La femme en moi

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (U.S.A.)
Par Florence Montségur

Britney commence par énumérer les différentes étapes de son enfance : parents, école, ses débuts dans la musique. J’ai trouvé cela froid, factuel, mais intéressant. On comprend bien le milieu social dont elle vient. Le schéma est classique : Amérique profonde, père alcoolique, mère impuissante, maigre éducation. Tout ce que voulait, tout ce que veut Britney, c’est danser, chanter et s’amuser. L’écriture — des phrases courtes, simples, au passé composé, s’enchaînant comme dans une rédaction d’enfant — n’arrange rien à cette impression de pauvreté intellectuelle. Et Britney reste démunie dans les circonstances graves de son existence. Elle ne sait par exemple pas qu’elle a le droit de choisir son avocat quand son père veut la mettre sous tutelle.

Il était important qu’on entende ce qu’elle avait à dire sur ce sujet qui a fait l’actualité. Ce qui ressort avant tout, c’est l’extrême solitude de cette toute jeune femme au moment de son premier puis de son second chagrin d’amour, de la naissance de ses enfants et de sa dépression post partum. Elle est très démunie et très mal entourée. Elle perd pied. À quel point ? C’est difficile à dire, mais il est certain que le juge qui a décidé de sa mise sous tutelle a fait un très mauvais choix : son père et toute la famille sont à la fois trop bêtes et trop malsains. Et les paparazzi n’arrangent rien.

C’est donc une femme brisée par des années d’emprise qui s’adresse à nous dans son processus de reconstruction. Elle est dans un tel état qu’on ne peut que la plaindre — et trouver aussi bien le titre du livre que la photo de couverture sans relation avec le contenu. Sauf peut-être pour le regard triste.

À lire si vous aimer sa musique et que vous voulez en savoir plus sur le personnage ou le monde du show-biz ; pour avoir le témoignage d’une vie sous les flashs des photographes (*), ou pour comprendre comment une personne peut être instrumentalisée et perdre tout pouvoir sur elle-même.

*

Britney Spears
La femme en moi
Traduction : Cyrille Rivallan et Marion Roman
Éditions JC Lattès
2023

(*) Dans le même ordre d’idées, voir aussi Le suppléant (Prince Harry) et Initiales B.B. (Brigitte Bardot).

Meilleur album

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (France)
Par Jacques Dupont

Je n’aurais pas lu ce livre s’il n’y avait eu cette série spéciale des Yeux dans les livres, à laquelle je dois donc la découverte du « fils de … », lequel se révèle être un homme on ne peut plus sympathique.

Sympathique parce que modeste, honnête, travailleur, et gentil d’une gentillesse authentique.

Alors que la plupart des « fils de » sombrent dans la prétention ou la mélancolie, faute de pouvoir se faire un prénom, David Hallyday, lui, travaille, intensément. La batterie, la composition, la production. Et sa carrière, même si elle apparaît discrète, comporte de très beaux succès, dont évidemment l’album écrit pour son père (« Sang pour sang »), sublime contredon pour un père abandonnique. David pourtant ne lui en veut pas excessivement, et range les absences du père au rayon de la frustration plutôt qu’à l’invective ou au reproche permanent.

De même qu’il ne développe ni ne s’étend sur la succession, ce qu’au décès du taulier, on a appelé « l’affaire Hallyday ». Loin de cela, il déclare l’amour qu’il porte aux filles adoptives du couple Johnny et Laetitia, et pour sa sœur Laura.

J’aimerais bien, pour un bonheur plus complet, aimer les compositions et les interprétations de David, mais après quelques tentatives sur Spotify, j’ai laissé tomber.

Je suis heureux, en tout cas, d’avoir rencontré davantage ce David, qui décidément me plaît beaucoup, et je regrette que son monde soit si éloigné du mien. Étrange rencontre, finalement, au pays des yéyés.

Le livre, je l’espère, plaira aux fans. Il a été écrit – de vive voix – pour eux. Je leur souhaite une bonne lecture. 

