Le matin est un tigre

Constance Joly, Le matin est un tigre, Flammarion, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Alma, la quarantaine, bouquiniste, est mariée à Jean, acteur. Ils ont une fille de 14 ans, Billie, qui ne va pas bien ; elle souffre d’un mal étrange, que les médecins peinent à diagnostiquer, et dépérit de plus en plus. Alma, si proche de sa fille, se sent responsable de ce mal, qu’elle imagine tel un gros chardon qui étouffe la poitrine de Billie.

Et Alma porte des valises de plus en plus lourdes au fur et à mesure de la maladie de Billie – Alma qui n’a jamais vraiment réussi à affronter les problèmes et qui, depuis toujours, se réfugie un peu trop dans ses rêves pour ne pas affronter les difficultés de la vie.

Un joli premier roman, sortant des sentiers battus, empreint de poésie et de botanique, un peu surréaliste, qui parle de Breton, Queneau et Vian. Une écriture fine, imagée, et la très belle histoire d’un trop plein d’amour maternel et filial.

Ce livre fait partie de la sélection 2019 du prix Lire Elire des Bibliothèques pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La sirène et le scaphandrier

Samuelle Barbier, La sirène et le scaphandrier, éd. Hugo Cie, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

La couverture bleue l’annonce dès le départ, c’est un roman d’été, à lire tranquillou au bord de la piscine, un verre glacé à la main. Certes, dès le début, on se doute un peu de la fin, mais je suis une bibliothécaire bénévole qui pense que quasi tout livre mérite d’être lu pourvu qu’il apporte du plaisir au lecteur.

Zach, texan, la trentaine, vient d’être emprisonné à New York : il en a pris pour six ans. Bien décidé à ne pas faire un jour de plus, il suit les conseils d’un animateur et décide, pour s’occuper et rester zen, de correspondre avec une jeune femme.

Hannah, la trentaine aussi, est londonienne et tout aussi prisonnière que Zach car elle souffre depuis deux ans d’une profonde agoraphobie qui l’empêche de quitter son domicile. C’est son psy qui lui a conseillé cette correspondance.

De lettre en lettre, car ce roman est épistolaire (et ça j’aime car je trouve que ce type de roman est rare), Zach va apprendre à supporter son long enfermement et Hannah à quitter la prison qu’elle s’est elle-même construite.

Un roman à deux voix, qu’on ne quitte pas. L’histoire de deux êtres qui se sauvent mutuellement. Pas le roman de l’année, mais un bon petit plaisir de lecture, car l’écriture est belle.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Ce livre a reçu le Prix Télé-Loisirs du roman de l’été.

Les mains de Louis Braille

Hélène Jousse, Les mains de Louis Braille, J.-C. Lattès, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Plus qu’une biographie, ces Mains de Louis Braille est un roman, un bon premier roman touchant qui se lit avec plaisir et aisément.

Constance, scénariste, a perdu il y a peu son époux, malade et qui était devenu aveugle en fin de vie. Ensemble, ils avaient commencé à étudier le braille. Un ami réalisateur, Thomas, voyant combien elle peine à se remettre du décès, lui propose alors d’écrire le scénario d’un biopic sur Louis Braille. Constance va finir par se prendre au jeu, aidée d’un jeune étudiant en histoire car on connaît bien peu de choses de la vie de Louis.

Ce roman va se construire des récits alternés des recherches de Constance, de ses ressentis notés dans un carnet rouge au fur et à mesure de l’écriture, et des pages du scénario biographique qu’elle écrit sur Louis Braille, enfant devenu aveugle par accident à l’âge de trois ans en 1812. Louis est un enfant précoce à haut QI ; suite à sa cécité, il va être protégé par tout le village et poussé par l’instituteur, le maire et le curé pour intégrer l’Institut Royal des Aveugles de Paris, et n’aura qu’une envie : pouvoir enfin lire ! Car « même si on sait tous que la vie n’est pas dans les livres, il y a dans les livres quelque chose qu’on ne trouve pas dans la vie ».

Il y a en fait deux héros dans ce roman : Louis et Constance, aussi attachants l’un que l’autre, deux héros et deux époques. Hélène Jousse met à l’honneur un inventeur magnifique dont on ignore quasi tout, mort de tuberculose à quarante-trois ans mais qui, en si peu de temps, a bouleversé à tout jamais la vie de millions d’aveugles.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le Bourreau de Gaudi

Aro Sáinz de la Maza, Le Bourreau de Gaudi, Actes Sud (Actes noirs), 2014

Par Sylvaine Micheaux.

