Ouvre ton aile au vent

Eloi Audoin-Rouzeau, Ouvre ton aile au vent, Phébus, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Il y avait les romans post-attentats, il y a maintenant les romans post-pandémie.

Paris 2049. Vingt ans auparavant, une pandémie type virus aviaire, qu’on ne nomme que comme « les Événements », a décimé des millions et des millions de personnes. Désormais, les oiseaux sont persona non grata ; interdiction de les élever, de les consommer, et ils ne survivent que dans de petites îles abandonnées par les humains. L’Union européenne n’existe plus ; nous sommes revenus au franc-neuf, gouvernés par un président-dictateur à vie ; la pauvreté et la corruption règnent en maîtres.

Mais tous les ans, le 31 octobre, une espèce de kermesse est organisée : un canard d’élevage est lâché au-dessus de Paris. Celui qui l’attrape à mains nues et en vie aura non seulement le droit de le déguster à la Tour d’Argent en tête à tête avec le Président, mais surtout touchera un énorme chèque le mettant à l’abri pour plusieurs mois. Les jeux du cirque peuvent commencer, l’excitation et la violence sont partout, tous les coups sont permis.

Et si quelques personnes, ayant gardé un soupçon d’humanité, mettaient quelques grains de sable dans l’organisation de cette course-poursuite ?

Les débuts de ce roman sont un peu poussifs, mais très vite on est pris par cette folle histoire, cette fable sur la transformation de notre société, de plus en plus individualiste et violente. Un premier roman original.

Ce roman fait partie de la sélection du prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; les Bibliothèques pour tous.

Soleil amer

Lilia Hassaine, Soleil amer, Gallimard, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

En 1959, en Algérie, Saïd, marié à Naja, père de trois petites filles, est recruté par l’industrie automobile et est envoyé en région parisienne. Sa famille ne le rejoindra qu’en 1964, après la fin de la guerre d’Algérie. Si les débuts sont très durs, beaucoup d’ouvriers étrangers se tournant vers l’alcool pour tenir le choc face au travail à la chaîne déshumanisé et à la solitude, l’ordinaire semble s’améliorer quand on leur octroie un HLM dans une cité flambant neuve. Naja se retrouve de nouveau enceinte mais garder l’enfant serait difficile vu leur pauvreté…

C’est une chronique plus amère que douce qui s’étale des années 60 à la fin des années 80, sur l’insertion difficile des Algériens en France, sur la dégradation rapide des cités, si jolies au départ, et surtout sur la vie de ces petites filles, nées en Algérie mais grandissant en France, leur difficulté à trouver leur place entre modernité et tradition, parfois confrontées au mariage forcé ; de ces enfants, garçons et filles, qui essaient de prendre l’ascenseur social mais sont confrontés à toujours plus d’obstacles.

Un roman qui se lit d’une traite. Petite réserve quand même : autant j’ai trouvé les années 60 passionnantes et bien traitées, autant je regrette que les périodes suivantes aient été plutôt survolées.

Ce livre fait partie de la sélection du Prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; les Bibliothèques pour tous.

Le carnet des rancunes

Jacques Expert, Le carnet des rancunes, Calmann-Levy, 2022

— Une brève de Sylvaine Micheaux

La vengeance est un plat qui se mange froid, très froid. Un comptable insignifiant, souvent harcelé et humilié, décide de se venger pour ses 50 ans – tout est noté dans son carnet, rien n’est oublié.

Intrigue addictive, fin surprenante.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

La décision

Karine Tuil, La décision, Gallimard, 2022

— Par Sylvaine Micheaux

Un roman qu’on dévore, sur un sujet plus que délicat, l’héroïne,
Alma Revel, étant juge au pôle antiterroriste à Paris. Elle doit décider de la
remise en liberté ou pas d’Abdeljalil, 23 ans, appréhendé avec femme et bébé à
son retour de Syrie mais clamant n’avoir participé à aucune exaction. Difficile
de se décider (maintien en prison ou libération au bénéfice du doute), surtout
quand on est la maitresse de l’avocat du jeune homme.

Une plongée dans le monde violent et complexe du terrorisme
islamique. Un beau portrait de femme au métier dangereux et épuisant.

Une fin en demi-teinte, à laquelle je ne crois pas vraiment,
mais dont je ne peux parler sans tout dévoiler.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La carte postale

Anne Berest, La carte postale, Grasset, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Lélia, la mère d’Anne (l’auteure), reçoit en 2003, parmi des cartes de vœux, une carte postale adressée à sa propre mère décédée, Myriam : d’un côté, l’Opéra Garnier dans les années 50, de l’autre, quatre noms : Ephraïm, Emma, Noémie et Jacques, les grands-parents, l’oncle et la tante de Lélia, tous morts à Auschwitz en 1942. Qui l’a envoyée ? Dans quel but ? Pas vraiment de réponse, surtout que Lélia ne parle que peu de l’histoire familiale.

