Chef

Gautier Battistella, Chef, Grasset, 2022

— Par Sylvaine Micheaux

« Si l’on mesure la grandeur d’une civilisation à sa capacité de produire et de chérir des choses a priori inutiles, la France aura été sans nul doute l’une des plus triomphantes et des plus raffinées », ainsi commence le roman de Gautier Battistella, ancien journaliste gastronomique au guide Michelin.

Paul Renoir – chef imaginaire mais condensé de chefs existants – est à la tête d’un restaurant trois fois étoilé et vient d’être nommé meilleur cuisinier du monde. Une équipe de télévision Netflix le suit mais, le dernier jour de tournage, Paul a disparu. Il vient de se suicider avec son fusil de chasse.

On va suivre en parallèle le récit – par Paul lui-même – de l’ascension souvent chaotique de ce grand chef, et l’après-décès pour sa famille et sa brigade au restaurant. On partage la pression toujours plus forte pour atteindre les étoiles, les difficultés financières tant il est difficile d’équilibrer les comptes quand on désire la perfection. Un monde dur, avec des coups bas ; la cruauté de ce milieu ; une bataille entre cuisine traditionnelle et modernité mais des menus extraordinaires qui vous font saliver rien qu’en les lisant.

Il n’y a jamais eu autant d’émissions culinaires à la télévision française. Battistella nous montre l’envers du décor, qu’il connaît bien, la difficulté de ce métier passion, souvent violent, qui laisse peu de place à la famille.

Catégorie : Littérature française.

Lien : chez l’éditeur.

Les Ravissantes

Romain Puértolas, Les Ravissantes, Albin Michel, 2022

— Une brève de Sylvaine Micheaux

1976. À Saint Sauveur, petite ville d’Arizona, le calme est troublé depuis un an par l’installation d’une communauté hippie, dirigée par un gourou se proclamant être la réincarnation de Jésus Christ. Quand trois adolescents disparaissent en une semaine, tous les regards et les accusations se tournent vers ces marginaux, mais la vérité pourrait être toute autre… Entre policier et roman d’atmosphère, bonne intrigue, fin surprenante.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Lien : chez l’éditeur.

Les poupées

Alexis Laipsker, Les Poupées, Michel Lafon, 2022

— Par Sylvaine Micheaux

Six corps trouvés dans une chapelle abandonnée, dans une mise en scène jamais vue. Tueur en série ?

Venturi, commissaire « brut de décoffrage », surnommé Le Cow-boy, l’as de la PJ, mais sous le coup d’une inspection de l’IGPN, est chargé de l’enquête, aidé par une jeune psychologue et criminologue, Olivia , douce mais efficace.

Une enquête à cent à l’heure, des chapitres courts, nous menant sur les traces du tueur à un rythme soutenu, nous conduisent aux limites de la folie de ce tueur méticuleux. Bref, un excellent polar qu’on ne quitte pas, un duo d’enquêteurs original, une intrigue palpitante et angoissante, et une fin inimaginable.

Par un nouvel auteur qui commence à faire son chemin dans la littérature noire française.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Ouvre ton aile au vent

Eloi Audoin-Rouzeau, Ouvre ton aile au vent, Phébus, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Il y avait les romans post-attentats, il y a maintenant les romans post-pandémie.

Paris 2049. Vingt ans auparavant, une pandémie type virus aviaire, qu’on ne nomme que comme « les Événements », a décimé des millions et des millions de personnes. Désormais, les oiseaux sont persona non grata ; interdiction de les élever, de les consommer, et ils ne survivent que dans de petites îles abandonnées par les humains. L’Union européenne n’existe plus ; nous sommes revenus au franc-neuf, gouvernés par un président-dictateur à vie ; la pauvreté et la corruption règnent en maîtres.