Un nouvel auteur pour moi, avec un nouveau héros, flic bien sûr, barcelonais jusqu’au bout des ongles, Milo Malart.

On m’a dit :  » Toi qui reviens de Barcelone, il faut que tu lises ce livre.  » J’ai pris le pavé, 663 pages, et je n’ai pas été déçue.

Un homme en flammes est trouvé, accroché au balcon de la Pedrera, casa emblématique de Barcelone réalisée par Gaudi. Cet homme, haut responsable de La Caixa, grande banque espagnole, a été enlevé et torturé.

Milo Malart, policier sous le coup d’une mise à pied sans solde et mal vu par sa hiérarchie, est rappelé d’urgence. Ce policier à l’esprit torturé, comme souvent dans les polars actuels, est malgré tout considéré comme le meilleur enquêteur de Barcelone, personnage solitaire mais arrivant à se mettre dans la peau et la tête des assassins. On lui adjoint une jeune inspectrice, Rebecca, qui doit le surveiller et calmer ses initiatives.

Meurtre isolé ou tueur en série ? Surtout que le président de la fondation Gaudi disparaît également : est-il en fuite, après avoir détourné des millions d’euros des caisses de l’association ou a-t-il également été enlevé par le tueur ?

Nous sommes en 2010, peu de temps avant que Benoit XVI consacre la Sagrada Familia, dont l’intérieur est enfin achevé. Le temps presse, surtout s’il s’agit d’un tueur en série.

Le Bourreau de Gaudi est un excellent policier, haletant, mais roman noir. On visite tout Barcelone, les beaux et les moins beaux quartiers. Les œuvres réalisées par Gaudi sont omniprésentes (d’ailleurs je m’étais fait la réflexion : « Que serait Barcelone sans Gaudi et ce tourisme à tout va ? »). On plonge dans la politique locale, dans le monde des quatre cents familles qui tiennent les finances, les institutions et la politique et dans le monde des personnes expulsées sauvagement, d’abord avant 1992 pour moderniser Barcelone en vue des J.O., et ensuite lors du virage de la ville vers le tourisme de masse.

Peut-être un peu noir pour une lecture d’été.

Catégorie : Policiers et thrillers (Espagne). Traduction : Serge Mestre.

Liens : chez l’éditeur.

Complot

Nicolas Beuglet, Complot, XO éd°, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Alors que Sarah Geringën, ancienne militaire de l’armée norvégienne ayant servi en Afghanistan et devenue inspectrice de police, s’installe tranquillement dans sa nouvelle demeure dans une île en face d’Oslo avec Christopher son mari, ex correspondant de guerre, et le fils adoptif de celui-ci, un hélico des forces spéciales vient la chercher pour une mission top secret : la première ministre norvégienne vient d’être trouvée assassinée, nue et martyrisée, tout au nord du pays. Quel secret cachait-elle pour qu’on la tue de cette manière ?

C’est le début d’un intense thriller qui va nous emmener du grand nord au Liban, dans la cité antique de Byblos, le mystère ayant ses sources 2700 ans auparavant, et même à Rome. Car après la mort de la première ministre, deux autres femmes sont en grand danger. Pourquoi ? Comment  les identifier ? Quel complot essaie de les éliminer ? Sarah, aidée de Christopher, va mener l’enquête, parfois poursuivie, parfois devancée par le meurtrier.

C’est un roman qu’on ne quitte pas, bien écrit, très cinématographique, vraiment documenté et – incroyable mais vrai – très féministe. Nicolas Beuglet, que je ne connaissais pas, est de la veine des Thilliez, Minier et autre Dan Brown (pour la partie complot). Complot est son second roman, après  » Le Cri » dans lequel je vais me plonger très rapidement.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Les Rêveurs

Isabelle Carré, Les Rêveurs, Grasset, 2018 (disponible en Poche)

Par Sylvaine Micheaux.

Au départ, ce livre est classé en tant que roman. Au fil des pages, on découvre que c’est peut-être une autobiographie, un peu romancée, dont la narratrice s’appelle Isabelle.

