Tangerine

Christine Mangan, Tangerine, Harper Collins, 2019

Par Brigitte Niquet.

Avant toute chose, écoutez la grande Joyce Carol Oats elle-même parler de ce livre : « Imaginez Donna Tartt, Gillian Flynn et Patricia Highsmith écrivant ensemble le scénario d’un film de Hitchcock. » Avec un tel label en couverture, on est convaincu d’avoir affaire à un chef-d’œuvre et on a du mal à croire qu’il puisse s’agir d’un premier roman.

Et pourtant c’est le cas, et il faut dire que l’on reste admiratif devant la perfection avec laquelle tout fonctionne dans ce récit où rien n’est laissé au hasard. Le cadre est assuré par la ville de Tanger dans les années 50, écrasée de chaleur et de poussière, si vivante, si grouillante, si attirante et répulsive à la fois qu’elle devient presque un personnage de l’intrigue à part entière. Deux jeunes femmes, Alice et Lucy, qui ont été « colocs » et amies intimes pendant leur scolarité en Angleterre, s’y retrouvent, après avoir été séparées suite à un drame affreux sur la nature duquel le lecteur ne sera éclairé que tardivement. Alice a été internée en psychiatrie, puis a épousé John et c’est pour le suivre qu’elle a atterri au Maroc, où elle vit quasi cloîtrée dans un appartement obscur, où débarque un beau jour Lucy, que nul n’attendait là. Que vient-elle y faire ? Elle n’a qu’à claquer des doigts pour qu’Alice lui mange de nouveau dans la main, et elle ne s’en prive pas. Mais quel but poursuit-elle exactement ? C’est tout le nœud de l’histoire, dont la clé ne sera donnée, bien entendu, qu’au dernier chapitre, même si, rétrospectivement, on s’aperçoit que les indices étaient nombreux et savamment saupoudrés d’un chapitre à l’autre.

Voilà donc un thriller quasi parfait. Trop parfait, peut-être. Avec le recul, on se dit que la recette du best-seller est appliquée avec un peu trop de soin, que le tout est un peu trop calibré, à l’image de la construction du livre (un chapitre où c’est Alice qui raconte alternant scrupuleusement avec un où c’est Lucy). Parfois, on se prend à rêver à un jeu de dupes plus complexe, plus pervers, où l’on ne saurait plus qui est qui ni qui parle. « Elle m’était si proche, dit Alice (non sans une certaine naïveté), qu’il semblait parfois que nous étions une seule et même personne ». Joli raccourci, dont on peut regretter qu’il soit presque unique et que cette ambiguïté quelque peu schizophrénique ne soit pas exploitée davantage. Cela aurait ajouté aux qualités déjà nombreuses de Tangerine.

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction : Laure Manceau.

Liens : chez l’éditeur.

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