Trois lamentations

Robert Goolrick, Trois lamentations, Anne Carrière, 2017

Par Catherine Chahnazarian.

Cette nouvelle autobiographique de 25 pages suit le roman Après l’incendie, chroniqué par François Lechat. Je ne peux pas comparer le style et l’étoffe de ces deux textes, n’ayant lu que Trois lamentations, mais celui-ci ne m’a pas donné envie de lire celui-là. Le thème de la nouvelle est simple mais fort : c’est celui de la différence, et de l’ostracisme que peuvent subir au collège (et pas que) les enfants pauvres, gros ou de couleur. C’est du Sud des États-Unis, bête et raciste, qu’il est question, dans une époque pas si vieille puisque l’auteur est né en 1948. Mais comme il écrit d’une écriture assez plate, dans un style un peu incertain, entre récit littéraire et compte-rendu factuel, le propos est un peu affaibli. J’aurais personnellement préféré que le cliché de l’époque soit plus substantiel, tant qu’à parler d’une société critiquable. Sans doute Goolrick a-t-il voulu témoigner en respectant la vérité historique, s’interdisant de développer tout un roman par lequel il aurait l’impression de tirer profit de trois personnages réels… Ce n’est pas mal, mais pas très convaincant non plus. Dommage.

Catégorie : Nouvelles (USA). Traduction : Marie de Prémonville.

Liens : chez l’éditeur. La critique d’Après l‘incendie.

Après l’incendie

Robert Goolrick, Après l’incendie, Anne Carrière, 2017

Par François Lechat.

Ce livre à la belle écriture classique présente plusieurs particularités déroutantes. D’abord quelques maladresses, rares et locales, mais étonnantes à ce niveau de style. Ensuite un choix éditorial assez curieux : faire suivre ce roman de 300 pages d’une nouvelle, Trois lamentations, qui ne manque pas d’intérêt mais n’a pas la même hauteur de vue. Mieux vaut la lire, dès lors, avant le roman, pour bien apprécier sa troisième particularité. Il se déroule sur fond d’esclavage dans le Sud des Etats-Unis, ce que le prologue souligne sans fard, mais il ne développe pas ce thème, juste effleuré par le biais d’un couple de serviteurs fort bien traités. C’est pourtant l’esclavage qui est à l’origine de la fortune de Diana Cooke, héritière d’un famille prestigieuse remontant aux Pères fondateurs des Etats-Unis, et responsable de la préservation de Saratoga, la somptueuse maison familiale que le Sud entier lui envie mais qui constitue surtout un gouffre financier. Et l’esclavage ne serait-il pas la cause du gigantesque incendie qui, sur trois jours, a fait disparaître Saratoga comme nous l’apprenons dès le prologue ?

Quel peut être le destin d’une héroïne à la Scarlett O’Hara, d’une beauté confondante comme elle, mais assez lucide, celle-ci, pour savoir que les codes d’honneur qu’elle perpétue lui font une prison et sont complices d’une violence sourde ? Comment échapper à ce destin quand on est si attaché à son père et que l’on se veut à la hauteur de sa mission, quels que soient les sacrifices qu’elle impose ? Sous la plume de Robert Goolrick, on s’identifie à Diana, à ses espoirs, ses joies et ses tourments, sans jamais oublier pourquoi nous devrions la détester, politiquement parlant. L’auteur y réussit en jouant à fond la carte du romanesque, déployant ses personnages, ses décors et ses péripéties dans un style à la fois direct et soigné, comme on n’en lit plus guère. Avec, en prime, deux formidables personnages secondaires – un restaurateur de livres à la technique étrange et une décoratrice extravagante – qui réserveront bien des surprises.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (USA). Traduction : Marie de Prémonville.

Liens : Le livre chez l’éditeur. Sur le même thème, traité différemment, voir Underground Railroad.

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