L’anomalie

Hervé Le Tellier, L’anomalie, Gallimard, 2020

— Par Anne-Marie Debarbieux

Sans partager l’engouement d’un grand nombre de lecteurs, je ne suis pas non plus de ceux qui ne voient que prétention et verbiage dans cet ouvrage très particulier. Pour ma part, il m’a intéressée, je l’ai trouvé original et bien écrit (les nombreux aphorismes m’ont paru souvent de qualité et la narration est alerte), mais simplement il ne correspond pas aux genres de romans sur lesquels je me précipite spontanément. D’où un avis en demi-teinte. J’ai beaucoup aimé la première partie qui, à la manière de certains thrillers, nous fait entrer, mais sans créer d’empathie particulière, dans la vie de divers personnages, évidemment très différents, et qui n’ont en commun que de se trouver dans le même vol Paris-New York. Quel sort va les réunir ?

Quand l’avion traverse une zone de turbulence inouïe et que le pilote perd ses repères, le lecteur pense se retrouver dans le scénario d’un livre d’aventures : survie et rapports humains au milieu de nulle part dans l’attente d’hypothétiques secours.

Pas du tout ! Sans dévoiler davantage la suite qui est évidemment le nœud du roman, on dira que l’histoire évolue plutôt vers la science-fiction ou le roman d’anticipation. Et c’est là que je me suis néanmoins prise au jeu car Le Tellier donne à son récit l’ampleur d’un problème mondial qui secoue le monde politique réel (mise en scène de nos dirigeants actuels ou très récents !), le monde scientifique qui s’interroge sur ce qui s’est passé, ou encore les représentants des différentes religions, sollicités pour apporter des éléments de sens et d’interprétation à la situation. Cette partie, parfois un peu aride pour les lecteurs qui, comme moi, n’ont aucune culture scientifique, reste malgré tout assez passionnante.

La fin du livre en revanche m’a semblé paradoxalement la moins intéressante alors qu’elle est manifestement le point ultime pour l’auteur qui reprend les personnages du début pour les confronter à eux-mêmes. Qui suis-je en face de moi ? Tournure plus philosophique qui m’a laissée perplexe et peu convaincue. Sensation un peu frustrante de ne pas avoir tout compris.

Au fil de ma lecture, j’ai parfois pensé au livre de Murikami, 1Q84, et à la pièce de Calderon, La vie est un songe. C’est dire que l’univers de l’auteur est assez vaste et qu’il brouille les pistes ! Et à mes yeux, avec un brio incontestable.

Catégorie : Littérature française.

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