’aura pas de si tôt la possibilité de visiter. Réservez les beaux-livres aux optimistes ! Par exemple Wildlife Photographer of the Year 2020, belle édition des 100 meilleures photographies de la nature sauvage sélectionnées par le jury du concours du même nom (Londres). Ci-dessus, « L’étreinte », de Sergey Gorshkov (tigresse de Sibérie). Nous, nous n’en sommes pas encore là, mais peut-être que dans quelque temps…

Méfiez-vous également des livres supposés correspondre à ses goûts. Elle aime la danse, oui, mais un livre sur la danse lui rappelle que ses pointes sont au clou parce que l’école est fermée. Ne retournez pas le couteau dans la plaie. Surtout que quand elle fait des entrechats dans l’appartement, les voisins du dessous rouspètent. Proposez aux jeunes ce livre sur Matisse qui les encouragera peut-être à peindre et à faire de savants collages. À partir de 8 ans. Les voisins du dessous devraient vous remercier.

Pour les intellectuels, il y a beaucoup de biographies de qualité qui sont sorties cette année. Attention cependant ! Comme les intellectuels lisent déjà beaucoup et encore plus quand ils sont confinés, assortissez votre cadeau de quelque chose de vivant. Par exemple, déclamez du Baudelaire en offrant l’excellente biographie de Jean Teulé. (Répétez bien avant de vous lancer.)

Enfin, attention aux livres amusants, recueils de blagues, enfileurs de perles et autres bêtisiers. Réservez-les uniquement à ceux qui n’ont pas internet ou boycottent les réseaux sociaux, parce que les autres en ont soupé (le covid, le président des États-soi-disant-unis…). Offrez plutôt un album qui plongera votre lecteur dans un univers délicieusement régressif, amusant et touchant, comme celui du Petit Spirou. Et là, vous pouvez être thématique :

Sinon, s’il ou elle a le coeur bien accroché et des convictions profondes, offrez-lui Impact, d’Olivier Norek.

Les livres dont il est question dans cet article peuvent être commandés chez un libraire.

Les fables de la Fontanel

Sophie Fontanel, Les Fables de la Fontanel, Robert Laffont, 2020

Par Florence Montségur.

 

Mais que sont donc ces fables ? Des moments polissons,

Des récits tout en joie dont la fin a du fond

(Pas des fonds de culotte, dirait la Fontanel,

Mais ce mot, je l’assume, est de moi et pas d’elle),

Des récits qui rimaillent. Mais la science des vers

C’est d’amuser l’oreille, et s’ils ne sont pas clairs,

Si le rythme est bancal, la lecture est troublée.

Or si la Fontanel est habile à croquer

Des problèmes charnels, des désirs maladroits,

Des membres trop petits ou bien pas assez droits,

Des idées toutes faites qui pourrissent la vie,

De grands malentendus et de petits ennuis,

Des passions flétries, des ratés du caleçon,

Ses vers laissent perplexe. Et quant à ses leçons

Certaines sont subtiles mais d’autres sont forcées.

Bref, l’intention de peindre et aussi d’amuser

En fait des fables drôles… et des textes moyens.

(Réservés aux adultes — Tu entends, galopin ?)

Catégorie : Extras.

Liens : chez l’éditeur.

Des histoires pour cent ans

Grégory Nicolas, Des histoires pour cent ans, Rue des Promenades, 2018 (existe en Pocket)

Par Florence Montségur.

C’est la Bretagne, patrie de l’auteur, qui sert de décor à ce court roman. Et, de fait, cela sent le récit de famille, de ces récits qui évoquent la guerre avec simplicité, dans ce que la lâcheté et l’héroïsme peuvent y avoir eu d’un peu banal. La narration est factuelle, simple, directe, elle dit les événements et les ressentis sans fioritures inutiles. On est dans le vrai. La première partie de l’ouvrage, qui se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale, est ainsi très réussie. Et l’amitié y tient bonne place, ce qui procure au lecteur un optimisme bien agréable.

La suite développe l’idée que les générations qui se suivent sont liées de façon très intime. Les histoires de famille se transmettent, les secrets se dévoilent ou se perdent définitivement dans le silence, mais les petits-enfants héritent des valeurs de leurs aînés, parfois de leurs goûts et, en raison des récits qu’on leur en a fait, la peur de la guerre les étreint. Après un passage bien construit mais moins intéressant, l’auteur fait vivre à ses personnages un événement qui crée un lien de continuité entre les générations. C’est une bonne idée, quoi qu’on puisse penser du choix qu’il a fait – dont je ne peux rien dire ici.