Mais quelques années plus tard, elle va enfin parler à sa fille, enceinte de son premier enfant, de toutes les recherches effectuées pour retrouver l’histoire de leur famille, les Rabinovitch. Le départ en 1919 de la Russie pour la Lettonie puis, via l’Europe de l’Est, pour la Palestine, et enfin l’arrivée en France, avec à chaque étape le désir de s’installer pour les parents et leurs trois enfants nés au fil des années, Myriam, Noémie et Jacques, de se construire une vie et un avenir, de se fondre dans le pays d’accueil. En 1942, seule Myriam échappera à la solution finale.

Anne va par la suite reprendre les recherches de sa mère pour connaître l’histoire de Myriam, sa grand-mère, après 1942.

C’est une belle épopée familiale, écrite sobrement, sans aucun pathos. La romancière étant aussi scénariste, on accroche très vite aux différents récits. C’est aussi une belle réflexion sur l’identité juive quand, comme l’auteure, on est juive parce que née de mère et grand-mère juives, même si le père et le grand-père ne le sont pas, même si on a été élevée dans la laïcité la plus totale, mais qu’on vous renvoie au visage cette identité sous forme d’insulte dès le plus jeune âge.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Les Silences d’Ogliano

Elena Piacentini, Les Silences d’Ogliano, Actes Sud, 2022

— Par Sylvaine Micheaux

J’ai eu ici l’occasion de parler d’Elena Piacentini — Corse installée à Lille — et de ses romans policiers que j’avais lus avec beaucoup de plaisir et d’admiration pour son imagination et sa belle écriture (voir ici). Elle nous offre maintenant son premier roman de littérature blanche.

Ogliano, petit village imaginaire du Sud (Corse, Italie, Sicile ?), est étonnamment préservé de la mafia et du clan Carboni qui règne en maître dans la région. Mais la mort du tyran du village, abject et violent, va faire voler en éclat cette pseudo-quiétude.

Ogliano est un village pauvre, écrasé sous le soleil, dominé par la Villa Rosa, palazzio du baron local, habitée l’été par la seule famille riche qui possède toutes les terres et maintient le village sous sa coupe  car seule apte à donner du travail — ou pas — aux paysans du coin.

Libero, 18 ans, fils de l’institutrice, né de père inconnu, est encore plein de rêves et d’espoir. Il est l’ami de Gianni qui se tourne petit à petit vers les malfrats locaux, et de Raphaelle, fils du baron, obsédé par l’Antigone de Sophocle.

Tout va s’enchaîner, les silences et les secrets vont exploser. 

C’est un livre qu’on ne quitte pas, magnifique dans ses descriptions de la région, profond dans l’analyse de ses personnages, du poids du passé, de la famille, de l’omerta et de la loi du Talion. De la difficulté des cœurs purs d’échapper au destin que la naissance leur impose. Les trois jeunes hommes vont passer en quelques heures de l’adolescence à l’âge adulte.

Un petit coup de cœur pour moi.

Catégorie : Littérature française.

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La belle-mère

Sally Hepworth, La belle-mère, L’Archipel, 2020

— Par Sylvaine Micheaux

Diana, avocate sexagénaire, s’occupait avec passion d’une association d’aide aux réfugiés à Melbourne. Très empathique avec les jeunes femmes immigrées, elle se comportait très froidement avec ses propres enfants et beaux-enfants.

Diana vient de mourir, et si au départ on pense à un suicide, très vite des doutes apparaissent, la police parle de meurtre et les yeux se tournent vers la belle-fille, Lucy, dont les rapports avec Diana n’étaient pas simples.

Au fil des chapitres s’intercalent les récits par Diana de sa vie passée et présente, son histoire de l’adolescence à sa mort, et, par Lucy, le récit, jusqu’à nos jours, de sa relation avec sa belle-mère, dont elle aurait aimé – ayant perdu sa maman très jeune – faire une mère de substitution.

Plus qu’un suspense policier, c’est un roman psychologique sur les rapports entre parents, enfants et beaux-enfants : comment les éduquer pour leur apporter une certaine solidité, et jusqu’où les aider quand ils ont atteint l’âge adulte. 

Ce roman se lit quasiment d’une traite ; les moments présents et passés se mélangent en permanence mais sont clairement identifiés, ce qui rend la lecture aisée.

Sally Hepworth est une romancière australienne de la veine de Liane Moriarty – Le secret du mari, Petits secrets, grands mensonges.

Catégorie : Policiers et thrillers.

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L’enfant parfaite

Vanessa Bamberger, L’enfant parfaite, Liana Levi, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Roman à deux voix, sur deux années, totalement ancré dans le monde du 21ème siècle.

