Petit frère

Alexandre Seurat, Petit frère, Ed° du Rouergue, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Ayant beaucoup aimé La maladroite, je me suis tournée vers Petit frère.

Petit frère est mort à 23 ans, seul chez lui, probablement d’une overdose.  Il peignait, écrivait depuis toujours dans des carnets ses pensées de vie, de cette vie où il n’a jamais réellement trouvé sa place.

Se sentant terriblement responsable, voire coupable (a-t-il à un moment renoncé et abandonné son frère ?), le narrateur, le grand frère, va se plonger dans ses souvenirs d’enfance, d’adolescence, d’homme adulte. Se remémorer les scènes familiales, le comportement des parents face à cet enfant qui avait au départ tout pour lui : beau, intelligent, vif, trop vif, qui cherchait tant l’amour des gens, des parents. Parents qui incluaient l’ainé dans toutes les décisions restrictives et importantes prises pour le petit frère (mise en pension, hospitalisation…) lui faisant porter un fardeau trop lourd.

L’écriture est magnifique, empreinte à la fois de douceur et de noirceur ; absolument pas chronologique, suivant les bulles de souvenirs qui éclatent dans la tête de l’ainé qui cherche désespérément des réponses sur le mal-être de son cadet et son inadaptation à la vie. Où se trouve la faille, le moment où Petit frère, cet enfant gai et hyperactif, s’est mis à porter en lui tant de souffrances.

Très beau roman mais, tout comme La maladroite, un roman sombre.

Catégorie : Littérature française.

LiensPetit frère chez l’éditeur.

Le maître d’hôtel de Matignon

Gilles Boyer, Le maître d’hôtel de Matignon, L.-C. Lattès, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Autant les romans et essais sur le Palais de L’Élysée et ses locataires, nos Présidents, sont courants, autant il est rare de lire un livre qui se déroule à Matignon – livre plutôt réussi et qui se lit avec plaisir.

Claude a débuté sa carrière dans la Marine Nationale, en tant que maître d’hôtel du Pacha (commandant) des bâtiments sur lesquels il a servi. Mais, lassé de toujours voyager, il se voit muté à l’Hôtel Matignon.  Moins prestigieux que l’Élysée mais pourquoi pas, pour deux ou trois ans… Il y fera toute sa carrière.

En cette année 2019 où il va partir en retraite, il nous raconte Matignon et les treize Premiers ministres, qu’il appelle ses Pachas, qu’il a vus défiler depuis 1990. Il entre dans un monde très hiérarchisé, que ce soit au niveau de l’intendance – toutes ces personnes de l’ombre qui travaillent pour rendre la vie la plus facile possible aux locataires de Matignon et à leurs familles –, ou au niveau des Premiers ministres et de leurs troupes : le directeur de cabinet, son adjoint, le conseiller parlementaire et différents conseillers, plus ou moins proches et gradés. Car être Premier ministre est non seulement un job plus qu’à plein temps, mais aussi une fonction où l’on connaît sa date d’arrivée mais jamais celle de départ, quelques mois ou quelques années plus tard, en permanence sur un siège éjectable.

S’en suivent plein de souvenirs et d’anecdotes sur cette vie à Matignon, du côté des locataires comme des serviteurs. Sur cette vie pas toujours simple sous les ors de la République, dans un Hôtel absolument magnifique mais tout sauf pratique. Ne vous attendez pas à des révélations politiques, hargneuses ou coquines. Claude est un homme bon et sage et qui a adoré son métier, pas toujours simple. Et il a aimé tous « ses » Pachas, de droite, du centre comme de gauche.

Entre deux ou trois chapitres, de petits apartés historiques faits par des prédécesseurs de Claude à cette fonction : au 19ème siècle, quand Matignon était encore le siège de l’ambassade d’Autriche ; sous les 3ème et 4ème Républiques quand les locataires étaient les Présidents du Conseil qui suivaient la valse des gouvernements ; et en 1959, à l’arrivée de Michel Debré, le tout premier Premier ministre de la 5ème république.

Gilles Boyer, l’auteur, a été conseiller à Matignon, et nous donne un roman vraiment intéressant, vivant, instructif, même si aucun grand secret d’État n’y est dévoilé.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Papa

Régis Jauffret, Papa, Seuil, 2020

Par Sylvaine Micheaux.

L’auteur a étonnamment catalogué ce livre en roman alors que, quand on le débute, on pense être devant une biographie.

En 2018, Régis Jauffret, la soixantaine, se trouve tranquillement devant sa télé, regardant un documentaire sur Marseille en 1943, sous le gouvernement de Vichy, quand il aperçoit son père Alfred sortant de la maison familiale (sise rue Marius Jauffret, nom de l’arrière-grand-père de Régis), menottes aux poignets, encadré par deux membres de la police de Vichy et embarqué dans une traction avant de l’époque. Que fait là son père ? Personne n’a jamais parlé, dans la famille, de cette arrestation. Quelle en était la raison (résistance, marché noir) ? Alfred s’en était sorti, de toute évidence, rapidement, puisque non emprisonné et non déporté.

