J’ai perdu Albert

Didier van Cauwelaert, J’ai perdu Albert, Albin Michel, 2018

Par Anne-Marie Debarbieux.

Apiculteur passionné qui complète cette activité peu lucrative par un emploi de garçon de café, Zak, en prenant un matin la commande de Chloé, ne se doute pas que sa vie va être soudainement bouleversée. En effet, Albert, qui avait investi depuis plusieurs années le cerveau de Chloé, décide de changer de partenaire et de prendre possession de celui de Zak. Chloé, reconnue comme une voyante hors pair, capable d’éviter maintes catastrophes en anticipant des accidents ou en déjouant des projets très mal intentionnés, se trouve brutalement dépossédée de toute capacité à prévoir les événements. Elle perd sa crédibilité et met à mal une clientèle hautement rémunératrice. De son côté, Zak a la tête envahie d’informations dont il n’a que faire et dont il ne demande qu’à se débarrasser, avant de se laisser envoûter, comme Chloé avant lui, par le très encombrant Albert.

Qui est Albert ? Quel but poursuit-il ? Ces questions sont très rapidement éclairées pour le lecteur qui suit avec amusement les péripéties de Zak et de Chloé. Zak n’a manifestement pas été choisi au hasard par Albert que le destin des abeilles préoccupe particulièrement…

Quant à Chloé, d’abord sidérée, elle se sent tout à la fois frustrée, jalouse, libérée… Autant dire que rien n’est simple dans sa relation avec Zak dont la vie est désormais liée à la sienne.

Le trio fusionnel n’a qu’un temps, et l’issue ne surprend guère le lecteur, ce qui n’ôte rien à l’intérêt du livre qui se trouve finalement ailleurs. Car sous des aspects fantaisistes sinon loufoques, cette histoire mouvementée, plaisante et bien écrite, aborde des sujets fort sérieux qui touchent à l’avenir de notre planète, aux enjeux les plus sérieux de notre avenir, et plaident la cause d’un savant génial dont les intentions humanistes n’ont pas toujours été comprises de son vivant.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; notre critique d’On dirait nous, du même auteur.

On dirait nous

Didier van Cauwelaert, On dirait nous, Albin Michel, 2016

Par Brigitte Niquet.

Depuis ses débuts, Didier van Cauwelaert ne cesse de creuser le même sillon, ce qui lui a réussi au point de lui valoir le prix Goncourt en 1994 (Un aller simple). On ne change pas une équipe qui gagne, et voici donc en 2016 [après nombre d’autres opus], On dirait nous, avec les ingrédients qui ont fait le succès de l’auteur : une grande pinte de tendresse et un zeste d’humour, beaucoup de fantaisie, des bons sentiments à revendre, un style fluide, élégant mais facile à lire et surtout une intrigue pour le moins originale, qui conduit immanquablement le lecteur à se demander : « Mais où va-t-il chercher tout ça ? ».

Ici il s’agit de deux couples. L’un réunit les jeunes Illan, agent immobilier border line qui squatte les appartements qu’il est censé vendre, et Soline, violoncelliste de talent qui rêve d’acquérir son instrument, une merveille hors de prix. L’autre, très âgé et proche de la fin, est composé de Georges, ex-universitaire spécialisé en tlingit, une langue amérindienne parlée dans le sud-est de l’Alaska, et Yoa, originaire de cette même région. Qu’est-ce qui va bien pouvoir rapprocher ces quatre personnages en dehors des hasards du voisinage ?  Un pacte improbable proposé par Georges, susceptible de mettre fin aux problèmes financiers des deux tourtereaux tout en assurant à Yoa la possibilité de se réincarner après sa mort prochaine dans l’enfant que ne vont pas manquer de concevoir à cet effet Illan et Soline. Sic.

On peut adhérer – ou pas – à ce postulat rocambolesque, en fonction de quoi on prendra plaisir – ou pas – au développement du thème sur 250 pages. Pour ma part, sans méconnaître les qualités de l’auteur, j’avoue m’être assez vite lassée et avoir eu souvent envie de dire « Trop, c’est trop », trop d’invraisemblance surtout pour qu’on puisse éprouver de l’empathie envers les personnages : la situation dans laquelle ils se trouvent (et d’ailleurs se sont mis volontairement) est si extravagante qu’après avoir fait sourire, elle agace et que ses rebondissements artificiels fatiguent le lecteur plus qu’ils ne le maintiennent en haleine. Mais il n’est pas interdit à d’autres d’aimer ça et de considérer ce livre comme un excellent compagnon de voyage pour quelques heures de train ou d’avion.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; le site de l’auteur.

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