2017. Roxane vient d’entrer en Première S d’un lycée très élitiste, à une heure en métro de chez elle. C’est une jeune fille brillante, calme en apparence, très exigeante envers elle-même, qui n’a toujours eu que d’excellents résultats scolaires. Elle se verrait bien en architecte mais, pour ses parents divorcés, une seule voie de la réussite est possible : une prépa maths de haut niveau. Sa mère est une altiste, qui s’imaginait grande concertiste à Pleyel, qui joue dans un quatuor se produisant dans de petites salles de Province, et son père est un ingénieur centralien qui ne supporte ni la paresse, ni l’échec. Mais le début d’année scolaire ne se passe pas au mieux pour Roxane, les notes baissent malgré un travail acharné, la pression scolaire est trop intense, et le quotidien difficile, entre le petit copain qui s’est formé à la sexualité grâce aux films pornos, les copines pas toujours présentes et une énorme éruption d’acné qui la défigure alors que son père est bien trop soucieux du physique de sa fille.

2019. François, cardiologue en ville, marié, un fils, va devoir affronter le conseil de l’Ordre des Médecins, suite à une plainte. Fils d’un grand médecin, il se rêvait pianiste et créant un groupe électro avec un ami. Il sera médecin comme l’exigeait son père, son seul acte de rébellion ayant été de ne pas faire une grande carrière hospitalière mais de s’installer en ville. Son fils Romain, qui est censé s’inscrire dans la lignée familiale, est un élève très moyen dans les matières scientifiques, au grand dam de son père.

Les deux vies sont ainsi plantées, dans ce roman intense, percutant, rythmé par le langage très actuel de Roxane et par la musique — le rap écouté par Roxane, la musique classique de sa mère, le classique, le rock et l’électro de François. La pression de la société, des parents, pour la réussite et la beauté à tout prix ; l’angoisse de tous, adultes et enfants.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le Pavillon des combattantes

Emma Donoghue, Le Pavillon des combattantes, Presses de la cité, 2021

— Par Sylvaine Micheaux

Sous ce titre français peu attirant se cache un roman prenant, poignant, parfaitement documenté.

Halloween 1918, Dublin. La première guerre mondiale se termine, même si le commun des mortels n’est pas encore au courant. Mais un combat, qui s’avérera beaucoup plus meurtrier, se joue : la pandémie de grippe noire que nous appellerons grippe espagnole.

Julia, 30 ans, infirmière sage-femme, vit avec son frère rentré mutique de la guerre, victime de ce qu’on ne nomme pas encore stress post traumatique. Elle devient pour trois jours la responsable — car seule soignante encore présente — d’un service annexe de la maternité de l’hôpital de Dublin, où l’on accueille les femmes prêtes à accoucher mais porteuses de la grippe. Le challenge est d’essayer de sauver les mères malades et leur bébé. On va lui adjoindre Birdie, une jeune orpheline hébergée dans une institution proche de l’hôpital, tenue par des sœurs. Birdie n’y connaît rien ni en grossesse, ni en accouchement, mais elle est vive et pragmatique. En cas de gros soucis, elles peuvent faire appel au Dr Lynn, obstétricienne chevronnée (qui a vraiment existé), mais qui est recherchée par la police pour avoir participé à des manifestations du Sinn Fein.

C’est un combat contre la maladie, avec quasiment rien pour soigner, à part l’aspirine (peu recommandée avant un accouchement), les cataplasmes et le whisky — Irlande oblige. Les femmes sont usées par la maladie, la guerre, la malnutrition et les grossesses à répétition : des accouchements violents avec un manque de moyens patent. Dans ce chaos, l’amitié naît entre Julia et Birdie, qui va finir par confier ses conditions ignobles de vie.

Certaines pages sont particulièrement dures à lire, car l’autrice ne nous cache rien des souffrances de la maladie et des techniques d’accouchement de l’époque. Mais ce roman est aussi un condensé de la société irlandaise : la toute-puissance de l’église et du mari, la pauvreté qui gangrène le pays. Un beau portrait de femme, un bel hommage aux soignantes — qui a été écrit avant le début de la pandémie actuelle.

Catégorie : Littérature anglophone (Irlande-Canada). Traduction : Valérie Bourgeois.

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Le Train des enfants

Viola Ardone, Le Train des enfants, Albin Michel, 2021

– Par Sylvaine Micheaux

Automne 1946, Naples. L’Italie a perdu la guerre, et la région de Naples est plus pauvre que jamais. Les familles miséreuses ont faim et les représentants de la section communiste locale mettent en place un train qui va emmener des jeunes enfants faméliques du Sud passer 6 mois dans des familles d’accueil de la section communiste du Nord (région de Bologne-Modène). Le but est de les éloigner quelques mois de la misère, après des années de guerre, de peur et de faim, de bien les nourrir pour leur « refaire une santé », et de les gâter un peu.

