Croire au merveilleux

Christophe Ono-dit-Biot, Croire au merveilleux, Gallimard, 2017

Par Brigitte Niquet.

On aurait aimé pouvoir faire un mauvais jeu de mots et dire « Plongez-vous vite dans ce livre », parce qu’il s’inscrit dans la continuité du fascinant Plonger (2013). Mais Croire au merveilleux s’égare dans des chemins de traverse si peu balisés qu’on a bien du mal à y suivre l’auteur.

On retrouve les mêmes personnages : César, le narrateur, et en filigrane Paz, la femme qu’il a aimée et aime toujours passionnément. Il ne se remet pas de sa mort et le premier chapitre qui traite de l’impossible deuil est bouleversant, à vous arracher des larmes. César tente de se suicider mais il en est empêché par l’intrusion de Nana, une fille énigmatique dont le rôle tout au long du roman restera plutôt obscur. À partir de là, tout dérape dans l’irrationnel. Dans les dernières pages, le père de Nana dit au héros : « Mais enfin, César, vous n’allez pas me dire que vous n’avez pas encore compris ? ». Non, César n’a pas compris, et sans doute beaucoup de lecteurs non plus. Il faut effectivement « croire au merveilleux » pour rentrer dans ce récit, et croire aussi à un concept très contestable : « Les êtres chers disparus ne sont pas perdus définitivement et nous les retrouverons un jour quelque part ».

Ajoutons que le parti-pris de se référer constamment à la culture antique et à sa mythologie (César est à la tête d’une « muraille » de livres en grec ancien, auxquels il ne cesse de faire allusion et qu’il cite in texto çà et là) réserve forcément cette lecture à un public très pointu. Les autres n’auront d’autre choix que de tourner plusieurs pages à la fois pour aller voir plus loin si, par hasard, l’intrigue ne reprend pas son cours normal, loin d’Ulysse et des sirènes…

Reste le charme des paysages grecs et particulièrement des îles, dont l’auteur excelle à décrire la beauté et la sérénité. On a envie de s’y précipiter et d’y vivre loin de la civilisation moderne, en se gorgeant de soleil, de bains de mer, de fruits et de silence. Les catalogues de voyages devraient s’en inspirer pour leur publicité. Mais cela ne suffit pas à sauver le roman.

Catégorie : Littérature française.

Liens : la page consacrée au livre chez l’éditeur. Voir aussi Plonger, du même auteur.

Plonger

Christophe Ono-dit-Biot, Plonger, Gallimard, 2013 (disponible en Folio)

Par François Lechat.

Une réussite impeccable dans son genre. Une belle histoire d’amour (contrariée, forcément) sur fond de réflexions sur un monde à la dérive, gangrené par l’argent, la technologie et la violence. C’est intelligent, remarquablement construit et tenu, avec un suspense qui monte en puissance et que l’auteur dénoue sur une centaine de pages alors qu’il aurait pu le liquider en trente. Roman destiné à un public cultivé qui se délectera de deux courts chapitres sur les plus belles sculptures de nus en Europe, reproduites dans l’édition de poche. Avec deux beaux personnages de femme fatale, dont une photographe espagnole, c’est aussi un roman d’homme, fait pour les hommes et les femmes que n’étouffe pas un univers d’intellectuels tourmentés.

Catégorie : Littérature française.

Liens : sur le livre, sur l’auteur. Voir aussi Croire au merveilleux d’Ono-dit-Biot.

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