Du théâtre pour la rentrée : La guerre de Troie n’aura pas lieu

Jean Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu, 1935 (disponible chez Flammarion)

— Par Brigitte Niquet

Voici un spectacle qui a fait des incursions récurrentes dans ma vie (notamment quand j’ai eu le plaisir, il y a quelques années, d’interpréter Hécube, la reine-mère) et je ne l’ai pas toujours considéré sous le même angle, sa richesse permettant bien des approches. Limitons-nous à l’essentiel, son thème, dont les échos ne cessent de résonner dans le monde actuel : sans se priver de gaudriole et de moments comiques quasi moliéresques, l’auteur a voulu faire de son œuvre un brûlot anti-guerre, évoquant clairement la menace qui pesait alors sur les relations franco-allemandes, de plus en plus tendues. Jean Giraudoux, sous prétexte de raconter la guerre de Troie (sujet de L’Iliade), garde toujours en ligne de mire la future Seconde Guerre mondiale, comme s’il voulait donner un avertissement déguisé, bien qu’il soit sans illusions. Théâtre engagé, donc, mais jamais ennuyeux. En homme de théâtre accompli, Giraudoux n’oublie jamais de pimenter son récit dramatique de scènes grand-guignolesques — en particulier lorsque se manifeste l’inénarrable Demokos, un pitre, véritable caricature. C’est lui, dont le bellicisme n’a d’égal que la bêtise, qui déclenchera finalement la guerre. Grecs contre Troyens, Allemands contre Français, peu importe la nationalité, peu importe l’époque, les hommes ne savent pas vivre en paix et, dans la pièce comme dans la réalité quelques années plus tard, la guerre aura bien lieu, broyant tout et tous sur son passage. Quant à notre monde moderne, incapable de tirer les leçons du passé et surtout d’y conformer son comportement, il est toujours prêt à s’enflammer, ici ou là-bas. Giraudoux était un visionnaire et c’est, bien sûr, le principal intérêt de cette pièce. Malheureusement, tel Cassandre, il a prêché dans le désert.

Jean Giraudoux (à droite) pendant une répétition de La guerre de Troie n’aura pas lieu, avec Louis Jouvet et Valentine Tessier, en 1935. Ph. Coll. Archives Larbor.

Si vous ne connaissez pas la pièce, essayez de la voir dans un théâtre. Elle y est reprise de temps à autre, quoique de plus en plus rarement. Par ailleurs, il en existe de bons enregistrements sur le Net. Pour ma part, je n’ai pas connu la création à L’Athénée en 1935 sous la direction de Jean Vilar, et pour cause : je n’étais pas née… Ce n’est qu’une bonne vingtaine d’années plus tard que j’ai découvert ce chef-d’oeuvre au Festival d’Avignon, dans un cadre aussi sublime que l’étaient les acteurs : Pierre Vaneck en Hector, Maria Mauban en Andromaque, Christiane Minazzoli en Hélène. J’ai revu la pièce ensuite avec Annie Duperey, magnifique dans le rôle de la très belle et très dangereuse Hélène, tandis que rôdait, dans celui de Pâris, un certain Bernard Giraudeau, débutant mais déjà absolument craquant. J’ignore ce qui existe comme archives de ces distributions.

Mais lire la pièce, c’est très bien aussi et vous n’apprécierez que davantage la beauté et la noblesse du style.

Catégorie : Théâtre.

Liens : chez Flammarion (Librio à 2 euros), une chronique de Juliette Arnaud sur France Inter (4 min.), une bonne version vidéo (2,99 euros, 1 h 50) avec Francis Huster notamment.

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