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David Hallyday
Meilleur album
Éditions du Cherche Midi
2023

Et moi, et moi, et moi

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (France)
Par Anne-Marie Debarbieux

Dans cette autobiographie rédigée avec brio et humour à 80 ans, Dutronc retrace les étapes d’une carrière brillante à la fois dans la chanson et le cinéma. Il évoque de multiples rencontres avec de nombreuses personnalités qui ont émaillé sa carrière artistique et sa vie personnelle. Il nous livre mainte anecdote qui nous amuse, nous émeut ou nous fait rêver. Il fait revivre toute une époque.

C’est enlevé, écrit dans un style alerte, rempli d’anecdotes amusantes ou émouvantes. On se laisse prendre bien volontiers au ballet des concerts, des tournages, des projets ou des frasques qui ont jalonné une vie d’artiste assez inclassable. Et l’évocation des grands noms d’artistes qu’il a côtoyés ou avec lesquels il a travaillé nous fascine et fait revivre des chansons maintes fois écoutées, des films parfois vus et revus, des personnalités que nous aurions aimé rencontrer.

Dilettante, désinvolte, provocateur, c’est l’image que Dutronc donne souvent de lui, l’image qu’il cultive tout en la nuançant. Car ce dilettante qui  décrète que « travailler, d’accord, mais encore faut-il en avoir le temps », qui raconte ses frasques avec une certaine complaisance amusée, dit aussi que ceux qui le réduisent à un type cool et déconneur se trompent. Car il se définit aussi comme pudique, parfois timide et n’aimant pas inquiéter ses amis. Ce bavard aime aussi le silence, cet homme de scène aime la solitude, ce parisien n’aime rien autant que son refuge en Corse avec ses chats. Et ce dilettante a sans doute travaillé bien plus qu’il ne le laisse croire.

Sans être une inconditionnelle de Dutronc que je considère comme un artiste brillant mais qui n’atteint pas cependant le niveau des plus grands dont il a parfois été très proche, j’ai pris plaisir à cette lecture. Je regrette seulement que les allusions à Françoise Hardy soient assez peu nombreuses. Dutronc le souligne lui-même d’ailleurs mais sans s’en expliquer. Ce qui conforte l’idée de pans de vie soigneusement préservés. 

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Jacques Dutronc
Et moi, et moi, et moi
Éditions du Cherche Midi
2023

Initiales B.B.

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (France)
Par Catherine Chahnazarian

Brigitte Bardot n’est pas qu’une femme libre, féministe avant l’heure. Est-elle d’ailleurs cette femme-là ? Fragile, ne supportant pas la solitude, sans cesse à la recherche de piliers pour la soutenir, l’image de la femme libre en prendrait un coup si Brigitte n’avait pas en même temps une obstination à faire ce qui lui plaît, moyennement attachée aux convenances. Après la guerre, elle veut vivre ! C’est pourquoi elle se sent libre de tomber et retomber amoureuse et de se laisser aller à ses pulsions… Une coureuse ? Certainement pas. Une infidèle ? Dans le milieu bourgeois qui l’a vue naître, sans doute ; dans le milieu du cinéma, quelle importance ? La morale n’a pas grand-chose à voir dans tout ça, il s’agit simplement d’être soi. Égocentrisme peut-être, mais spontanéité naïve aussi, une candeur qui la rend superstitieuse et la maintient longtemps dans une timidité étonnante : on l’imagine toujours sûre d’elle, s’affirmant, faisant des choix réfléchis, alors que bien des situations la trouvent perdue voire paniquée, incertaine de ce qu’elle vit, de ce qu’il faut faire. Elle est tantôt un chaton pris dans des phares au milieu d’une route, tantôt une lionne dont, même comme lecteur, on peut se sentir agressé. Sa manière de raconter, cash, brutale parfois, citant des noms sans souci de froisser ou de s’attirer un procès, est encore bien elle, simplement elle – non sans limite pourtant, non sans éthique, et non sans humour !

Brigitte paraît monolithique et sa dureté même est touchante : l’expérience semble avoir peu amorti les chocs, relativisé les conflits, apaisé les tensions, adouci les opinions. Cet être complexe, fragile et déterminé à la fois, on ne peut (commencer à) le comprendre qu’en se souvenant que c’est enfant qu’elle a traversé la Seconde Guerre mondiale, et en tant que jeune femme qu’elle a vécu la Guerre d’Algérie ; qu’en sachant que ses parents se sont montrés d’une dureté incroyable ; qu’en considérant sérieusement cette renommée inouïe qui a fait d’elle la première artiste française à vivre l’enfer d’être attendue au bas de chez elle, poursuivie dans la rue, etc. Ce harcèlement, qui nous semble aujourd’hui presque normal tant il est généralisé, est décrit dans Initiales B.B. de l’intérieur, par une femme qui, à 30 ans à peine, avait à peu de choses près sa carrière derrière elle.

