J’ai lu tout Agatha Christie

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Série « J’ai lu tout… »
Policiers et thrillers (Grande-Bretagne) – Hommages
Par Marie-Hélène Moreau et Catherine Chahnazarian

CATHERINE – Ça t’est arrivé, à toi, de lire tous les livres d’un même auteur ?

MARIE-HÉLÈNE – À quelques exceptions près (la romance par exemple), tout livre est susceptible de satisfaire mon goût de la lecture, mon grand plaisir étant de changer d’univers. Passer d’un roman flamboyant à un style épuré, d’un thriller à un livre intimiste pour ensuite naviguer vers la science-fiction. Aussi n’ai-je jamais ressenti le besoin de “lire tout un auteur” aussi brillant soit-il. Même la lecture d’un livre exceptionnel ne m’en donne pas l’envie car c’est ce livre-là qui est exceptionnel, pas forcément les autres.

CATHERINE – C’est amusant, je fonctionne tout à fait différemment. Quand un livre me plaît – je veux dire, me plaît vraiment -, j’ai envie d’en lire d’autres du même auteur. Et si l’auteur me plaît, je les lis tous (ou presque). Toi tu ne l’as jamais fait ?

MARIE-HÉLÈNE – Non, la seule exception, sans doute à mettre sur le compte de la jeunesse, je l’ai faite pour Agatha Christie. Je me souviens de cette bibliothèque lorsque j’étais collégienne. S’y trouvaient de gros volumes, chacun regroupant plusieurs de ses romans, et ils me fascinaient littéralement. Je les ai dévorés les uns après les autres jusqu’à épuisement et en ai gardé un respect profond pour cette grande dame de la littérature ainsi sans doute que cet amour immodéré des livres.

CATHERINE – Moi aussi j’ai eu ma période Agatha Christie. J’adorais les ambiances rétro qui m’évoquaient les récits de ma grand-mère, réfugiée à Londres pendant la Première Guerre mondiale, j’apprenais l’esprit anglais et je rêvais de voyages au Moyen Orient, surtout en train ! Je ne devinais jamais qui étaient les coupables et j’adorais me laisser embarquer dans ces intrigues qui me dépassaient, toujours à la fois exotiques et énigmatiques. Elle a écrit plus de quatre-vingt livres, dont près de soixante-dix romans policiers, c’est fou. Je voulais tous les lire, mais j’avoue avoir abandonné après quelques dizaines.

MARIE-HÉLÈNE – Lesquels as-tu préféré ?

CATHERINE – Le meurtre de Roger Ackroyd et Le crime de l’Orient-Express (j’ai envie d’ajouter « bien sûr »), Pension Vanilos (avec Hercule Poirot) et Un cadavre dans la bibliothèque (avec Miss Marple).

Je n’ai pas retrouvé, en feuilletant rapidement les premières pages de plusieurs de mes Agatha Christie, quel est celui dans lequel une jeune fille (ou une secrétaire ?) se fait sermonner par une dame plus âgée (ou sa patronne ?) parce qu’elle sert le thé, ce qui est bien, certes, sauf qu’il n’est pas très bon : « Je suis sûre que l’eau n’avait pas frémi ». Sooo british !

MARIE-HÉLÈNE – Il se trouve que mon Agatha Christie préféré est, de très loin, le meurtre de Roger Ackroyd 😊

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Agatha Christie est publiée en français chez JC Lattès (Éditions du Masque).

Veiller sur elle

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Littérature française
Catherine Chahnazarian

Passée l’effervescence du prix Goncourt et ses polémiques, j’ai ouvert Veiller sur elle pour en lire le début et Jean-Baptiste Andrea a piqué ma curiosité.

Mimo (Michelangelo Vitaliani), né en France en 1904, se retrouve en Italie à douze ans, seul, pauvre, exploité, mais talentueux à l’excès : il est fait pour être sculpteur. Avec lui, l’auteur nous plonge dans une Italie campagnarde subissant de loin la Première Guerre mondiale, nous fait voyager à Florence, où nous assistons à la montée du fascisme, puis à Rome, où l’Italie fait le grand-écart entre le Pape et Mussolini. Ni l’histoire du XXe siècle ni l’art ne sont de vains décors dans ce récit que nous fait Mimo, car c’est lui qui raconte, à nous qui avons accès à ses pensées dans le moment où, près de rendre l’âme, il revoit toute sa vie. Récit d’un réalisme si convainquant que l’on pourrait croire que Michelangelo Vitaliani a réellement existé. Mais ce qui a réellement existé, c’est ce siècle, ce pays, son histoire, la terre, les rivalités, les rôles attribués par la naissance, les souffrances, les naïvetés et les calculs, la complexité et la force des amitiés, et l’importance de l’art. Le style d’Andrea, exceptionnel, dense, constant, poétique, savant sans nous perdre, confère à ce récit une dimension qui méritait bien un Goncourt. L’ensemble est beau sans se complaire dans la beauté, plein d’aventures et de rebondissements sans se perdre dans le narratif, et les personnages sont tous excellents, typés, cohérents, crédibles et si diversifiés que c’est tout un monde, plusieurs mondes, dans lesquels il nous est donné d’entrer.