Régis, fils unique mais doté d’une grande famille pourvue de nombreux oncles, tantes et cousins, va essayer d’en savoir plus. Mais les archives de la gestapo marseillaise ont été en quasi-totalité brûlées ou volées à la libération. Entre les souvenirs vécus par l’auteur, racontés par la famille ou par Madeleine, sa mère, morte trois ans plus tôt, les souvenirs supposés et ceux inventés et rêvés, Régis va revivre la vie de ce père, mort depuis trente ans, duquel il a peu de souvenirs heureux. Car Alfred, devenu père sur le tard, vivait dans son monde, handicapé par une surdité de plus en plus profonde et abruti par les neuroleptiques pris pour contenir une maladie qu’on n’appelait pas encore bipolarité ; un père lointain, un père à l’ancienne qui ne s’occupait pas de son  fils. Pourtant Jauffret admet avoir eu une enfance gâtée et heureuse, rien qui puisse faire pitié.

On se laisse prendre par cette histoire qui n’en est pas vraiment une, qui navigue entre souvenirs réels ou imaginés, voire imaginaires. Pourtant, à un moment, j’ai ressenti une certaine colère envers l’auteur. La description de son père était tellement dure, limite cruelle, comme celle que pourrait en faire un adolescent ou un jeune adulte. On sent qu’à plus de soixante ans, la douleur de l’enfance de Jauffret est toujours  là, vivante, et le ressenti limite injuste. La toute fin m’a cependant réconciliée avec lui car ce récit, ce roman, a été au fond  pour lui une forme de thérapie qui lui a permis de pouvoir, pour la première fois, appeler son père « papa ».

Catégorie : Littérature française.

Liens : Papa chez l’éditeur . Dans L’Obs, belle interview croisée de Régis Jauffret et Iegor Gran : « Qu’avons-nous fait de nos pères ?« .

Miroir de nos peines

Pierre Lemaître, Miroir de nos peines, Albin Michel, 2020

Par Sylvaine Micheaux.

Voici enfin le dernier opus de la trilogie de Pierre Lemaître, débutée par Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, et Couleurs de l’incendie, 2018.

Au revoir là-haut nous emmenait à la fin de la première guerre mondiale avec le retour des gueules cassées. Dans Couleurs de l’incendie, c’étaient les années folles, la crise de 1929 et la vengeance d’une femme flouée. Dans Miroir de nos peines, nous voilà en 1940 : la drôle de guerre, la débâcle et l’exode qui en découle.

Louise, la petite fille d’Au revoir là-haut, est une institutrice de trente ans qui fait des extras le week-end dans le café brasserie de M. Jules et va vite se retrouver dans une situation inextricable. Désiré, génial mythomane, ayant exercé, rapidement certes, les métiers les plus divers tels que chirurgien et avocat, gravit à toute vitesse les échelons du Ministère de l’Information, ou plutôt devrait-on dire de la Désinformation tant on essaie de garder le moral des français inquiets de l’avancée fulgurante de l’armée allemande, et participe à la création de Radio Paris (dont on dira, vous savez, « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand »). Quant à Raoul, simple trouffion roublard et dégourdi, et Gabriel, son adjudant-chef, calme et honnête, ils survivent tant bien que mal dans le froid et l’humidité des souterrains de la ligne Maginot quand ils sont envoyés pour défendre, de l’avancée des blindés allemands, un pont sur la Meuse.

Un roman foisonnant, d’une écriture fluide, vive, par moment pleine d’humour. On suit avec plaisir ces personnages qui vont bien sûr se retrouver sur les routes de l’exode, avec en toile de  fond la grande Histoire, car tout est parfaitement documenté, et si tout est faux et inventé, tout est vrai aussi.

Miroir de nos peines peut, sans problème, se lire indépendamment des deux premiers opus.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Nos critiques des Pierre Lemaître sont accessibles depuis le classement par auteur, à la lettre L.

Taqawan

Eric Plamondon, Taqawan, Quidam, 2018 (existe en Livre de Poche)

Par Sylvaine Micheaux.

En commençant ce roman, je me suis rendu compte que je ne connaissais quasi rien du Québec et de son histoire : quelques reportages sur Montréal, les forêts, les cabanes à sucre et la baie du Saint-Laurent, de vagues souvenirs d’Histoire sur Jacques Cartier, la phrase de De Gaulle : « Vive le Québec libre », et la découverte qu’il y avait au Canada des tribus indiennes en recevant un cadeau d’artisanat local (et non il n’y a pas que les Sioux, les Apaches et autres Comanches). Alors imaginer qu’il y a eu une « Guerre du Saumon » !!!

