L’enfant dans le taxi

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Littérature française
Par Catherine Chahnazarian

Il était au milieu d’une table réservée aux coups de cœur des libraires. Dès les premières lignes, lues sur place à la sauvette, j’ai su que je partagerais ce coup de cœur-là.

L’écriture est formidable : belle, originale, rythmée, haletante, elle oblige à tenir jusqu’à la fin d’un dialogue, d’une description, d’une réflexion du narrateur, à tenir en respirant à peine et à ne souffler qu’à la fin d’un chapitre. Et encore, pas longtemps, car on est impatient d’en savoir plus sur ce secret de famille, sur qui sait quoi, sur ce que Simon va faire ou ne pas faire, sur sa vie et sa manière de la mener. Pourtant, dans ces 220 pages à peine, le temps du récit est long, l’auteur a une manière à la fois intense et paisible de traiter son sujet. Il se débarrasse avec aisance des attendus, des codes et des clichés, et nous fait vivre une quête qui ne bouleverse pas tout dans la vie de Simon, qui, tout en étant entêtante pour le personnage (et pour le lecteur), n’est pas totalement centrale mais s’insère dans sa vie en contribuant à construire de nouveaux équilibres. Le texte est émaillé de remarques ou réflexions qui tapent juste, c’est subtil sans aucune arrogance, riche sans aucune prétention, beau et réaliste.

J’ai adoré.

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Sylvain Prudhomme
L’enfant dans le taxi
Éditions de Minuit
2023

À son image

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Littérature française
Par Anne-Marie Debarbieux

Le roman s’ouvre sur la mort d’Antonia, une jeune femme corse qui perd la vie dans un stupide accident de voiture. Elle était photographe, et après un début de carrière consacré à couvrir des événements tragiques, elle assurait désormais des reportages plus anodins, souvent liés à des événements familiaux.

Bien qu’elle ne soit pas croyante, ses funérailles sont néanmoins célébrées à l’église par un prêtre qui est également son parrain et qui lui avait offert son premier appareil photo. Lourde tâche pour cet homme, lui-même bouleversé, lié de près à la défunte et qui a à cœur de ne pas la trahir.

Le roman est structuré par le déroulement chronologique de cette cérémonie, en ce sens que chaque chapitre correspond à une étape de la liturgie de la messe de funérailles selon le rite catholique. Chaque moment, par l’évocation de photos, est prétexte à des réflexions sur des thèmes récurrents : la photographie elle-même, cet art si particulier qui ne saisit que la fugacité d’un instant, la guerre, la violence, la Corse et ses divisions, et la mort bien sûr, omniprésente et toujours horrible et inacceptable !

Le lecteur, suivant sa propre personnalité, sa vie, ses convictions, ses centres d’intérêt, sera forcément plus sensible à certains chapitres qu’à d’autres.

Personnellement j’ai été inégalement touchée par ce roman, certains passages m’ont même paru presque un peu longs, mais d’autres pages, en particulier les réflexions sur la mort, m’ont beaucoup émue par leur humanité, leur sensibilité et leur justesse. En un mot leur vérité.

Quant à l’écriture de l’auteur, elle reste toujours extrêmement élégante et bien entendu elle contribue, tout comme la structure très originale, à emporter l’adhésion du lecteur.

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Jérôme Ferrari
À son image
Éditions Actes Sud, 2018
Babel, 2020

La nuit des pères

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Littérature française
Par Sylvaine Micheaux

Mon dernier petit coup de cœur.

Isabelle, réalisatrice de documentaires remarquables sur la mer et les fonds marins, a fui depuis longtemps ses Alpes natales et surtout son père, guide de montagne émérite, apprécié de tous, mais dur, froid, intransigeant avec ses deux enfants, ne donnant aucun amour, ni aucune attention à sa fille. La rupture a été totale, après le décès de leur mère qui apportait de la douceur au foyer.

Mais Olivier, le frère, resté fidèle et attentionné auprès du père, l’appelle pour qu’elle revienne car leur père commence à souffrir de la Maladie de l’Oubli. Ce retour permettra-t-il de comprendre enfin ce patriarche tant aimé et tant haï, avant que l’oubli n’emporte tout ?