Pour tout dire, il y a dans ce roman quelque chose qui le dévalorise. Ce sont ces annonces régulières, prolepses plus ou moins subtiles ayant pour vocation de stimuler la curiosité du lecteur à découvrir la suite. Procédé inutile, voire contre-productif dans un tel récit. Mais si cela m’a causé au début quelques déceptions, j’ai fini ce livre avec passion.

François Lechat

Je partage l’appréciation de Catherine, ainsi que sa réserve finale. Mais je serais plus enthousiaste encore. Si certaines anticipations sont inutiles et nous privent d’un effet de surprise, cela n’empêche pas le suspense de monter de chapitre en chapitre. Et j’ajouterais trois éléments pour expliquer le bonheur que m’a procuré Jean-Baptiste Andrea. D’abord le fait qu’une de œuvres de « Mimo » est entourée d’un épais mystère et fascine jusqu’au Vatican, et que l’on n’est pas déçu quand on découvre ce qu’elle a de surprenant. Ensuite, Andrea tisse une relation complexe, subtile et inhabituelle entre ses deux personnages principaux, qui apporte aussi sa part de suspense. Enfin, son héros n’est pas seulement sculpteur, ce qui est déjà original : il présente encore une autre spécificité, qui épaissit ce personnage tout en apportant des touches de drame et d’humour. L’ensemble est vraiment très riche et jamais prétentieux, fonctionnant par fines évocations toujours élégantes. Ne passez pas à côté, c’est un excellent Goncourt !

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Jean-Batiste Andrea
Veiller sur elle

Éditions L’Iconoclaste
2023

Nous avons consacré une mini-série aux romans de J.-B. ANDREA :
Ma reine, Cent millions d’années et un jour, Des diables et des saints

De façon générale, tous nos articles sont référencés dans le classement par auteur

Presque

Par Catherine Chahnazarian

Elle lit. On ne saura jamais quoi. La couverture est invisible. Pas question de la déranger pour lui demander. Elle est trop concentrée. Impassible et concentrée. Elle l’a presque fini. Presque. Il ne reste que deux ou trois pages. Mais elle arrive à sa station. Il faut descendre. Elle referme le livre avec une très légère inflexion des sourcils. Peut-être une joueuse de poker. Et elle remet son roman inachevé dans son sac. La pauvre.

Initiales B.B.

Mini-cycle de Noël-Nouvel An
Catégorie : l’autobiographie
Domaine : le divertissement

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Biographies et autobiographies (France)
Par Catherine Chahnazarian

Brigitte Bardot n’est pas qu’une femme libre, féministe avant l’heure. Est-elle d’ailleurs cette femme-là ? Fragile, ne supportant pas la solitude, sans cesse à la recherche de piliers pour la soutenir, l’image de la femme libre en prendrait un coup si Brigitte n’avait pas en même temps une obstination à faire ce qui lui plaît, moyennement attachée aux convenances. Après la guerre, elle veut vivre ! C’est pourquoi elle se sent libre de tomber et retomber amoureuse et de se laisser aller à ses pulsions… Une coureuse ? Certainement pas. Une infidèle ? Dans le milieu bourgeois qui l’a vue naître, sans doute ; dans le milieu du cinéma, quelle importance ? La morale n’a pas grand-chose à voir dans tout ça, il s’agit simplement d’être soi. Égocentrisme peut-être, mais spontanéité naïve aussi, une candeur qui la rend superstitieuse et la maintient longtemps dans une timidité étonnante : on l’imagine toujours sûre d’elle, s’affirmant, faisant des choix réfléchis, alors que bien des situations la trouvent perdue voire paniquée, incertaine de ce qu’elle vit, de ce qu’il faut faire. Elle est tantôt un chaton pris dans des phares au milieu d’une route, tantôt une lionne dont, même comme lecteur, on peut se sentir agressé. Sa manière de raconter, cash, brutale parfois, citant des noms sans souci de froisser ou de s’attirer un procès, est encore bien elle, simplement elle – non sans limite pourtant, non sans éthique, et non sans humour !