Souvenirs, anecdotes, opinions — sur son enfance, ses débuts, le cinéma, ses voyages, ses parents, ses amis, ses amants, des acteurs, les animaux… Et quelques photos.

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Brigitte Bardot
Initiales B.B.
Éditions Grasset
1996, réédité en 2020

Viscères

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Policiers et thrillers (Grande-Bretagne)
Par Julien Raynaud

On ne présente pas Mo Hayder, de son vrai nom Clare Dunkel, décédée en 2021 : reine du polar, du crime, de l’enquête glaçante et bien ficelée. Dans Viscères, Wolf selon le titre original, le talent de Mo Hayder consiste à tirer plusieurs fils, de façon à façonner une intrigue qui aurait pu prendre diverses directions. L’auteure va vous cueillir à froid, car dès le début du livre, une surprise vous cloue sur place. Et il y en aura d’autres.

Parfois présenté comme le tome 7 des enquêtes de l’inspecteur Caffery, ce dernier opus peut tout à fait être lu de manière indépendante. En tous cas, comme souvent, c’est encore mieux de l’aborder sans rien savoir, sans même lire la quatrième de couverture.

On lit ici ou là que Viscères « est en cours d’adaptation pour la BBC ». Ce sera un sacré film.

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Mo Hayder
Viscères
Traduction : Jacques Martinache
Les Presses de la Cité
2015

Existe en Pocket

13 à table ! (hiver 2023-2024)

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Nouvelles et textes courts
Par Catherine Chahnazarian

En refermant le livre, je me suis dit : Voilà du grand Franck Thilliez, en quelques pages à peine, avec un poil de nostalgie, une dose de fantastique et une excellente chute. Mais « Miroir » n’est pas la seule nouvelle de ce recueil à m’avoir emballée. Maxime Chattam m’a cueillie avec « 22. » : c’est dense, intense, et ça contourne habilement l’inconvénient classique des récits courts, la moralité de comptoir, naïve ou si directe qu’elle en perd tout crédit. Karine Giebel s’est habilement glissée dans la peau d’une jeune Chloé que j’ai eu l’impression de comprendre. Philippe Jaenada fait, avec « Garçon Crépon », une saillie anticléricale vivante et pleine d’humour… Voilà pour mes préférées de l’année mais il y en a dix autres ! Car, comme chaque année à la même époque, les Restos du Coeur sortent un recueil de nouvelles d’auteurs français dont tous les bénéfices vont à ceux qui ont besoin des Restos pour survivre. Et comme l’an dernier, Cyril Lignac se joint à la bande, avec une recette de cuisine qui parlera à plus d’un : un cake marbré au chocolat à faire en famille, ou pour la famille, ou pour les amis, ou pour soi tout seul mais ce serait dommage de ne pas partager. Car c’est bien le principe des Restos : partager !

1 livre = 5 repas

Et on trouve le livre dans toutes les libraires, au supermarché… Pour 6 euros, vous vous régalez et vous régalez des bénéficiaires des Restos.

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Les Restos du Coeur
13 à table !
Éditions Pocket
2023

Tous nos articles sur cette publication annuelle sont disponibles à la rubrique « Restos du coeur« .

Cher connard

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Littérature française
Par Marie-Hélène Moreau

Le roman épistolaire est un genre littéraire risqué. Souvent artificiel, il peut vite lasser son lecteur. Rien qui puisse effrayer Virginie Despentes qui en reprend les codes dans ce roman au titre un peu trop racoleur. C’est toutefois avec quelques préventions que l’on ouvre ce livre, préventions accentuées pour certains, dont je fais partie, par le tempérament radical et clivant de l’auteur. La curiosité l’emporte cependant.

