Mille soleils

Nicolas Delesalle, Mille soleils, Ed. Préludes, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Ils sont quatre en Argentine : trois scientifiques, Wolfgang, Vadim et Alexandre, spécialistes de l’atome et des étoiles, et un journaliste, Simon, chargé d’un reportage sur eux.

Ils sont dans un 4×4, de retour vers l’aéroport de Mendoza après 5 jours passés ensemble dans la pampa désertique. Ils croisent sans y prêter attention Mathilda, une cinquantenaire qui descend, seule, en vélo de l’Alaska vers la Terre de Feu.

Vadim conduit vite, très vite, trop vite et c’est l’accident loin de tout, sur la piste au milieu de nulle part. En attendant d’hypothétiques secours, nous plongeons dans l’histoire de ces cinq personnages, dans leur vie passée, leurs pensées, leurs envies, leurs angoisses.

Cinq beaux portraits, une belle écriture mais, personnellement, mon avis est mitigé ; j’ai trouvé l’auteur bavard, trop bavard ; beaucoup de phrases courtes, de mots juxtaposés. Malgré tout, une belle plongée dans l’âme humaine.

Ce livre fait également partie de la sélection du Prix Lire Elire de la Bibliothèque Pour tous de la région Nord Flandres [comme Denali].

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

La chorale des dames de Chilbury

Jennifer Ryan, La chorale des dames de Chilbury, Albin Michel, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Ce roman épistolaire se passe à la fin de la drôle de guerre et au début de la bataille d’Angleterre (1940). Le petit village de Chilbury dans le Kent est confronté au départ de ses hommes à la guerre sur le Continent et aux premiers fils morts de la blitzkrieg.

La chorale de l’église n’a plus d’hommes et doit fermer, mais arrive une professeure de musique, Miss Trent, qui décide de créer une chorale entièrement féminine. Shocking pour certains. À travers les lettres envoyées par certains membres de cette chorale ou leurs journaux intimes, on découvre comment le village s’installe dans la guerre,  la prise de pouvoir de certaines femmes qui ont des envies d’émancipation, la dureté des premiers bombardements, etc.

C’est un petit roman qu’on prend plaisir à lire, de la veine du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, tour à tour plein de d’humour ou de gravité. Un bon roman de vacances, très anglais, sans plus.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (Grande-Bretagne). Traduction : Françoise du Sorbier.

Liens : chez l’éditeur ; critique du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.

Denali

Patrice Gain, Denali, Ed. Le Mot et le Reste, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

Le mont Denali est le nouveau nom, indien, du Mont Mac Kinley, plus haut point d’Amérique du Nord avec ses 6.190 mètres.

Le père de Matt Weldon ne revient pas de son ascension du Mont Denali. Sa mère choquée est hospitalisée, son frère ainé Jack, incontrôlable, est aux abonnés absents. Matt, 14 ans, va donc vivre chez sa grand-mère dans les immensités du Montana. Au décès de celle-ci, livré à lui-même dans une nature magnifique mais hostile, face à la dureté de ses habitants, Matt va se confronter au passé de son père, de sa famille, au pourquoi de cette ascension meurtrière.

On est dans un magnifique roman d’aventure, hommage aux grands de la littérature américaine, à la beauté de la nature sauvage. On le lit d’une traite ; le roman est haletant, plein de rebondissements ; l’écriture est belle et l’auteur français, alpiniste lui-même, nous décrit remarquablement bien les paysages du Montana, ceux d’Au milieu coule une rivière de Robert Redford.

P.S. : Ce roman fait partie de la sélection du Prix Lire-Elire, proposé par les Bibliothèques Pour Tous de la région Nord-Flandres (voir aussi Mille soleils).

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Couleurs de l’incendie

Pierre Lemaître, Couleurs de l’incendie, Albin Michel, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Même si Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie font partie d’une trilogie, ils peuvent se lire totalement indépendamment. Certes l’héroïne du tome 2 fait partie du tome 1 (elle est la sœur d’Edouard Péricourt), mais on ne revient quasi jamais sur la première histoire, et les 2 romans ont chacun un vrai début et une vraie fin. Je suppose donc que le tome 3 sera également indépendant.