Amerigo est un de ces enfants, 7 ans, presque 8, élevé par sa seule mère, son père étant parti faire fortune aux USA et ayant oublié de revenir. Il est un petit chiffonnier des rues, ne va plus à l’école car il n’aime ni lire ni écrire, même s’il adore le calcul et la musique, et sa maman a trop besoin de son aide.

Il part avec des centaines d’autres, qui meurent tous de peur car, croient-ils, on ne les emmène pas dans le Nord du pays, mais vers la Russie communiste, chez des Russes qui vont ou les manger tout crus ou leur couper les mains ou les cuire au four. Mais après tant d’angoisse, ils arrivent bien tous à Bologne, et Amerigo se retrouve chez une jeune femme seule et sans enfants. Il va enfin retourner à l’école, manger à sa faim et se retrouver dans un petit cocon protecteur. Mais comme prévu, six mois plus tard, malgré la joie de revoir les siens, c’est le retour à la pauvreté, l’arrêt de l’école et de la musique. Comment Amerigo et tous ces enfants à qui on a fait toucher du bout des doigts une autre vie, plus facile, vont-ils le supporter ? Comment refaire le grand écart dans l’autre sens ?

C’est Amerigo qui raconte son histoire, avec des mots vifs d’enfant des rues plein d’humour — et de tristesse parfois –, avec la gouaille d’un petit poulbot napolitain. On se laisse embarquer par cette histoire basée sur des faits réels, ce train ayant vraiment existé. Un vrai plaisir de lecture.

Catégorie : Littérature italienne. Traduction : Laura Brignon.

Liens : chez l’éditeur.

Vent d’Est, vent d’Ouest

Noël 2021
Offrir, lire ou relire de grands classiques

Pearl Buck, Vent d’Est, vent d’Ouest, John Day Cy, 1930, Stock, 1932

— Par Sylvaine Micheaux

Quand Catherine a parlé de commenter un livre ancien pour Noël, j’ai très vite pensé à Vent d’Est, vent d’Ouest de Pearl Buck, qui a beaucoup marqué l’adolescente occidentale que j’étais. J’ai aussi choisi ce livre par rapport à ce que la Chine est devenue en quelques décennies et au grand écart entre les deux époques, celle du livre et celle d’aujourd’hui.

Kwei-Lan, jeune fille de la haute société chinoise du début des années 1920, n’a été élevée et éduquée que dans un but : se marier, donner un fils à son mari – seigneur et maître – et enchanter ses sens : la vue par un maquillage parfait, de ravissantes robes en soie brodée et des pieds petits au possible ; l’ouïe en le charmant par la musique, le chant et la poésie, et le goût avec des plats raffinés.

Mais son jeune époux, médecin, a fait douze ans d’études en occident et s’il a accepté ce mariage arrangé, il désire une épouse plus moderne et semble fermé à tout ce que la jeune femme lui offre. Il désire qu’elle se débande les pieds… Elle finira par accepter au prix de mille souffrances.

Tout commence à aller mieux, mais le scandale éclate car le frère de Kwei-Lan ose rentrer des USA avec une américaine épousée sans l’accord de ses parents.

Pearl Buck nous montre, avec une magnifique écriture, poétique, ciselée et colorée, un monde qui va disparaître : l’Empire du Milieu est déjà une république, même si rien n’a encore changé…

Catégorie : Littérature étrangère (États-Unis). Traduction : Germaine Delamain.

Liens : Pearl Buck a écrit plusieurs romans sur la Chine, qui sont disponibles au Livre de Poche : Vent d’Est, vent d’Ouest (préface de Marc Chadourne), les autres.

Les Fleurs de l’ombre

Tatiana de Rosnay, Les Fleurs de l’ombre, Robert Laffont/Héloïse d’Ormesson, 2020

Par Brigitte Niquet et Sylvaine Micheaux.