Nous sommes le 11 juin 1981, dans la réserve indienne de Restigouche où vivent de la pêche au saumon les indiens Mi’gmag. Plusieurs centaines de policiers de la sureté du Québec investissent la zone et prennent les filets de pêche des autochtones, accusés de pêcher illégalement. Ce qui entraine bien sûr révoltes et émeutes. C’est quelque part un coup de poker du gouvernement du Québec, car si la chasse et la pêche sont gérées par les autorités québécoises, les réserves d’autochtones, comme ils sont appelés, sont sous l’autorité fédérale d’Ottawa.

Océane, 15 ans, en sortant du lycée, découvre l’arrivée des policiers et leur violence face aux Indiens, et voit son père maltraité et emmené de force par les agents. Effrayée, elle s’enfuit et sera retrouvée par un agent québécois de la faune qui vient de démissionner, choqué de la manière dont sont traités les Indiens des réserves. Océane a subi des violences. Il va essayer de la soigner et de la protéger avec l’aide d’un vieil indien et d’une jeune institutrice française.

Ce roman est construit d’une manière étonnante : entre les phases d’un récit vivant, violent, qui tient du roman historique autant que policier, d’aventures, voire de Western (même si on est dans le grand Nord), sont insérés de petits chapitres, comme des apartés, qui nous narrent l’histoire du Québec, les enjeux politiques et économiques depuis l’arrivée des Blancs, la vie ancestrale de ces Indiens Mi’gmags, leur respect de la nature et comment ils survivaient lors des longs hivers glaciaux, leur technique de chasse et de pêche – Taqawan est le nom indien du saumon qui remonte pour la première fois la rivière où il est né.

Un roman passionnant qu’on ne peut lâcher et, qui plus est, instructif car historique et politique ; et dont les quatre personnages principaux, totalement fictifs, apportent l’humanité nécessaire au récit.

Ce roman a obtenu le Prix des lecteurs 2019 et le prix France Québec 2018.

Catégorie : Littérature étrangère francophone (Québec).

Liens : chez Quidam ; au Livre de Poche.

Sale Gosse

Mathieu Palain, Sale Gosse, L’Iconoclaste, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Sale Gosse nous plonge dans le monde de ces enfants en souffrance, nés du mauvais côté de la barrière (pour Wilfried, une mère trop jeune et droguée), souvent violents, et de ces éducateurs de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), également en souffrance, qui font avec les moyens du bord, qui se contentent des tout petits progrès obtenus, se désolent des nombreux échecs, n’arrivent jamais à oublier leur boulot en rentrant le soir.

Mathieu Palain, journaliste de métier, fils d’un de ces éducateurs sociaux de la PJJ, ayant vécu dans une banlieue « à problèmes » et ayant vu certains de ses copains prendre de mauvaises voies, a partagé, en immersion durant plus de six mois, le quotidien d’une équipe de la PJJ. Il voulait écrire un long article sur le sujet. Mais, trouvant frustrant de n’en faire qu’un article, il a écrit ce roman très réaliste.

Wilfried, élevé comme son propre fils par sa famille d’accueil qui n’a pu avoir d’enfant, fan de foot, a eu la chance de pouvoir entrer au centre de formation de l’AJ Auxerre. Son avenir semble assuré mais l’adolescent sent monter en lui une colère, une rage inexplicable et incontrôlable. Un coup de boule et il est renvoyé du centre, retour dans sa banlieue sans aucun espoir, surtout que sa mère biologique, qu’il ne connait pas, enfin sevrée et ayant un travail, veut à tout prix le récupérer. Wilfried ne le supporte pas et s’enfuit : la PJJ le reprend en charge.

L’histoire est intéressante, bouleversante ; on reste plein d’empathie pour ces « sales gosses » et leurs éducateurs. Je suis plus mitigée sur l’écriture : le récit comporte énormément de dialogues ; j’ai parfois eu l’impression de lire un scénario de film plus qu’un roman (cela ferait une superbe série). Je pense qu’il faut le prendre comme un documentaire, une plongée dans le monde de ces jeunes fracassés par la vie.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Une joie féroce

Sorj Chalandon, Une joie féroce, Grasset, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

« Une vraie Connerie » : Jeanne, Assia, Brigitte et Melody, quatre femmes dans une voiture, prêtes à faire un casse dans une bijouterie de la place Vendôme. Ainsi débute le nouveau roman de Sorj Chalandon.

Puis on se retrouve sept mois plus tôt. Jeanne, la quarantaine, employée dans une librairie, douce, effacée, s’excusant de vivre, découvre horrifiée qu’elle est porteuse d’un cancer du sein. Elle va l’appeler « mon camélia », pour lui donner une connotation moins horrible que cancer, crabe ou tumeur. Avec son mari, ils vivaient côte à côte plutôt qu’ensemble depuis le décès de leur fils. Il ne va pas supporter sa maladie ; ils vont se quitter et Jeanne va aller vivre chez Brigitte, rencontrée lors de ses traitements à l’hôpital. Avec Assia, la compagne de Brigitte, et Melody, une petite jeune femme fragile, les quatre femmes, toutes en mal d’enfant pour des raisons différentes, vont monter ce casse.