On retrouve Madeleine Péricourt, jeune divorcée, mère de Paul (7 ans), fille de Marcel Péricourt (grand banquier), le jour de l’enterrement de son père, où se presse le Tout Paris. Son fils Paul, pour une raison inconnue, se défenestre au départ de la cérémonie. Gravement blessé, il va rester handicapé. Madeleine, seule héritière de la fortune de son père, va se consacrer uniquement aux soins de son fils, prêtant peu d’attention à la gestion de sa fortune et aux vautours qui l’entourent : Gustave Joubert, le bras droit de son père, et Charles Péricourt, son oncle, qui s’estiment grandement lésés et déshérités par le testament.

Dans le Paris flamboyant de l’entre-deux-Guerres, avec la crise de 29 qui se profile, la montée du fascisme et du nazisme, on retrouve les thèmes chers à Pierre Lemaître : la corruption politique, le pouvoir de la presse, les magouilles boursières, l’avidité au gain et la vengeance.

Très bon roman, très rythmé, plein d’imagination et de rebondissements (Pierre Lemaître est au départ un auteur d’excellents polars et on le retrouve dans la fluidité de son écriture).

Catégorie : Littérature française.

Liens : Couleurs de l’incendie chez l’éditeur. Voir aussi la critique d’Au revoir là-haut.

Au revoir là-haut

Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, Albin Michel, 2013 (Prix Goncourt 2013)

Par Sylvaine Micheaux.

Novembre 1918, la guerre la plus meurtrière de tous les temps touche à sa fin, mais le lieutenant d’Aulnay Pradelle décide d’envoyer ses troupes pour un dernier assaut – inutile – afin de glaner une ultime médaille. Lors de cet assaut, Albert Maillard se retrouve enseveli dans un trou d’obus et, sentant sa mort venir, il commence à dire  » au revoir là-haut » quand il est sauvé par un compagnon d’armes, Edouard Péricourt. Les deux survivront, même si Edouard fera partie des « gueules cassées », ayant sauté sur une mine.

Le retour à la vie civile est difficile. L’État oublie tous ces hommes qui ont donné leur vie et leur santé pour la France. Mais il y a de l’argent à se faire : si on n’aide pas les vivants, on honore les morts et les 2 amis vont monter une énorme escroquerie aux monuments aux morts. Les politiques, les banquiers, les opportunistes de tout poil ne sont pas en reste, pompant de l’argent de tout côté puisqu’il a été décidé d’enterrer décemment les millions de soldats morts.

Un livre jubilatoire, vif, incisif, cruel, sulfureux. Une autre manière de voir les années d’après-guerre 14-18.

Catégorie : Littérature française.

Liens : Au revoir là-haut chez l’éditeur. Voir aussi la critique du tome suivant celui-ci : Couleurs de l’incendie.

Konbini

Sayaka Murata, Konbini, Denoël & d’ailleurs, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Keiko se rend compte dès la petite enfance qu’elle ne ressent pas les mêmes sentiments que ses petites copines et n’a absolument pas leurs réactions. Pour ne pas avoir d’ennui elle se fond dans la masse. Devenue étudiante, elle trouve un petit boulot dans un Konbini, supérette japonaise ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Là tout est écrit dans un guide : comment remplir les rayons, comment parler aux clients, tout est millimétré. Dix-huit ans plus tard, Keiko y travaille toujours, mais elle n’est pas mariée et n’a pas d’enfant, et elle a 36 ans…

Ce petit livre japonais de 123 pages est un roman satirique et plein d’humour noir sur la société nippone actuelle, où il faut à tout prix entrer dans la bonne case, dans le bon moule. Il a été récompensé de nombreux prix, notamment le prix Akutagawa, l’équivalent japonais du Goncourt.