Brigitte paraît monolithique et sa dureté même est touchante : l’expérience semble avoir peu amorti les chocs, relativisé les conflits, apaisé les tensions, adouci les opinions. Cet être complexe, fragile et déterminé à la fois, on ne peut (commencer à) le comprendre qu’en se souvenant que c’est enfant qu’elle a traversé la Seconde Guerre mondiale, et en tant que jeune femme qu’elle a vécu la Guerre d’Algérie ; qu’en sachant que ses parents se sont montrés d’une dureté incroyable ; qu’en considérant sérieusement cette renommée inouïe qui a fait d’elle la première artiste française à vivre l’enfer d’être attendue au bas de chez elle, poursuivie dans la rue, etc. Ce harcèlement, qui nous semble aujourd’hui presque normal tant il est généralisé, est décrit dans Initiales B.B. de l’intérieur, par une femme qui, à 30 ans à peine, avait à peu de choses près sa carrière derrière elle.

Souvenirs, anecdotes, opinions — sur son enfance, ses débuts, le cinéma, ses voyages, ses parents, ses amis, ses amants, des acteurs, les animaux… Et quelques photos.

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Brigitte Bardot
Initiales B.B.
Éditions Grasset
1996, réédité en 2020

13 à table ! (hiver 2023-2024)

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Nouvelles et textes courts
Par Catherine Chahnazarian

En refermant le livre, je me suis dit : Voilà du grand Franck Thilliez, en quelques pages à peine, avec un poil de nostalgie, une dose de fantastique et une excellente chute. Mais « Miroir » n’est pas la seule nouvelle de ce recueil à m’avoir emballée. Maxime Chattam m’a cueillie avec « 22. » : c’est dense, intense, et ça contourne habilement l’inconvénient classique des récits courts, la moralité de comptoir, naïve ou si directe qu’elle en perd tout crédit. Karine Giebel s’est habilement glissée dans la peau d’une jeune Chloé que j’ai eu l’impression de comprendre. Philippe Jaenada fait, avec « Garçon Crépon », une saillie anticléricale vivante et pleine d’humour… Voilà pour mes préférées de l’année mais il y en a dix autres ! Car, comme chaque année à la même époque, les Restos du Coeur sortent un recueil de nouvelles d’auteurs français dont tous les bénéfices vont à ceux qui ont besoin des Restos pour survivre. Et comme l’an dernier, Cyril Lignac se joint à la bande, avec une recette de cuisine qui parlera à plus d’un : un cake marbré au chocolat à faire en famille, ou pour la famille, ou pour les amis, ou pour soi tout seul mais ce serait dommage de ne pas partager. Car c’est bien le principe des Restos : partager !

1 livre = 5 repas

Et on trouve le livre dans toutes les libraires, au supermarché… Pour 6 euros, vous vous régalez et vous régalez des bénéficiaires des Restos.

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Les Restos du Coeur
13 à table !
Éditions Pocket
2023

Tous nos articles sur cette publication annuelle sont disponibles à la rubrique « Restos du coeur« .

3 livres à succès qui nous ont plutôt déçus

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Les Armes de la Lumière

Littérature anglophone (Royaume-Uni)
Stylo-trottoir : ce que Pierre vient de lire

Les Armes de la Lumière sera le dernier opus de la fresque de Kingsbridge commencée avec Les Piliers de la Terre. Pierre nous avait parlé d’Une Colonne de Feu. Ce roman-ci se passe deux siècles après le précédent (Le Crépuscule de l’Aube).

« On est au temps des filatures, de l’évolution avec les premières machines à vapeur, la montée des syndicalismes, travailleurs contre patrons, et les guerres napoléoniennes », explique Pierre avec un enthousiasme modéré. Car, pour lui, le roman reste assez classique, les personnages se partagent entre les bons et les moins bons… Un effet de lassitude devant le Xème roman de Ken Follett conçu de la même façon ? « Mais ça se lit et on a envie de connaître la suite. »

Angle mort

Policiers et thrillers (Grande-Bretagne)
Une brève de Florence Montségur

Je viens de relire les articles sur La fille du train et Celle qui brûle. La régression s’accentue, hélas. Angle mort est décevant. Il y a peu de substance, peu de psychologie, peu de suspense… Les ingrédients sont classiques et employés platement (il y a de l’orage quand les choses vont mal). On sent que l’auteure devrait respirer un peu, attendre la bonne histoire et une réelle envie d’écrire. Je l’ai fini car il se lit vite et que ce sont les vacances.