L’histoire est dans l’air du temps. Oscar Jayack, romancier à succès rattrapé par un scandale de l’ère Metoo, est accusé de harcèlement moral et sexuel par une ancienne attachée de presse, Zoé Katana. Notamment alimenté par le blog féministe de cette dernière, un déferlement numérique s’abat sur lui et bouleverse sa petite vie d’intellectuel bon teint quoique passablement alcoolique. C’est dans cette période de déstabilisation profonde qu’il se laisse aller à un commentaire déplacé sur le physique de Rebecca Latté, une actrice vieillissante qu’il croise par hasard dans la rue, déclenchant en retour une réponse commençant par le fameux “Cher connard” qui inaugurera leurs nombreux échanges.

Ces deux-là se connaissent. Plutôt, se connaissaient. Dans leur vie d’avant, enfants de milieux modestes, ils vivaient tous deux dans une petite ville de province où ils étaient promis à un avenir terne avant que le destin n’en décide autrement. Elle était amie avec sa sœur, lui l’admirait en secret et, cette histoire commune faisant ressurgir ça et là quelques souvenirs d’enfance, leurs échanges passeront progressivement du bras de fer rageur aux confidences désabusées autour, lui, de son couple et sa paternité ratés, elle, de sa carrière à la peine et ses addictions. L’arrivée du Covid et ses confinements successifs contribuera encore à renforcer leur lien.

Réflexions sur le patriarcat, le féminisme et ses combats internes, sur la notoriété et le rapport à la vieillesse, sur les addictions et la famille, Cher connard balaye un grand nombre des préoccupations de notre époque en y portant un regard relativement dépourvu de caricature et de manichéisme ce qui n’est pas une mince affaire. On peut trouver la démarche opportuniste mais il faut reconnaître à Virginie Despentes une acuité intéressante sur tous ces sujets comme si, à l’image de ses deux personnages, elle avait pris un recul salutaire et trouvé avec le temps une forme d’apaisement. Et puis il y a du style, là-dedans, il faut le reconnaître, une autre raison, s’il en fallait une, de faire la connaissance de ce Cher connard.

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Virginie Despentes
Cher connard

Éditions Grasset
2022

3 livres à succès qui nous ont plutôt déçus

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Les Armes de la Lumière

Littérature anglophone (Royaume-Uni)
Stylo-trottoir : ce que Pierre vient de lire

Les Armes de la Lumière sera le dernier opus de la fresque de Kingsbridge commencée avec Les Piliers de la Terre. Pierre nous avait parlé d’Une Colonne de Feu. Ce roman-ci se passe deux siècles après le précédent (Le Crépuscule de l’Aube).

« On est au temps des filatures, de l’évolution avec les premières machines à vapeur, la montée des syndicalismes, travailleurs contre patrons, et les guerres napoléoniennes », explique Pierre avec un enthousiasme modéré. Car, pour lui, le roman reste assez classique, les personnages se partagent entre les bons et les moins bons… Un effet de lassitude devant le Xème roman de Ken Follett conçu de la même façon ? « Mais ça se lit et on a envie de connaître la suite. »

Angle mort

Policiers et thrillers (Grande-Bretagne)
Une brève de Florence Montségur

Je viens de relire les articles sur La fille du train et Celle qui brûle. La régression s’accentue, hélas. Angle mort est décevant. Il y a peu de substance, peu de psychologie, peu de suspense… Les ingrédients sont classiques et employés platement (il y a de l’orage quand les choses vont mal). On sent que l’auteure devrait respirer un peu, attendre la bonne histoire et une réelle envie d’écrire. Je l’ai fini car il se lit vite et que ce sont les vacances.

