Sans défense

Harlan Coben, Sans défense, Belfond Noir, 2018 (disponible en Pocket)

Par Catherine Chahnazarian.

Pour qui nous prend-on ?

J’avais fait la rencontre de Myron, Win, Esperanza, Big Cindy, papa et maman, personnages fétiches d’Harlan Coben, en lisant coup sur coup Mauvaise base (2008) et Peur noire (2009). J’avais passé du bon temps – le plaisir de la découverte – et je n’ai pas de regrets. Il y a quelques semaines, j’avais essayé un des ouvrages de la trilogie pour jeunes dans laquelle c’est Mickey Bolitar, 16 ans, le neveu de Myron, qui mène les enquêtes avec ses camarades Ema et Spoon. J’avais trouvé ça mauvais, disons-le, mais j’excusais l’auteur en me disant qu’il ne maîtrisait pas le genre « jeunesse ». D’autant qu’il avait, à mes yeux, fait la preuve de ses talents avec Double piège (2017), qui met en scène d’autres personnages et repose sur des valeurs plus sûres, et qui m’avait vraiment beaucoup plu. J’avais donc bon espoir en attaquant Sans défense (2018), mais Coben y revient avec toute sa bande et le récit commence en se focalisant sur Win, personnage omniscient, super fort et infiniment riche (ce qui est très commode, évidemment) commettant en quelques secondes trois meurtres totalement injustifiés qu’il raconte lui-même en levant les épaules : que voulez-vous, il est comme ça. Ensuite, tout est à l’avenant : il suffit d’être accompagné de Zora (ex du Mossad) pour que les méchants prennent peur ; il suffit d’envoyer Esperanza (ex-star du catch) se renseigner sur ci ou ça pour recueillir des infos utiles… Claquements de doigts. Enfin, pour ne parler que de l’essentiel, il y a des répétitions comme si l’auteur ne s’était pas relu, et quelques bizarreries comme si la traductrice elle-même en avait un peu marre de faire du Coben.

Je suis aussi déçue qu’agacée car, au moment d’écrire ces lignes, Sans défense est encore dans le top 10 des meilleures ventes en France par les simples pouvoirs d’une réputation et de la publicité (tout un mur dans la grande librairie où il m’arrive de m’égarer). On m’objectera que nombre de lecteurs sont moins exigeants que moi et que, d’ailleurs, j’ai fini le livre. Je ne peux en effet nier à Coben l’art de donner envie de connaître la fin de ses histoires ; il y excelle. Mais en même temps, je ne peux m’empêcher de me (re)poser la question (en pensant également à Amélie Nothomb et quelques autres) : pour qui nous prend-on ?

Catégorie : Policiers et thrillers (USA). Traduction : Roxane Azimi.

Liens : La publicité du livre sur lisez.com ; le classement des meilleures ventes en France sur Edistat.

Double piège

Harlan Coben, Double piège, Belfond, 2017 (disponible en Pocket)

Par Catherine Chahnazarian.

Joe, le mari de Maya, est mort assassiné. Son beau-frère trouve que « la mort colle aux basques » de cette ex-militaire qui en a déjà vu de toutes les couleurs à la frontière irako-syrienne (il n’a pas tort). Peut-être est-ce ce qui lui procure le sang-froid dont elle va faire preuve tout au long de ce roman, malgré sa colère et ses angoisses. Harlan Coben nous embarque dans la recherche de la vérité que mène cette femme intelligente, à la fois courageuse et sans cesse à la limite de l’imprudence, qui pense et agit en militaire et n’échappe malheureusement pas au syndrome de stress post-traumatique. Son enquête avance à un rythme parfait et se découpe en chapitres bien pensés au terme desquels on n’a pas envie de souffler. Et la surprise est au rendez-vous.

Comme souvent, il y a un tout dernier chapitre, de quelques pages à peine, en forme d’épilogue, un peu forcé, comme destiné à vous remettre de vos émotions, quelque chose de très américain – mais c’est un détail. Jusque là, 422 pages tout à fait excellentes d’une histoire moderne sans être gonflée de nouvelles technologies, qui sait évoquer la guerre sans lourdeur, le monde des affaires sans complaisance mais sans parano, l’amour familial sans romantisme dégoulinant, la vengeance sans délire. Ça pourrait être vrai…

Catégorie : Policiers et thrillers (U.S.A.). Traduction Roxane Azimi.

Liens : lisez.com. Nos autres critiques de romans d’Harlan Coben sont renseignées à la rubrique « par auteur ».

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