Années 70 : une très  jeune femme, issue d’une famille aristocratique de province peu aimante, se retrouve exilée, enceinte et abandonnée par le père de l’enfant, dans un studio de banlieue,  tout proche de la maternité où elle est censée accoucher et abandonner son fils. Elle doit mener sa grossesse loin du qu’en dira-t-on.

La rencontre avec un jeune étudiant des beaux-arts va changer la donne : il reconnaît son enfant, l’épouse, devient un styliste reconnu et la famille, qui s’est agrandie d’une fille Isabelle et d’un autre fils, emménage dans un grand appartement à la décoration extravagante, aux murs peints en rouge et décoré de toiles angoissantes peintes par le père. Comment peuvent grandir trois enfants quand ils ne peuvent s’appuyer sur leurs parents ? Avec une mère qui traverse la vie, la « pensée le plus souvent capturée à des années lumières, la démarche fantomatique » ; un père qui, n’assumant pas son homosexualité, rêve également, car le rêve est plus beau que la réalité. Les parents sont déjantés et dépressifs, et les enfants essaient de se construire, en quittant parfois la réalité eux aussi.

L’écriture est telle qu’on imagine l’écrivaine, douce, belle et délicate. Un beau roman qui parle de la part d’ombre qui existe dans chaque famille.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez Grasset, au Livre de Poche.

La nuit se lève

Élisabeth Quin, La nuit se lève, Grasset, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Élisabeth Quin, journaliste sur Arte, spécialiste de cinéma, de formation littéraire, est atteinte d’un glaucome, maladie héréditaire dont a souffert son père. À terme, elle peut perdre la vue, et elle voit son champ de vision se rétrécir petit à petit. Comment peut-on affronter cette nouvelle, envisager son avenir de mal voyante, voire de non-voyante ?

Dans ce petit livre, jamais triste ni misérabiliste, nous la suivons dans sa découverte de la maladie, ses questionnements sur son avenir, sur l’avenir de son couple, le non-tact souvent des grands pontes médicaux qui assènent leurs vérités sans prendre de gants pour les dire. Élisabeth Quin se plonge aussi dans les livres, les films, écrits ou réalisés par des personnes étant devenues mal voyantes ou aveugles, comme pour trouver une raison d’encore y croire, trouver une vie possible – d’autant plus quand on est une journaliste de télévision, que tout le monde regarde, qui ne verra peut-être plus.

C’est un instant de vie, souvent très littéraire (énormément de citations trouvées et aimées au fil de ses lectures), qui part un peu dans tous les sens, au fil de ses réflexions, de ses angoisses, des changements dans la vie de tous les jours, qui parle aussi bien des médecins que du rebouteux un peu chaman, car dans un tel cas, on se raccroche à tout.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

Je te protégerai

Peter May, Je te protégerai, Rouergue Noir, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Niamh et Ruairidh Macfarlane, les propriétaires d’une entreprise de textile renommée fabriquant un tweed exceptionnel, sont à Paris pour un salon de la mode. Niamh, soupçonnant  son mari d’infidélité, suit son époux qui monte en voiture avec sa présumée maitresse, voiture qui explose sous ses yeux. Un temps retenue par la police française, Niahm peut repartir chez elle, sur l’île Lewis, dans les Hébrides, à l’extrême nord-ouest de l’Écosse.

Plongeant dans les souvenirs de Niahm, Peter May nous narre l’histoire des Macfarlane, qui se connaissent depuis leur tendre enfance et que tout veut séparer. Et là, l’écriture de May est magique ; il nous décrit cette île d’Écosse battue par les vents, austère, faite de landes, de tourbières, de falaises argentées, de mer et de vents, la vie rude de ses habitants pauvres qui survivent de la pêche et du tissage, qui parfois doivent quitter leur île mais n’ont de cesse d’y retourner. Au trois quarts du livre, on replonge dans l’enquête policière, voire le thriller. On saura qui a tué et pourquoi, mais pas vraiment comment.