Rocky, dernier rivage

Littérature francophone (Belgique)
Par Catherine Chahnazarian

J’ai lu ce roman presque d’une traite, en me demandant sans cesse « Mais où vont ces personnages ? », « Mais où va l’auteur ? ». Et j’ai été déçue par la fin, mais ce n’est pas ce qui compte. C’est que, à travers le survivalisme, le thème de cette fiction au drôle de titre est notre incapacité à changer de mode de vie alors même que ça urge, le temps inouï qu’il nous faut pour nous adapter à la réalité du réchauffement climatique, notre indifférence au sort des autres, notre égoïsme et en particulier celui des – de certains – riches… Genre « on va droit vers l’apocalypse », mais dans un roman léger, qu’il serait facile de prendre au premier degré comme si ce dont il est question n’était pas si grave. L’intrigue est bien construite (sauf, à mon avis, pour la temporalité) et bien écrite, les personnages (sauf celui du père, qui n’est pas très bien maîtrisé) sont bons, Gunzig distille un humour discret… mais comme s’il s’agissait de nous distraire, alors que le message est autrement ambitieux. J’ai été très gênée par ce décalage. Le traitement psychologique est ahurissant. Pour le dire autrement, ça manque de tripes, c’est impossible de croire au désastre qui est supposé s’être produit, impossible de croire aux réactions des personnages. Et en même temps, quelque chose a fait que je l’ai lu presque d’une traite. Ce roman me laisse tout à fait perplexe.

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Ken Follett
Les Armes de la Lumière
Éditions Robert Laffont
2023

Paula Hawkins
Angle mort
Traduction : Corinne Daniellot
Éditions Sonatine
2023

Thomas Gunzig
Rocky, dernier rivage
Éditions Au Diable Vauvert
2023

Les jaloux

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Policiers et thrillers (U.S.A.)
Par François Lechat

Un jeune homme de 17 ans, impulsif et sujet à des absences au terme desquelles il ignore ce qu’il a bien pu faire pendant quelques heures, s’attire forcément des ennuis. Mais à Houston, en 1952, ces ennuis risquent d’être particulièrement graves, la ville étant l’épicentre de la mafia et de la corruption. Quand notre jeune homme met en boîte le fils d’une riche famille liée à la pègre, il enclenche un engrenage qui va lui donner des sueurs froides. Sur 400 pages de plus en plus tendues, le héros des Jaloux, mal conseillé par son meilleur ami (qui est encore plus chien fou que lui), protégé par deux figures paternelles à qui la baston ne fait pas peur, en butte à des policiers impuissants et ambigus, ira de provocations en provocations, miraculeusement toujours en vie avant un final d’une grande maîtrise. Un apprentissage accéléré de la vie, une réflexion sur le bien, le mal et les limites de la loi.

Si la vraisemblance lui fait parfois défaut, James Lee Burke nous embarque par ses dialogues ciselés et une foule de détails visuels qui font époque, entre voitures, vêtements, coiffures, armes à feu… Sans compter un trio féminin classique mais très bien campé (la mère, l’amoureuse, la putain) et de belles envolées lyriques. Ode à l’amitié, à l’amour et au courage sur fond de violence et de racisme, ce livre est moins noir qu’il n’y paraît.

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James Lee Burke
Les jaloux
Traduction de Christophe Mercier
Éditions Rivages
2023

L’enfant dans le taxi

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Littérature française
Par Catherine Chahnazarian

Il était au milieu d’une table réservée aux coups de cœur des libraires. Dès les premières lignes, lues sur place à la sauvette, j’ai su que je partagerais ce coup de cœur-là.

L’écriture est formidable : belle, originale, rythmée, haletante, elle oblige à tenir jusqu’à la fin d’un dialogue, d’une description, d’une réflexion du narrateur, à tenir en respirant à peine et à ne souffler qu’à la fin d’un chapitre. Et encore, pas longtemps, car on est impatient d’en savoir plus sur ce secret de famille, sur qui sait quoi, sur ce que Simon va faire ou ne pas faire, sur sa vie et sa manière de la mener. Pourtant, dans ces 220 pages à peine, le temps du récit est long, l’auteur a une manière à la fois intense et paisible de traiter son sujet. Il se débarrasse avec aisance des attendus, des codes et des clichés, et nous fait vivre une quête qui ne bouleverse pas tout dans la vie de Simon, qui, tout en étant entêtante pour le personnage (et pour le lecteur), n’est pas totalement centrale mais s’insère dans sa vie en contribuant à construire de nouveaux équilibres. Le texte est émaillé de remarques ou réflexions qui tapent juste, c’est subtil sans aucune arrogance, riche sans aucune prétention, beau et réaliste.

J’ai adoré.

