Je voudrais que la nuit me prenne

Isabelle Desesquelles, Je voudrais que la nuit me prenne, Belfond, 2018 (existe en Pocket)

Par Brigitte Niquet.

Qui est Isabelle Desesquelles ? Son nom ne vous est peut-être pas familier, et pourtant elle est régulièrement éditée chez Belfond (on peut rêver pire), son premier roman, Je me souviens de tout, date de 2004, et le dernier, qui vient de paraître, est le huitième… Il se trouve que j’avais reçu le premier, l’avais aimé, puis étais passée à d’autres lectures, il y en a tant… Mais je n’avais jamais oublié cette auteure singulière et Je voudrais que la nuit me prenne, couronné par le prix Femina des lycéens, est venu fort à propos me rappeler son existence.

C’est peu dire qu’en 15 ans Isabelle Desesquelles n’a rien perdu de son talent, au contraire. Sa « voix », déjà très originale à ses débuts, s’est affinée, aiguisée et ne ressemble à aucune autre. Pour ce que j’en connais, cette romancière semble s’être focalisée sur l’enfance, et même sur l’âge de 8 ans, qui est celui où la vie des héroïnes de ses deux romans pré-cités bascule (de manière d’ailleurs très différente) et où elles comprennent qu’elles vont devoir « apprivoiser le mot : mort ». Dans Je voudrais que la nuit me prenne, c’est la jeune Clémence qui raconte, d’abord les menues péripéties de son existence délicieusement folle, avec des parents un brin givrés mais si éperdument amoureux l’un de l’autre et de leur fille, puis le bonheur de vivre, d’aimer, d’être aimée et de réinventer sa vie tous les matins. C’est Clémence qui raconte, donc, elle est censée avoir huit ans et sa parole sonne juste, Isabelle Desesquelles excellant dans l’art si difficile de faire parler les enfants. Mais si on prête une oreille attentive, voilà que de curieuses dissonances se font peu à peu entendre. Par moments, on a le sentiment que la narratrice n’est plus tout à fait une gamine, même une gamine nourrie de poésie d’Aragon et de chansons de Jean Ferrat, qu’il y a autre chose, mais quoi ? Pourquoi cette enfant gâtée dont la vie est un tourbillon de joie souhaite-t-elle à ce point que la nuit la prenne ? Que s’est-il passé le jour de ses 8 ans ? Et après ? Impossible de le dire sans déflorer l’intrigue, qui n’est certes pas l’essentiel du livre – le style magnifique, constamment poétique, métaphorique, mériterait à lui seul une page de citations – mais tout de même… Je m’arrêterai donc là en espérant vous avoir donné le goût – ou la simple curiosité – d’aller y voir vous-même.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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