Mais tous les ans, le 31 octobre, une espèce de kermesse est organisée : un canard d’élevage est lâché au-dessus de Paris. Celui qui l’attrape à mains nues et en vie aura non seulement le droit de le déguster à la Tour d’Argent en tête à tête avec le Président, mais surtout touchera un énorme chèque le mettant à l’abri pour plusieurs mois. Les jeux du cirque peuvent commencer, l’excitation et la violence sont partout, tous les coups sont permis.

Et si quelques personnes, ayant gardé un soupçon d’humanité, mettaient quelques grains de sable dans l’organisation de cette course-poursuite ?

Les débuts de ce roman sont un peu poussifs, mais très vite on est pris par cette folle histoire, cette fable sur la transformation de notre société, de plus en plus individualiste et violente. Un premier roman original.

Ce roman fait partie de la sélection du prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; les Bibliothèques pour tous.

Soleil amer

Lilia Hassaine, Soleil amer, Gallimard, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

En 1959, en Algérie, Saïd, marié à Naja, père de trois petites filles, est recruté par l’industrie automobile et est envoyé en région parisienne. Sa famille ne le rejoindra qu’en 1964, après la fin de la guerre d’Algérie. Si les débuts sont très durs, beaucoup d’ouvriers étrangers se tournant vers l’alcool pour tenir le choc face au travail à la chaîne déshumanisé et à la solitude, l’ordinaire semble s’améliorer quand on leur octroie un HLM dans une cité flambant neuve. Naja se retrouve de nouveau enceinte mais garder l’enfant serait difficile vu leur pauvreté…

C’est une chronique plus amère que douce qui s’étale des années 60 à la fin des années 80, sur l’insertion difficile des Algériens en France, sur la dégradation rapide des cités, si jolies au départ, et surtout sur la vie de ces petites filles, nées en Algérie mais grandissant en France, leur difficulté à trouver leur place entre modernité et tradition, parfois confrontées au mariage forcé ; de ces enfants, garçons et filles, qui essaient de prendre l’ascenseur social mais sont confrontés à toujours plus d’obstacles.

Un roman qui se lit d’une traite. Petite réserve quand même : autant j’ai trouvé les années 60 passionnantes et bien traitées, autant je regrette que les périodes suivantes aient été plutôt survolées.

Ce livre fait partie de la sélection du Prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; les Bibliothèques pour tous.

Le carnet des rancunes

Jacques Expert, Le carnet des rancunes, Calmann-Levy, 2022

— Une brève de Sylvaine Micheaux

La vengeance est un plat qui se mange froid, très froid. Un comptable insignifiant, souvent harcelé et humilié, décide de se venger pour ses 50 ans – tout est noté dans son carnet, rien n’est oublié.

Intrigue addictive, fin surprenante.

Catégorie : Policiers et thrillers.

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La décision

Karine Tuil, La décision, Gallimard, 2022

— Par Sylvaine Micheaux

Un roman qu’on dévore, sur un sujet plus que délicat, l’héroïne,
Alma Revel, étant juge au pôle antiterroriste à Paris. Elle doit décider de la
remise en liberté ou pas d’Abdeljalil, 23 ans, appréhendé avec femme et bébé à
son retour de Syrie mais clamant n’avoir participé à aucune exaction. Difficile
de se décider (maintien en prison ou libération au bénéfice du doute), surtout
quand on est la maitresse de l’avocat du jeune homme.

Une plongée dans le monde violent et complexe du terrorisme
islamique. Un beau portrait de femme au métier dangereux et épuisant.

Une fin en demi-teinte, à laquelle je ne crois pas vraiment,
mais dont je ne peux parler sans tout dévoiler.

Catégorie : Littérature française.

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La carte postale

Anne Berest, La carte postale, Grasset, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Lélia, la mère d’Anne (l’auteure), reçoit en 2003, parmi des cartes de vœux, une carte postale adressée à sa propre mère décédée, Myriam : d’un côté, l’Opéra Garnier dans les années 50, de l’autre, quatre noms : Ephraïm, Emma, Noémie et Jacques, les grands-parents, l’oncle et la tante de Lélia, tous morts à Auschwitz en 1942. Qui l’a envoyée ? Dans quel but ? Pas vraiment de réponse, surtout que Lélia ne parle que peu de l’histoire familiale.