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Sylvain Prudhomme
L’enfant dans le taxi
Éditions de Minuit
2023

À son image

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Littérature française
Par Anne-Marie Debarbieux

Le roman s’ouvre sur la mort d’Antonia, une jeune femme corse qui perd la vie dans un stupide accident de voiture. Elle était photographe, et après un début de carrière consacré à couvrir des événements tragiques, elle assurait désormais des reportages plus anodins, souvent liés à des événements familiaux.

Bien qu’elle ne soit pas croyante, ses funérailles sont néanmoins célébrées à l’église par un prêtre qui est également son parrain et qui lui avait offert son premier appareil photo. Lourde tâche pour cet homme, lui-même bouleversé, lié de près à la défunte et qui a à cœur de ne pas la trahir.

Le roman est structuré par le déroulement chronologique de cette cérémonie, en ce sens que chaque chapitre correspond à une étape de la liturgie de la messe de funérailles selon le rite catholique. Chaque moment, par l’évocation de photos, est prétexte à des réflexions sur des thèmes récurrents : la photographie elle-même, cet art si particulier qui ne saisit que la fugacité d’un instant, la guerre, la violence, la Corse et ses divisions, et la mort bien sûr, omniprésente et toujours horrible et inacceptable !

Le lecteur, suivant sa propre personnalité, sa vie, ses convictions, ses centres d’intérêt, sera forcément plus sensible à certains chapitres qu’à d’autres.

Personnellement j’ai été inégalement touchée par ce roman, certains passages m’ont même paru presque un peu longs, mais d’autres pages, en particulier les réflexions sur la mort, m’ont beaucoup émue par leur humanité, leur sensibilité et leur justesse. En un mot leur vérité.

Quant à l’écriture de l’auteur, elle reste toujours extrêmement élégante et bien entendu elle contribue, tout comme la structure très originale, à emporter l’adhésion du lecteur.

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Jérôme Ferrari
À son image
Éditions Actes Sud, 2018
Babel, 2020

La nuit des pères

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Littérature française
Par Sylvaine Micheaux

Mon dernier petit coup de cœur.

Isabelle, réalisatrice de documentaires remarquables sur la mer et les fonds marins, a fui depuis longtemps ses Alpes natales et surtout son père, guide de montagne émérite, apprécié de tous, mais dur, froid, intransigeant avec ses deux enfants, ne donnant aucun amour, ni aucune attention à sa fille. La rupture a été totale, après le décès de leur mère qui apportait de la douceur au foyer.

Mais Olivier, le frère, resté fidèle et attentionné auprès du père, l’appelle pour qu’elle revienne car leur père commence à souffrir de la Maladie de l’Oubli. Ce retour permettra-t-il de comprendre enfin ce patriarche tant aimé et tant haï, avant que l’oubli n’emporte tout ?

Cette histoire, somme toute classique, est un petit bijou grâce à la plume fine, précise, ciselée, pudique et poétique de Gaëlle Josse. Elle pénètre au fond du cœur et des pensées d’Isabelle, puis de son frère Olivier. Lors d’une présentation de son livre chez notre libraire, Gaëlle Josse expliquait qu’elle avait choisi comme titre La nuit des pères, et non « du père », car chaque enfant porte en lui un père différent. 

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Gaëlle Josse
La nuit des pères
Éditions Noir sur Blanc
2022

Disponible en J’ai lu.

Colombian psycho

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Littérature colombienne
Par Anne-Marie Debarbieux

L’auteur donne le ton dès les premières pages en décrivant, lors d’une soirée festive, la découverte par un couple en quête d’intimité, de membres humains, sommairement enterrés, qui se révéleront appartenir à un homme toujours vivant et croupissant au fond d’une prison ! L’enquête s’annonce complexe et le contexte particulièrement sordide.

On retrouve dans ce nouveau roman qui a encore pour cadre une Colombie marquée par son histoire récente, le pittoresque trio que forment le procureur Jutsinamui du service des investigations, assisté de ses fidèles collaboratrices… Leur intégrité, leur pugnacité, leurs caractères bien trempés et même leurs faiblesses, leurs doutes, et leur humour aussi, face à une enquête difficile et dangereuse, restent la lueur d’espoir dans un contexte que l’auteur décrit comme particulièrement noir : corruption, violence, drogue, alcool, règlements de compte, pulsions sexuelles sordides, appât du gain, rivalités, trafics divers sur lesquels personne ne semble avoir de prise, tout ( jusqu’ à cette pluie omniprésente et métaphorique qui semble ne jamais cesser de s’abattre sur la ville) concourt à décrire Bogota comme une ville d’enfer marquée par les stigmates d’une guerre civile impitoyable. Pourtant l’opiniâtreté de quelques « justes » permet d’endiguer les méfaits de sordides individus.