Je reste mitigée. Durant quasi tout le roman, c’est Jeanne qui parle, et je suis admirative de la manière incroyable dont Chalandon prend la parole pour cette femme, malade, meurtrie, qui essaie de relever la tête malgré les traitements invalidants, les cheveux qui tombent. Tout sonne vrai, profond, un vrai bonheur. Il a vraiment senti l’âme féminine. Par contre j’ai beaucoup moins accroché à cette histoire de vol réalisé pour aider une des quatre, même si il y a de beaux portraits de femmes et qu’elles partagent une belle amitié face aux difficultés de la vie. Malgré tout, la fin du roman est vraiment très jolie et poignante. Ce livre mérite d’être lu.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Voir aussi notre critique du Jour d’avant, du même auteur.

Surtensions

Olivier Norek, Surtensions, Michel Lafon, 2013 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Voici le dernier opus de la trilogie d’Olivier Norek basée sur Victor Coste et son équipe, de la police judiciaire de la Seine St Denis (93).

Après les banlieues, nous plongeons dans l’univers carcéral, monde où il ne fait pas bon vivre, surtout si vous êtes jeune et faible, car très vite vous devenez la « poupée » ou le punching-ball des gros bras qui mènent la danse. Et c’est le cas de Nunzio, petit braqueur de bijouteries de luxe qui s’est fait prendre bêtement avec la montre d’un casse au poignet. Sa sœur Alex, chef de la bande, n’a de cesse de faire sortir son frère de prison car elle sait que moralement il n’y tiendra pas longtemps.

Victor Coste ne va pas bien, il envisage sa démission de la PJ après quinze années de bons et loyaux services, après avoir vu tant de crimes et de noirceur qu’il n’en peut plus. Mais l’enlèvement d’un ado, suivi d’une bévue de la BRI, le remettent pour un temps en selle. L’auteur du rapt se retrouve rapidement en prison. Quel rapport entre Nunzio le petit braqueur, le responsable du rapt, un tueur serbe, un pédophile et un assassin qui crie son innocence, tous emprisonnés au même endroit ?

De nouveau Norek nous offre un polar haletant, plein de tensions, où toutes les histoires s’imbriquent petit à petit : vous savez, l’effet papillon. L’écriture est toujours fluide et on sent l’exactitude de l’ancien flic. Et dans l’attitude de Coste le héros, dans ce livre sombre et intense sur l’état des prisons et de la justice, on sent les questionnements de l’auteur.

Du très bon polar.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Voir aussi nos critiques de Code 93Territoires, Entre deux mondes et Surface. De manière générale, toutes nos lectures d’un auteur sont accessibles depuis le classement alphabétique.

Territoires

Olivier Norek, Territoires, Michel Lafon, 2014 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Ce roman est le second de la trilogie débutant par Code 93.

La brigade des Stups est en train d’effectuer sa dernière planque de surveillance d’un jeune caïd, dealer de banlieue, quand celui-ci est assassiné sous leurs yeux. Dans la foulée, les 2 autres dealers locaux sont, l’un, abattu, et l’autre, mort après avoir été torturé. Pas de doute, c’est le début d’une guerre de » Territoires » dans les cités d’une ville de Seine St Denis. L’équipe de Victor Coste reprend du service. La mort, dans une des tours de la cité, d’une vieille dame bien sous tous rapports serait-elle liée au trafic ?

De nouveau on se trouve face à un polar passionnant qu’on ne lâche plus. Car en plus de l’enquête, il y a la plongée dans les services de police affectés à ces cités difficilement contrôlées. On découvre comment la maire d’une ville pauvre, où ont été construites des cités peuplées de familles et de jeunes qui n’ont quasi plus ni espoir ni réel avenir, peut acheter une certaine paix sociale. Comment se faire malgré tout réélire quand le taux d’abstention dans le 93 est le plus élevé de France. Comment une émeute, qui peut se déclencher en quelques secondes telle une trainée de poudre, peut  parfois être utile à la municipalité.

On sent qu’Olivier Norek a bien été confronté à tout cela. Et le constat est dérangeant et limite effrayant. Après une telle lecture, je ne regarderai plus les reportages sur les banlieues chaudes de la même manière.

Ce roman peut être lu indépendamment du premier, Code 93 ; l’équipe de policiers est la même, mais l’intrigue est tout autre.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Toutes nos lectures de Norek sont regroupées à son nom dans le menu « Classement par auteurs ».

Code 93

Olivier Norek, Code 93, Michel Lafon, 2013 (disponible en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

Code 93 est le tout premier roman d’Olivier Norek, et le premier d’une trilogie composée aussi de Territoires et Surtension. Olivier Norek a été très longtemps policier, capitaine de la PJ du 93 justement (Seine St Denis), donc c’est peu de dire qu’il connaît son sujet et que tout sent le vrai et le vécu.

