Art brut

Elena Piacentini, Art brut, Au delà du raisonnable (rééd° d’un roman paru en 2009 chez Ravet Anceau)

Par Sylvaine Micheaux.

Une statue apparaît un matin sur le parvis du palais des Beaux Arts de Lille. C’est une réplique en 3D, parfaite et superbe, du tableau de Francis Bacon “Le pape qui hurle”. Une réelle œuvre d’art.

A l’intérieur, le corps d’un SDF : choisi au hasard ou victime d’une vengeance programmée ? Crime isolé ou tueur en série ? Le commissaire Pierre Arsène Léoni, corse muté à Lille, enquête dans le milieu de l’art, monde  éloigné de lui.

Elena Piacentini, elle-même corse vivant à Lille, nous offre un bon roman policier, bien écrit, bien mené, bien ficelé. Un chouette polar.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : page sur l’auteure chez Au-delà du raisonnable.

Post-scriptum : Le temps que paraisse cette critique, je viens de lire, de la même auteure, Aux Vents mauvais, paru en 2017 : confirmation d’une écriture très belle, poétique. Un polar très efficace, avec une belle analyse de la psychologie des personnages et une profondeur dans l’histoire. A lire.

La vie parfaite

Silvia Avallone, La vie parfaite, Liana Levi, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Un roman que j’ai vraiment aimé, attachant mais dur.

Nous sommes à Bologne, de nos jours, dans la cité des Lombriconi (des lombrics), deux immenses barres très longues entourées de sept tours. Cette cité, on y nait et on y reste, ou on y arrive suite à des accidents de la vie. Rosaria était douée pour l’école, allait faire des études, mais elle croise un beau gosse, un voyou (la Mafia n’est jamais loin). À 17 ans, elle est enceinte d’Adèle et bientôt de Jessica, et son mari se retrouve en prison. Même si elle doit se tuer au travail, ses filles feront des études et auront une vie parfaite ! Mais l’histoire se répète pour Adèle et ce roman commence quand celle-ci accouche dans des circonstances terribles. Va-t-elle garder cet enfant ?

Dans les beaux quartiers, il y a Dora, la prof de littérature, et Fabio, l’architecte. Tout semble aller bien pour eux mais la vie ne leur a pas fait de cadeaux non plus et leur couple se déchire dans l’impossibilité d’avoir un enfant.

Les deux mondes se croisent mais ne se mélangent jamais. Il y a beaucoup de personnages, de portraits d’ados et d’adultes, sans concession mais attachants. Ils aspirent au bonheur (pour eux ou leur famille) — quand ils n’ont pas déjà abandonné tout espoir.

Un roman réaliste, très humain, où les hommes n’ont pas toujours le beau rôle, où on retrouve les mamas italiennes qui se battent comme elles peuvent pour leurs enfants. Car le thème principal est la maternité, follement désirée ou au contraire subie.

Une belle chronique sociale, sans pathos.

Catégorie : Littérature étrangère (Italie). Traduction : Françoise Brun.

Liens : chez l’éditeur.

La chambre des officiers

Pour la rentrée, et parce qu’il n’y a pas que les nouveautés qui comptent, quatre petits extras : des critiques enthousiastes de livres plus vieux que d’habitude (d’habitude ceux dont nous parlons ont dix ans d’âge maximum)  Dolce agonia, Fatherland, De chair et de sang, La chambre des officiers.

Marc Dugain, La chambre des officiers, J. C Lattès , 1998 (existe en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

En 1998, quand est sorti ce roman, on ne parlait pas encore beaucoup de la première guerre mondiale ; on était encore loin des commémorations du centenaire.

Adrien a peu connu la guerre, il a hélas sauté sur un obus qui lui a arraché une partie du visage dès les premiers jours de mobilisation. Lieutenant, il se retrouve hospitalisé, dans une chambre d’officiers (on ne mélange pas soldats et officiers !) : il fait partie de ceux qu’on a appelés les « gueules cassées ».