Un bon petit livre, sans plus. Mais je ne suis pas habituée à la littérature japonaise.

Catégorie : Littérature étrangère (Japon). Traduction : Mathilde Tamae-Bouhon.

Liens : chez l’éditeur.

Lumière noire

Lisa Gardner, Lumière noire, Albin Michel, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Attention très bon thriller, haletant du début à la fin. Mais angoissant, très angoissant. À la fois polar pur, avec la traque du coupable, mais aussi une belle approche psychologique.

Flora, étudiante, se fait enlever par un prédateur sexuel, 472 jours de captivité, en grande partie enfermée dans le noir, torturée par la faim, la soif et la violence. Libérée, son violeur tué, elle met cinq ans pour essayer de se reconstruire, en apprenant l’autodéfense, la survie en milieux extrêmes et en essayant de piéger d’autres prédateurs sexuels… Jusqu’à ce qu’elle se fasse de nouveau enlever et emprisonner dans le noir complet… C’est là que commence le roman.

C’est un roman noir, brut, captivant. On suit simultanément trois récits : celui de Flora de nos jours, celui de Flora lors de sa première captivité, qui va nous expliquer son évolution physique et psychologique, et celui de D. D. Warren, l’enquêtrice favorite de Lisa Gardner. On découvre, en même temps que le bon polar puissant qu’on ne peut laisser, les dégâts que font une séquestration et les violences qui vont avec, et sur la victime et sur la famille de cette victime.

Si vous aimez le genre et que vous n’angoissez pas trop dans le noir, ce roman est pour vous.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Cécile Deniard.

Liens : chez l’éditeur.

Les loyautés

Delphine de Vigan, Les loyautés, J.-C. Lattès, janvier 2018

Par Brigitte Niquet.

C’est le dernier opus de Delphine de Vigan et, comme elle nous y a habitués, il ne ressemble pas aux précédents. Nul ne pourra accuser cet auteur de s’autoplagier et, si chaque livre explore les tréfonds de l’âme humaine et ses infinies possibilités de souffrance, c’est chaque fois sous un angle différent. Après le calvaire d’une femme bipolaire – la mère de Delphine – qui finit par se suicider (Rien ne s’oppose à la nuit), celui d’un auteur peu à peu vampirisé par une pseudo admiratrice peut-être imaginaire (D’après une histoire vraie), voici celui de deux enfants, Théo et Mathis.

Théo est en garde alternée après le divorce de ses parents, situation devenue d’une grande banalité, sauf que… Sauf que le père de Théo n’a pas supporté la séparation, a perdu son emploi, sombre dans l’alcool et la déchéance, et que Théo, malgré son jeune âge (12 ans), va tout faire pour que personne, absolument personne et surtout pas sa mère, ne soit au courant de ce qui se passe la semaine où il est chez son père. Il ne peut pas être loyal avec les deux, il a choisi son camp, celui du plus faible et du plus menacé. Lourd fardeau qui va le tirer vers le bas et le faire choir dans des abîmes d’où il ne pourra remonter et où il va plus ou moins entraîner Mathis.

Des adultes pourraient les sauver mais, quand ils ne sont pas englués dans leurs propres problèmes, comme Cécile, la mère de Mathis, ils sont impuissants faute de moyens, comme Hélène, la prof principale de la 5eB.

L’histoire nous est livrée tour à tour par les voix de ces deux femmes, qui se racontent à la 1e personne, et par le biais de Théo et de Mathis, dont le narrateur parle à la 3e personne, peut-être parce que les enfants, trop jeunes, n’ont pas encore « les mots pour le dire ». Cette alternance soutient l’intérêt du lecteur qui, d’ailleurs, n’en a pas besoin, tant ce petit livre est dense. Il est aussi glaçant, plus encore que les précédents de Delphine de Vigan, sans doute parce que, cette fois, les victimes sont des enfants et qu’on a l’impression que cela se passe (ou peut se passer) près de nous, si près que nous en sommes aveuglés et ne pourrons dire « après » que le sempiternel « On n’a rien vu », « On n’a rien fait parce qu’on ne savait pas »… Triste constat.