L’équipe du Capitaine Coste de la brigade criminelle du 93 est confrontée à des cas incroyables : un cadavre criblé de 3 balles se réveille en pleine autopsie ; un toxico meurt d’étranges brûlures… L’enquête démarre sur les chapeaux de roue, et il ne nous en faut pas plus pour ne plus lâcher ce roman. On plonge dans le quotidien d’une brigade de banlieue, dans un département où le taux de délinquance est l’un des plus élevés de France. Le ou les tueurs jouent au chat et à la souris avec les flics. Et qu’est ce code 93 qui apparaît sur de vieux dossiers sortis de la procédure judiciaire ? Pourquoi des hommes de pouvoir essaient-ils de minimiser ce fameux code ? D’ailleurs, que faire de la Seine St Denis, département limitrophe qui va faire partie du grand Paris, mais dont la précarité et la criminalité le coupent de son illustre voisine ?

Certes ce premier roman présente quelques faiblesses : certaines explications pourraient être un peu plus poussées, certaines tournures de phrases améliorées, mais c’est un sacré bon premier polar, avec une vraie toile de fond, des personnages réalistes, et la vérité finale fait froid dans le dos.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; en Pocket. Toutes nos lectures de Norek sont regroupées à son nom dans le menu « Classement par auteurs ».

Mon Père

Grégoire Delacourt, Mon Père, J.C. Lattes, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Ce que j’aime chez Grégoire Delacourt, outre sa façon d’écrire, c’est que chaque roman est totalement différent du précédent.

Edouard, divorcé, père de Benjamin, 9 ans, pénètre dans une petite église de village et fracasse avec rage et détermination le bénitier, les statues de Marie, les croix du Christ, les tableaux de la passion ; et même le ciboire, avec ses hosties consacrées, vole à travers le chœur. Un jeune prêtre arrive affolé, mais au lieu d’appeler la police, il se précipite pour soigner les mains d’Edouard, blessées dans sa fureur, et l’écoute avec empathie. Edouard est le fils d’un boucher trop tôt décédé et d’une grenouille de bénitier. Lors de son divorce, Benjamin, son enfant, est envoyé dans une colonie de vacances tenue par des prêtres bien connus de sa mamie.

Malgré l’appel du fils pour qu’on vienne le rechercher, les parents, pensant à un caprice, ne bougent pas. Benjamin va revenir triste, mutique, plein de cauchemars et refaisant pipi au lit ; et tout cela est mis sur le compte de la tristesse d’un enfant de divorcés. Il mettra longtemps à pouvoir verbaliser ce qui est arrivé…

On pourrait penser que Delacourt surfe sur un sujet d’actualité : la pédophilie dans l’église. Mais le roman, qu’une fois commencé je n’ai pu lâcher, est trop plein de colère et de vérité pour que l’on ne sente pas que cela touche l’auteur au plus profond. J’ai appris depuis que Delacourt était dans sa jeunesse en pension chez les Frères et que, si lui n’a pas été victime, il a vu certains de ses malheureux camarades sortir de la chambre du prêtre de garde de dortoir et s’enfouir sous leurs draps pour pleurer tout leur saoul.

C’est un roman violent, dérangeant, sincère et parfois horrifiant quand le prêtre, avec tendresse et quasi poésie, raconte les actes horribles qu’il a commis. Un roman sur la culpabilité, la colère, la vengeance, la lâcheté, le pardon, la justice.

Quant à la toute fin, elle est surprenante et au fond angoissante.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’auteur ; voir aussi La femme qui ne vieillissait pas, du même auteur.

Une bête au Paradis

Cécile Coulon, Une bête au Paradis, L’Iconoclaste, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Une ferme isolée, dans un lieu-dit le Paradis, les années 50. Y vit Emilienne, paysanne veuve dure à la tâche, taiseuse mais pleine d’humanité, qui doit élever ses petits-enfants, Blanche 5 ans et Gabriel 3 ans, qui viennent de perdre leurs parents dans un accident tout près de la ferme. Pour l’aider : Louis, un ado battu par son père qu’elle va recueillir, Louis le commis qui, s’il est indispensable à Emilienne et à Blanche, ne sera jamais considéré comme de la famille mais plutôt comme un animal domestique indispensable, qu’on paye et à qui on est attaché.

Blanche, toute petite qu’elle est, va tomber de suite en amour pour cette terre qu’elle n’a aucune envie de quitter. Gabriel, lui ne se remet pas de la mort de ses parents et reste un enfant calme, solitaire et inefficace pour le travail quotidien, vivant dans ses rêves et qu’on ne dérange pas. Vers 16 ans, Blanche qui est jolie fille tombe follement amoureuse d’Alexandre, l’adorable beau gosse plein d’ambitions qui ne rêve que de quitter le village, de partir à la ville faire ses études et s’enrichir… et là tout capote.