Cette histoire, somme toute classique, est un petit bijou grâce à la plume fine, précise, ciselée, pudique et poétique de Gaëlle Josse. Elle pénètre au fond du cœur et des pensées d’Isabelle, puis de son frère Olivier. Lors d’une présentation de son livre chez notre libraire, Gaëlle Josse expliquait qu’elle avait choisi comme titre La nuit des pères, et non « du père », car chaque enfant porte en lui un père différent. 

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Gaëlle Josse
La nuit des pères
Éditions Noir sur Blanc
2022

Disponible en J’ai lu.

Soumission

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Littérature française
Par Julien Raynaud

Soumission est un roman dans la plus pure tradition houellebecquienne. Les adeptes de l’auteur se sentiront en terrain familier, retrouveront le style et les marottes de l’essayiste. Ils poufferont toutes les deux ou trois pages, salueront ce cru 2015. Ils se réjouiront du passage où le narrateur voit sa soirée télé consacrée aux résultats de l’élection présidentielle gâchée par les dysfonctionnements de son micro-ondes.

Les récalcitrants, au contraire, verront leur aversion se confirmer. Ils ne percevront pas l’humour de l’auteur, souriront à peine lors des passages sur Bayrou ou Pujadas, se braqueront face aux propos de certains personnages. Ils lèveront les yeux au ciel quand il sera question des femmes musulmanes, décrites tantôt en burqa tantôt en train de lire Picsou Magazine. Ils lâcheront carrément le livre quand surgiront à l’improviste, en pleine description poétique, des passages sexuels dignes de San-Antonio.

À chacun de se faire son opinion.

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Michel Houellebecq
Soumission
Éditions Flammarion
2015

Chaleur humaine

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Littérature française
Par Sylvaine Micheaux

Dans le Lot, Alexandre, le bon fils, cinquantenaire, a repris la ferme familiale d’élevage bovin, dans les hauteurs du village, les parents retraités s’étant installés dans la ferme du bas.

Ses trois jeunes sœurs, avec qui il n’a plus aucun contact, ont fui la campagne et n’y remettent jamais les pieds. L’une, mariée et mère de deux gamins dont un commence à mal tourner, tient avec son époux, gilet jaune de la première heure, un bar restaurant à Rodez. La seconde est professeur à Toulouse, et la dernière, photographe parisienne, voyage dans le monde entier.

Mais… Le roman commence en janvier 2020 et le coronavirus étend sa pandémie, les nouvelles sont de plus en plus mauvaises et, en mars, les restaurants ferment du jour au lendemain, les professeurs font cours devant leur écran d’ordinateur et les avions sont cloués au sol. Bref, une seule façon de supporter le confinement : se rapatrier dans la ferme familiale. Mais quel sera l’accueil ?

La plume de Serge Joncour est comme toujours agréable à lire mais, pour ma part, je trouve qu’il surfe un peu trop sur les sujets dans l’air du temps : les gilets jaunes, la covid 19, le retour à la nature des citadins perdus, les gentils agriculteurs bio respectueux de la nature qui vont sauver l’humanité – même si le roman est parfaitement documenté sur l’évolution des cultures et de l’élevage avec le changement climatique, et même si on replonge dans les premiers mois de cette pandémie dont on a un peu oublié le déroulement.

Ce roman reprend les personnages de Nature humaine, sorti en 2020, mais peut être lu indépendamment.

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Serge Joncour
Chaleur humaine

Éditions Albin Michel
2023

Trois jours chez ma tante

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Littérature française
Par Marie-Hélène Moreau

Voilà un livre qui plaira certainement beaucoup à certains et pas du tout à d’autres tant il est original et donc littérairement clivant.

L’histoire, tout d’abord. Marcello Martini rentre du Liberia pour un séjour de trois jours en France à la demande de sa tante, une dame riche et âgée qui subvient depuis de nombreuses années à ses besoins. Ce sont ces trois petits jours que nous conte le livre, narrés par Marcello lui-même qui, outre sa tante, croisera également son ex-femme et la fille de celle-ci, ainsi que plusieurs membres du personnel de la maison de retraite dans laquelle est herbergée la vieille dame. Au fil de ces trois jours, les raisons pour lesquelles elle l’a appelé auprès d’elle, mais également celles pour lesquelles il a été contraint de quitter précipitamment la France pour le Liberia vingt ans plus tôt et les conditions de ce départ, se révéleront. La personnalité plus complexe qu’il n’y paraît du narrateur se dévoilera alors progressivement.