Quatre longues années d’hospitalisation avec d’autres estropiés et défigurés pour la vie, qui arrivent au fur et à mesure des combats de la grande boucherie de 14-18.  Dans cette grande salle du Val de Grâce, dépourvue de miroir, entre deux opérations (hélas on ne fait jamais autant de progrès en chirurgie réparatrice ou orthopédique que dans les hôpitaux militaires), avec courage, autodérision et malgré tout appétit de vivre, se nouent des amitiés indéfectibles.

Un excellent premier roman de Marc Dugain, une écriture en finesse non dépourvue d’humour, une histoire poignante s’inspirant de la vie du grand-père de l’auteur. Un hymne à l’amour de la vie.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La femme qui ne vieillissait pas

Grégoire Delacourt, La femme qui ne vieillissait pas, J.C. Lattès, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

En général, j’aime bien Grégoire Delacourt, la variété des thèmes abordés, son écriture, mais j’étais restée totalement fermée à son dernier roman, Danser au bord de l’abîme : j’avais eu l’impression de lire un roman de gare (pardon pour les gares).

J’ai donc mis six mois à m’« attaquer » à La femme qui ne vieillissait pas… et j’ai retrouvé le Delacourt que j’aime, une écriture vive, précise, imaginative, qui arrive d’une manière incroyable à se mettre dans la tête d’une femme.

Betty est née dans les années 50, d’un père rentré amputé de la guerre d’Algérie, et d’une mère, vraie beauté libre, tuée accidentellement dans la trentaine. Et Betty, dans ce roman teinté de fantastique, à partir de l’âge de trente ans reste jeune et belle : son corps intérieur continue de vieillir, mais son aspect extérieur reste intact, elle a pour toujours trente ans.

Ce conte aborde notre société actuelle, la valorisation extrême de la jeunesse, la quête de la beauté éternelle. Et si Betty a ce que tant de femmes (et d’hommes) aimeraient avoir, la jeunesse visible éternelle, cela assure-t-il son bonheur ?

Un bon roman dans l’air du temps, qui se lit d’une traite et qui pose les bonnes questions sur le vieillissement, la recherche de la beauté à tout prix.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Emma dans la nuit

Wendy Walker, Emma dans la Nuit, Sonatine, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Le même  soir, les deux sœurs Tanner, Emma 17 ans et Cass 14 ans, disparaissent, bien que n’étant pas ensemble, l’une à la maison et l’autre à la plage. Enlèvement, fugue, meurtre, drame familial ? Les enquêteurs du FBI font chou blanc.

Trois ans plus tard, Cass sonne à la porte de chez elle, ne demandant qu’une chose : qu’on aille chercher Emma . Pourquoi  est-elle rentrée seule ? Où était-elle ces trois dernières années ? Coupable ? Mythomane ? Victime ?

C’est un récit incroyable à deux voix : Cass qui, petit à petit, se souvient, ou pas, de ces trois années, et Abigail, la psychologue du FBI qui est hantée par cette enquête qu’elle n’a pas su résoudre.

Un roman policier qu’on ne lâche pas. Passionnant .

Catégorie : Policiers et thrillers. Traduction : Karine Lalechère.

Liens : chez l’éditeur. Du même auteur, voir aussi la critique de Tout n’est pas perdu (par François Lechat).

Une femme à la fenêtre

A.J. FINN, Une femme à la fenêtre, Presses de la cité, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Depuis le départ de son mari et de leur fille, Anna vit  recluse dans sa grande maison de Harlem dont elle ne peut sortir, souffrant d’une profonde agoraphobie. Très peu de visites, sa kiné et parfois le jeune homme qui lui loue son sous-sol. Anna, pédopsychiatre, noie ses angoisses et sa solitude dans le Merlot et les psychotropes, passe son temps en visionnant des vieux classiques du cinéma, en conseillant sur internet des personnes subissant la même pathologie qu’elle, et en s’adonnant à sa passion, la photo : derrière sa fenêtre, elle observe et photographie les voisins, leurs maisons, tout ce qui se passe dans sa rue.

Un soir, elle est témoin, chez ses nouveaux voisins, un couple avec un adorable ado, du meurtre de l’épouse ; mais est-ce réel ? a-t-elle rêvé, abusée par l’alcool et les médicaments ?