Mais quelques années plus tard, elle va enfin parler à sa fille, enceinte de son premier enfant, de toutes les recherches effectuées pour retrouver l’histoire de leur famille, les Rabinovitch. Le départ en 1919 de la Russie pour la Lettonie puis, via l’Europe de l’Est, pour la Palestine, et enfin l’arrivée en France, avec à chaque étape le désir de s’installer pour les parents et leurs trois enfants nés au fil des années, Myriam, Noémie et Jacques, de se construire une vie et un avenir, de se fondre dans le pays d’accueil. En 1942, seule Myriam échappera à la solution finale.

Anne va par la suite reprendre les recherches de sa mère pour connaître l’histoire de Myriam, sa grand-mère, après 1942.

C’est une belle épopée familiale, écrite sobrement, sans aucun pathos. La romancière étant aussi scénariste, on accroche très vite aux différents récits. C’est aussi une belle réflexion sur l’identité juive quand, comme l’auteure, on est juive parce que née de mère et grand-mère juives, même si le père et le grand-père ne le sont pas, même si on a été élevée dans la laïcité la plus totale, mais qu’on vous renvoie au visage cette identité sous forme d’insulte dès le plus jeune âge.

Catégorie : Littérature française.

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Les Silences d’Ogliano

Elena Piacentini, Les Silences d’Ogliano, Actes Sud, 2022

— Par Sylvaine Micheaux

J’ai eu ici l’occasion de parler d’Elena Piacentini — Corse installée à Lille — et de ses romans policiers que j’avais lus avec beaucoup de plaisir et d’admiration pour son imagination et sa belle écriture (voir ici). Elle nous offre maintenant son premier roman de littérature blanche.

Ogliano, petit village imaginaire du Sud (Corse, Italie, Sicile ?), est étonnamment préservé de la mafia et du clan Carboni qui règne en maître dans la région. Mais la mort du tyran du village, abject et violent, va faire voler en éclat cette pseudo-quiétude.

Ogliano est un village pauvre, écrasé sous le soleil, dominé par la Villa Rosa, palazzio du baron local, habitée l’été par la seule famille riche qui possède toutes les terres et maintient le village sous sa coupe  car seule apte à donner du travail — ou pas — aux paysans du coin.

Libero, 18 ans, fils de l’institutrice, né de père inconnu, est encore plein de rêves et d’espoir. Il est l’ami de Gianni qui se tourne petit à petit vers les malfrats locaux, et de Raphaelle, fils du baron, obsédé par l’Antigone de Sophocle.

Tout va s’enchaîner, les silences et les secrets vont exploser. 

C’est un livre qu’on ne quitte pas, magnifique dans ses descriptions de la région, profond dans l’analyse de ses personnages, du poids du passé, de la famille, de l’omerta et de la loi du Talion. De la difficulté des cœurs purs d’échapper au destin que la naissance leur impose. Les trois jeunes hommes vont passer en quelques heures de l’adolescence à l’âge adulte.

Un petit coup de cœur pour moi.

Catégorie : Littérature française.

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La belle-mère

Sally Hepworth, La belle-mère, L’Archipel, 2020

— Par Sylvaine Micheaux

Diana, avocate sexagénaire, s’occupait avec passion d’une association d’aide aux réfugiés à Melbourne. Très empathique avec les jeunes femmes immigrées, elle se comportait très froidement avec ses propres enfants et beaux-enfants.

Diana vient de mourir, et si au départ on pense à un suicide, très vite des doutes apparaissent, la police parle de meurtre et les yeux se tournent vers la belle-fille, Lucy, dont les rapports avec Diana n’étaient pas simples.