Tatiana de Rosnay a toujours été obsédée par les maisons anciennes, la mémoire des lieux et des âmes qui y ont vécu. Ici, sur ses thèmes favoris, elle nous propulse en 2035 dans un Paris ultra moderne, en partie détruit par des attentats perpétrés lors des JO de 2024, un Paris sans fleurs ni arbres sauf artificiels, sans abeilles ni oiseaux, un Paris ayant perdu la bataille du dérèglement climatique. Clarissa, septuagénaire, géomètre devenue romancière à succès sur le tard, fascinée par Virginia Woolf et Romain Gary et adorant les bâtisses anciennes, quitte son mari après une énième tromperie, cette fois-ci impardonnable. Désemparée, ne sachant où se réfugier ni que faire d’elle-même, elle se laisse séduire par la proposition de la société CASA d’intégrer une « résidence d’artistes » dans un immeuble très moderne, hyperconnecté et sans mémoire. Cet immeuble est entièrement domotisé, et Clarissa bénéficie d’une assistante virtuelle – qu’elle baptise Mrs Dalloway en hommage à Virginia Woolf – et de robots gardiens, chargés officiellement de la protéger de toute intrusion et de répondre à ses moindres désirs. D’abord enchantée, Clarissa ne va pas tarder à se sentir, en fait, de plus en plus surveillée, elle commence à se méfier de tout et de tous et se laisse gagner par l’angoisse, à moins que ce ne soit tout simplement l’effet de la solitude et de la paranoïa qu’elle engendre… La résidence idyllique va-t-elle être le théâtre d’un drame ou n’est-ce que le fantasme d’une femme seule, vieillissante et isolée ?

Le roman est construit tel un thriller, et l’écriture fluide de l’auteur nous incite à en tourner les pages, Clarissa étant une sorte d’alter ego de Tatiana de Rosnay dont on a envie de connaître le destin. Malheureusement, le récit part un peu dans tous les sens, l’histoire de l’adultère du mari est assez ridicule et la fin est bâclée mais, comme le dit Clarissa, elle écrit « pour inciter à réfléchir, et non pour donner des réponses ». Par ailleurs, le livre donne envie de se replonger dans les écrits de Virginia Woolf et de Romain Gary, abondamment cités.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Rien n’est noir

Claire Berest, Rien n’est noir, Stock, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Dire que j’ai aimé est un moindre mot. J’ai adoré, vibré comme lorsque j’ai fait la découverte de Frida Kahlo, il y a plusieurs années, au Musée d’Art moderne de Villeneuve d’Ascq.

Claire Berest nous offre un roman biographique de Frida Kahlo, mais un roman. Époustouflant, vif et coloré. Chaque partie est nommée par une couleur primaire, chaque chapitre est une déclinaison de cette couleur.

Le bleu, l’enfance de Frida au Mexique, le père photographe, l’accident de bus qui va la laisser broyée, les multiples opérations et les premiers autoportraits d’elle allongée des mois sur son lit, le corps serré dans un corset, immobile et peignant son image réfléchie par un miroir fixé sur le ciel de lit. Et la rencontre orchestrée par ses soins avec Diego Rivera, le plus grand peintre muraliste du Mexique.

Le rouge, les années américaines, l’amour passion, l’amour fou, malgré d’innombrables infidélités, entre Diego, cet ogre à tête de crapaud, brillant, qui séduit toutes les femmes, et cette jeune femme, fragile mais avec un caractère bien trempé, boitant, vêtue de tenues ancestrales mexicaines, qui peint sa vie, ses rêves et le plus souvent ses souffrances.

Le jaune, la notoriété de Frida qui s’amplifie dans le monde, les expositions, le trop plein de fêtes et d’alcool et les douleurs, de plus en plus écrasantes, physiques et morales, jusqu’au gris et au noir final.

Ce roman respire Frida Kahlo, sa fougue, son énergie, ses souffrances, son amour fou, ses couleurs, son Mexique. C’est une magnifique biographie et une très belle approche de sa peinture et des fresques de Rivera, par le prisme de la couleur – tellement présente dans ses œuvres – et de la passion. Mais j’ai conscience que ce prisme pourrait déplaire à certains, qu’il s’agit peut-être d’un roman plus féminin que masculin.

Catégorie : Littérature française (roman biographique).

Liens : chez l’éditeur ; un article du Monde diplomatique, un autre sur CAIRN.

Une fille sans histoire

Constance Rivière, Une fille sans histoire, Stock, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Ce premier roman de Constance Rivière est une vraie réussite.

Adèle, jeune femme de 25 ans, vit quasi enfermée dans son appartement situé près de la salle du Bataclan, triste, solitaire, inexistante et presque invisible, surtout depuis le décès de son père, la seule personne pour qui elle comptait un peu. Sa seule distraction, assise le soir devant sa fenêtre ouverte, est de scruter ses voisins dans leur appartement éclairé, imaginant leur intérieur et leur inventant une vie. Mais ce soir de novembre 2015, le calme de la nuit est troublé par le bruit des sirènes des pompiers et de la police. Intriguée, Adèle finit par allumer la télévision et découvre les attentats sur Paris dont celui du Bataclan si proche. Le lendemain, sur l’écran, une maman italienne brandit la photo de son fils Mattéo, dont elle est à la recherche. Adèle connaît un peu Mattéo, un étudiant des Beaux-Arts, gentil, souriant, et qui laissait parfois des esquisses sur les nappes en papier du petit bar où la jeune fille a été serveuse quelques mois.