Rocky, dernier rivage

Littérature francophone (Belgique)
Par Catherine Chahnazarian

J’ai lu ce roman presque d’une traite, en me demandant sans cesse « Mais où vont ces personnages ? », « Mais où va l’auteur ? ». Et j’ai été déçue par la fin, mais ce n’est pas ce qui compte. C’est que, à travers le survivalisme, le thème de cette fiction au drôle de titre est notre incapacité à changer de mode de vie alors même que ça urge, le temps inouï qu’il nous faut pour nous adapter à la réalité du réchauffement climatique, notre indifférence au sort des autres, notre égoïsme et en particulier celui des – de certains – riches… Genre « on va droit vers l’apocalypse », mais dans un roman léger, qu’il serait facile de prendre au premier degré comme si ce dont il est question n’était pas si grave. L’intrigue est bien construite (sauf, à mon avis, pour la temporalité) et bien écrite, les personnages (sauf celui du père, qui n’est pas très bien maîtrisé) sont bons, Gunzig distille un humour discret… mais comme s’il s’agissait de nous distraire, alors que le message est autrement ambitieux. J’ai été très gênée par ce décalage. Le traitement psychologique est ahurissant. Pour le dire autrement, ça manque de tripes, c’est impossible de croire au désastre qui est supposé s’être produit, impossible de croire aux réactions des personnages. Et en même temps, quelque chose a fait que je l’ai lu presque d’une traite. Ce roman me laisse tout à fait perplexe.

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Ken Follett
Les Armes de la Lumière
Éditions Robert Laffont
2023

Paula Hawkins
Angle mort
Traduction : Corinne Daniellot
Éditions Sonatine
2023

Thomas Gunzig
Rocky, dernier rivage
Éditions Au Diable Vauvert
2023

L’enfant dans le taxi

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Littérature française
Par Catherine Chahnazarian

Il était au milieu d’une table réservée aux coups de cœur des libraires. Dès les premières lignes, lues sur place à la sauvette, j’ai su que je partagerais ce coup de cœur-là.

L’écriture est formidable : belle, originale, rythmée, haletante, elle oblige à tenir jusqu’à la fin d’un dialogue, d’une description, d’une réflexion du narrateur, à tenir en respirant à peine et à ne souffler qu’à la fin d’un chapitre. Et encore, pas longtemps, car on est impatient d’en savoir plus sur ce secret de famille, sur qui sait quoi, sur ce que Simon va faire ou ne pas faire, sur sa vie et sa manière de la mener. Pourtant, dans ces 220 pages à peine, le temps du récit est long, l’auteur a une manière à la fois intense et paisible de traiter son sujet. Il se débarrasse avec aisance des attendus, des codes et des clichés, et nous fait vivre une quête qui ne bouleverse pas tout dans la vie de Simon, qui, tout en étant entêtante pour le personnage (et pour le lecteur), n’est pas totalement centrale mais s’insère dans sa vie en contribuant à construire de nouveaux équilibres. Le texte est émaillé de remarques ou réflexions qui tapent juste, c’est subtil sans aucune arrogance, riche sans aucune prétention, beau et réaliste.

J’ai adoré.

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Sylvain Prudhomme
L’enfant dans le taxi
Éditions de Minuit
2023

Mon nom ne vous dira rien

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Littérature francophone (Belgique)
Une brève de Catherine Chahnazarian

Si je renseigne ce roman, c’est pour la jolie idée d’une escapade improvisée à Rome dont je ne vous dirai rien mais que j’ai trouvée touchante. Cet élément aurait pu être plus central à l’intrigue et un peu complexifié, mais c’est une belle idée. Sinon, lecture légère sans beaucoup de substance ni de sens narratif. Juste un moment de détente plongeant le lecteur dans l’esprit bruxellois et l’emmenant à deux reprises en Italie.

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Jean-Luc Outers
Mon nom ne vous dira rien
Editions Les impressions nouvelles
2023

Le mage du Kremlin

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Essais, Histoire
Par Catherine Chahnazarian

Maintenant qu’il n’est plus dans toutes les conversations (en raison de son phénoménal succès de librairie et de la polémique sur le Goncourt), il est temps – si ce n’est déjà fait – de lire cet incroyable roman, qui a tout d’un essai et tout d’un récit, et qu’il faut aborder sans préjugés.