Au fil des chapitres s’intercalent les récits par Diana de sa vie passée et présente, son histoire de l’adolescence à sa mort, et, par Lucy, le récit, jusqu’à nos jours, de sa relation avec sa belle-mère, dont elle aurait aimé – ayant perdu sa maman très jeune – faire une mère de substitution.

Plus qu’un suspense policier, c’est un roman psychologique sur les rapports entre parents, enfants et beaux-enfants : comment les éduquer pour leur apporter une certaine solidité, et jusqu’où les aider quand ils ont atteint l’âge adulte. 

Ce roman se lit quasiment d’une traite ; les moments présents et passés se mélangent en permanence mais sont clairement identifiés, ce qui rend la lecture aisée.

Sally Hepworth est une romancière australienne de la veine de Liane Moriarty – Le secret du mari, Petits secrets, grands mensonges.

Catégorie : Policiers et thrillers.

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L’enfant parfaite

Vanessa Bamberger, L’enfant parfaite, Liana Levi, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Roman à deux voix, sur deux années, totalement ancré dans le monde du 21ème siècle.

2017. Roxane vient d’entrer en Première S d’un lycée très élitiste, à une heure en métro de chez elle. C’est une jeune fille brillante, calme en apparence, très exigeante envers elle-même, qui n’a toujours eu que d’excellents résultats scolaires. Elle se verrait bien en architecte mais, pour ses parents divorcés, une seule voie de la réussite est possible : une prépa maths de haut niveau. Sa mère est une altiste, qui s’imaginait grande concertiste à Pleyel, qui joue dans un quatuor se produisant dans de petites salles de Province, et son père est un ingénieur centralien qui ne supporte ni la paresse, ni l’échec. Mais le début d’année scolaire ne se passe pas au mieux pour Roxane, les notes baissent malgré un travail acharné, la pression scolaire est trop intense, et le quotidien difficile, entre le petit copain qui s’est formé à la sexualité grâce aux films pornos, les copines pas toujours présentes et une énorme éruption d’acné qui la défigure alors que son père est bien trop soucieux du physique de sa fille.

2019. François, cardiologue en ville, marié, un fils, va devoir affronter le conseil de l’Ordre des Médecins, suite à une plainte. Fils d’un grand médecin, il se rêvait pianiste et créant un groupe électro avec un ami. Il sera médecin comme l’exigeait son père, son seul acte de rébellion ayant été de ne pas faire une grande carrière hospitalière mais de s’installer en ville. Son fils Romain, qui est censé s’inscrire dans la lignée familiale, est un élève très moyen dans les matières scientifiques, au grand dam de son père.

Les deux vies sont ainsi plantées, dans ce roman intense, percutant, rythmé par le langage très actuel de Roxane et par la musique — le rap écouté par Roxane, la musique classique de sa mère, le classique, le rock et l’électro de François. La pression de la société, des parents, pour la réussite et la beauté à tout prix ; l’angoisse de tous, adultes et enfants.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le Pavillon des combattantes

Emma Donoghue, Le Pavillon des combattantes, Presses de la cité, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Sous ce titre français peu attirant se cache un roman prenant, poignant, parfaitement documenté.

Halloween 1918, Dublin. La première guerre mondiale se termine, même si le commun des mortels n’est pas encore au courant. Mais un combat, qui s’avérera beaucoup plus meurtrier, se joue : la pandémie de grippe noire que nous appellerons grippe espagnole.

Julia, 30 ans, infirmière sage-femme, vit avec son frère rentré mutique de la guerre, victime de ce qu’on ne nomme pas encore stress post traumatique. Elle devient pour trois jours la responsable — car seule soignante encore présente — d’un service annexe de la maternité de l’hôpital de Dublin, où l’on accueille les femmes prêtes à accoucher mais porteuses de la grippe. Le challenge est d’essayer de sauver les mères malades et leur bébé. On va lui adjoindre Birdie, une jeune orpheline hébergée dans une institution proche de l’hôpital, tenue par des sœurs. Birdie n’y connaît rien ni en grossesse, ni en accouchement, mais elle est vive et pragmatique. En cas de gros soucis, elles peuvent faire appel au Dr Lynn, obstétricienne chevronnée (qui a vraiment existé), mais qui est recherchée par la police pour avoir participé à des manifestations du Sinn Fein.

