Des Américains en France. 1776-1792

Essais, Histoire
Par Marie-Hélène Moreau

Les relations entre les États-Unis et la France n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille. L’actualité récente l’illustre parfaitement, et l’essai d’Émilie Mitran nous rappelle que cela ne date pas d’hier !

C’est une période passionnante qu’a choisi d’approfondir cette historienne et agrégée d’anglais, la naissance des États-Unis. Dans un essai dense et parfaitement documenté, elle nous conte par le menu la façon dont les colonies du Nouveau Monde ont obtenu leur indépendance avec l’aide, d’abord secrète, du royaume de France, ennemi héréditaire de la couronne britannique. Espions de tous bords, diplomatie et intérêts commerciaux, secrets et tensions internationales, c’est une immense galerie de personnages que nous propose l’autrice, dans laquelle nous retrouvons les noms bien connus de Benjamin Franklin, Georges Washington, Lafayette et tant d’autres. On peut se perdre par moment dans cette fresque foisonnante (j’avoue m’être un peu mélangée dans tous les acteurs militaires de la guerre d’indépendance), mais la ligne directrice demeure : décrire les liens extrêmement étroits tissés entre deux mondes que tout oppose, un nouveau monde républicain, égalitariste et un brin conservateur versus une France dotée d’une monarchie à bout de souffle.

L’attrait du livre est de mêler la grande et la petite histoire. Ainsi, les grandes étapes du soutien français aux colonies – soutien secret puis déclaré, multiples rebondissements – sont racontées à hauteur d’hommes. Ambitions personnelles, inimitiés profondes ou problèmes familiaux, tout cela éclaire les choix qui ont pu être faits. Les soubresauts de la diplomatie sont pertinemment éclairés par la situation intérieure française – nous sommes à l’aube de la révolution -, le choc de deux cultures diamétralement opposées, ainsi que par les intérêts bien compris de chacune des nations en cause. Au final, une fresque érudite qui ne cache rien de la complexité du sujet, mais parvient à la rendre digeste et éclairante.

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Emilie Mitran
Des américains en France. 1776-1792

Editions du Nouveau monde
2026

La princesse au petit moi

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Policiers et thrillers
Par Catherine Chahnazarian

Genre : policier léger aux personnages décalés mais attachants, intrigue suffisamment complexe mais sans complications inutiles, tonalité amusante ou amusée, avec une touche de burlesque, la certitude que ça finira bien avec un doute, néanmoins, qui maintient la curiosité et une légère inquiétude. C’est une mode, et je ne m’en plains pas. C’est agréable, facile, divertissant et bien dans notre époque.

D’ailleurs Rufin est bien dans notre époque. Il évoque ici quelque chose qui ne relève malheureusement que du fait divers quand cela arrive à un quidam mais qui prend des proportions de scandale national lorsqu’il s’agit d’une princesse.

Vous ne connaissez pas encore Aurel le Consul ? Vous allez découvrir un enquêteur assez incapable (« calamiteux » est le terme qu’emploie l’auteur) mais qui nous ressemble. Ne mentez pas ! Au moins un peu. Il… Non, je vous laisse le découvrir, ainsi que les autres personnages de ce roman : un prince corseté dans son éducation et son rôle, une réfugiée syrienne qui en a vu d’autres, des domestiques fidèles, des Corses auxquels on n’a pas envie de se frotter…

Et comme Rufin manie la langue avec aisance, c’est un plaisir de le lire. Un exemple :

Elle conduisit ses hôtes jusqu’à un immense salon dans lequel s’ébattait un joyeux troupeau de fauteuils et de guéridons Louis XV, capturés chez des antiquaires et faux pour la plupart.

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Jean-Christophe Rufin
La princesse au petit moi
Éditions Flammarion
2021

Disponible en Folio (même couverture).

Dans la série « Les énigmes d’Aurel le consul », Anne-Marie Debarbieux avait déjà chroniqué Les trois femmes du consul à découvrir ici.

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