
—
Littérature américaine
Par François Lechat
Attention, chef-d’œuvre à ne pas manquer !
Certes, résumé au plus court, ce roman parait banal : sur 60 ans, l’odyssée d’une famille américaine ordinaire, catholique et nombreuse. Du déjà-vu.
Sauf que l’écriture, d’abord, est d’une rare efficacité. Si la trame est chronologique, chaque chapitre est centré sur un autre membre de la famille Larkin, saisi à un instant « t » dans lequel on entre avec un naturel confondant. On ne connaît pas encore le personnage, ou on l’a perdu de vue depuis 100 pages ou depuis 15 ans, et l’auteur nous fait (re)prendre le fil comme si de rien n’était, en nous plongeant dans une mini-intrigue prenante, pleine de vie et d’atmosphère, rendue dans une langue fluide truffée de métaphores inventives. Du grand art, comme un chapelet de nouvelles étroitement liées entre elles – puisqu’il y va d’une famille et d’elle seule.
Les thèmes, ensuite, sont à la fois graves et banals : la vie sous toutes ses coutures, ses joies et ses drames, ses liens et ses ruptures, les fatalités de la transmission et la liberté de choix qui nous reste. Je ne détaille pas, pour ne rien déflorer. Mais certains chapitres sont d’une grande intensité, voire dramatiques, tout en s’achevant en douceur, sur un mode allusif alors qu’il aurait été facile d’en rajouter. En filigrane, c’est une Amérique rongée par le Mal qui se dessine, mais sans jamais insister, ni perdre totalement espoir en l’humanité. Du grand art. Avec, comme il se doit aujourd’hui, des personnages féminins plus marquants que les masculins, car ce sont les femmes qui font tenir les familles debout.
*
Adam Rapp
À la table des loups
Traduction : Sabine Porte
Seuil
2025