Mue par un besoin irrésistible et incompréhensible, Adèle se précipite à l’École Militaire où se regroupent les familles des victimes en attente de nouvelles ; mais pour pouvoir y entrer, elle invente dans l’urgence une histoire d’amour, toute nouvelle et encore secrète, avec Mattéo, et un rendez-vous avec lui, chez elle après le concert. Ainsi commence, pour Adèle, le plus grand rôle de sa vie.

Ce roman est l’histoire d’Adèle, écrite à la troisième personne, entrecoupée des témoignages, écrits à la première personne, d’un bénévole psychologue de la Croix Rouge et de la mère de Mattéo. Bien qu’on sache dès les premières pages la chute de l’histoire, on est happé par le récit, par ce destin singulier, et on ne veut qu’une chose : comprendre le pourquoi, le comment et savoir jusqu’où la jeune fille va aller.

L’écriture est fine, précise, addictive ; rien n’est larmoyant ni sordide malgré ce sujet qui devient courant dans la littérature actuelle – les attentats de 2015.

Un excellent premier roman, qui fait partie de la sélection du Prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous Nord-Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le Service des manuscrits

Antoine Laurain, Le Service des manuscrits, Flammarion, 2020

Par Sylvaine Micheaux.

Une maison d’édition reçoit en moyenne trois mille manuscrits par an, et deux ou trois sont édités et deviennent des succès. Ce roman d’Antoine Laurain nous fait pénétrer dans le saint des saints de la maison d’édition où Violaine Lepage, quarante-quatre ans, est directrice et éditrice : le Service des manuscrits. Chaque manuscrit reçu est lu et annoté d’un carré s’il est refusé, d’un croissant s’il mérite une seconde lecture et des corrections, ou enfin d’un soleil, le Graal qui mène à l’édition, voire au succès. Et un soleil, Marie, lectrice, vient d’en trouver un avec « Les Fleurs de sucre ». Ce roman, plein de suspense au sujet de meurtres commis en Normandie, mais qui n’est pas un polar, rencontre très rapidement le succès. Le souci est que son auteur, Camille Désencres, est non seulement invisible, mais injoignable, qu’on ignore même si c’est une femme ou un homme, et que le livre est sélectionné dans les Goncourables. Violaine cherche désespérément à mettre la main sur cet auteur qui devra forcément être présent lors de la remise du Goncourt, si remise il y a.

Le plus de ce roman, une plongée dans le monde de l’édition dans un pays, la France, où des millions de gens rêvent d’écrire un livre, où cinq cent mille le font chaque année, avec forcément d’innombrables refus à la clé. Autre plus, l’héroïne, Violaine : un portrait de femme complexe, secrète, qui a tout fait pour réussir ; et l’interaction entre l’histoire du roman « Les Fleurs de sucre » et des meurtres bien réels commis en Normandie.

Le moins, la fin bâclée, qui se précipite pour donner réponse à tout. Mais l’écriture est agréable, et cela se lit d’une traite.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Il nous reste les mots

Georges Salines et Azdyne Amimour, Il nous reste les mots, Robert Laffont, 2020

Par Sylvaine Micheaux.

Je voulais lire ce livre qui est un dialogue entre deux hommes, deux pères que tout oppose et qui n’auraient, dans la logique, jamais dû ni se rencontrer, ni se parler, ni se raconter. Georges Salines est le père de Lola, morte à 28 ans le 13 novembre 2015 lors de l’attentat du Bataclan ; Azdyne Amimour est le père de Samy, même âge, qui était un des trois terroristes du Bataclan abattus ce soir-là par la police.

Georges est président d’une association, 13onze15 Fraternité-Vérité, créée suite aux attentats pour les victimes de ce jour et pour leur famille, et qui, peu à peu, est entrée en lien avec des associations de victimes d’attentats de tout pays et de tout type (pas seulement commis par Daesh). Azdyne va un jour le contacter car il se considère aussi, d’une certaine façon, lui le musulman modéré, très peu pratiquant, victime des actes de son fils – qu’il a perdu deux fois : le jour où il est parti en Syrie faire le djihad et le jour où il est mort. Les deux pères vont se rencontrer, se raconter leurs enfants, leurs familles, leurs enfances, leurs voyages, l’avant et l’après 13 novembre, le deuil. Azdyne Amimour voudrait comprendre comment et pourquoi son fils Samy a pu prendre un tel chemin. Entre eux se noue un vrai dialogue ; ils ont tous deux un parcours différent mais parfois proche, ayant beaucoup voyagé et vécu quelquefois dans les mêmes contrées, chacun comprenant la souffrance de l’autre.