En résumé, un roman policier qui démarre sur une bonne idée, qui se perd et se termine par une fin un tantinet bâclée, au centre duquel se trouve une belle histoire romantique et des pages magnifiques sur cette île d’Écosse : on est sur les falaises battues par le vent, dans  une luminosité extraordinaire, au milieu de paysages sauvages et envoûtants.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Trois étages

Eshkol Nevo, Trois étages, Gallimard, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Un immeuble relativement cossu de la banlieue de Tel Aviv, trois étages, trois chapitres, trois quasi nouvelles tant les trois récits sont peu interactifs.

Au premier, un jeune couple avec deux enfants en bas âge. Le père Arnon, ancien militaire, se confie, dans un monologue à un ancien ami, de l’obsession qui l’habite vis à vis de son voisin, un vieux monsieur qui garde souvent leurs enfants.

Au second, un autre couple. L’épouse Hani, bien qu’ayant fait des études supérieures, reste  à la maison pour les enfants et  s’ennuie. Tellement seule, on la surnomme la Veuve, car son époux est tout le temps en voyage d’affaires. Elle se confie par lettre à sa meilleure amie, partie vivre aux USA, de l’arrivée impromptue d’un membre un peu sulfureux de la famille.

Au troisième, Deborah, juge à la retraite, veuve depuis un an, voit sa vie chamboulée et décide de parler à son mari défunt par l’intermédiaire d’un répondeur (où sa voix est enregistrée), par une multitude de courts messages.

Trois monologues, trois confessions. Les récits montent crescendo, laissant à la fin de chacun un certain malaise. L’écriture est fluide, aisée à lire. Nevo dresse un portrait ironique et critique de la société israélienne, toujours hantée par la Shoah et qui se cherche. Les pulsions cachées, la solitude urbaine,  la place et le rôle des femmes qui semblent avoir, jeunes, une certaine liberté, notamment lors de leur long service militaire, mais qui doivent aussi être des « mamas juives » donc parfaites.

Les trois chapitres suivent aussi le schéma freudien du « Ça », du « Moi » et du « Surmoi », mais n’ayant pas fait psychanalyse première langue, je ne l’ai compris qu’au troisième récit.

Premier roman israélien que j’ai l’occasion de lire. Plutôt une réussite.

Catégorie : Littérature étrangère (Israël). Traduction : Jean-Luc Allouche.

Liens : chez l’éditeur.

Noël 2018 – Quel livre offrir? Et si on s’amusait avec un bon polar? (I)

Marie Fitzgerald, De l’infortune d’être un anglais (en France), Fleuve Editions, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Si vous aimez les thrillers intenses, durs et sanglants, qui vous empêchent de dormir la nuit… c’est loupé.

Si vous aimez les polars du Grand Nord, où l’inspecteur dépressif et torturé erre tristement sur la banquise, un verre d’aquavit à la main… c’est raté.

Si vous aimez le Sud, la bonne bouffe et un enquêteur classique fan d’Hercule Poirot, c’est pour vous.

Dans la région de Vaison-la-Romaine, cinq Anglais sont morts en quelques mois, de causes totalement différentes. Mais en ces jours de Brexit, où le moindre frémissement pourrait faire capoter des négociations qui n’avancent pas, un consul anglais outré a contacté les Affaires étrangères, qui ont mandaté le préfet, qui s’en est pris au procureur, qui a appelé le commissaire, qui a sommé l’inspecteur Escariot d’enquêter fissa.

Cinq Anglais morts en quelques mois, vu le nombre installés dans la région est-ce si  anormal ? Dur, dur d’enquêter en zigzagant entre les Rosbifs francophobes qui ne font rien pour s’intégrer et les Grenouilles anglophobes qui veulent venger Napoléon, entre les « amis de l’Empereur » et le « club Wellington ». Surtout que les mêmes mots prononcés par un anglais ou par un français ne veulent absolument pas dire la même chose.

Un vrai policier avec une vraie enquête mais dans l’humour et la dérision, ciblant les travers des uns et des autres, qui m’a souvent fait sourire voire rire et m’a fait penser à Une année en Provence de Peter Mayle (1989).

Bonne lecture et joyeuses fêtes à tous.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : De l’infortune d’être un Anglais (en France) sur lisez.com.

Salina

Laurent Gaudé, Salina, les 3 exils, Actes Sud, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Un cavalier s’approche d’une tribu du désert ; avec lui un bébé qui hurle sans jamais s’arrêter. Il le dépose au milieu du village et l’abandonne au soleil et à la poussière. Mamambala va recueillir cette petite fille, qu’elle nomme Salina pour toutes les larmes dont elle a abreuvé le sol.