L’avis de Sylvaine Micheaux :

Roman à 4 voix. Théo, 12 ans, parents divorcés, vit en garde alternée. Mathis, son meilleur ami, suit tout ce que fait Paul, parfois malgré lui. Cécile, la maman de Mathis, se demande si elle connaît aussi bien son mari qu’elle le pense. Hélène, la prof de SVT des garçons, s’inquiète. Elle pense ressentir un mal profond chez son élève Paul. Elle -même est une enfant maltraitée, et elle reste hypersensible sur le sujet.  En fait-elle trop ?  » Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d’autre que ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. Et tenir les promesses de l’enfant que nous avons été  » (page 157).

Ce roman explore les loyautés, entre amis, entre adultes (parents divorcés ne se parlant plus ou parents mariés), entre adulte et enfant…

Cette histoire dure, douloureuse, nous prend dès le départ et on ne lâche plus. On y retrouve la Delphine de Vigan de No et Moi, des Heures Souterraines.

Bouleversant. À lire.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Entre deux mondes

Olivier Norek, Entre deux mondes, Michel Lafon, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

Mon premier coup de cœur 2018, ou plutôt mon premier coup de poing.

Son auteur, Olivier Norek, est flic dans la vraie vie. Il y a deux meurtres et les héros sont deux policiers : syrien et français. Mais ce livre est vraiment tellement plus ! Il risque de modifier tellement nos certitudes et nos opinions. Il est puissant, dur à lire, mais on ne peut pas le laisser.

Adam est un policier syrien mais fait partie d’un mouvement anti-Bachar el Assad. Sentant son arrestation proche, il envoie sa femme bien aimée et sa petite fille en France, via la Libye ; il les suivra dès que possible et les retrouvera à Calais, dans la Jungle, pour un passage vers l’Angleterre. Lorsqu’il arrive à Calais, il cherche sans relâche son épouse et sa fille… Bastien est un lieutenant français qui vient d’être muté sur Calais, à sa demande, pour aider son épouse dépressive suite au décès de son père. Il a également une fille, une jeune ado. Je n’en dirai pas plus.

Nous plongeons dans le quotidien de la Jungle, des policiers et CRS de Calais. Personne n’est tout blanc, personne n’est tout noir (sans mauvais jeu de mots) : pas de gentils policiers et de méchants migrants ou l’inverse, mais un monde dur et réel… On sent que l’auteur connaît profondément le sujet. Il nous fait un récit noir, précis, honnête. Entre deux mondes.

A lire à tout prix.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur ; interview d’Olivier Norek sur RTL.

On la trouvait plutôt jolie

Michel Bussi, On la trouvait plutôt jolie, Presses de la Cité, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

On la trouvait plutôt jolie, Leyli, elle n’arrivait pas de Somalie, Leyli, mais du Mali.

Elle se démène, Leyli, pour offrir une belle vie à ses trois enfants. Après avoir obtenu enfin un CDI, elle se bat pour avoir un F5 (*) car à quatre dans un F2 c’est vraiment trop petit. Mais autour d’elle sévit une tueuse (en série ?) dont les victimes mâles, après avoir subi une prise de sang, meurent vidées de leur sang. Elle, ses enfants, Jourdain Blanc-Martin, le président millionnaire d’une association d’aide aux migrants, sont dans le collimateur de la police.

Un sacré suspense, dans l’air du temps sur fond de migrations clandestines et de traite d’humains. Une fin incroyable et introuvable qui donne envie de relire le bouquin pour comprendre comment on s’est fait embarquer alors qu’on croyait avoir tout compris très vite.

Bref, un bon polar, bien écrit – Bussi, quoi ! – pour pimenter vos vacances de fin d’année.

Catégorie : Policiers et thrillers (France).

Liens : chez l’éditeur.