J’avoue m’être par moments perdue dans les personnages, l’auteur ne donnant pas les noms de famille et présentant de la même façon personnages principaux et secondaires (dans nombre de cas, il ne faut pas essayer de retenir qui est qui, c’est sans intérêt, mais on ne le comprend qu’après en avoir fait l’effort).

La première partie vaut donc vraiment la peine ; moins la seconde, si ce n’est pour l’évocation de ce qu’il peut rester des histoires familiales et des récits de guerre après deux ou trois générations.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Cadavre, vautours et poulet au citron

Un petit extra pour fêter la fin prochaine du confinement (du moins on l’espère) : trois critiques de textes un peu plus anciens que d’habitude, et un coup de gueule.

Guillaume Chérel, Cadavre, vautours et poulet au citron, Michel Lafon, 2018 (disponible en J’ai Lu)

Par Florence Montségur.

Voilà un roman fait par un homme, sur des hommes et pour des hommes – de préférence de plus de soixante ans. C’est un enfant de Frédéric Dard, qui n’égale pas son modèle mais qui peut donner la nostalgie d’une certaine littérature. En tout cas, ça boit énormément, ça se castagne et ça va aux putes. Une certaine vision de la masculinité… Accessoirement, il y a une (assez vague) enquête, qui nous transporte en Mongolie, mais pour nous désigner les Mongols comme des brutes et rien de plus. Dans les moments où le héros se retrouve dans la steppe avec sous les yeux ce paysage magnifique qu’on voit dans les reportages et sur les dépliants touristiques, il passe justement une nuit torride avec une Russe. Et pour comble, à la fin, il se fait justice lui-même. Et pas tendrement.

J’ai donc réussi à terminer ce livre, mais ça me laisse perplexe. Hommes, défendez-vous ! Vous valez mieux que ça !

Pour faire court, il faut lire jusqu’à la page 77, puis reprendre page 153 (si vous voulez passer par la nuit torride) ou directement page 190 (les pages 190-191 résument très bien ce qui précède), puis éviter le dernier chapitre si vous voulez garder quand même un bon souvenir du héros-narrateur – qui essaie d’arrêter de boire, laissons-lui cette qualité.

Ajoutons que quand on lit les remerciements on ne peut qu’être sidéré devant la quantité de fautes d’orthographe qui subsistent après toutes les relectures qui ont eu lieu.

Il faut de la place pour tout le monde… mais comment ne pas pousser un coup de gueule ?

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur et en J’ai Lu (où vous pourrez feuilleter quelques pages).

La petite sonneuse de cloches

Jérôme Attal, La petite sonneuse de cloches, Robert Laffont, 2019

Par Florence Montségur.

Londres, 1793. Un certain François-René loge dans une chambre de bonne. Il a le visage émacié et le ventre creux. Une nuit, entre les fantômes de Westminster, il croise une jeune fille…

Le narrateur de Jérôme Attal cherche à savoir si Chateaubriand a rêvé ou pas un certain baiser d’une petite sonneuse de cloches dont il parle dans ses Mémoires d’Outre-Tombe. Tenté de croire à ce beau début d’histoire, il voudrait savoir qui était la jeune fille, et s’ils sont allés plus loin. C’est une sorte d’hommage qu’il doit rendre à son père, professeur de lettres, mort avec cette interrogation.

On passe de la réalité de l’enquête à la vie – romancée mais documentée – de Chateaubriand, et un instant les histoires se superposent. C’est assez habile. Et comme c’est farceur, spirituel et enjoué, ça m’a plu. Certes, le scénario n’est pas très épais ; l’écriture est un peu fatigante car Attal abuse des comparaisons et métaphores et, en hommage à Marguerite Duras que le père défendait bec et ongles, il joue plus ou moins adroitement avec l’imparfait. Il cède aussi à la mode du personnage-narrateur mais, au total, il nous fait passer un bon moment.

Dans le genre français. Très français ! Et pour amateurs de littérature.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Octobre

Søren Sveistrup, Octobre, Albin Michel, 2019

Par Florence Montségur.