L’auteur capte son lecteur durant près de 600 pages. Parce qu’il sait à la fois créer une intrigue aux multiples rebondissements et donner corps à des personnages singuliers, aux profils variés, n’hésitant pas à s’introduire lui-même en tant que personnage dans son propre roman !

Si ce roman nous captive, comme Des hommes en noir, c’est aussi parce qu’il ne s’arrête pas à la description ni même au témoignage. L’art de l’écrivain va bien au-delà, au cœur de la folie des hommes et de la lutte de quelques-uns pour s’attaquer aux plus bas instincts. L’écriture qui reste fluide et non dénuée d’un humour qui tempère le sordide et la violence de certaines scènes, est assez remarquable.

Petite réserve éventuelle : la longueur du roman, la complexité de l’intrigue, le nombre des personnages et leurs noms pas toujours faciles à mémoriser, obligent à une lecture vraiment attentive.

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Santiago Gamboa
Colombian psycho
Traduction : François Gaudry
Éditions Métailié
2023

Un flic bien trop honnête

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Policiers et thrillers
Par Marie-Hélène Moreau

Les livres de Franz Bartelt sont toujours une bien agréable récréation littéraire et celui-ci, comme toujours un brin décalé, ne fait pas exception. Auteur français prolifique récompensé plusieurs fois par la critique, il y déploie encore une fois un univers burlesque non dépourvu de poésie.

Comme l’indique fort explicitement le titre, il est question ici des aventures d’un inspecteur, le dénommé Wilfried Gamelle, un flic bien trop honnête. Depuis plusieurs années, il court derrière un mystérieux tueur en série, adepte des arrêts de bus et des passages piétons, épaulé dans cette mission par un adjoint cul-de-jatte assez peu efficace. Malheureux en amour – sa compagne vient de le quitter pour un milliardaire -, peu soutenu par un patron plus porté sur les astres que sur les méthodes d’enquêtes conventionnelles, il ne renoncera cependant jamais à sa mission, écumant les lignes de bus et procédant à mille recoupements, allant jusqu’à mesurer la taille de centaines de suspects. Sa quête l’amènera à croiser la route d’un riche aveugle amateur de faits divers et d’une jolie employée dont il tombe amoureux, mais n’en disons pas plus pour ne pas dévoiler une intrigue pleine de rebondissements.

Quelle imagination ! C’est enlevé, drôle et, pour tout dire assez délirant. À condition de ne pas aimer que le noir le plus sombre, l’amateur de thriller y trouvera son compte puisque l’enquête avance à bon pas, parsemée de nouvelles victimes et de personnages plus truculents les uns que les autres. Un excellent moment de lecture, servi par un style fluide et léger.

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Franz Bartelt
Un flic bien trop honnête

Editions du Seuil
2021

Soumission

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Littérature française
Par Julien Raynaud

Soumission est un roman dans la plus pure tradition houellebecquienne. Les adeptes de l’auteur se sentiront en terrain familier, retrouveront le style et les marottes de l’essayiste. Ils poufferont toutes les deux ou trois pages, salueront ce cru 2015. Ils se réjouiront du passage où le narrateur voit sa soirée télé consacrée aux résultats de l’élection présidentielle gâchée par les dysfonctionnements de son micro-ondes.

Les récalcitrants, au contraire, verront leur aversion se confirmer. Ils ne percevront pas l’humour de l’auteur, souriront à peine lors des passages sur Bayrou ou Pujadas, se braqueront face aux propos de certains personnages. Ils lèveront les yeux au ciel quand il sera question des femmes musulmanes, décrites tantôt en burqa tantôt en train de lire Picsou Magazine. Ils lâcheront carrément le livre quand surgiront à l’improviste, en pleine description poétique, des passages sexuels dignes de San-Antonio.

À chacun de se faire son opinion.

*

Michel Houellebecq
Soumission
Éditions Flammarion
2015

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