Vu le résumé du début de ce livre, on penserait à un roman de terroir, la ferme, les jolis paysages, les animaux, mais on en est loin. Les chapitres portent tous un titre composé d’un verbe à l’infinitif : protéger, aimer encore, faire mal, vivre, mordre, venger. Les personnages sont tourmentés, pleins d’excès. Blanche, quand elle aime, c’est trop et à tout jamais. Ce sont des personnages attachants mais rudes et violents. Les femmes sont fortes et indépendantes. C’est le Paradis, mais la bête, qui sommeille en chacun de nous, y est tapie, et l’histoire monte crescendo.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Là où les chiens aboient par la queue

Estelle-Sarah Bulle, Là où les chiens aboient par la queue, Liana Lévi, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Derrière ce titre plus que bizarre, traduction directe d’une phrase créole, « Cé la chyen ka pa japé pa ké », se trouve un joli roman qui va nous plonger dans la Guadeloupe des années 1930 à nos jours.

La narratrice, Eulalie, est une métisse d’Île-de-France qui ne connaît le département d’origine de son père, la Guadeloupe, que par les quelques mois de vacances passés de temps en temps chez son grand-père Hilaire. Elle va donc demander à ses deux tantes, Appolone et Lucinde, et à son père, « petit frère », de lui raconter son histoire familiale, et découvrir leur vie d’avant et la culture créole de leurs origines.

C’est surtout Appolone, que tout le monde appelle Antoine (de son nom de savane donné à chaque enfant à la naissance pour éloigner les mauvais esprits), qui va avec verve et en faisant honneur au parler créole, lui raconter le grand père Hilaire qui a épousé une béké, pas plus riche que lui d’ailleurs, à Morne Galante, un minuscule village au milieu de nulle part, « là où les chiens aboient par la queue ». De leur union naissent deux filles avant-guerre, et le petit frère après-guerre. Après le décès de leur mère, c’est la fuite vers Pointe-à-Pitre des enfants qui s’ennuient ferme au village. Je vous laisse découvrir le reste.

C’est une immersion dans la Guadeloupe pauvre à partir des années 1930. Tout en découvrant l’histoire familiale, on suit les transformations de l’île, son histoire avec un grand H (les Guadeloupéens se sont opposés au régime de Vichy, par exemple), l’arrivée du modernisme qui ne va pas faire que du bien, les révoltes des jeunes, l’exil vers Paris, souvent pour travailler dans les administrations, et la perte des racines et du parler créole.

C’est superbement écrit, plein d’énergie, d’humour, d’émotion et de soleil ; flamboyant. La découverte d’une île magnifique.

P.S. : Ce premier roman fait partie de la sélection du Prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous de la région Nord-Flandre.

Catégorie : Littérature française (Guadeloupe).

Liens : chez l’éditeur.

Piégée

Lilja Sigurdardóttir, Piégée, Métailié Noir, 2017 (disponible au Cercle Points)

Par Sylvaine Micheaux.

L’été s’achève, mais voici un bon petit roman policier : Piégée, prix islandais du roman policier 2016. Il est le premier d’une trilogie « Reyjavik Noir » dont le Tome 2 s’intitule Le filet (2018) et le Tome 3 La Cage (2019).

Nous plongeons vraiment dans le noir islandais. Nous sommes fin 2010, début 2011, en pleine crise économique et boursière islandaise, au moment où le volcan au nom imprononçable est prêt à exploser.

Sonja, jeune maman au départ sans histoire, se retrouve divorcée, sans le sou, sans appartement, quand son mari Adam, riche banquier, et son fils Tomas de 9 ans, la découvrent au lit avec Agla son amante. Pour récupérer au moins une garde alternée de son fils, il lui faut d’urgence de l’argent. Et en empruntant aux mauvaises personnes, elle se retrouve piégée, obligée de devenir passeuse de drogue de l’Europe vers l’Islande, ne sachant comment s’échapper de cette situation et, en même temps, prenant très au sérieux le personnage de femme d’affaires qu’elle a créé comme couverture pour expliquer ses nombreux voyages.

Bragi, un douanier proche de la retraite commence à s’intéresser à cette jolie jeune femme, toujours tirée à 4 épingles, semblant sortie d’un magazine. Quant à Agla, qui travaille dans la finance, elle essaie de faire face à la brigade financière suite à de nombreuses évasions fiscales.

C’est un roman qu’on ne lâche pas, nerveux car composé de chapitres courts de 2-3 pages. C’est une Islande très loin de la carte postale touristique, mais qui semble très réaliste avec des personnages attachants, très chahutés par la vie.

Je viens de terminer le Tome 2, Le Filet, tout aussi passionnant, où on retrouve les mêmes personnages.

Catégorie : Policiers et thrillers (Islande). Traduction : Jean-Christophe Salaün.

Liens : chez Métailié, au Cercle Points.

