Femme qui court

Gérard de Cortanze, Femme qui court, Albin Michel, 2019

Par François Lechat.

L’auteur réussit un exploit : faire un mauvais livre sur un formidable sujet. Mais il a de la chance : son sujet est tellement fort qu’on le lit jusqu’au bout, désorienté devant tant de maladresse, mais heureux d’avoir découvert grâce à lui le destin étonnant de Violette Morris.

Car elle est formidable, Violette. Fille de parents peu aimants, mise tôt en pension, harcelée toute sa vie par la violence des hommes, elle possède un physique d’exception, un caractère de cochon et une détermination hors norme. Cela lui permettra de devenir championne d’une foule de sports féminins – mais aussi masculins, comme la course automobile – à une époque, la première moitié du 20e siècle, où une sportive est soit une femme sans féminité, soit une lesbienne aux mœurs douteuses. Et de fait Violette est violente, rageuse, souvent en colère, et elle aime les femmes, dont Joséphine Baker et l’actrice Yvonne de Bray, qui la feront entrer dans le monde du spectacle et se nouer d’amitié avec Cocteau et Jean Marais. Dans tous les sports qu’elle pratique, elle surclasse les femmes et rivalise avec les hommes, mais se fait rappeler à l’ordre par les autorités à cause de son audace, de ses coups de gueule et de ce qu’elle représente : l’émancipation féminine en marche, la preuve éclatante de l’égalité des sexes. Et fleur bleue, avec ça, éperdument sentimentale avec son amie d’enfance, Sarah, et avec sa dernière conquête, Annette. Ce qui ne l’empêche pas d’être intelligente, mais pas assez pour comprendre, pendant la montée du nazisme et sous l’Occupation, qu’elle ferait mieux de couper les ponts avec Greta, une beauté vénéneuse engagée aux côtés de Hitler…

Quel roman, direz-vous ! De fait, cette vie est un roman et c’est comme un roman que Gérard de Cortanze la raconte, c’est même marqué sur la couverture. Cela lui permet d’imaginer ce qui n’est pas documenté et de mettre la focale là où il le souhaite – et pourquoi pas ? Mais il le fait dans une écriture un peu précieuse, et qui sent la précipitation : dialogues improbables, beaucoup trop écrits, même pour l’époque ; longues phrases bourrées d’informations que l’auteur se sent tenu de livrer et qu’il essaie d’enchâsser dans le récit, en noyant son lecteur ; aphorismes et jugements à l’emporte-pièce, condamnant le machisme d’il y a un siècle avec les lunettes d’aujourd’hui ; rebondissements mal amenés, expédiés en quelques lignes alors qu’ils valaient bien mieux – et toutes ces fautes d’orthographe négligées par l’éditeur… Reste cependant la fascination exercée par Violette, et le talent déployé dans les chapitres d’ouverture et de fin, qui donnent une idée du chef-d’œuvre que Cortanze n’a pas pris le temps d’écrire. Malgré ses défauts, lisez-le : Violette Morris le mérite.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