Le style, ensuite. D’un format court, le roman est construit en une succession de chapitres également courts à l’écriture simple et directe. Par petites touches successives, l’auteur, tel le peintre à son tableau, fait apparaître la personnalité trouble de son personnage et crée une ambiance tout à fait intrigante qui conduit le lecteur (celui à qui le livre plaît beaucoup, en tout cas) à ne pas lâcher l’histoire. On peut certes regretter de-ci de-là quelques facilités scénaristiques, mais le réalisme le plus absolu n’est pas le propos de l’auteur qui prend visiblement plaisir à nous faire découvrir la face cachée de son héros. Plaisir partagé.

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Yves Ravey
Trois jours chez ma tante

Éditions de Minuit
2017

Le soldat désaccordé

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Littérature française
Par Anne-Marie Debarbieux

Plus que les récompenses dont il a été gratifié, c’est le titre de ce roman qui m’a intriguée en dépit de mon intérêt modéré pour les récits de guerre. Et je n’ai pas été déçue.

Le récit, rédigé à la première personne, met en scène un rescapé de la Grande Guerre amputé d’une main lors de la bataille de la Marne, rapatrié à l’arrière mais qui a continué sans hésiter à assumer des services compatibles avec son handicap. Son patriotisme intact était pour lui une évidence.

La guerre une fois achevée, incapable de s’en distancier, il œuvre, en tant qu’enquêteur, auprès de familles en quête de nouvelles de soldats disparus. C’est ainsi qu’il part sur les traces du soldat Émile Joplain.

Si évidemment cette enquête, longue, complexe à souhait, qui constitue l’essentiel du récit, emporte très vite le lecteur qui se passionne pour Joplain, elle éclaire aussi le titre, « Le soldat désaccordé ». Et c’est peut-être le principal intérêt du livre, car entrer dans la vie d’un autre n’est jamais neutre. Et l’enquêteur entre dans un itinéraire, des réalités de vie et des expériences très différents des siens. Par ailleurs, les rumeurs qui déjà grondent dans les années 20 sur les risques d’une autre guerre ne contribuent pas à apporter de la sérénité.

Seule réserve à ce roman bien écrit et bien documenté : la fin qui m’a semblé assez artificielle. Un peu dommage !

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Gilles Marchand
Le soldat désaccordé

Éditions Aux forges de Vulcain
2023

Le mage du Kremlin

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Essais, Histoire
Par Catherine Chahnazarian

Maintenant qu’il n’est plus dans toutes les conversations (en raison de son phénoménal succès de librairie et de la polémique sur le Goncourt), il est temps – si ce n’est déjà fait – de lire cet incroyable roman, qui a tout d’un essai et tout d’un récit, et qu’il faut aborder sans préjugés.

Écrit bien avant l’attaque russe de février 2022, sa publication est tombée dans un monde bouleversé qui s’est alors concentré sur le funeste présage de l’invasion de l’Ukraine, sur la peinture d’une Russie qui a permis l’avènement de Poutine, sur la façon de fonctionner de cet homme qui se comporte comme un dieu. Mais le roman n’est ni une description ni un oracle. Il explique, avec une précision méticuleuse de fin connaisseur et de fin stratège politique, l’esprit impérial russe que nous connaissons, que nous comprenons si mal.

Le point de vue ? Tout cela (la politique, la grandeur, les rivalités, le pouvoir…) n’est qu’une gigantesque comédie qu’un artiste met en scène dans l’indifférence de la réalité, juste pour le sport : être celui dont l’intelligence permet de faire fonctionner un système, de concrétiser une idéologie, de faire advenir un monde, de manipuler les cerveaux. Les personnages ? Ils ont récemment vécu ou sont encore vivants, leurs noms sont donnés comme acteurs de la sinistre comédie dont da Empoli nous livre des secrets. On sent qu’il maîtrise son sujet et que, sous le romanesque, il ne nous ment pas : il nous donne des clés. Raison pour laquelle plus votre lecture sera désintéressée plus vous profiterez de son expertise.

Bien sûr, le sujet de l’Ukraine accapare notre attention, mais il n’est qu’un sujet dans un vaste aperçu de la Russie du pouvoir, vue de l’intérieur afin de mieux emmener le lecteur dans des logiques qu’il perçoit peut-être, s’il est très informé, mais de l’extérieur. Le grand talent de da Empoli est de nous projeter dans l’esprit que nous cherchons à saisir – mais souvent en le regardant comme un ennemi ou un fou, ce qui nous empêche d’en appréhender la substance profonde, de l’accepter et alors, peut-être, de pouvoir y répondre.