Le matin est un tigre

Constance Joly, Le matin est un tigre, Flammarion, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Alma, la quarantaine, bouquiniste, est mariée à Jean, acteur. Ils ont une fille de 14 ans, Billie, qui ne va pas bien ; elle souffre d’un mal étrange, que les médecins peinent à diagnostiquer, et dépérit de plus en plus. Alma, si proche de sa fille, se sent responsable de ce mal, qu’elle imagine tel un gros chardon qui étouffe la poitrine de Billie.

Et Alma porte des valises de plus en plus lourdes au fur et à mesure de la maladie de Billie – Alma qui n’a jamais vraiment réussi à affronter les problèmes et qui, depuis toujours, se réfugie un peu trop dans ses rêves pour ne pas affronter les difficultés de la vie.

Un joli premier roman, sortant des sentiers battus, empreint de poésie et de botanique, un peu surréaliste, qui parle de Breton, Queneau et Vian. Une écriture fine, imagée, et la très belle histoire d’un trop plein d’amour maternel et filial.

Ce livre fait partie de la sélection 2019 du prix Lire Elire des Bibliothèques pour Tous Nord Flandre.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La sirène et le scaphandrier

Samuelle Barbier, La sirène et le scaphandrier, éd. Hugo Cie, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

La couverture bleue l’annonce dès le départ, c’est un roman d’été, à lire tranquillou au bord de la piscine, un verre glacé à la main. Certes, dès le début, on se doute un peu de la fin, mais je suis une bibliothécaire bénévole qui pense que quasi tout livre mérite d’être lu pourvu qu’il apporte du plaisir au lecteur.

Zach, texan, la trentaine, vient d’être emprisonné à New York : il en a pris pour six ans. Bien décidé à ne pas faire un jour de plus, il suit les conseils d’un animateur et décide, pour s’occuper et rester zen, de correspondre avec une jeune femme.

Hannah, la trentaine aussi, est londonienne et tout aussi prisonnière que Zach car elle souffre depuis deux ans d’une profonde agoraphobie qui l’empêche de quitter son domicile. C’est son psy qui lui a conseillé cette correspondance.

De lettre en lettre, car ce roman est épistolaire (et ça j’aime car je trouve que ce type de roman est rare), Zach va apprendre à supporter son long enfermement et Hannah à quitter la prison qu’elle s’est elle-même construite.

Un roman à deux voix, qu’on ne quitte pas. L’histoire de deux êtres qui se sauvent mutuellement. Pas le roman de l’année, mais un bon petit plaisir de lecture, car l’écriture est belle.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Ce livre a reçu le Prix Télé-Loisirs du roman de l’été.

Les mains de Louis Braille

Hélène Jousse, Les mains de Louis Braille, J.-C. Lattès, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

Plus qu’une biographie, ces Mains de Louis Braille est un roman, un bon premier roman touchant qui se lit avec plaisir et aisément.

Constance, scénariste, a perdu il y a peu son époux, malade et qui était devenu aveugle en fin de vie. Ensemble, ils avaient commencé à étudier le braille. Un ami réalisateur, Thomas, voyant combien elle peine à se remettre du décès, lui propose alors d’écrire le scénario d’un biopic sur Louis Braille. Constance va finir par se prendre au jeu, aidée d’un jeune étudiant en histoire car on connaît bien peu de choses de la vie de Louis.

Ce roman va se construire des récits alternés des recherches de Constance, de ses ressentis notés dans un carnet rouge au fur et à mesure de l’écriture, et des pages du scénario biographique qu’elle écrit sur Louis Braille, enfant devenu aveugle par accident à l’âge de trois ans en 1812. Louis est un enfant précoce à haut QI ; suite à sa cécité, il va être protégé par tout le village et poussé par l’instituteur, le maire et le curé pour intégrer l’Institut Royal des Aveugles de Paris, et n’aura qu’une envie : pouvoir enfin lire ! Car « même si on sait tous que la vie n’est pas dans les livres, il y a dans les livres quelque chose qu’on ne trouve pas dans la vie ».

Il y a en fait deux héros dans ce roman : Louis et Constance, aussi attachants l’un que l’autre, deux héros et deux époques. Hélène Jousse met à l’honneur un inventeur magnifique dont on ignore quasi tout, mort de tuberculose à quarante-trois ans mais qui, en si peu de temps, a bouleversé à tout jamais la vie de millions d’aveugles.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le Bourreau de Gaudi

Aro Sáinz de la Maza, Le Bourreau de Gaudi, Actes Sud (Actes noirs), 2014

Par Sylvaine Micheaux.

Un nouvel auteur pour moi, avec un nouveau héros, flic bien sûr, barcelonais jusqu’au bout des ongles, Milo Malart.

On m’a dit :  » Toi qui reviens de Barcelone, il faut que tu lises ce livre.  » J’ai pris le pavé, 663 pages, et je n’ai pas été déçue.