Ça va bientôt être la saison de faire des bonshommes en marrons. Ça pourrait être mignon. Mais une fois qu’on a lu Octobre, l’idée fait froid dans le dos.

Un marginal a avoué avoir enlevé et tué la fille de Rosa Hartung, ministre danoise des affaires sociales ; Rosa et son mari tentent, un an plus tard, de retrouver une vie à peu près normale. Mark Hess, enquêteur à Europol, réputé avoir des ennuis avec sa hiérarchie, débarque à Copenhague avec son petit sac de voyage, trempé jusqu’aux os parce que c’est l’automne et qu’il pleut vraiment beaucoup. Naia Thullin n’aime pas travailler à la crim’, elle voudrait se faire muter au service de lutte contre la cybercriminalité ; mais on a retrouvé le cadavre mutilé d’une femme et il faut bien y aller, y aller avec ce Mark Hess pas très clair et pas très coopératif.

Les personnages secondaires sont un peu stéréotypés : ce sont de mauvais flics permettant le succès d’enquêteurs à la fois plus doués et plus moraux. Mais le roman est inlâchable. Meurtres sanguinaires, inquiétude, rebondissements, ratés et fausses pistes… Un thriller de bon niveau, un auteur à suivre.

Catégorie : Policiers et thrillers (Danemark). Traduction : Caroline Berg.

Liens : chez l’éditeur.

Des larmes sur River Falls

Alexis Aubenque, Des larmes sur River Falls, Bragelonne, 2018

Par Florence Montségur.

Celui-ci est bien la suite de Retour à River Falls, même si nous y entamons une toute nouvelle histoire. La cohérence entre les épisodes est si grande qu’on pourrait se demander si l’auteur n’a pas tout écrit d’un coup ! Sauf qu’il y a six volumes, tout de même, à ce jour.

Dans Des larmes sur River Falls, la résolution du meurtre d’un fermier met à nouveau en concurrence la police et les journalistes. Aubenque s’est amusé à faire de chacun de ses personnages un caractère à double face. Stephen sauve des vies mais n’est pas du tout un héros classique : il fait partie d’un groupe de justiciers ; Hurley mène une double vie ; Logan… Non, je ne vous dirai pas tout.

Le décor reste insignifiant et la psychologie des personnages assez simple. En fait, je me demande pourquoi situer ces intrigues aux États-Unis ! Mais cela se lit facilement, sans se poser de questions, grâce à une langue bien maîtrisée et des stratégies d’écriture sans originalité mais efficaces.

Disons qu’un lecteur habitué à plus substantiel ou plus littéraire se détendra d’un épisode mais s’ennuiera au deuxième, surtout s’il suit directement. Je crains que l’auteur sache décliner à l’infini les mêmes ficelles et, entre les ficelles, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Pour des vacances-détente, donc, sans plus.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Retour à River Falls

Alexis Aubenque, Retour à River Falls, Bragelonne, 2017

Par Florence Montségur.

Stephen Callahan, journaliste ayant roulé sa bosse dans des pays en guerre, revient dans sa ville natale pour vivre un peu plus paisiblement. Mike Logan, lui aussi, revient à River Falls après des années d’absence. Il est élu Shériff et va avoir fort à faire avec le meurtre d’une jeune fille, qui permet de penser qu’un tueur en série rode dans les parages…

Celui-ci est le quatrième d’une série de six polars (dont le dernier vient de paraître) se déroulant tous dans la même petite ville américaine des Rocheuses. L’auteur est français ! raison pour laquelle, sans doute, la couleur locale n’est pas ce qui domine sous sa plume, mais la langue est précise et propre – ce qui n’est déjà pas mal de nos jours – et l’intrigue est bien construite. Très bien même : sans complications inutiles mais d’une grande efficacité. Comme lecture de vacances, c’est tout à fait approprié. J’ai d’ailleurs acheté la suite (Des larmes sur River Falls).

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : La page sur l’auteur chez Calmann-Lévy (pour la « saison 1 ») ; la page sur l’auteur chez Bragelonne (pour la « saison 2 »). Voir aussi la critique de l’opus suivant : Des larmes sur River Falls.

Gwendy et la boîte à boutons

Stephen King et Richard Chizmar, Gwendy et la boîte à boutons, Librairie Générale Française, « Le Livre de Poche », 2018 (Keith Minnion pour les illustrations)

Par Florence Montségur.

