Ne fuis pas ta tristesse

Emmanuel Godo, Ne fuis pas ta tristesse, Salvator, 2017

Par Anne-Marie Debarbieux.

Ce titre avait d’emblée éveillé ma curiosité : la forme un peu injonctive mais néanmoins amicale, la formulation d’un conseil allant à contre-courant de la tendance actuelle qui nous incite à « positiver »… J’étais intriguée et la lecture d’un article élogieux a achevé de me convaincre d’ouvrir ce petit livre difficile à qualifier. Il se présente comme une sorte de promenade méditative autour du thème de la tristesse. Si l’auteur annonce très vite la couleur en écrivant qu’il est bien loin « des sirops et bluettes qui promettent la zénitude en patch et le nirvana en dix leçons », il n’écrit pas pour autant un livre austère et réservé à quelques initiés familiers de l’introspection spirituelle.

Ne pas fuir sa tristesse ne signifie pas qu’il faut s’y complaire et s’y lover en se pensant le plus malheureux du monde. Cela signifie seulement qu’il ne faut pas la refouler mais la prendre pour ce qu’elle est, un moment qui survient dans toute vie quand surgit une étape douloureuse. Vouloir s’en débarrasser rapidement pour rejoindre l’euphorie obligée, la considérer comme une défaillance qu’il faut dépasser au plus vite est une erreur et une illusion. Il faut prendre le temps d’accepter sa tristesse, de l’écouter, de la laisser parler et d’en faire une étape qui nous fera avancer. Il y a une tristesse mortifère et une tristesse d’où jaillit sinon une espérance, du moins une sérénité. Celle qui sait que tout passe, que toute joie est à savourer et que la tristesse peut aussi être une sève.

L’auteur est professeur de littérature et sa réflexion est émaillée de nombreuses références aux grands écrivains : penseurs, philosophes, essayistes bien sûr, mais aussi poètes, romanciers, ou dramaturges, qui ont tenté de traduire en mots la tristesse et ses corollaires.

La lecture de ce petit livre est donc aussi un voyage littéraire dont on se délecte, de Dante à Bernanos, de Virgile à René Char, de Racine à Giraudoux, de Nerval à Baudelaire et bien d’autres.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

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