Un homme en flammes est trouvé, accroché au balcon de la Pedrera, casa emblématique de Barcelone réalisée par Gaudi. Cet homme, haut responsable de La Caixa, grande banque espagnole, a été enlevé et torturé.

Milo Malart, policier sous le coup d’une mise à pied sans solde et mal vu par sa hiérarchie, est rappelé d’urgence. Ce policier à l’esprit torturé, comme souvent dans les polars actuels, est malgré tout considéré comme le meilleur enquêteur de Barcelone, personnage solitaire mais arrivant à se mettre dans la peau et la tête des assassins. On lui adjoint une jeune inspectrice, Rebecca, qui doit le surveiller et calmer ses initiatives.

Meurtre isolé ou tueur en série ? Surtout que le président de la fondation Gaudi disparaît également : est-il en fuite, après avoir détourné des millions d’euros des caisses de l’association ou a-t-il également été enlevé par le tueur ?

Nous sommes en 2010, peu de temps avant que Benoit XVI consacre la Sagrada Familia, dont l’intérieur est enfin achevé. Le temps presse, surtout s’il s’agit d’un tueur en série.

Le Bourreau de Gaudi est un excellent policier, haletant, mais roman noir. On visite tout Barcelone, les beaux et les moins beaux quartiers. Les œuvres réalisées par Gaudi sont omniprésentes (d’ailleurs je m’étais fait la réflexion : « Que serait Barcelone sans Gaudi et ce tourisme à tout va ? »). On plonge dans la politique locale, dans le monde des quatre cents familles qui tiennent les finances, les institutions et la politique et dans le monde des personnes expulsées sauvagement, d’abord avant 1992 pour moderniser Barcelone en vue des J.O., et ensuite lors du virage de la ville vers le tourisme de masse.

Peut-être un peu noir pour une lecture d’été.

Catégorie : Policiers et thrillers (Espagne). Traduction : Serge Mestre.

Liens : chez l’éditeur.

Complot

Nicolas Beuglet, Complot, XO éd°, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Alors que Sarah Geringën, ancienne militaire de l’armée norvégienne ayant servi en Afghanistan et devenue inspectrice de police, s’installe tranquillement dans sa nouvelle demeure dans une île en face d’Oslo avec Christopher son mari, ex correspondant de guerre, et le fils adoptif de celui-ci, un hélico des forces spéciales vient la chercher pour une mission top secret : la première ministre norvégienne vient d’être trouvée assassinée, nue et martyrisée, tout au nord du pays. Quel secret cachait-elle pour qu’on la tue de cette manière ?

C’est le début d’un intense thriller qui va nous emmener du grand nord au Liban, dans la cité antique de Byblos, le mystère ayant ses sources 2700 ans auparavant, et même à Rome. Car après la mort de la première ministre, deux autres femmes sont en grand danger. Pourquoi ? Comment  les identifier ? Quel complot essaie de les éliminer ? Sarah, aidée de Christopher, va mener l’enquête, parfois poursuivie, parfois devancée par le meurtrier.

C’est un roman qu’on ne quitte pas, bien écrit, très cinématographique, vraiment documenté et – incroyable mais vrai – très féministe. Nicolas Beuglet, que je ne connaissais pas, est de la veine des Thilliez, Minier et autre Dan Brown (pour la partie complot). Complot est son second roman, après  » Le Cri » dans lequel je vais me plonger très rapidement.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

Les Rêveurs

Isabelle Carré, Les Rêveurs, Grasset, 2018 (disponible en Poche)

Par Sylvaine Micheaux.

Au départ, ce livre est classé en tant que roman. Au fil des pages, on découvre que c’est peut-être une autobiographie, un peu romancée, dont la narratrice s’appelle Isabelle.

Années 70 : une très  jeune femme, issue d’une famille aristocratique de province peu aimante, se retrouve exilée, enceinte et abandonnée par le père de l’enfant, dans un studio de banlieue,  tout proche de la maternité où elle est censée accoucher et abandonner son fils. Elle doit mener sa grossesse loin du qu’en dira-t-on.

La rencontre avec un jeune étudiant des beaux-arts va changer la donne : il reconnaît son enfant, l’épouse, devient un styliste reconnu et la famille, qui s’est agrandie d’une fille, Isabelle, et d’un autre fils, emménage dans un grand appartement à la décoration extravagante, aux murs peints en rouge et décoré de toiles angoissantes peintes par le père. Comment peuvent grandir trois enfants quand ils ne peuvent s’appuyer sur leurs parents ? Avec une mère qui traverse la vie la « pensée le plus souvent capturée à des années lumières, la démarche fantomatique » ; un père qui rêve également, car le rêve est plus beau que la réalité. Les parents sont déjantés et dépressifs, et les enfants essaient de se construire, en quittant parfois la réalité eux aussi.

L’écriture est telle qu’on imagine l’écrivaine, douce, belle et délicate. Un beau roman qui parle de la part d’ombre qui existe dans chaque famille.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez Grasset, au Livre de Poche.

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