Écrit bien avant l’attaque russe de février 2022, sa publication est tombée dans un monde bouleversé qui s’est alors concentré sur le funeste présage de l’invasion de l’Ukraine, sur la peinture d’une Russie qui a permis l’avènement de Poutine, sur la façon de fonctionner de cet homme qui se comporte comme un dieu. Mais le roman n’est ni une description ni un oracle. Il explique, avec une précision méticuleuse de fin connaisseur et de fin stratège politique, l’esprit impérial russe que nous connaissons, que nous comprenons si mal.

Le point de vue ? Tout cela (la politique, la grandeur, les rivalités, le pouvoir…) n’est qu’une gigantesque comédie qu’un artiste met en scène dans l’indifférence de la réalité, juste pour le sport : être celui dont l’intelligence permet de faire fonctionner un système, de concrétiser une idéologie, de faire advenir un monde, de manipuler les cerveaux. Les personnages ? Ils ont récemment vécu ou sont encore vivants, leurs noms sont donnés comme acteurs de la sinistre comédie dont da Empoli nous livre des secrets. On sent qu’il maîtrise son sujet et que, sous le romanesque, il ne nous ment pas : il nous donne des clés. Raison pour laquelle plus votre lecture sera désintéressée plus vous profiterez de son expertise.

Bien sûr, le sujet de l’Ukraine accapare notre attention, mais il n’est qu’un sujet dans un vaste aperçu de la Russie du pouvoir, vue de l’intérieur afin de mieux emmener le lecteur dans des logiques qu’il perçoit peut-être, s’il est très informé, mais de l’extérieur. Le grand talent de da Empoli est de nous projeter dans l’esprit que nous cherchons à saisir – mais souvent en le regardant comme un ennemi ou un fou, ce qui nous empêche d’en appréhender la substance profonde, de l’accepter et alors, peut-être, de pouvoir y répondre.

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Giuliano da Empoli
Le mage du Kremlin

Éditions Gallimard
2022

La série des « Poulets grillés »

Policiers et thrillers
Par Catherine Chahnazarian

Juillet 2020

J’ai dévoré les trois premiers romans de cette série de Sophie Hénaff à la suite l’un de l’autre et, le troisième à peine terminé, les personnages me manquent déjà ! Car l’humain tient, chez Sophie Hénaff, une place de choix. Ces « poulets » sont ceux d’une équipe de la police judiciaire parisienne qu’on voit grossir, se souder, et à laquelle on ne peut que s’attacher, chacun des personnages ayant ses fêlures et ses différences, et tenant un rôle spécifique dans les intrigues et les rebondissements. Rebondissements qui savent nous prendre par surprise : les actions sont comme des trébuchements, elles avancent, titubent comiquement, sont tout sauf linéaires, et c’est très bien comme ça.

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Dans Poulets grillés, la brigade des Innocents se constitue, ramassis de policiers dont les autres services ne veulent pas, dirigée par la commissaire Anne Capestan, intelligente et orgueilleuse, têtue et diplomate, une excellente flic et une chef sans besoin d’autorité – c’est un exemple de lucidité et de tolérance ! On y rencontre notamment Louis-Baptiste Lebreton, grand et bel homme, droit et triste – une occasion pour l’auteure d’aborder l’homophobie sous un angle inattendu, avec une finesse remarquable.

Poulets grillés est le plus étonnant des trois romans. Peut-être du fait que quelque chose s’y construit contre toute attente ; certainement en raison de ses multiples qualités : originalité, sensibilité, justesse du ton, intelligence de la construction et j’en passe. Il mérite amplement les prix qui lui ont été attribués ! La brigade y résout sa première affaire puis…

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… dans Rester groupés, alors qu’elle se croyait placardisée et juste bonne à enchaîner les parties de billards dans la « salle de jeu » du commissariat, l’équipe est plongée dans une nouvelle enquête, construite sur un modèle à tiroirs qui fonctionne parfaitement bien, avec notamment des courses-poursuite dans Paris, dont une qui m’a beaucoup fait rire, et une scène de rue (une manifestation de hooligans) exceptionnelle. Cet opus est le plus épique des trois, et la palme de l’originalité et de la drôlerie y revient sans conteste à Saint-Lô, le mousquetaire de la brigade.

