Labyrinthes

Franck Thilliez, Labyrinthes, Fleuve noir, 2022

— Par Anne-Marie Debarbieux

Autour du crime sordide qui ouvre le récit, vont évoluer cinq femmes : cinq parcours de vie que le lecteur sera invité à suivre en alternance, en comprenant que plus la lecture avance, moins la réalité est nette et la vérité facile à établir. Les labyrinthes, plusieurs fois évoqués au fil des pages, sont aussi ceux dans lesquels Thilliez nous entraîne, et ils sont complexes, tout comme les parties d’échecs qui jalonnent les relations entre certains personnages !

Bien entendu, il faut attendre les dernières lignes pour être éclairé sans être vraiment sûr (en ce qui me concerne du moins) d’avoir tout bien compris des méandres de cette intrigue tordue à souhait !

Bien que la majorité des commentaires soient aussi élogieux qu’à l’accoutumée, je ne partage pas tout à fait l’enthousiasme général pour ce nouveau thriller de Franck Thilliez. Certes, il est très bien construit, il témoigne une fois de plus de la passion de l’auteur pour les mécanismes complexes du psychisme humain, en prenant cette fois pour piliers du récit, la mémoire et ses incroyables capacités à oblitérer, déformer, transformer la réalité. Un labyrinthe dans lequel se perdent les personnages et le lecteur qui essaie de suivre le fil d’Ariane que l’auteur manipule à son gré.

Mais de ce fait on s’attache surtout à tenter d’échafauder des hypothèses et à trouver les bons chemins au détriment d’un véritable intérêt pour les personnages, qui restent toujours comme un peu à distance. On cherche les mécanismes psychologiques qui les animent ou dont ils sont victimes, on veut comprendre, mais on ne s’attache pas vraiment à eux et leurs vicissitudes ne nous émeuvent pas vraiment.

Questionnements, curiosité, jeu d’hypothèses certes, mais pas de réelle empathie donc, même si l’auteur s’attarde, comme il sait le faire, sur des scènes terrifiantes et des milieux plus que glauques où la folie et l’ambition semblent anéantir toute humanité à l’égard des victimes. En dépit de cette réserve, ce nouveau Thilliez se dévore comme les précédents !

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur.

1991

Franck Thilliez, 1991, Fleuve Noir, 2021

— Par Anne-Marie Debarbieux

Excellent, ce nouveau roman de Franck Thilliez qui donne de l’épaisseur humaine à son personnage emblématique, Sharko, en remontant à l’année 1991 quand, fraîchement émoulu de l’école de police de son Nord natal, il parvient à intégrer la très prestigieuse « maison » du « 36 » à Paris. Sharko se trouve donc doté ici d’un passé, d’une vie privée, et de débuts professionnels qui seront le tremplin du développement de toutes les qualités qu’on lui connaît. Avec en prime pour le lecteur une plongée dépaysante dans une époque où les moyens technologiques dont disposaient les inspecteurs étaient bien moins performants qu’aujourd’hui : fax, minitel, cabines téléphoniques… Petit nouveau, Sharko doit d’abord ronger son frein dans un travail de paperasses et d’archives avant d’être propulsé au premier plan d’une enquête passionnante. Comme toujours, Thilliez est maître dans l’art de faire découvrir au lecteur des milieux très spécifiques (ici en particulier l’univers très fermé des magiciens), tout en multipliant les fausses pistes pour remonter jusqu’à un tueur en série, auteur de meurtres particulièrement sordides perpétrés sur des jeunes filles, meurtres qui révèlent une marginalité que le lecteur horrifié n’aurait pu imaginer.

Complexe à souhait, l’intrigue se suit néanmoins aisément et Thilliez entraîne sans répit le lecteur dans les méandres d’un scénario qui évolue constamment.  

On ne peut que saluer une fois encore l’immense travail de documentation de l’auteur et sa manière de l’utiliser sans jamais être gratuitement didactique : car toujours, ce que Sharko apprend sert la progression de l’enquête, même si finalement certaines découvertes se révèlent être des impasses.

Car la vie d’un enquêteur est faite aussi de voies sans issues, de raisonnements qui n’aboutissent pas, de découragements, de prises de risques assumées, toutes situations qui humanisent le héros, tenace et courageux, qui ne « lâche rien » devant des adversaires aussi redoutables qu’imprévisibles.

Catégorie : Policiers et thrillers.

Liens : chez l’éditeur ; interview de F. Thilliez dans La Voix du Nord.

Le manuscrit inachevé

Franck Thilliez, Le manuscrit inachevé, Fleuve noir, 2018 (disponible en Pocket)

Par Catherine Chahnazarian.

Une jeune fille dont les mèches blondes dépassent joliment de son bonnet de laine. Une maison isolée dans les dunes, près de Berk, battue par des vents rageurs chargés de sable. La chambre encombrée d’un petit hôtel où un flic visionne des images terribles. Des routes enneigées cernées de noires montagnes. Des chemins perdus dans des forêts hostiles. Le silence, la peur, les coups. Et puis tous ces moments où les personnages se prennent la tête entre leurs mains : Bon sang, mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Car, d’un côté, Vic, un flic au bord du désespoir, écoeuré, fatigué mais acharné et, d’un autre côté, Léane, la mère brisée d’une jeune fille disparue, mènent chacun une enquête qui nous entraîne dans le glauque, le gel et la violence, dans l’impossible, la folie, l’horreur.

Ce roman policier qui a tout du thriller psychologique est complexe – sans qu’on s’y perde car l’auteur sait rappeler les noms ou les lieux quand il le faut – et nous fait l’honneur de s’adresser à notre intelligence. Car nous, lecteurs, qui cherchons aussi à comprendre, les regardons tous deux avancer vers leur vérité sans savoir ce que l’autre a découvert ; nous qui pouvons recroiser leurs informations, nous faisons hypothèse sur hypothèse. Mais nous sommes pris au dépourvu à chaque nouvelle révélation. Les actions, les rebondissements se succèdent, nous gambergeons, mais nous sommes englués dans la complexité de l’affaire, dans la souffrance des enquêteurs, dans l’atmosphère visqueuse et glaciale qui ne quitte pas le livre un seul instant.

Je ne suis pas sûre qu’il était nécessaire d’enchâsser deux histoires de manuscrits inachevés à une intrigue qui se suffisait à elle-même, mais Franck Thilliez écrit de mieux en mieux et comme son inventivité, son sens de la construction et du rythme sont remarquables, il atteint un niveau qui lui fait bien mériter son succès.

Catégorie : Policiers et thrillers.

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