(*) Typologie française indiquant le nombre de pièces que contient un appartement.

L’art de perdre

Alice Zeniter, L’art de perdre, Flammarion, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

L’art de perdre est une saga familiale qui commence vers les années 1930 avec Ali, fils de pauvres paysans kabyles, qui s’engage dans l’armée française à la mort de son père, en 1942.

A la libération il redeviendra paysan dans sa Kabylie natale et sa vie va se poursuivre, avec des coups de chances et d’heureux événements, comme la naissance de son fils Hamid. En 1954, c’est le début des « évènements », et Ali va passer les années de guerre à louvoyer entre les Français et le FLN pour protéger sa famille, ses amis et son village. Il emmènera finalement sa famille en France.

Alors, après Ali, nous suivrons Hamid, le fils à qui le père ne parle jamais de l’Algérie et qui finira par presque oublier sa langue maternelle, et reniera le plus possible sa part kabyle. Sa fille Naïma, jeune femme moderne, va se replonger dans son histoire suite aux attentats de 2015 et partir à la découverte de la vie de ses grands-parents, de sa famille paternelle et de leur pays d’origine.

Alice Zeniter nous propose un très beau roman (avec une trame autobiographique puisque Alice est petite fille de harki, fille de harki, née elle aussi d’une union mixte), plein d’émotion et d’amour, même si Ali et Hamid restent muets n’ayant pas les mots pour le dire. Des personnages fracassés par l’Histoire. Un roman poignant sur l’exil, les racines, l’héritage familial, et qui permet de comprendre pas mal de faits à ceux qui étaient petits ou qui n’étaient pas nés en 1962, ou qui n’ont pas  étudié cette période de l’Histoire .

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Le jour d’avant

Sorj Chalandon, Le Jour d’avant, Grasset, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

J’ai un faible pour Chalandon, et Le Jour d’avant est vraiment mon coup de cœur de la rentrée.

Nous sommes dans la région des mines, Liévin. Joseph et Michel Flavent, fils d’agriculteur, ne veulent pas suivre les traces de leur père. Ils sont fous d’automobiles et de Steve McQueen dans Le Mans. Joseph, l’ainé, n’ayant pas les moyens d’avoir le bolide rêvé, s’éclate en retapant une vieille pétrolette. Il sera d’abord mécanicien, mais ne voulant pas passer pour un lâche rejoindra finalement, à 20 ans,  ses copains à la mine, fosse 3 à Liévin, comme si c’était écrit qu’il faille y descendre. Michel, le petit frère, en adoration devant Joseph, compte bien le suivre.

La vieille du 27 décembre 1974, les deux jeunes font une virée nocturne en mobylette. Ce sera la dernière, car le lendemain à 6 h 19, c’est le coup de grisou dans la fosse 3, mal entretenue après cinq jours d’arrêt pour Noël. Quarante-deux corps seront remontés. Joseph, blessé, ne mourra que quelques jours plus tard et ne sera pas compté comme victime de la mine.

Se développent en Michel, inconsolable,  une colère et une haine contre les houillères et le chef porion qui n’a pas bien fait son boulot, attisées lors du suicide du père qui lui demande de les venger de la mine. Michel quitte la région, se marie, mais entretient sa colère en collectionnant tout ce qui se rapporte à la mine, à Liévin, aux camarades décédés. Quarante ans après, au décès de sa femme, il décide de retourner dans sa région.

On oscille donc, dès le départ, entre 1974 et 2014. Il se passe ensuite beaucoup de choses et des révélations très étonnantes. Je n’en dirai pas plus. Mais les choses ne vont pas forcément se passer telles qu’on les imagine.

C’est un roman fort, prenant, parfois violent, mais tellement émouvant et étonnant. On se remémore une réalité, oubliée depuis 40 ans. Une belle peinture d’une époque et d’une terrible humanité.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Images et interviews d’époque sur France 3. Et pourquoi pas, dans un autre genre, Steve McQueen au Mans.

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