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D’une dynamique assez différente, Art et décès, comme son titre l’indique, se situe dans le milieu du cinéma – à peine caricaturé –, autour du personnage d’Eva Rosière, capitaine excentrique s’étant enrichie sur le dos de la police (je vous laisse découvrir comment). Elle est cultivée et vulgaire juste ce qu’il faut pour constituer un excellent personnage de polar ! Dans cette histoire, un bébé vient constamment interférer et participera d’ailleurs à la résolution finale – un fameux clin d’œil aux femmes seules qui jonglent au quotidien entre enfant(s) et travail. C’est l’épisode le plus burlesque, et peut-être celui par lequel Sophie Hénaff démontre définitivement qu’elle n’est pas une autrice d’occasion, que les premiers opus n’étaient pas accidentels : elle a décidément à la fois une grande capacité à caractériser ses personnages, un fameux talent de narratrice, d’excellents dialogues et un style affirmé, homogène, drôle et efficace.

Une mention particulière pour ces tout petits chapitres, un pour chaque personnage dans chaque opus, distribués ici et là au fil des occasions et qui tombent toujours juste. Impressionnistes, hors champ, inattendus, délicieux, ils atteignent leur cible à chaque fois : le cœur du lecteur.

Juillet 2023

Le temps passant, je craignais que la série s’arrête là mais – heureuse surprise ! – voici Drame de pique, dans lequel on retrouve la commissaire Anne Capestan et sa bien nommée Brigade des Innocents, un nouvel opus qui ne dément pas la réputation que s’est faite Sophie Hénaff.

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Quel plaisir de revoir l’extravagante Rosière et son chien Pilou, le digne Lebreton, le malheureux Torrez, le gourmand Lewitz ou cet assoiffé de Merlot… Leurs singularités les personnalisent, leur tolérance à l’égard les uns des autres les unit, dans un commissariat qui n’a rien d’un commissariat et où, quand ils sont par miracle mis sur une affaire, ils travaillent sans moyens, souvent sans autorisation et non sans maladresse.

Cette fois, ils poursuivent un serial killer qui tue en rue en se jouant de la police, dans le contexte non fictionnel de cette vague de mystérieuses piqûres subies par des femmes dans des boîtes de nuit. Il y est question d’orgueil, de trahison, de vengeance, d’amour aussi, et des valeurs qui animent ces policiers sous leurs comportements fantaisistes et malgré les injustices dont leur brigade est l’objet : humanité, justice, engagement, gratuité.

Une excellente lecture de détente, amusante, facile, fluide, intelligente avec ses rebondissements et sa construction savante. J’adore décidément les personnages de cette série aussi bien que le style de l’autrice, sa capacité à nous faire pouffer de rire, à créer des tensions, à croquer Paris et le monde d’aujourd’hui.

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Sophie Hénaff
Poulets grillés, Rester groupés, Art et décès, Drame de Pique

Chez Albin Michel : Poulets grillés, Rester groupés, Art et décès, Drame de Pique
La page consacrée à l’autrice

Au Livre de Poche : Poulets grillés, Rester groupés, Art et décès, Drame de pique

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Lire aussi, sur un autre sujet, Voix d’extinction, de la même autrice.

Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu’un

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Littérature étrangère (Australie)
Par Catherine Chahnazarian

Le libraire avait laissé un petit carton sur le livre. Quelque chose comme : Vraiment drôle, Pour lecteurs de romans policiers, Bien ficelé. Et quand il a vu que je lisais la première page, il m’a dit que l’auteur, australien, faisait du stand-up et que ça se ressentait positivement dans l’écriture, que c’était spirituel et « Vous savez, son expérience du stand-up fait qu’il sait où et quand placer la blague ». Ça m’a alléchée et j’y suis allée, dans cet hôtel le plus haut d’Australie, en pleine tempête, avec la famille Cunningham. Sans regrets. Voilà un roman savoureux qui fait appel à votre intelligence de lecteur. Particularité : le narrateur, qui vous raconte ce qui s’est passé et comment il a résolu l’affaire, met un point d’honneur à respecter les règles de l’Âge d’Or du roman policier, à commencer par ne pas mentir au lecteur et lui avoir distillé toutes les informations nécessaires. Il vous plonge dans l’histoire puis vous en ressort pour faire du méta, puis vous remet dedans jusqu’au cou et ainsi de suite. Vous vous prenez au jeu d’essayer de comprendre ce qu’il se passe comme si vous étiez confronté aux situations qu’il décrit, dans une sorte de duel avec ce narrateur qui vous fait, en outre, passer par diverses émotions. Autant le dire : l’intrigue est très élaborée et le héros (mais est-il le personnage principal ? Il se le demande) apparaîtra quand même comme un surdoué, à moins que vous, vous soyez vraiment fort en romans policiers.

