Le guerrier de porcelaine

Mathias Malzieu, Le guerrier de porcelaine, Albin Michel, 2022

— Par Catherine Chahnazarian

On est heureux que les dix à quinze feuillets qu’aurait pu remplir cette histoire — si Mathias s’en était tenu strictement aux souvenirs de son père — soient devenus un roman de 237 pages, parce qu’il se lit d’une traite, avec passion. On est heureux aussi de savoir que son père, Mainou, passée la surprise de voir ces quelques mois de son enfance ainsi romancés, a validé cette version, parce que c’est dans sa tête qu’on va passer la frontière, le 4 juin 1944, pour aller se jeter dans la gueule du loup nazi, sous les bombardements britanniques. C’est que, sa mère étant décédée et son père devant faire son devoir de combattant, Mainou est envoyé chez sa grand-mère en Lorraine, cette terre qui fut tantôt française, tantôt allemande. Il a neuf ans et un cahier pour écrire. Pour le reste : interdiction de sortir, de se montrer, de faire du bruit. Heureusement, l’oncle Émile est formidable.

Le guerrier de porcelaine n’est pas un récit de guerre historique mais plutôt une histoire d’amours (et ce pluriel n’est pas accidentel), poignante et pas qu’à cause des bombardements, transmise avec un art de dire impressionnant, une écriture particulièrement appropriée à l’imaginaire dans lequel l’enfant doit se réfugier pour supporter sa situation.

Seul bémol que je mettrais à une critique qui pourrait être dithyrambique : je n’ai pas oublié, en dévorant ce livre, que ce n’était pas Mainou mais Mathias qui racontait. Des tournures d’esprit, quelques anachronismes, une manière de manier la langue qui n’est pas d’époque, ni de l’âge de l’enfant, alors qu’on est censé lire le cahier auquel il s’est confié entre juin 1944 et mai 1945, rédigé au présent. Mais, à ce bémol près, Le guerrier de porcelaine est un roman formidable.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur ; très intéressante interview RTBF sur la genèse du roman.

Noël 2020 – Et si on se laissait un peu aller ?

Mathias Malzieu, Le plus petit baiser jamais recensé, Flammarion, 2013 (disponible en J’ai Lu)

— Par Florence Montségur

Vous ne pourrez pas fêter Noël comme vous le voudriez, c’est le début de l’hiver, vous ressentez cette lassitude qui vous ferait vous pelotonner sous un plaid, et vous résistez bravement à l’envie de regarder sur une chaîne grand public un de ces films de saison où des adultes croient que le Père Noël existe et s’embrassent à la fin ? Lisez Le plus petit baiser jamais recensé. Vous y trouverez le même réconfort – tout en ayant l’alibi d’étudier l’influence de Lewis Carroll sur Mathias Malzieu. Ce texte, poétique et d’une fluidité exceptionnelle, avancera tout seul entre vos mains.

Un vieux détective aux cheveux et à la barbe de nuages, un perroquet magique, un trou d’obus dans le coeur, des billets doux adorables et un peu sexuels, voilà les ingrédients de ce conte dans lequel un « inventeur-dépressif » a embrassé une fille et – pouf­ ! – elle est devenue invisible !

Catégorie : Extras (saisons).

Liens : chez l’éditeur.

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