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Giuliano da Empoli
Le mage du Kremlin

Éditions Gallimard
2022

Attaquer la terre et le soleil

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Littérature française
Par Jacques Dupont

Ce livre est l’histoire de petites gens, des campagnards à qui l’État Français a octroyé sept hectares de terrain agricole, quelque part dans l’Algérie intérieure, vers 1848. Et « sainte mère de Dieu », ils s’en viennent, sous escorte militaire, prendre possession de leur bien. Les voilà dans un même élan exposés, qu’il pleuve, qu’il vente ou fasse soleil, à des climats d’enfer. Bientôt la maladie les décimera.

La France avait fait main basse sur l’Algérie dès 1830. Il restait, en 1848, à pousser encore l’avantage, et à mettre sous coupe réglée d’immenses territoires demeurés « barbares » et dangereux. Le récit expose tantôt le point de vue paysan tantôt le militaire – tout en razzia, vol, viol, et meurtres, jusqu’à la nausée, au nom d’une conquête assise par un suprémacisme civilisateur.  Les Algériens – villageois ou nomades – se défendent, cependant, ils se liguent, de plus en plus nombreux, jusqu’à faire masse armée. La colonie y survivra-t-elle ? Le récit s’arrête sur la prise de conscience d’une femme, qui comprend le contrat de dupes auquel on l’a conviée.

On n’ignore plus que l’Algérie ne fut française qu’au prix le plus fort. Ce livre a le mérite de le rappeler. Malgré l’horreur du propos, l’écriture est fluide et déliée, il se lit facilement. J’ai trouvé ce propos plutôt convenu, je n’ai pas appris grand-chose, et je me suis demandé à qui ce bout d’histoire de France était finalement adressé. Mais si, pour un non Français comme moi, l’Algérie est une ancienne colonie française, pour pas mal de Français, l’Algérie « était » la France ; et l’indépendance du pays, à la suite des « évènements », marque le début d’un deuil impossible.  Sans doute la relation entre les deux pays demeure-t-elle aujourd’hui pour une large part inexpliquée. Alors oui, ce livre et les prix décernés par le Monde et France Inter ont du sens.

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Mathieu Belezi
Attaquer la terre et le soleil

Éditions Le Tripode
2022

Une nuit particulière

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Littérature française
Par Anne-Marie Debarbieux

Certains pourront ne voir dans ce court roman qu’une mièvrerie habillée par une écriture indiscutablement élégante, d’autres y verront la densité d’une tragédie grecque. Entre ces extrêmes, j’ai été séduite par l’intensité qui émane de ce livre très particulier, que j’ai lu d’une traite tant il m’a, d’emblée, emportée aux côtés de ce couple improbable dont on suit l’histoire le temps d’une nuit.

Après une courte introduction prémonitoire mais que l’on oublie aussitôt, l’auteur nous plonge dans un double récit, celui d’Aurore puis celui de Simeone. Aurore est une femme de 54 ans, bouleversée, déchirée, parce que son mari va la quitter ce soir et qu’elle « se sent comme un champ de ruines ». C’est pourquoi elle est dehors, errant dans Paris, en quête d’une rencontre qui adoucira le déchirement qu’elle vit. Elle croise le chemin de Simeone, un homme inconnu, en sursis, que ronge une grave maladie.

Bien qu’ils déambulent dans divers lieux à Paris puis au Touquet où se terminent leur périple et le roman, ces heures passées ensemble sont un huis clos, un temps hors du temps, une relation aussi intense qu’éphémère, le temps pour Aurore de se prouver qu’elle existe encore et pour Simeone qu’il peut adoucir la douleur d’un abandon. Le récit est tendre et cru à la fois, car ces deux êtres ne se connaissent pas et peuvent donc tout dire, tout confier, tout oser, le temps d’une nuit. Très brève, leur relation est libre, pudique et impudique, légère et intime, et elle interroge l’amour qui réclame la jouissance des corps mais ne se réduit pas à combler un manque.

Et peut-être Aurore aura-t-elle sauvé Simeone autant qu’il a lui-même accompagné sa détresse.

