L’intimité

Alice Ferney, L’intimité, Actes Sud, 2020

Par Anne-Marie Debarbieux.

Dans ce roman très féminin dont le sujet principal est la maternité, Alice Ferney, avec la passion et la finesse qu’on lui connaît, met en scène un homme, Alexandre, quadragénaire à qui tout a réussi dans la vie, tant professionnellement que sentimentalement. Il forme un couple harmonieux avec la rayonnante Ada qui est sur le point d’accoucher.

Après une tempête qui remet toute sa vie en question, on retrouve Alexandre quelques années plus tard, épris d’Alma qui rêve d’être maman mais repousse radicalement l’idée de porter un enfant et d’accoucher. Désemparé, Alexandre essaie de comprendre sans la brusquer cette personnalité brillante mais dont le rapport au corps est très déconcertant.

Aux côtés d’Alexandre se trouve également Sandra, la voisine sur laquelle on peut compter en toute circonstance. Libraire très épanouie, chaleureuse et charismatique, elle est aussi féministe militante, revendiquant de n’avoir aucune contrainte dans sa vie, ni conjoint ni enfants. Ce qui ne l’empêche nullement de jouer la nounou chez Alexandre et d’entretenir avec lui une relation d’amitié profonde et dénuée d’ambiguïté.

Refus d’enfant, désir d’enfant, droit à l’enfant à tout prix, Alice Ferney dépasse ici tous les clichés qui demeurent dans notre société hyper médicalisée et aussi hyper mercantile. Elle montre que si la situation des femmes a bien évolué et qu’elles sont davantage maîtresses de leur vie et de leurs choix, du moins dans nos sociétés occidentales, la maternité n’est pas devenue pour autant un parcours où tout n’est qu’ « ordre et beauté, luxe, calme et volupté ». Elle rappelle en particulier qu’aucune grossesse n’est garantie du risque zéro et que le recours aux mères porteuses génère une autre forme d’asservissement de femmes pauvres qui utilisent leur corps pour survivre. Il faut être bien naïf pour penser le contraire et s’imaginer que ceux qui détiennent un marché lucratif sont des philanthropes respectueux.

Toutes ces réflexions sur l’intimité des femmes, dont on devine qu’elles tiennent à cœur à l’auteure, sont d’autant plus convaincantes qu’elle prête à ses personnages des personnalités ouvertes, qui, loin des caricatures, acceptent au moins d’entendre un autre point de vue que le leur.

Et en tant que femme, on aimerait parfois s’immiscer dans leurs échanges !

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Les romans préférés de Geneviève

Stylo-trottoir : Geneviève est mamy mais encore jeune, elle lit énormément mais ne veut pas faire de critiques. Dans un restaurant, entre le plat et le dessert, elle consulte sa liseuse pour nous dire quels ont été ses livres et auteurs préférés ces derniers temps.

Alice Ferney, Les Bourgeois et Cherchez la femme (Actes Sud, 2017 et 2014, disponibles en Babel)

« Je suis cette auteure depuis le début. J’aime énormément ce qu’elle écrit. Les Bourgeois est à mon avis le plus abouti. » Il retrace la vie de dix frères et soeurs entre les deux Guerres. « Cherchez la femme est aussi très bien. » C’est une histoire de couple, le portrait détaillé d’une famille dans tous ses états.

Ruth Rendell, Deux doigts de mensonge (Ed. des Deux Terres, disponible au Livre de Poche, 2009)

« Celui-ci, c’est le genre Jane Austin. Une jeune femme arrive dans un manoir anglais pour s’occuper d’un schizophrène… C’est très bien écrit. Genre polar (suspense). »

Peter May, La trilogie écossaise : L’île des chasseurs d’oiseaux, L’homme de Lewis, Le braconnier du lac perdu (Le Rouergue, 2014)

« C’est très bien aussi, Peter May, j’ai beaucoup aimé. Surtout L’homme de Lewis. » (Roman policier noir prenant place dans un paysage tourmenté et dont le personnage principal est atteint de la maladie d’Alzeimer.)

Ceux-ci sont plus anciens, mais Geneviève mentionne encore :

George Eliot, Middlemarch (Folio, 2005)

« Très bon roman qui se passe au XVIIIe siècle. C’est la vie d’un village… »

Edith Wharton, Chez les heureux du monde et Les beaux mariages (Ed. La Découverte, disponibles au Livre de Poche)

« J’aime également beaucoup Edith Wharton. C’est très narratif. Ça se passe au début du siècle (le XXe). Le premier à lire est Chez les heureux du monde. Il y a aussi une réédition récente des Beaux mariages. C’est l’histoire d’une femme, aux États-Unis, qui naît pauvre et cherche toujours, par vanité, à viser plus haut, à être au-dessus de sa condition. »

Catégories :  Littérature française et anglophone.

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