Tous les hommes désirent naturellement savoir

Nina Bouraoui, Tous les hommes désirent naturellement savoir, J.-C. Lattès, 2018

Par Brigitte Niquet.

« J’ai vécu en France plus longtemps que je n’ai vécu en Algérie. […] Je me tiens entre mes terres, m’agrippant aux fleurs et aux ronces de mes souvenirs. Seule la mer relie les deux continents. »

L’Art de perdre nous ayant remis en mémoire, si besoin était, le déchirement des déracinés, on entre de plain-pied dans le récit de Nina Bouraoui, dont la situation est d’autant plus cruelle que la jeune femme se trouve divisée en deux moitiés rivales, celle qui regrette la patrie perdue, celle qui essaie de trouver sa place dans la patrie nouvelle, dichotomie qu’elle résume ainsi : « La France, c’est le vêtement que je porte, l’Algérie c’est ma peau livrée au soleil et aux tempêtes ». Une nouvelle version de la tunique de Nessus : qui voudrait enlever l’un arracherait l’autre. À cette dualité s’en ajoute une seconde, celle du corps (déjà évoquée dans un livre précédent : Garçon manqué), écartelé entre une homosexualité difficilement acceptée et le désir fou mais irréalisable d’être « comme tout le monde ».

Ce livre est de toute évidence une autofiction, qui présente la particularité d’être non chronologique et de s’articuler non autour des dates mais autour de trois thèmes : « devenir », « savoir » et « se souvenir » qui sont tour à tour les titres des courts chapitres qui le composent, thèmes étroitement entremêlés et si répétitifs que ça en devient lancinant, comme une sorte de mélopée destinée à exorciser la difficulté d’être. Autofiction, donc, ce qui définit à la fois son intérêt et ses limites. Certains lecteurs pourront trouver le nombrilisme que suppose ce genre un peu fatigant et un peu vain, d’autant que le récit ne s’éloigne jamais de l’autobiographie pure et dure et ne vise en aucun cas l’universel, contrairement à ce qu’avait si bien fait Alice Zeniter. L’ensemble manque donc un peu de recul et d’envergure : c’est le bémol que nous mettrons à cette chronique, mais qui ne doit pas décourager tous les amateurs de littérature intimiste, et ils sont nombreux.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

L’art de perdre

Alice Zeniter, L’art de perdre, Flammarion, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

L’art de perdre est une saga familiale qui commence vers les années 1930 avec Ali, fils de pauvres paysans kabyles, qui s’engage dans l’armée française à la mort de son père, en 1942.

A la libération il redeviendra paysan dans sa Kabylie natale et sa vie va se poursuivre, avec des coups de chances et d’heureux événements, comme la naissance de son fils Hamid. En 1954, c’est le début des « évènements », et Ali va passer les années de guerre à louvoyer entre les Français et le FLN pour protéger sa famille, ses amis et son village. Il emmènera finalement sa famille en France.

Alors, après Ali, nous suivrons Hamid, le fils à qui le père ne parle jamais de l’Algérie et qui finira par presque oublier sa langue maternelle, et reniera le plus possible sa part kabyle. Sa fille Naïma, jeune femme moderne, va se replonger dans son histoire suite aux attentats de 2015 et partir à la découverte de la vie de ses grands-parents, de sa famille paternelle et de leur pays d’origine.

Alice Zeniter nous propose un très beau roman (avec une trame autobiographique puisque Alice est petite fille de harki, fille de harki, née elle aussi d’une union mixte), plein d’émotion et d’amour, même si Ali et Hamid restent muets n’ayant pas les mots pour le dire. Des personnages fracassés par l’Histoire. Un roman poignant sur l’exil, les racines, l’héritage familial, et qui permet de comprendre pas mal de faits à ceux qui étaient petits ou qui n’étaient pas nés en 1962, ou qui n’ont pas  étudié cette période de l’Histoire .

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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