Les enjeux du roman se devinent et se précisent au fil de la lecture, mais peu importe car on est avant tout sensible à une belle écriture qui a le sens des formules qui sonnent juste. Témoin indiscret malgré lui mais pas voyeur, le lecteur est charmé et bousculé tout à la fois.

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Grégoire Delacourt
Une nuit particulière
Éditions Grasset
2023

La condition pavillonnaire

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Littérature française
Par Marie-Hélène Moreau

On aime ou on déteste le livre de Sophie Divry, mais peu de chance qu’il laisse totalement indifférent.

L’histoire, tout d’abord. L’héroïne – encore que le terme convienne peu… -, désignée sous les initiales M.A., est la fille unique d’un couple modeste vivant dans un petit village d’Isère. Elle grandit, s’ennuie, rêve plus grand, plus loin, jusqu’au jour où, enfin, elle part faire ses études à Lyon, une délivrance. Apprentissage de la solitude, premières amitiés, premières amours, vacances et soirées entre amis, elle rencontre François, sage garçon qui admire cette belle jeune fille et cela, sans doute, lui suffit. Ils se marient. Apprentissage alors de la vie de couple, premier emploi, premier enfant et puis, le pavillon. La vie se déroule. Enfants à aller chercher à l’école, repas du soir à préparer, les parents qui vieillissent, le quartier qui doucement évolue… Elle s’ennuie, M.A. Elle aurait voulu autre chose, sans trop savoir quoi. Elle pense le trouver en prenant un amant. Il s’en va. Elle tente le yoga puis l’humanitaire, voit un psy, devient irascible, ensuite ménopausée. Elle se regarde vieillir, inexorablement. C’est ça, la vie ?   

Description quasi clinique de la vie de M.A., le style peut également désarçonner, notamment cette façon répétitive d’employer le “tu” :  “tu” fais ceci, “tu” fais cela. L’auteur décrit M.A. dans ses moindres gestes du quotidien et, partant, en décrit l’abyssale banalité, mais sans jamais juger. Certes, cela peut ressembler à certains moments à un pur effet de style, mais le procédé renforce au final le sentiment d’insupportable régularité de sa vie.

Le résultat est clivant, sans doute. Soit le lecteur plonge dans cette description implacable – quasi hypnotique – de la vie de M.A. et se confronte à cette vérité dérangeante : ne sommes-nous pas tous des M.A. en puissance ? Soit le lecteur s’ennuie ferme et aura l’impression d’avoir perdu son temps. Comme M.A.

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Sophie Divry
La condition pavillonnaire

Éditions Noir sur Blanc
2014

Un Coup de Soleil

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Littérature franco-italienne
Par Sylvaine Micheaux

Eléonore, Française installée à Salerno depuis une vingtaine d’années, séparée du père de ses jumeaux de 16 ans, travaille comme femme de ménage chez six personnes. Pendant qu’elle nettoie, époussette et entre dans l’intimité de ces foyers, elle essaie d’oublier son dernier chagrin d’amour pour Marco.

Eléonore a beau être battante et plutôt positive, elle a parfois du mal à garder la tête hors de l’eau. Dans ces six appartements vivent des personnages hauts en couleurs – le veuf éploré, la nonagénaire un peu coquine, les grenouilles de bénitier autoritaires, la voyante, le couple aisé mais malheureux et l’homme invisible – qui vont intervenir dans la vie de cette quadragénaire, tout comme elle aussi va chambouler la leur.

C’est un roman léger, ensoleillé, plein d’humour, qui se lit d’une traite. Le soleil et la verve de l’Italie. Certains personnages adolescents sont parfois un peu trop gentils mais c’est le principe des romans « feel good ». Une belle histoire qui donne la pêche pour les jours de pluie.

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Serena Giuliano
Un Coup de Soleil

Éditions Robert Laffont
2023

Sur la dalle

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Littérature française
Par Catherine Chahnazarian

Ouf ! que je me suis dit, elle n’a pas définitivement abandonné le commissaire Adamsberg ! Et je me suis aussitôt plongée dans ce nouveau roman, trop heureuse de retrouver ses personnages principaux, et en me disant : C’est marrant, elle aime la Bretagne, Fred Vargas.