C’est un combat contre la maladie, avec quasiment rien pour soigner, à part l’aspirine (peu recommandée avant un accouchement), les cataplasmes et le whisky — Irlande oblige. Les femmes sont usées par la maladie, la guerre, la malnutrition et les grossesses à répétition : des accouchements violents avec un manque de moyens patent. Dans ce chaos, l’amitié naît entre Julia et Birdie, qui va finir par confier ses conditions ignobles de vie.

Certaines pages sont particulièrement dures à lire, car l’autrice ne nous cache rien des souffrances de la maladie et des techniques d’accouchement de l’époque. Mais ce roman est aussi un condensé de la société irlandaise : la toute-puissance de l’église et du mari, la pauvreté qui gangrène le pays. Un beau portrait de femme, un bel hommage aux soignantes — qui a été écrit avant le début de la pandémie actuelle.

Catégorie : Littérature anglophone (Irlande-Canada). Traduction : Valérie Bourgeois.

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Le Train des enfants

Viola Ardone, Le Train des enfants, Albin Michel, 2021

– Par Sylvaine Micheaux

Automne 1946, Naples. L’Italie a perdu la guerre, et la région de Naples est plus pauvre que jamais. Les familles miséreuses ont faim et les représentants de la section communiste locale mettent en place un train qui va emmener des jeunes enfants faméliques du Sud passer 6 mois dans des familles d’accueil de la section communiste du Nord (région de Bologne-Modène). Le but est de les éloigner quelques mois de la misère, après des années de guerre, de peur et de faim, de bien les nourrir pour leur « refaire une santé », et de les gâter un peu.

Amerigo est un de ces enfants, 7 ans, presque 8, élevé par sa seule mère, son père étant parti faire fortune aux USA et ayant oublié de revenir. Il est un petit chiffonnier des rues, ne va plus à l’école car il n’aime ni lire ni écrire, même s’il adore le calcul et la musique, et sa maman a trop besoin de son aide.

Il part avec des centaines d’autres, qui meurent tous de peur car, croient-ils, on ne les emmène pas dans le Nord du pays, mais vers la Russie communiste, chez des Russes qui vont ou les manger tout crus ou leur couper les mains ou les cuire au four. Mais après tant d’angoisse, ils arrivent bien tous à Bologne, et Amerigo se retrouve chez une jeune femme seule et sans enfants. Il va enfin retourner à l’école, manger à sa faim et se retrouver dans un petit cocon protecteur. Mais comme prévu, six mois plus tard, malgré la joie de revoir les siens, c’est le retour à la pauvreté, l’arrêt de l’école et de la musique. Comment Amerigo et tous ces enfants à qui on a fait toucher du bout des doigts une autre vie, plus facile, vont-ils le supporter ? Comment refaire le grand écart dans l’autre sens ?

C’est Amerigo qui raconte son histoire, avec des mots vifs d’enfant des rues plein d’humour — et de tristesse parfois –, avec la gouaille d’un petit poulbot napolitain. On se laisse embarquer par cette histoire basée sur des faits réels, ce train ayant vraiment existé. Un vrai plaisir de lecture.

Catégorie : Littérature italienne. Traduction : Laura Brignon.

Liens : chez l’éditeur.

Vent d’Est, vent d’Ouest

Noël 2021
Offrir, lire ou relire de grands classiques

Pearl Buck, Vent d’Est, vent d’Ouest, John Day Cy, 1930, Stock, 1932

— Par Sylvaine Micheaux

Quand Catherine a parlé de commenter un livre ancien pour Noël, j’ai très vite pensé à Vent d’Est, vent d’Ouest de Pearl Buck, qui a beaucoup marqué l’adolescente occidentale que j’étais. J’ai aussi choisi ce livre par rapport à ce que la Chine est devenue en quelques décennies et au grand écart entre les deux époques, celle du livre et celle d’aujourd’hui.

