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Littérature anglophone (Grande-Bretagne)
Par François Lechat
On dirait que ces dernières années, William Boyd alterne des romans légers, comme Trio et Gabriel’s Moon, et des romans ambitieux comme Le romantique. Peut-être dans le but d’associer la légèreté au délassement, ce qui est bien le cas de Gabriel’s Moon, qui se lit sans effort et le sourire aux lèvres, mais ne laisse pas une impression profonde.
L’intrigue est classique : un individu ordinaire, en l’occurrence un journaliste de voyages, est entraîné malgré lui dans le monde de l’espionnage, qui l’angoisse, l’intrigue et parfois l’amuse. En contrepoint, sa vie privée se complique, des souvenirs d’enfance gâchent ses nuits (l’auteur les évoque dans un prologue très enlevé), tandis que le monde menace de sombrer dans la guerre.
Nous sommes au début de la décennie 1960, entre l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo et la crise des missiles à Cuba, avec des détours en Pologne et dans l’Espagne franquiste. Ce qui donne une toile de fond très réaliste, mais à peine ébauchée, l’essentiel tenant dans l’évolution intérieure du héros, que nous ne perdons jamais de vue et qui est, finalement, rarement mis en danger. D’où un profond plaisir fait d’empathie, avec de l’action et des dialogues menés pied au plancher, mais aussi la limite de ce roman qui manque de tragique.
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William Boyd
Gabriel’s Moon
Traduction : Isabelle Perrin
Éditions du Seuil
2025