Mais j’apporterai de petits bémols. Le dialogue est parfois très littéraire, on sent que cela a été corrigé, voire réécrit. Leurs pensées repartent par moment très loin dans leur passé, leur enfance, et cela n’apporte pas grand-chose, même si c’est souvent ce qui arrive dans une discussion : on parle, on parle et on s’éloigne du sujet…

J’ai également trouvé que Georges Salines – tout en se voulant très tolérant – était moralisateur et paternaliste. Il sous-entend qu’Azdyne Amimour approuve la théorie du complot, qu’il a un petit fond antisémite, etc. Le livre m’a intéressée, mais il est évident que le père de Lola a le plus beau rôle : Lola était gaie, ses deux frères heureux, on a l’impression que ses parents ont tout bien fait.

Mais au moins le père musulman, qui a été harcelé longtemps, qui a perdu ses amis en grande partie, a pour une fois la parole. Cet essai a donc le mérite d’exister, de rendre réel et humain un père souvent jugé aussi coupable que son fils.

A lire, mais sans plus.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

La vie qui m’attendait

Julien Sandrel, La vie qui m’attendait, Calmann Levy, 2020

Par Sylvaine Micheaux.

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Julien Sandrel, La chambre des merveilles, si poignant avec l’histoire de cette mère dont le jeune enfant est entre la vie et la mort et qui décide de réaliser les rêves de son fils pour le faire revenir à la vie. Donc j’ai plongé dans le second, La vie qui m’attendait.

Romane, 39 ans, médecin généraliste, terne, hypocondriaque et angoissée, passe sa vie un sac en papier à sa portée pour combattre l’hyperventilation dont elle souffre chaque fois qu’elle stresse. Et tout, absolument tout, la stresse. Elle vit sans vivre vraiment.

Jusqu’à ce qu’une de ses patientes lui dise : « Je vous ai vue sortir en larmes du bureau de ce pneumologue à Marseille. Pourquoi vous cachiez-vous sous une perruque rousse ? »  Or, même si depuis l’adolescence Romane se teint en brune, elle est d’un roux flamboyant au naturel et n’a jamais mis les pieds à Marseille, ni nulle part ailleurs.

Elle, si timorée, descend dans le Sud sur la trace de cet hypothétique sosie.

C’est vif, cela se lit d’un trait. C’est parfois tiré par les cheveux, même si au fil du récit l’auteur nous donne des explications qui se tiennent à peu près. Au final, c’est un bon roman de détente, assez touchant, qui risque de ne pas rester longtemps en mémoire mais qui est idéal pour une fin de confinement ou sur une plage cet été – si on a le droit d’y aller…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Petit frère

Alexandre Seurat, Petit frère, Ed° du Rouergue, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Ayant beaucoup aimé La maladroite, je me suis tournée vers Petit frère.

Petit frère est mort à 23 ans, seul chez lui, probablement d’une overdose.  Il peignait, écrivait depuis toujours dans des carnets ses pensées de vie, de cette vie où il n’a jamais réellement trouvé sa place.

Se sentant terriblement responsable, voire coupable (a-t-il à un moment renoncé et abandonné son frère ?), le narrateur, le grand frère, va se plonger dans ses souvenirs d’enfance, d’adolescence, d’homme adulte. Se remémorer les scènes familiales, le comportement des parents face à cet enfant qui avait au départ tout pour lui : beau, intelligent, vif, trop vif, qui cherchait tant l’amour des gens, des parents. Parents qui incluaient l’ainé dans toutes les décisions restrictives et importantes prises pour le petit frère (mise en pension, hospitalisation…) lui faisant porter un fardeau trop lourd.

L’écriture est magnifique, empreinte à la fois de douceur et de noirceur ; absolument pas chronologique, suivant les bulles de souvenirs qui éclatent dans la tête de l’ainé qui cherche désespérément des réponses sur le mal-être de son cadet et son inadaptation à la vie. Où se trouve la faille, le moment où Petit frère, cet enfant gai et hyperactif, s’est mis à porter en lui tant de souffrances.

Très beau roman mais, tout comme La maladroite, un roman sombre.

Catégorie : Littérature française.

LiensPetit frère chez l’éditeur.

Le maître d’hôtel de Matignon

Gilles Boyer, Le maître d’hôtel de Matignon, L.-C. Lattès, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Autant les romans et essais sur le Palais de L’Élysée et ses locataires, nos Présidents, sont courants, autant il est rare de lire un livre qui se déroule à Matignon – livre plutôt réussi et qui se lit avec plaisir.

Claude a débuté sa carrière dans la Marine Nationale, en tant que maître d’hôtel du Pacha (commandant) des bâtiments sur lesquels il a servi. Mais, lassé de toujours voyager, il se voit muté à l’Hôtel Matignon.  Moins prestigieux que l’Élysée mais pourquoi pas, pour deux ou trois ans… Il y fera toute sa carrière.