Si vous êtes jeune et que vous lisez cet article, n’oubliez pas : on ne parle pas à quelqu’un qu’on ne connaît pas, on ne s’assied pas à côté de lui sur un banc dans un parc, et on n’accepte de lui ni chocolats ni cadeaux, pas même une « boîte à boutons ».

Ni agression ni détournement de mineur, malgré un début qui pourrait le laisser craindre, dans cette nouvelle de 156 pages qui ressemble de près à un conte et qui se lit d’une traite avec plaisir et curiosité. Gwendy, douze ans, est prise entre merveilleux et quotidien ; elle va grandir avec cette boîte à boutons qui, croyez-moi, n’engage pas petitement sa responsabilité.

Lecture légère et agréable émaillée de petits suspenses. Pour adultes et jeunes filles de douze ans et plus.

Catégorie : Nouvelles (U.S.A.). Traduction : Michel Pagel.

Liens : au Livre de Poche.

Noël 2018 – Quel livre offrir? Et si on s’amusait avec un bon polar? (II)

Frédéric Lenormand, Le retour d’Arsène Lupin, Le Masque (JC Lattès), 2018

Par Florence Monségur.

Après avoir fait vivre à Voltaire des aventures amusantes, Frédéric Lenormand s’attaque à Arsène Lupin – à moins que ce ne soit Arsène Lupin qui s’attaque à… car tout est possible avec cet as du déguisement (et Lenormand adore les déguisements), de la pirouette (et Lenormand adore les pirouettes), des rebondissements et du second degré (et Lenormand adore…).

Lecture légère mais cultivée quand même, comme toujours avec Frédéric Lenormand ; légère mais pétillante, comme toujours avec Arsène Lupin.

Pour se changer les idées et se détendre.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur. Et profitons-en pour rappeler que le même auteur a aussi repris les aventures du vénérable Juge Ti et écrit des livres pour les jeunes.

Sans un adieu

Harlan Coben, Sans un adieu, Belfond, 2010 (existe en Pocket)

Par Florence Montségur.

Je rebondis sur les derniers articles de Sylvaine et de Catherine. J’ai lu récemment un H. Coben publié en 2010 mais qui est en fait un roman de jeunesse ressorti des cartons comme Sang famille de M. Bussi.

On ressent déjà très fort, dans Sans un adieu, ce plaisir d’inventer des histoires et d’y empiler quelques couches de complexité, de disséminer les indices et de peser les mots de façon à jouer avec les nerfs du lecteur, avec son coeur. Si vous voulez connaître le fin mot et, dans cette histoire-ci, savoir si l’épilogue sera dramatique ou heureux, il vous faudra supporter les tensions et lire le livre jusqu’au bout. Et tant pis si ce roman comporte des défauts parce que Coben « répugne » à l’idée de tout réécrire. Tant pis pour le romantisme naïf de certains passages, les répétitions ou les explicitations inutiles. Il arrive un grand malheur à Laura : en pleine lune de miel, son adorable mari disparaît. Difficile à accepter. Comme toute la suite. Pour elle comme pour nous.

Il y a, dans Sans un adieu, tout le talent qui se développera plus tard. Certaines des facilités et des recettes aussi : les personnages tellement riches que l’argent n’est jamais un obstacle pour aucune action, le culot et la force de caractère hors pair des héros, les amis indéfectibles à un incroyable degré. Mais, au-delà de cela, Coben vous scotche le livre aux mains et vous laisse sur votre canapé, essouflé, le coeur battant.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Roxane Azimi.

Liens : lisez.com ; la page sur l’auteur aux éd° Pocket. Retrouvez toutes nos critiques d’Harlan Coben dans le classement par auteur. Voir aussi la critique de Sang famille de Michel Bussi.

À vol d’oiseau

Craig Johnson, À vol d’oiseau, Gallmeister, 2016 (aussi en Points)

Par Florence Montségur.

Vous m’avez donné envie d’essayer un Craig Johnson et je suis tombée par hasard sur À vol d’oiseau. Au tout début, je trouvais ça confus. Le narrateur (dont on ignore d’abord qui il est, ce qui est inconfortable) donnait plein de noms de gens et de lieux, et des motifs d’action dont je ne savais pas quoi faire. Mais, assez rapidement, il y a eu cette jeune femme décédée sous les yeux du shérif Walt Longmire (le narrateur), et cette jeune policière cheyenne brutale et maladroite. Le flegme de Longmire et son humour distancié m’ont plu, alors j’ai poursuivi, frappée par l’authenticité du décor et des caractères.