C’est un excellent thriller, en huis clos puisque, comme Anna, on ne sort pas de la maison. Un roman riche en suspense, en angoisse et en rebondissements, d’une écriture très cinématographique. Très bon polar pour cet été, ou avant.

Catégorie : Policiers et thrillers (USA). Traduction : Isabelle Maillet.

Liens : chez l’éditeur.

Mille soleils

Nicolas Delesalle, Mille soleils, Ed. Préludes, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Ils sont quatre en Argentine : trois scientifiques, Wolfgang, Vadim et Alexandre, spécialistes de l’atome et des étoiles, et un journaliste, Simon, chargé d’un reportage sur eux.

Ils sont dans un 4×4, de retour vers l’aéroport de Mendoza après 5 jours passés ensemble dans la pampa désertique. Ils croisent sans y prêter attention Mathilda, une cinquantenaire qui descend, seule, en vélo de l’Alaska vers la Terre de Feu.

Vadim conduit vite, très vite, trop vite et c’est l’accident loin de tout, sur la piste au milieu de nulle part. En attendant d’hypothétiques secours, nous plongeons dans l’histoire de ces cinq personnages, dans leur vie passée, leurs pensées, leurs envies, leurs angoisses.

Cinq beaux portraits, une belle écriture mais, personnellement, mon avis est mitigé ; j’ai trouvé l’auteur bavard, trop bavard ; beaucoup de phrases courtes, de mots juxtaposés. Malgré tout, une belle plongée dans l’âme humaine.

Ce livre fait également partie de la sélection du Prix Lire Elire de la Bibliothèque Pour tous de la région Nord Flandres [comme Denali].

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La chorale des dames de Chilbury

Jennifer Ryan, La chorale des dames de Chilbury, Albin Michel, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Ce roman épistolaire se passe à la fin de la drôle de guerre et au début de la bataille d’Angleterre (1940). Le petit village de Chilbury dans le Kent est confronté au départ de ses hommes à la guerre sur le Continent et aux premiers fils morts de la blitzkrieg.

La chorale de l’église n’a plus d’hommes et doit fermer, mais arrive une professeure de musique, Miss Trent, qui décide de créer une chorale entièrement féminine. Shocking pour certains. À travers les lettres envoyées par certains membres de cette chorale ou leurs journaux intimes, on découvre comment le village s’installe dans la guerre,  la prise de pouvoir de certaines femmes qui ont des envies d’émancipation, la dureté des premiers bombardements, etc.

C’est un petit roman qu’on prend plaisir à lire, de la veine du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, tour à tour plein de d’humour ou de gravité. Un bon roman de vacances, très anglais, sans plus.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Françoise du Sorbier.

Liens : chez l’éditeur ; critique du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.

Denali

Patrice Gain, Denali, Ed. Le Mot et le Reste, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

Le mont Denali est le nouveau nom, indien, du Mont Mac Kinley, plus haut point d’Amérique du Nord avec ses 6.190 mètres.

Le père de Matt Weldon ne revient pas de son ascension du Mont Denali. Sa mère choquée est hospitalisée, son frère ainé Jack, incontrôlable, est aux abonnés absents. Matt, 14 ans, va donc vivre chez sa grand-mère dans les immensités du Montana. Au décès de celle-ci, livré à lui-même dans une nature magnifique mais hostile, face à la dureté de ses habitants, Matt va se confronter au passé de son père, de sa famille, au pourquoi de cette ascension meurtrière.

On est dans un magnifique roman d’aventure, hommage aux grands de la littérature américaine, à la beauté de la nature sauvage. On le lit d’une traite ; le roman est haletant, plein de rebondissements ; l’écriture est belle et l’auteur français, alpiniste lui-même, nous décrit remarquablement bien les paysages du Montana, ceux d’Au milieu coule une rivière de Robert Redford.

P.S. : Ce roman fait partie de la sélection du Prix Lire-Elire, proposé par les Bibliothèques Pour Tous de la région Nord-Flandres (voir aussi Mille soleils).

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Couleurs de l’incendie

Pierre Lemaître, Couleurs de l’incendie, Albin Michel, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Même si Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie font partie d’une trilogie, ils peuvent se lire totalement indépendamment. Certes l’héroïne du tome 2 fait partie du tome 1 (elle est la sœur d’Edouard Péricourt), mais on ne revient quasi jamais sur la première histoire, et les 2 romans ont chacun un vrai début et une vraie fin. Je suppose donc que le tome 3 sera également indépendant.