En cette année 2019 où il va partir en retraite, il nous raconte Matignon et les treize Premiers ministres, qu’il appelle ses Pachas, qu’il a vus défiler depuis 1990. Il entre dans un monde très hiérarchisé, que ce soit au niveau de l’intendance – toutes ces personnes de l’ombre qui travaillent pour rendre la vie la plus facile possible aux locataires de Matignon et à leurs familles –, ou au niveau des Premiers ministres et de leurs troupes : le directeur de cabinet, son adjoint, le conseiller parlementaire et différents conseillers, plus ou moins proches et gradés. Car être Premier ministre est non seulement un job plus qu’à plein temps, mais aussi une fonction où l’on connaît sa date d’arrivée mais jamais celle de départ, quelques mois ou quelques années plus tard, en permanence sur un siège éjectable.

S’en suivent plein de souvenirs et d’anecdotes sur cette vie à Matignon, du côté des locataires comme des serviteurs. Sur cette vie pas toujours simple sous les ors de la République, dans un Hôtel absolument magnifique mais tout sauf pratique. Ne vous attendez pas à des révélations politiques, hargneuses ou coquines. Claude est un homme bon et sage et qui a adoré son métier, pas toujours simple. Et il a aimé tous « ses » Pachas, de droite, du centre comme de gauche.

Entre deux ou trois chapitres, de petits apartés historiques faits par des prédécesseurs de Claude à cette fonction : au 19ème siècle, quand Matignon était encore le siège de l’ambassade d’Autriche ; sous les 3ème et 4ème Républiques quand les locataires étaient les Présidents du Conseil qui suivaient la valse des gouvernements ; et en 1959, à l’arrivée de Michel Debré, le tout premier Premier ministre de la 5ème république.

Gilles Boyer, l’auteur, a été conseiller à Matignon, et nous donne un roman vraiment intéressant, vivant, instructif, même si aucun grand secret d’État n’y est dévoilé.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Papa

Régis Jauffret, Papa, Seuil, 2020

Par Sylvaine Micheaux.

L’auteur a étonnamment catalogué ce livre en roman alors que, quand on le débute, on pense être devant une biographie.

En 2018, Régis Jauffret, la soixantaine, se trouve tranquillement devant sa télé, regardant un documentaire sur Marseille en 1943, sous le gouvernement de Vichy, quand il aperçoit son père Alfred sortant de la maison familiale (sise rue Marius Jauffret, nom de l’arrière-grand-père de Régis), menottes aux poignets, encadré par deux membres de la police de Vichy et embarqué dans une traction avant de l’époque. Que fait là son père ? Personne n’a jamais parlé, dans la famille, de cette arrestation. Quelle en était la raison (résistance, marché noir) ? Alfred s’en était sorti, de toute évidence, rapidement, puisque non emprisonné et non déporté.

Régis, fils unique mais doté d’une grande famille pourvue de nombreux oncles, tantes et cousins, va essayer d’en savoir plus. Mais les archives de la gestapo marseillaise ont été en quasi-totalité brûlées ou volées à la libération. Entre les souvenirs vécus par l’auteur, racontés par la famille ou par Madeleine, sa mère, morte trois ans plus tôt, les souvenirs supposés et ceux inventés et rêvés, Régis va revivre la vie de ce père, mort depuis trente ans, duquel il a peu de souvenirs heureux. Car Alfred, devenu père sur le tard, vivait dans son monde, handicapé par une surdité de plus en plus profonde et abruti par les neuroleptiques pris pour contenir une maladie qu’on n’appelait pas encore bipolarité ; un père lointain, un père à l’ancienne qui ne s’occupait pas de son  fils. Pourtant Jauffret admet avoir eu une enfance gâtée et heureuse, rien qui puisse faire pitié.

On se laisse prendre par cette histoire qui n’en est pas vraiment une, qui navigue entre souvenirs réels ou imaginés, voire imaginaires. Pourtant, à un moment, j’ai ressenti une certaine colère envers l’auteur. La description de son père était tellement dure, limite cruelle, comme celle que pourrait en faire un adolescent ou un jeune adulte. On sent qu’à plus de soixante ans, la douleur de l’enfance de Jauffret est toujours  là, vivante, et le ressenti limite injuste. La toute fin m’a cependant réconciliée avec lui car ce récit, ce roman, a été au fond  pour lui une forme de thérapie qui lui a permis de pouvoir, pour la première fois, appeler son père « papa ».

Catégorie : Littérature française.

Liens : Papa chez l’éditeur . Dans L’Obs, belle interview croisée de Régis Jauffret et Iegor Gran : « Qu’avons-nous fait de nos pères ?« .

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