A l’autre bout de sa vie, pour qu’elle puisse reposer à jamais en paix, Malaka, son dernier fils, va raconter la vie de Salina, ses rares joies, ses colères, ses fureurs. Dire cette femme forte, sauvage, qui va vivre pour se venger de ne pas avoir eu l’amour espéré.

Nous sommes dans un conte magnifique, cruel, violent, sauvage et dur comme le désert, les pierres, la violence et le sang. C’est un court roman envoûtant, qu’on lit d’une traite mais qu’on relit ensuite tant les mots sont beaux, précis : un vrai bonheur de lecture.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Sang famille

Michel Bussi, Sang famille, Presses de la Cité, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Ce dernier roman de Michel Bussi, sorti aux Presses de la cité, est en fait son tout premier, légèrement remanié par l’auteur. Tous les premiers romans de cet écrivain ressortent petit à petit, maintenant qu’il est connu : bon filon pour l’éditeur…

Colin, bientôt 16 ans, orphelin à l’âge de 6 ans, est élevé par son oncle et sa tante. Au fond de lui, il espère, il sent qu’il ne sait pas tout de son enfance. Et quand l’occasion de partir en camp d’été de voiles à Mornesey, son île normande natale, se présente, il en profite pour essayer de retrouver sa petite enfance et répondre aux questions qu’il se pose.

Plus qu’un thriller, un bon suspense, cette histoire est un roman d’aventures, un « Club des Cinq  » pour adultes et ados. Colin se fait aider par Armand et Madiha, deux jeunes inscrits au camp comme lui. Il y a une évasion de deux détenus dangereux, un homme censé être mort qui réapparait, un jeune garde-champêtre intérimaire, Simon, plein de fougue, qui mène de son côté l’enquête.

Sang famille n’est certes pas le meilleur Bussi, mais un bon roman de détente, plein d’action.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : lisez.com.

Art brut

Elena Piacentini, Art brut, Au delà du raisonnable (rééd° d’un roman paru en 2009 chez Ravet Anceau)

Par Sylvaine Micheaux.

Une statue apparaît un matin sur le parvis du palais des Beaux Arts de Lille. C’est une réplique en 3D, parfaite et superbe, du tableau de Francis Bacon “Le pape qui hurle”. Une réelle œuvre d’art.

A l’intérieur, le corps d’un SDF : choisi au hasard ou victime d’une vengeance programmée ? Crime isolé ou tueur en série ? Le commissaire Pierre Arsène Léoni, corse muté à Lille, enquête dans le milieu de l’art, monde  éloigné de lui.

Elena Piacentini, elle-même corse vivant à Lille, nous offre un bon roman policier, bien écrit, bien mené, bien ficelé. Un chouette polar.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : page sur l’auteure chez Au-delà du raisonnable.

Post-scriptum : Le temps que paraisse cette critique, je viens de lire, de la même auteure, Aux Vents mauvais, paru en 2017 : confirmation d’une écriture très belle, poétique. Un polar très efficace, avec une belle analyse de la psychologie des personnages et une profondeur dans l’histoire. A lire.

La vie parfaite

Silvia Avallone, La vie parfaite, Liana Levi, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Un roman que j’ai vraiment aimé, attachant mais dur.

Nous sommes à Bologne, de nos jours, dans la cité des Lombriconi (des lombrics), deux immenses barres très longues entourées de sept tours. Cette cité, on y nait et on y reste, ou on y arrive suite à des accidents de la vie. Rosaria était douée pour l’école, allait faire des études, mais elle croise un beau gosse, un voyou (la Mafia n’est jamais loin). À 17 ans, elle est enceinte d’Adèle et bientôt de Jessica, et son mari se retrouve en prison. Même si elle doit se tuer au travail, ses filles feront des études et auront une vie parfaite ! Mais l’histoire se répète pour Adèle et ce roman commence quand celle-ci accouche dans des circonstances terribles. Va-t-elle garder cet enfant ?

Dans les beaux quartiers, il y a Dora, la prof de littérature, et Fabio, l’architecte. Tout semble aller bien pour eux mais la vie ne leur a pas fait de cadeaux non plus et leur couple se déchire dans l’impossibilité d’avoir un enfant.