L’action se passe dans une réserve indienne du Montana et tout paraît réaliste. Le pays a l’air très beau. Seul problème, un peu comme celui que Catherine soulevait dans son article sur Chiennes de vies, ça ne donne pas vraiment envie d’aller là-bas. On dirait qu’ils ne pensent que flingues, bières et vieilles voitures. L’intrigue est donc relativement simple, mais ce n’est pas ce qui compte. C’est plutôt qu’on se retrouve dans la peau du shérif Walt Longmire comme devant un bon film où le gentil va réussir à mettre le méchant en prison. Ça, c’est plutôt agréable.

Quant à la traduction, effectivement… Il y a des problèmes de conjugaison, quelques traductions littérales étranges, des mots manifestement mal choisis. Ce n’est pas terrible. Mais il y a aussi des mots de trop et des mots qui manquent, ce qui est plutôt le fait de l’éditeur ; et des problèmes dans certaines descriptions spatiales, ce qui est le fait de l’auteur. C’est la qualité générale que je mettrais en cause, la manière dont le public de ce genre de livre est considéré. Par ailleurs, Pierre a raison : il faut certainement lire les Craig Johnson dans l’ordre de leur parution, parce que les allusions à d’autres affaires sont nombreuses. À la fin, ça donne l’impression de ne pas faire partie du club.

N’empêche : bon auteur, bon divertissement.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Sophie Aslanides.

LiensÀ vol d’oiseau au Cercle Points. L’article sur Dark Horse, du même auteur, et le débat qui suit. La critique de Chiennes de vies.

Le président a disparu

Bill Clinton et James Patterson, Le président a disparu, J.-C. Lattès, 2018

Par Florence Montségur.

Un article de l’Express m’avait donné envie de boycotter les romans de Patterson, mais le partenariat avec Bill Clinton a attiré ma curiosité. Bonne surprise ! Voici un bon thriller politique plein d’action et machiavélique. C’est plein de pièges, d’attaques, de secrets et de calculs.

Le président des Etats-Unis, Jon Duncan, doit faire face à de graves attaques politiques et à une menace terroriste sans précédent. Priorité absolue au terrorisme, bien sûr ! Mais de quoi s’agit-il au juste ? Nous n’apprendrons d’abord que ce que le président peut nous dire sans dévoiler de secret d’Etat ! Car c’est le plus souvent lui qui raconte et il distille les informations au compte-goutte. A chaque étape du récit ce sont de nouveaux rebondissements, et en plus il y a urgence. On peut dire que Duncan passe les trois pires jours de sa vie ! Mais quand on est le président des Etats-Unis d’Amérique et que la Nation est en jeu, on tient bon.

Côté Clinton, ça sent le vécu ; côté Patterson, ça sent le cinéma.

J’aurais trouvé plus fin de supprimer le dernier chapitre avant l’épilogue et quelques petits passages un peu donneurs de leçon à l’américaine, mais comment donner tort à Clinton/Duncan sur ce coup-là ? Je me suis aussi étonnée de plusieurs choix de la part des traducteurs. Mais si vous aimez les thrillers, n’hésitez pas, vous aurez votre dose d’adrénaline !

Catégories : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Dominique Defert, Carole Delporte et Samuel Todd.

Liens : chez Lattès ; l’article de l’Express sur James Patterson.

Patients

Grand Corps Malade, Patients, Don Quichotte éd., 2012 (aussi au Cercle Points)

Par Florence Montségur.

Immersion dans un centre de rééducation, celui qu’a fréquenté Fabien Marsaud, connu aujourd’hui sous le nom de Grand Corps Malade. Il nous en raconte le quotidien : les soins, la cantine, la kiné, les apprentissages, les copains et les états d’âme. C’est un témoignage, peut-être thérapeutique pour lui, peut-être pour nous. L’histoire de types qui ont vingt ans et se retrouvent tétraplégiques. Cela se lit d’une traite tellement c’est passionnant, touchant, drôle, pathétique, sincère et bien écrit. Scotchant et pourtant tout simple.