Voilà. C’est un défi mais aussi une détente, bien qu’en avançant dans le livre la proportion entre amusement et suspense s’inverse progressivement : beaucoup d’humour au début, beaucoup de suspense à la fin, et assez de rebondissements, de secrets et d’états d’âme pour qu’on ait l’appétit de continuer, de continuer encore, de finir le livre sans tarder.

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Benjamin Stevenson
Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu’un
Traduction : Cindy Colin-Kapen
Éditions Sonatine
2023

Sur la dalle

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Littérature française
Par Catherine Chahnazarian

Ouf ! que je me suis dit, elle n’a pas définitivement abandonné le commissaire Adamsberg ! Et je me suis aussitôt plongée dans ce nouveau roman, trop heureuse de retrouver ses personnages principaux, et en me disant : C’est marrant, elle aime la Bretagne, Fred Vargas.

Pourtant, malgré mon enthousiasme, vers la moitié ou aux deux tiers du livre, j’ai commencé à faiblir. D’abord, les décors et les personnages étant dans ma tête, ils sont et resteront beaux pour toujours (rappelons-nous d’être poétiques à nos heures, d’extravaguer, de nous raconter des histoires pour mieux appréhender la réalité). Mais aurais-je aimé et compris les rencontres, la complicité, apprécié le rôle de chacun si je ne les avais pas déjà connus (du moins pour l’équipe d’Adamsberg) ? Ensuite, l’histoire est bien conçue, avec ses déviations, ses maigres réussites et ses échecs, l’espoir qu’on nourrit, la crainte aussi. Mais ce n’est pas possible, ce roman n’est pas fini ! Il y manque une couche ou deux : resserrer ici, supprimer les explications qui vont générer des redites, bien asseoir la personnalité des nouveaux personnages, gérer les problèmes de temporalité, éliminer ou mieux amener telle grosse facilité, revoir quelques formulations ambiguës, s’assurer d’avoir toujours orthographié les noms de la même façon, corriger les dernières coquilles… Comment est-il possible qu’à ce niveau de talent d’un côté (l’autrice) et de savoir-faire professionnel de l’autre (l’éditeur), ils en soient arrivés à nous livrer un travail qui n’est pas abouti ?

Je suis à la fois ravie d’avoir retrouvé des personnages que j’aime et une atmosphère familière, faite de gens un peu décalés, de confiance et d’amitiés rassurantes, de lieux propres au mystère, à cheval entre aujourd’hui et un hier ancestral imprégné de croyances… et déçue de savoir que, vu le nombre d’exemplaires tirés d’office, j’ai lu la version définitive.

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Fred Vargas
Sur la dalle

Éditions Flammarion
2023

Espions en révolution

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Essais, Histoire… (U.S.A.)
Par Catherine Chahnazarian

Entre récit et cours d’histoire, à la fois fluide et un peu austère, ce livre hybride, plein de références (l’auteur cite ses sources au détail près), est en fait amusant comme tout. On se retrouve à Paris et à Londres puis en Amérique du Nord, en gravitant autour de trois personnages qui ont fait la Révolution américaine : Silas Deane, le chevalier d’Éon et Pierre Caron dit Beaumarchais. Le premier est un entreprenant commerçant qui râle que l’Angleterre dicte sa loi au commerce international. Le second un fou doté d’un culot inouï, capable de faire chanter les rois. Le troisième est horloger au départ, auteur de théâtre à ses heures, professeur de musique, marchand d’armes… un touche-à-tout tantôt en fortune, tantôt ruiné. Avec prudence, mais en se laissant par moments aller au romanesque, Joel Richard Paul retrace comment chacun d’eux est amené à participer à l’indépendance américaine, et ce n’est pas triste. Car ils sont tous trois extravagants, ambitieux, un peu dingues, relativement marginaux et d’une intelligence redoutable. Un livre d’histoire qui donne vie à deux Français qu’on connaît en général fort peu : le chevalier d’Éon pour la question de savoir s’il était un homme ou une femme, Beaumarchais pour son Figaro dynamique et drôle, enclin à critiquer la société de l’époque. On est donc loin des cours d’histoire de notre séjour au lycée. Outre la mise en lumière de ces personnages passionnants, le récit construit notamment des images assez jouissives des relations internationales et de la diplomatie au dix-huitième siècle, et nous permet de comprendre les tenants et aboutissants de la Révolution américaine.