Les deux mondes se croisent mais ne se mélangent jamais. Il y a beaucoup de personnages, de portraits d’ados et d’adultes, sans concession mais attachants. Ils aspirent au bonheur (pour eux ou leur famille) — quand ils n’ont pas déjà abandonné tout espoir.

Un roman réaliste, très humain, où les hommes n’ont pas toujours le beau rôle, où on retrouve les mamas italiennes qui se battent comme elles peuvent pour leurs enfants. Car le thème principal est la maternité, follement désirée ou au contraire subie.

Une belle chronique sociale, sans pathos.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Françoise Brun.

Liens : chez l’éditeur.

La chambre des officiers

Pour la rentrée, et parce qu’il n’y a pas que les nouveautés qui comptent, quatre petits extras : des critiques enthousiastes de livres plus vieux que d’habitude (d’habitude ceux dont nous parlons ont dix ans d’âge maximum)  Dolce agonia, Fatherland, De chair et de sang, La chambre des officiers.

Marc Dugain, La chambre des officiers, J. C Lattès , 1998 (existe en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

En 1998, quand est sorti ce roman, on ne parlait pas encore beaucoup de la première guerre mondiale ; on était encore loin des commémorations du centenaire.

Adrien a peu connu la guerre, il a hélas sauté sur un obus qui lui a arraché une partie du visage dès les premiers jours de mobilisation. Lieutenant, il se retrouve hospitalisé, dans une chambre d’officiers (on ne mélange pas soldats et officiers !) : il fait partie de ceux qu’on a appelés les « gueules cassées ».

Quatre longues années d’hospitalisation avec d’autres estropiés et défigurés pour la vie, qui arrivent au fur et à mesure des combats de la grande boucherie de 14-18.  Dans cette grande salle du Val de Grâce, dépourvue de miroir, entre deux opérations (hélas on ne fait jamais autant de progrès en chirurgie réparatrice ou orthopédique que dans les hôpitaux militaires), avec courage, autodérision et malgré tout appétit de vivre, se nouent des amitiés indéfectibles.

Un excellent premier roman de Marc Dugain, une écriture en finesse non dépourvue d’humour, une histoire poignante s’inspirant de la vie du grand-père de l’auteur. Un hymne à l’amour de la vie.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La femme qui ne vieillissait pas

Grégoire Delacourt, La femme qui ne vieillissait pas, J.C. Lattès, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

En général, j’aime bien Grégoire Delacourt, la variété des thèmes abordés, son écriture, mais j’étais restée totalement fermée à son dernier roman, Danser au bord de l’abîme : j’avais eu l’impression de lire un roman de gare (pardon pour les gares).

J’ai donc mis six mois à m’« attaquer » à La femme qui ne vieillissait pas… et j’ai retrouvé le Delacourt que j’aime, une écriture vive, précise, imaginative, qui arrive d’une manière incroyable à se mettre dans la tête d’une femme.

Betty est née dans les années 50, d’un père rentré amputé de la guerre d’Algérie, et d’une mère, vraie beauté libre, tuée accidentellement dans la trentaine. Et Betty, dans ce roman teinté de fantastique, à partir de l’âge de trente ans reste jeune et belle : son corps intérieur continue de vieillir, mais son aspect extérieur reste intact, elle a pour toujours trente ans.

Ce conte aborde notre société actuelle, la valorisation extrême de la jeunesse, la quête de la beauté éternelle. Et si Betty a ce que tant de femmes (et d’hommes) aimeraient avoir, la jeunesse visible éternelle, cela assure-t-il son bonheur ?

Un bon roman dans l’air du temps, qui se lit d’une traite et qui pose les bonnes questions sur le vieillissement, la recherche de la beauté à tout prix.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Emma dans la nuit

Wendy Walker, Emma dans la Nuit, Sonatine, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Le même  soir, les deux sœurs Tanner, Emma 17 ans et Cass 14 ans, disparaissent, bien que n’étant pas ensemble, l’une à la maison et l’autre à la plage. Enlèvement, fugue, meurtre, drame familial ? Les enquêteurs du FBI font chou blanc.

Trois ans plus tard, Cass sonne à la porte de chez elle, ne demandant qu’une chose : qu’on aille chercher Emma . Pourquoi  est-elle rentrée seule ? Où était-elle ces trois dernières années ? Coupable ? Mythomane ? Victime ?