Pourtant, malgré mon enthousiasme, vers la moitié ou aux deux tiers du livre, j’ai commencé à faiblir. D’abord, les décors et les personnages étant dans ma tête, ils sont et resteront beaux pour toujours (rappelons-nous d’être poétiques à nos heures, d’extravaguer, de nous raconter des histoires pour mieux appréhender la réalité). Mais aurais-je aimé et compris les rencontres, la complicité, apprécié le rôle de chacun si je ne les avais pas déjà connus (du moins pour l’équipe d’Adamsberg) ? Ensuite, l’histoire est bien conçue, avec ses déviations, ses maigres réussites et ses échecs, l’espoir qu’on nourrit, la crainte aussi. Mais ce n’est pas possible, ce roman n’est pas fini ! Il y manque une couche ou deux : resserrer ici, supprimer les explications qui vont générer des redites, bien asseoir la personnalité des nouveaux personnages, gérer les problèmes de temporalité, éliminer ou mieux amener telle grosse facilité, revoir quelques formulations ambiguës, s’assurer d’avoir toujours orthographié les noms de la même façon, corriger les dernières coquilles… Comment est-il possible qu’à ce niveau de talent d’un côté (l’autrice) et de savoir-faire professionnel de l’autre (l’éditeur), ils en soient arrivés à nous livrer un travail qui n’est pas abouti ?

Je suis à la fois ravie d’avoir retrouvé des personnages que j’aime et une atmosphère familière, faite de gens un peu décalés, de confiance et d’amitiés rassurantes, de lieux propres au mystère, à cheval entre aujourd’hui et un hier ancestral imprégné de croyances… et déçue de savoir que, vu le nombre d’exemplaires tirés d’office, j’ai lu la version définitive.

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Fred Vargas
Sur la dalle

Éditions Flammarion
2023

Sex Detectives

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Littérature… française ?
Par François Lechat

Malgré un titre aguicheur, n’allez pas imaginer des scènes torrides ou un défilé de pratiques sexuelles plus débridées les unes que les autres. À part un exhibitionniste qui prend prétexte de la taille de son attribut (à la fois trop grand et trop petit, selon lui !) pour assouvir ses pulsions, nous ne saurons rien de ce que font et même de ce que fantasment les uns et les autres, clients ou proches de la toute première agence de Sex Detectives jamais créée en France. C’est tout le paradoxe de ce roman : il n’y est question que de « ça », mais il reste chaste et même châtié, écrit tout du long dans une langue subtile qui multiplie les jeux de mots, les glissements sémantiques et les réflexions lexicales.

Mais que font, alors, les fondateurs de l’agence, Dougheurl et Duboï (on aura compris qui est la fille et qui est le garçon), par ailleurs colocataires, amis de toujours et amants occasionnels ? Ils reçoivent des clients, ils tentent de les satisfaire, ils enquêtent. Mais ils découvrent qu’en matière de plaisir ils n’y connaissaient rien, que leurs clients sont plus savants qu’eux et qu’en définitive il faut renoncer à maîtriser sa propre vie.

Jusqu’à un dénouement dont on ne sait pas s’il relève du lâcher-prise ou de la lâcheté, Noa Y. Lions crée des personnages hauts en couleur ou plus discrètement savoureux, entre lesquels se tissent des liens inattendus. Son roman s’adresse à des lecteurs aguerris qui gardent, dans un coin de leur tête au moins, le goût du bonheur.

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Noa Y. Lions
Sex Detectives

Éditions P.O.L.
2023

Veuf cherche femme immortelle

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Littérature française
Par Sylvaine Micheaux

Sylvie, la femme de Jean-Louis Fournier, a commis dans sa vie une seule faute de savoir-vivre : elle est partie la première. L’auteur, se sentant très seul, aimerait retrouver l’amour mais ne veut pas devenir veuf une seconde fois, ce serait trop douloureux. Il va donc passer une petite annonce : « Veuf cherche femme immortelle ». Et si quelques inconnues lui répondent, de nombreuses femmes devenues immortelles au fil des siècles lui écrivent : la Joconde, Néfertiti, la Goulue, etc. Mais Sylvie veille au grain et commente chaque réponse…

Il faut se laisser embarquer dans ce doux délire de l’auteur et se laisser prendre par ce roman plein de tendresse, d’amour et d’humour.

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Jean-Louis Fournier
Veuf cherche femme immortelle
Éditions JC Lattès
2023

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