L’oeil de la nuit

Pierre Péju, L’oeil de la nuit, Gallimard, 2019

Par François Lechat.

C’est peut-être parce qu’il publie beaucoup que Pierre Péju ne donne pas que des livres parfaits. Son dernier roman mérite le détour à certains égards, mais il frappe par d’étranges maladresses : des va-et-vient inexpliqués entre le présent et le passé simple, de multiples occurrences de l’expression qui donne son titre au roman, un certain abus de phrases averbales, comme si l’auteur avait parfois la flemme… Cela étant, son Œil de la nuit se laisse lire, et ne manque pas de scènes réussies. Mais en fait, c’est le sujet qui importe surtout, ici. Pierre Péju sort de l’ombre le personnage d’Horace Frink, psychiatre américain qui fut un temps, à l’instigation de Freud, président de la Société psychanalytique de New York. Ce sont donc, bien évidemment, la psychanalyse et son fondateur qui polarisent l’attention, même si la personnalité et la vie tourmentées d’Horace Frink ne manquent pas d’intérêt – bipolaire et insomniaque, il a entretenu une liaison orageuse avec une richissime patiente alors que sa femme, Doris, aurait mérité bien plus d’égards… Par comparaison avec la vérité historique, établie notamment dans un livre intitulé Les patients de Freud, le roman de Péju manque de profondeur, comme s’il n’avait pas voulu bousculer ses lecteurs français. Il permet surtout de découvrir la psychanalyse par la bande, d’apercevoir Freud dans l’œil singulier de ses disciples, et de se demander si c’est par hasard que le courant psychanalytique a compté tant de névrosés. A lire si l’on ne connaît presque rien du freudisme.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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