C’est un récit incroyable à deux voix : Cass qui, petit à petit, se souvient, ou pas, de ces trois années, et Abigail, la psychologue du FBI qui est hantée par cette enquête qu’elle n’a pas su résoudre.

Un roman policier qu’on ne lâche pas. Passionnant .

Catégorie : Policiers et thrillers. Traduction : Karine Lalechère.

Liens : chez l’éditeur. Du même auteur, voir aussi la critique de Tout n’est pas perdu (par François Lechat).

Une femme à la fenêtre

A.J. FINN, Une femme à la fenêtre, Presses de la cité, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Depuis le départ de son mari et de leur fille, Anna vit  recluse dans sa grande maison de Harlem dont elle ne peut sortir, souffrant d’une profonde agoraphobie. Très peu de visites, sa kiné et parfois le jeune homme qui lui loue son sous-sol. Anna, pédopsychiatre, noie ses angoisses et sa solitude dans le Merlot et les psychotropes, passe son temps en visionnant des vieux classiques du cinéma, en conseillant sur internet des personnes subissant la même pathologie qu’elle, et en s’adonnant à sa passion, la photo : derrière sa fenêtre, elle observe et photographie les voisins, leurs maisons, tout ce qui se passe dans sa rue.

Un soir, elle est témoin, chez ses nouveaux voisins, un couple avec un adorable ado, du meurtre de l’épouse ; mais est-ce réel ? a-t-elle rêvé, abusée par l’alcool et les médicaments ?

C’est un excellent thriller, en huis clos puisque, comme Anna, on ne sort pas de la maison. Un roman riche en suspense, en angoisse et en rebondissements, d’une écriture très cinématographique. Très bon polar pour cet été, ou avant.

Catégorie : Policiers et thrillers (USA). Traduction : Isabelle Maillet.

Liens : chez l’éditeur.

Mille soleils

Nicolas Delesalle, Mille soleils, Ed. Préludes, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Ils sont quatre en Argentine : trois scientifiques, Wolfgang, Vadim et Alexandre, spécialistes de l’atome et des étoiles, et un journaliste, Simon, chargé d’un reportage sur eux.

Ils sont dans un 4×4, de retour vers l’aéroport de Mendoza après 5 jours passés ensemble dans la pampa désertique. Ils croisent sans y prêter attention Mathilda, une cinquantenaire qui descend, seule, en vélo de l’Alaska vers la Terre de Feu.

Vadim conduit vite, très vite, trop vite et c’est l’accident loin de tout, sur la piste au milieu de nulle part. En attendant d’hypothétiques secours, nous plongeons dans l’histoire de ces cinq personnages, dans leur vie passée, leurs pensées, leurs envies, leurs angoisses.

Cinq beaux portraits, une belle écriture mais, personnellement, mon avis est mitigé ; j’ai trouvé l’auteur bavard, trop bavard ; beaucoup de phrases courtes, de mots juxtaposés. Malgré tout, une belle plongée dans l’âme humaine.

Ce livre fait également partie de la sélection du Prix Lire Elire de la Bibliothèque Pour tous de la région Nord Flandres [comme Denali].

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La chorale des dames de Chilbury

Jennifer Ryan, La chorale des dames de Chilbury, Albin Michel, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Ce roman épistolaire se passe à la fin de la drôle de guerre et au début de la bataille d’Angleterre (1940). Le petit village de Chilbury dans le Kent est confronté au départ de ses hommes à la guerre sur le Continent et aux premiers fils morts de la blitzkrieg.

La chorale de l’église n’a plus d’hommes et doit fermer, mais arrive une professeure de musique, Miss Trent, qui décide de créer une chorale entièrement féminine. Shocking pour certains. À travers les lettres envoyées par certains membres de cette chorale ou leurs journaux intimes, on découvre comment le village s’installe dans la guerre,  la prise de pouvoir de certaines femmes qui ont des envies d’émancipation, la dureté des premiers bombardements, etc.

C’est un petit roman qu’on prend plaisir à lire, de la veine du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, tour à tour plein de d’humour ou de gravité. Un bon roman de vacances, très anglais, sans plus.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Françoise du Sorbier.

Liens : chez l’éditeur ; critique du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.

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