Quant au film, je ne sais pas, je ne l’ai pas encore vu. Il doit être plus narratif, et c’est sans doute bien comme ça. Le livre, c’est du souvenir, du ressenti, des images à l’état brut ; la nécessité, l’essentiel, l’importance de dire.

Catégorie : Essais, Histoire… (Témoignage).

Liens : chez Don Quichotte ; au Cercle Points ; le clip du film.

Un carrosse nommé Désir

Frédéric Lenormand, Un carrosse nommé Désir, J.-C. Lattès, 2018

Par Florence Montségur.

Ce nouveau roman tient les promesses de la série des « Voltaire mène l’enquête ». Le héros est toujours aussi égocentrique et vaniteux ; l’on s’amuse d’un tas d’allusions et de bons mots ; l’intrigue s’efface un peu devant l’esprit, mais titille la curiosité du lecteur qui veut savoir la fin.

La maîtresse de Voltaire, la marquise du Châtelet, voudrait faire l’acquisition d’un palais sur l’île Saint-Louis. Voltaire rêve d’y avoir ses appartements. La terrasse du premier étage propose une très belle vue sur le fleuve et il pourrait, chaque matin, ouvrir les yeux sur « les nymphes dans[ant] au plafond peint par Le Brun », ce qui met évidemment « de bonne humeur pour la journée ». Mais voilà que le banquier qui était supposé prêter à la Marquise la somme nécessaire a disparu. Très motivé, Voltaire tente de le retrouver.

Le Paris de l’époque est un décor intéressant et amusant pour cette intrigue sans analyses ADN et sans caméras de surveillance. Ses rues boueuses, son fleuve immonde et ses drôles de pâtisseries participent du plaisir de voir Voltaire virevolter d’un indice à l’autre avec sa perruque en rouleaux et ses grandes idées sur la science et la philosophie.

Si vous préparez le bac de français, attendez un peu avant de lire cet ouvrage car il pourrait vous inciter à l’impertinence à l’examen oral. Si vous êtes un  intellectuel et que vous craignez qu’elle soit trop légère, gardez cette lecture pour les vacances ! Sinon plongez sans attendre dans le mensonge, le déguisement et la mauvaise foi.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; notre article générique sur la série « Voltaire mène l’enquête ».

La série des « Voltaire mène l’enquête »

Frédéric Lenormand

Frédéric Lenormand, « Voltaire mène l’enquête », Jean-Claude Lattès (aussi aux éditions du Masque et en Livre de Poche)

Par Florence Montségur.

Signalons ces livres amusants et divertissants, vite lus et pas débilitants pour autant. Amoureux du XVIIIe siècle (mais pas que), Frédéric Lenormand est l’auteur, entre autres romans, d’une série nommée « Voltaire mène l’enquête » dans laquelle le personnage principal est l’écrivain français du Siècle des Lumières, le père de Candide que des générations d’élèves ont dû lire pour le collège ou le lycée. Il arrive plein d’aventures à ce personnage haut en couleurs qui, avec sa grande gueule et ses méthodes peu catholiques, doit chaque fois débrouiller des mystères et se sortir de mauvais pas. C’est drôle, ça se déroule toujours dans un décor crédible, d’époque évidemment, avec des personnages inventés pour certains, ayant existé pour d’autres. C’est léger, plein d’esprit et sans prétention !

Voltaire par Quentin Latour, détail du visage (château de Ferney)

La baronne meurt à cinq heures (2011) ; Meurtre dans le boudoir (2012); Le diable s’habille en Voltaire (2013) ; Crimes et condiments (2014) ; Elémentaire, mon cher Voltaire ! (2015) ; Docteur Voltaire et mister Hyde (2016) ; Meurtre à l’anglaise (2016) ; Ne tirez pas sur le philosophe (2017) ; et le dernier opus qui vient de sortir : Un carrosse nommé Désir (2018).

Les jeux de mots et allusions que comportent les titres suffisent à donner une bonne idée du style adopté dans cette série. Mais Lenormand écrit aussi des livres pour la jeunesse et a repris le personnage du Juge Ti, de van Gulik.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : Frédéric Lenormand chez J.-C. Lattès ; au Livre de Poche. Les critiques d’Un carrosse nommé désir et du  Retour d’Arsène Lupin.

Et si les séries vous attirent, voyez aussi notre article sur les Bernie Gunther de Philippe Kerr ou La série des Poulets grillés de Sophie Hénaff.

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