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Joel Richard PAUL
Espions en révolution
Beaumarchais, le chevalier d’Éon, Silas Deane et les secrets de l’indépendance américaine
Éditions Perrin
Traduction de Bernard Frumer
2022

Le pain perdu

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Essais, Histoire
Par Catherine Chahnazarian

Ce récit autobiographique, Edith Bruck le livre dans l’urgence. Sa vue diminue, sa mémoire risque de commencer à la lâcher ; elle tient à reparcourir l’ensemble de sa vie avant qu’il ne soit trop tard. Elle a déjà beaucoup écrit et beaucoup témoigné, mais elle refait dans Le pain perdu le périple qui l’a menée à Rome et à s’installer en Italie. Née en Hongrie, en 1931, juive, elle a fait l’expérience de la déportation, des camps de concentration. Puis elle a connu cette terrible déception, à la Libération, de ne pas être comprise, de ne plus faire tout à fait partie de la société, plus comme avant ; et de savoir ce que le mot « liberté » veut dire alors que le vivre n’est pas si facile. Elle a croisé différentes cultures, vécu la vie errante d’une artiste de spectacle, puis trouvé le pays où elle se sentira bien, et l’amour de sa vie.

Investie d’une mission de mémoire, elle est une de ces femmes qui se moquent des cases dans lesquelles on veut les mettre. Elle jette ici brièvement (148 pages) les éléments essentiels qui l’ont constituée et décrit son sentiment de dédoublement quand elle reçoit des honneurs, ne pouvant être tout à fait ce personnage-là, cherchant à rester aussi la petite fille aux pieds nus qu’elle fut il y a plus de quatre-vingts ans.

J’ai cru lire d’une traite ce récit sans pathos et sans fioritures inutiles, mais j’ai dû faire une pause page 63 (« raconte-le, si tu survis »), à son arrivée en Israël, après être passée de camp de transit à camp de transit, puis quand quelqu’un, enfin, s’intéresse à ce qu’elle écrit.

Le pain perdu est le livre d’une femme responsable d’elle-même. Et si, après ou avant de la lire, vous avez envie de mieux la connaître et que vous comprenez l’italien, essayez ce documentaire d’une heure, fait sur et avec elle, où elle est absolument merveilleuse.

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Edith Bruck
Le pain perdu
Éditions du Sous-sol (Seuil)
Traduction de l’italien : René de Ceccatty
2022

Disponible chez Points

L’enfant réparé

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Littérature française
Catherine Chahnazarian

Alors que paraît Une nuit particulière, je viens seulement de lire L’enfant réparé, qui n’est pas qu’une ligne parallèle à la psychanalyse de Grégoire Delacourt. Psychanalyse qui lui a permis de comprendre que ses souffrances étaient dues aux abus de son père, et de comprendre le sacrifice que sa mère a fait pour lui. L’enfant réparé est aussi une relecture de tous ses livres, de tous les mots qui devaient sortir, de ce qui s’est exprimé plus ou moins malgré lui dans ses précédents romans. Une sorte de grille de lecture rétrospective pour ses fans, de confirmation pour les plus psychologues qui avaient compris.

Mais que peut-on bien écrire après cela ? Si tous les mots convergeaient vers le souvenir enfoui qu’il fallait désenfouir, que peut-on écrire après cela ? Et le lecteur de L’enfant réparé n’est-il pas définitivement devenu le psychanalyste de l’auteur, ayant à présent en mains une telle grille de lecture ? Delacourt n’est-il pas désormais tenu de devancer l’analyse de ses lecteurs, de la court-circuiter d’avance, de faire en sorte que ce qu’il écrira ne le déshabille pas trop ? C’est ce que nous verrons en lisant Une nuit particulière… Qui le premier ou la première critiquera ce nouvel opus pour Les yeux dans les livres ? Hum ?

La beauté de L’enfant réparé tient bien sûr à la vérité qui est dite, qui sait ne pas être bêtement nombriliste, qui sait aussi tenir le lecteur en haleine en l’emmenant dans une construction dont la chronologie est déstructurée, une idée en appelant une autre, un retour en arrière étant toujours possible, comme sur un divan. Mais la beauté du texte tient avant tout à cette écriture remarquable, que l’on rechigne à décrire dans le détail pour ne pas lui enlever sa magie. Parce que, pour ce qui est des mots, Delacourt est vraiment très doué.

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Grégoire Delacourt
L’enfant réparé
Éditions Grasset
2021

Disponible en Poche

Toutes nos critiques de Grégoire Delacourt sont référencées à la lettre D de notre classement par auteur.

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