On retrouve Madeleine Péricourt, jeune divorcée, mère de Paul (7 ans), fille de Marcel Péricourt (grand banquier), le jour de l’enterrement de son père, où se presse le Tout Paris. Son fils Paul, pour une raison inconnue, se défenestre au départ de la cérémonie. Gravement blessé, il va rester handicapé. Madeleine, seule héritière de la fortune de son père, va se consacrer uniquement aux soins de son fils, prêtant peu d’attention à la gestion de sa fortune et aux vautours qui l’entourent : Gustave Joubert, le bras droit de son père, et Charles Péricourt, son oncle, qui s’estiment grandement lésés et déshérités par le testament.

Dans le Paris flamboyant de l’entre-deux-Guerres, avec la crise de 29 qui se profile, la montée du fascisme et du nazisme, on retrouve les thèmes chers à Pierre Lemaître : la corruption politique, le pouvoir de la presse, les magouilles boursières, l’avidité au gain et la vengeance.

Très bon roman, très rythmé, plein d’imagination et de rebondissements (Pierre Lemaître est au départ un auteur d’excellents polars et on le retrouve dans la fluidité de son écriture).

Catégorie : Littérature française.

Liens : Couleurs de l’incendie chez l’éditeur. Voir aussi la critique d’Au revoir là-haut.

Au revoir là-haut

Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, Albin Michel, 2013 (Prix Goncourt 2013)

Par Sylvaine Micheaux.

Novembre 1918, la guerre la plus meurtrière de tous les temps touche à sa fin, mais le lieutenant d’Aulnay Pradelle décide d’envoyer ses troupes pour un dernier assaut – inutile – afin de glaner une ultime médaille. Lors de cet assaut, Albert Maillard se retrouve enseveli dans un trou d’obus et, sentant sa mort venir, il commence à dire  » au revoir là-haut » quand il est sauvé par un compagnon d’armes, Edouard Péricourt. Les deux survivront, même si Edouard fera partie des « gueules cassées », ayant sauté sur une mine.

Le retour à la vie civile est difficile. L’État oublie tous ces hommes qui ont donné leur vie et leur santé pour la France. Mais il y a de l’argent à se faire : si on n’aide pas les vivants, on honore les morts et les 2 amis vont monter une énorme escroquerie aux monuments aux morts. Les politiques, les banquiers, les opportunistes de tout poil ne sont pas en reste, pompant de l’argent de tout côté puisqu’il a été décidé d’enterrer décemment les millions de soldats morts.

Un livre jubilatoire, vif, incisif, cruel, sulfureux. Une autre manière de voir les années d’après-guerre 14-18.

Catégorie : Littérature française.

Liens : Au revoir là-haut chez l’éditeur. Voir aussi la critique du tome suivant celui-ci : Couleurs de l’incendie.

Konbini

Sayaka Murata, Konbini, Denoël & d’ailleurs, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Keiko se rend compte dès la petite enfance qu’elle ne ressent pas les mêmes sentiments que ses petites copines et n’a absolument pas leurs réactions. Pour ne pas avoir d’ennui elle se fond dans la masse. Devenue étudiante, elle trouve un petit boulot dans un Konbini, supérette japonaise ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Là tout est écrit dans un guide : comment remplir les rayons, comment parler aux clients, tout est millimétré. Dix-huit ans plus tard, Keiko y travaille toujours, mais elle n’est pas mariée et n’a pas d’enfant, et elle a 36 ans…

Ce petit livre japonais de 123 pages est un roman satirique et plein d’humour noir sur la société nippone actuelle, où il faut à tout prix entrer dans la bonne case, dans le bon moule. Il a été récompensé de nombreux prix, notamment le prix Akutagawa, l’équivalent japonais du Goncourt.

Un bon petit livre, sans plus. Mais je ne suis pas habituée à la littérature japonaise.

Catégorie : Littérature étrangère (Japon). Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon.

Liens : chez l’éditeur.

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