Kwei-Lan, jeune fille de la haute société chinoise du début des années 1920, n’a été élevée et éduquée que dans un but : se marier, donner un fils à son mari – seigneur et maître – et enchanter ses sens : la vue par un maquillage parfait, de ravissantes robes en soie brodée et des pieds petits au possible ; l’ouïe en le charmant par la musique, le chant et la poésie, et le goût avec des plats raffinés.

Mais son jeune époux, médecin, a fait douze ans d’études en occident et s’il a accepté ce mariage arrangé, il désire une épouse plus moderne et semble fermé à tout ce que la jeune femme lui offre. Il désire qu’elle se débande les pieds… Elle finira par accepter au prix de mille souffrances.

Tout commence à aller mieux, mais le scandale éclate car le frère de Kwei-Lan ose rentrer des USA avec une américaine épousée sans l’accord de ses parents.

Pearl Buck nous montre, avec une magnifique écriture, poétique, ciselée et colorée, un monde qui va disparaître : l’Empire du Milieu est déjà une république, même si rien n’a encore changé…

Catégorie : Littérature étrangère (États-Unis). Traduction : Germaine Delamain.

Liens : Pearl Buck a écrit plusieurs romans sur la Chine, qui sont disponibles au Livre de Poche : Vent d’Est, vent d’Ouest (préface de Marc Chadourne), les autres.

Les Fleurs de l’ombre

Tatiana de Rosnay, Les Fleurs de l’ombre, Robert Laffont/Héloïse d’Ormesson, 2020

Par Brigitte Niquet et Sylvaine Micheaux.

Tatiana de Rosnay a toujours été obsédée par les maisons anciennes, la mémoire des lieux et des âmes qui y ont vécu. Ici, sur ses thèmes favoris, elle nous propulse en 2035 dans un Paris ultra moderne, en partie détruit par des attentats perpétrés lors des JO de 2024, un Paris sans fleurs ni arbres sauf artificiels, sans abeilles ni oiseaux, un Paris ayant perdu la bataille du dérèglement climatique. Clarissa, septuagénaire, géomètre devenue romancière à succès sur le tard, fascinée par Virginia Woolf et Romain Gary et adorant les bâtisses anciennes, quitte son mari après une énième tromperie, cette fois-ci impardonnable. Désemparée, ne sachant où se réfugier ni que faire d’elle-même, elle se laisse séduire par la proposition de la société CASA d’intégrer une « résidence d’artistes » dans un immeuble très moderne, hyperconnecté et sans mémoire. Cet immeuble est entièrement domotisé, et Clarissa bénéficie d’une assistante virtuelle – qu’elle baptise Mrs Dalloway en hommage à Virginia Woolf – et de robots gardiens, chargés officiellement de la protéger de toute intrusion et de répondre à ses moindres désirs. D’abord enchantée, Clarissa ne va pas tarder à se sentir, en fait, de plus en plus surveillée, elle commence à se méfier de tout et de tous et se laisse gagner par l’angoisse, à moins que ce ne soit tout simplement l’effet de la solitude et de la paranoïa qu’elle engendre… La résidence idyllique va-t-elle être le théâtre d’un drame ou n’est-ce que le fantasme d’une femme seule, vieillissante et isolée ?

Le roman est construit tel un thriller, et l’écriture fluide de l’auteur nous incite à en tourner les pages, Clarissa étant une sorte d’alter ego de Tatiana de Rosnay dont on a envie de connaître le destin. Malheureusement, le récit part un peu dans tous les sens, l’histoire de l’adultère du mari est assez ridicule et la fin est bâclée mais, comme le dit Clarissa, elle écrit « pour inciter à réfléchir, et non pour donner des réponses ». Par ailleurs, le livre donne envie de se replonger dans les écrits de Virginia Woolf et de Romain Gary, abondamment cités.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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