Mon mari

Maud Ventura, Mon mari, L’Iconoclaste, 2021

— Par Anne-Marie Debarbieux

Renouveler le thème de la passion et de ses corollaires, le soupçon et la jalousie, si souvent et si magistralement traités par de nombreux et prestigieux auteurs, est une entreprise relativement audacieuse. Et pourtant l’autrice de ce petit roman y réussit plutôt bien en adoptant une tonalité légère et plaisante, ce qui ne signifie pas superficielle. L’héroïne, qui est en même temps la narratrice, possède des atouts qui feraient bien des envieuses : jolie, cultivée, sociable, nantie de revenus confortables, elle est en outre l’épouse d’un homme qu’elle aime passionnément, un mari lui aussi paré de nombreuses qualités, et surtout qui semble au fil du temps toujours très amoureux d’elle. Mais la passion (et peut-être le manque de confiance en elle ?) de cette quadragénaire est telle qu’elle l’amène à un qui-vive permanent et une suspicion dévorante. Ainsi exerce-t-elle un contrôle minutieux des comportements de son mari, le gratifiant d’une surveillance discrète et assidue. À ce petit jeu dont il paraît ne rien remarquer, elle s’épuise (car cette surveillance dévore son temps, donc sa vie) et elle se rend malheureuse. La suspicion constamment entretenue, loin de la rassurer, prend des allures d’engrenage.

Résolument humoristique, ce roman, construit sur l’unité temporelle d’une semaine, se lit très facilement, il est drôle mais pas si léger qu’il peut sembler au premier abord. Sans que les excès de l’héroïne permettent de s’identifier à elle ni d’adhérer pleinement à la conception qu’elle se fait de l’amour, ce texte fait mouche malgré tout et c’est avec curiosité qu’on en attend le dénouement.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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