Taormine

Littérature française
Par Catherine Chahnazarian

J’ai pris Taormine un peu au hasard dans le rayon poches d’une librairie qui en proposait beaucoup du même auteur. J’ai ainsi découvert qu’Yves Ravey avait écrit un grand nombre de romans, tous courts à en croire le rayon, et j’avais justement envie d’une lecture qui occuperait simplement mon week-end. À part la démarche (parce que j’ai lu les deux premières pages dans la librairie) consistant à écrire au « je » et au passé composé, comme s’il était définitivement acté que le niveau des lecteurs s’arrête là, il m’a semblé que Taormine pourrait être divertissant. Et oui, c’est divertissant – sans être trop léger.

Tout au long de cette courte lecture, j’avoue avoir un peu râlé. D’abord, le narrateur aurait pu être drôle et ne l’est pas, mais c’est finalement un parti-pris qui se défend tout-à-fait. Ensuite, je n’ai pas réussi à bien cerner et me représenter ses deux personnages principaux – lui et sa femme – mais ça fonctionne quand même. Je me suis laissée embarquer par un suspense qui débute très vite : un couple arrive en Sicile pour une semaine de vacances ; ils prennent une voiture de location ; ils quittent l’autoroute dès qu’ils voient le premier symbole « plage »… et ça y est, tout foire. J’ai continué à râler un peu, mais je voulais absolument finir ce livre, parce que je voulais savoir ce qui allait se passer, et parce que je ne comprenais pas ce que je voyais comme une faiblesse : cet humour trop intériorisé par rapport au genre je-suis-con-et-je-raconte-dans-le-menu-détail-les-conneries-que-je-fais.

Et c’est comme ça que je suis arrivée à la chute, qui est formidable. Bravo, monsieur Ravey, c’est bien shooté !

*

Yves Ravey
Taormine
Les Éditions de Minuit
2022/2024

Voir aussi l’article de Marie-Hélène Moreau sur Trois jours chez ma tante, du même auteur.

Trois jours chez ma tante

—————————-

Littérature française
Par Marie-Hélène Moreau

Voilà un livre qui plaira certainement beaucoup à certains et pas du tout à d’autres tant il est original et donc littérairement clivant.

L’histoire, tout d’abord. Marcello Martini rentre du Liberia pour un séjour de trois jours en France à la demande de sa tante, une dame riche et âgée qui subvient depuis de nombreuses années à ses besoins. Ce sont ces trois petits jours que nous conte le livre, narrés par Marcello lui-même qui, outre sa tante, croisera également son ex-femme et la fille de celle-ci, ainsi que plusieurs membres du personnel de la maison de retraite dans laquelle est herbergée la vieille dame. Au fil de ces trois jours, les raisons pour lesquelles elle l’a appelé auprès d’elle, mais également celles pour lesquelles il a été contraint de quitter précipitamment la France pour le Liberia vingt ans plus tôt et les conditions de ce départ, se révéleront. La personnalité plus complexe qu’il n’y paraît du narrateur se dévoilera alors progressivement.

Le style, ensuite. D’un format court, le roman est construit en une succession de chapitres également courts à l’écriture simple et directe. Par petites touches successives, l’auteur, tel le peintre à son tableau, fait apparaître la personnalité trouble de son personnage et crée une ambiance tout à fait intrigante qui conduit le lecteur (celui à qui le livre plaît beaucoup, en tout cas) à ne pas lâcher l’histoire. On peut certes regretter de-ci de-là quelques facilités scénaristiques, mais le réalisme le plus absolu n’est pas le propos de l’auteur qui prend visiblement plaisir à nous faire découvrir la face cachée de son héros. Plaisir partagé.

*

Yves Ravey
Trois jours chez ma tante

Éditions de Minuit
2017

Un Site WordPress.com.

Retour en haut ↑