Samouraï

Fabrice Caro, Samouraï, Gallimard (Sygne), 2022

— Par Catherine Chahnazarian

Alan s’est fait larguer par Lisa et, depuis, un couple d’amis s’est mis en tête de lui trouver quelqu’un d’autre. Alan subit cela en n’étant pas, mais pas du tout intéressé. Lui, il voudrait – il essaie d’écrire un « roman sérieux ». Plein d’idées lui passent par la tête, inspirées des petits événements ou des pensées tortueuses qui se présentent à son esprit, mais Alan est un velléitaire, on le comprend tout de suite. Sa manière de se voir en écrivain célèbre, sans être capable d’écrire une ligne, est assez amusante, et l’intellectualité avec laquelle il évoque les démarches littéraires qui pourraient être les siennes n’est pas sans évoquer, avec une ironie bien agréable, une certaine prétention parfois désagréable.

Comme dans ses romans précédents, Fabrice Caro, écrit au « je » les méandres psychologiques d’un homme faible, apeuré, lâche, maladroit et globalement incapable. Incapable de se sentir bien en société, incapable de dire « non » quand il le voudrait, incapable de faire ce qu’on attend de lui, ni ce que lui-même attendrait de lui s’il parvenait à se fixer sur un projet. C’est assez intelligent et drôle pour faire un bon roman, mais c’est le troisième dans la même veine, employant exactement les mêmes ficelles (le quatrième peut-être, je n’ai pas lu Figurec). Exagérations, associations inattendues, détours et parenthèses destinés à cerner progressivement la personnalité et l’histoire de vie du personnage et à souligner cette pensée qui part dans tous les sens. Sans oublier ce comique de répétition que Caro manie si bien.

Le filon fonctionne donc, mais c’est tout de même un filon. Je ne m’identifie plus, je ne m’amuse plus assez. Je préférerais maintenant que Caro nous prouve qu’il sait faire autre chose.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; nos critiques des précédents romans : Le discours et Broadway.

Broadway

Fabrice Caro, Broadway, Gallimard, 2020 (disponible en Folio)

— Par Catherine Chahnazarian

Comme pourrait le faire un acteur de stand-up, l’auteur nous emmène dans le monde névrotique d’Alex, un quadragénaire qui trouve dans son quotidien de multiples raisons de psychoter, de partir dans des délires échappatoires, et de formuler, au détour des anecdotes et des observations que lui inspire son entourage, des aphorismes souvent très bien shootés. En nous prenant à contre-pied ou en rebondissant, dans un chapitre, sur des éléments des chapitres précédents, il accroît notre plaisir et notre complicité, et donne à l’esprit détraqué de son personnage sa pleine intelligence. Maladresses, lassitude, craintes et lâcheté sont enveloppées dans un burlesque savoureux.

Voici donc une bonne récréation pour décompresser sans lire n’importe quoi. Car Fabrice Caro n’est pas n’importe qui : il s’est trouvé, il est fait pour ça.

Broadway est du même tonneau que Le discours, à cette différence près que cette fois le personnage a la quarantaine, une femme, deux enfants, des voisins et des amis. Chacun apporte sa contribution à la névrose d’Alex, mais c’est surtout la Sécu qui déclenche la crise — je vous laisse découvrir comment !

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; en Folio.

Le discours

Fabrice Caro, Le discours, Gallimard, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Ah ! Ça fait du bien de rire !

Adrien assiste à un repas de famille. Papa, maman, soeur et beau-frère sur le point de se marier, gigot et gratin dauphinois. Il y assiste, certes, mais engoncé dans sa certitude d’être le canard boiteux de la famille, distrait par des pensées obsédantes, perturbé par un rapport conflictuel à la réalité – et par la demande de Ludo : Tu sais, ça ferait très plaisir à ta soeur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie. La timidité d’Adrien et sa conviction d’être voué à échouer en tout lui font recevoir cette demande avec terreur. D’autant que ce qu’il aurait à dire…

Excellent divertissement, bien construit et plein d’humour, sur un mode pseudo-psy. Car Adrien nous dit tout au creux de l’oreille. Il raconte ses déboires divers, se confie, s’analyse, revient au repas, repart dans ses obsessions, son mal-être et ses tentatives de fuite, et se moque de lui-même.

Ce discours va être une catastrophe dont on parlera encore dans vingt ans, trente ans, il va traverser les générations, il deviendra une légende urbaine que les grands-parents raconteront le soir pour faire gentiment peur à leurs petits-enfants. Et là les enfants, devinez ce qu’Adrien raconta comme anecdote… — Papi j’ai peur…

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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