Dernier arrêt avant l’automne

René Frégni, Dernier arrêt avant l’automne, Gallimard, 2019

Par Brigitte Niquet.

Quiconque s’est promené dans les paysages sublimes des Alpes de Haute-Provence y a forcément croisé le fantôme de Giono et l’ombre plus discrète mais bien vivante, elle, de René Frégni. Ce dernier en est tombé raide amoureux (comme on le comprend !), il y vit et y a écrit l’essentiel de son œuvre.

Le talent de Frégni et l’éclectisme de son inspiration ne sont plus à démontrer, aussi est-il presque amusant de le découvrir cette fois dans la peau d’un auteur soi-disant en panne totale d’inspiration et qui espère se ressourcer – ou à défaut renoncer à toute activité littéraire – en devenant le gardien d’une abbaye en ruine et en cours de réfection, ce dont le charge un mystérieux commanditaire qu’il ne verra jamais. Une petite chatte abandonnée qu’il baptise Solex et qui le suit partout le choisit comme maître exclusif, et voilà un duo constitué pour être heureux sans se torturer les méninges, d’autant que l’auteur peut compter sur l’amitié indéfectible d’un couple qui tient une librairie à Riez et ne vit que pour et par les livres.

Mais voilà, en jardinant autour de l’abbaye, René exhume un cadavre fraîchement enterré et la machine se remet en marche, l’auteur de polars friand d’énigmes inédites se réveille et…

Non, vous n’en saurez pas plus. Lisez Frégni pour connaître la suite, ce n’est peut-être pas son meilleur livre mais sans doute (dit-il) le dernier, et surtout, outre qu’il nous plonge dans une intrigue policière peu banale, il baigne dans la lumière inégalable de la région de Manosque où l’auteur réside et qu’il décrit si bien, si sensuellement. Ce seul argument devrait suffire à convaincre bien des lecteurs potentiels.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; la critique que Brigitte avait faite de Tendresse des loups (Gallimard-Folio, 1998).

L’été circulaire

Marion Brunet, L’été circulaire, Albin Michel, 2018

Par Catherine Chahnazarian.

Céline a seize ans et elle est enceinte. C’est le drame. Tout va tourner autour de cette jeune fille, son père furieux, sa mère perdue, sa sœur solidaire mais qui rêve de partir.

Outre le tout début, brutal, une grosse moitié de cet Été circulaire voit se dérouler des événements maigres, presque insignifiants, à l’image de l’ennui et de la mélancolie qui rongent les protagonistes. On ne sait pas trop comment le prendre puis, progressivement, une société archaïque et contemporaine à la fois se dessine, reculée, écrasée, et pas que par le soleil. La peinture de cette famille provençale et de leurs amis peut choquer, car le machisme ordinaire, la vulgarité, l’absence de mots, les baffes qui y suppléent, l’alcool, l’ennui, la morale incertaine, presque absente, cela semble trop. C’est pourtant un roman réaliste qu’on a dans les mains, et qui nous tient par une forme de fascination devant ce réalisme, difficile à accepter parce que le Luberon est une région magnifique et un paradis pour touristes. Et si le style concède à cette mode consistant à tout écrire au présent – à mes yeux faute de goût, faute littéraire et faute de sens à la fois – plus on tourne les pages et plus il est fascinant, cet Été circulaire – même s’il y a un suspense qui ne marche pas. Parce que l’auteure a une façon bien à elle de peindre et de faire vivre ses personnages, de les faire penser, ignorer, aimer, détester et exister, malgré tout ce qui les maintient dans la souffrance – chacun la sienne.

Catégorie : Littérature française. (Je ne comprends sincèrement pas pourquoi c’est le Grand prix de littérature policière qui a été attribué à ce roman.)

Liens : chez l’éditeur.

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