Là où les chiens aboient par la queue

Estelle-Sarah Bulle, Là où les chiens aboient par la queue, Liana Lévi, 2018

Par Sylvaine Micheaux.

Derrière ce titre plus que bizarre, traduction directe d’une phrase créole, « Cé la chyen ka pa japé pa ké », se trouve un joli roman qui va nous plonger dans la Guadeloupe des années 1930 à nos jours.

La narratrice, Eulalie, est une métisse d’Île-de-France qui ne connaît le département d’origine de son père, la Guadeloupe, que par les quelques mois de vacances passés de temps en temps chez son grand-père Hilaire. Elle va donc demander à ses deux tantes, Appolone et Lucinde, et à son père, « petit frère », de lui raconter son histoire familiale, et découvrir leur vie d’avant et la culture créole de leurs origines.

C’est surtout Appolone, que tout le monde appelle Antoine (de son nom de savane donné à chaque enfant à la naissance pour éloigner les mauvais esprits), qui va avec verve et en faisant honneur au parler créole, lui raconter le grand père Hilaire qui a épousé une béké, pas plus riche que lui d’ailleurs, à Morne Galante, un minuscule village au milieu de nulle part, « là où les chiens aboient par la queue ». De leur union naissent deux filles avant-guerre, et le petit frère après-guerre. Après le décès de leur mère, c’est la fuite vers Pointe-à-Pitre des enfants qui s’ennuient ferme au village. Je vous laisse découvrir le reste.

C’est une immersion dans la Guadeloupe pauvre à partir des années 1930. Tout en découvrant l’histoire familiale, on suit les transformations de l’île, son histoire avec un grand H (les Guadeloupéens se sont opposés au régime de Vichy, par exemple), l’arrivée du modernisme qui ne va pas faire que du bien, les révoltes des jeunes, l’exil vers Paris, souvent pour travailler dans les administrations, et la perte des racines et du parler créole.

C’est superbement écrit, plein d’énergie, d’humour, d’émotion et de soleil ; flamboyant. La découverte d’une île magnifique.

P.S. : Ce premier roman fait partie de la sélection du Prix Lire Élire des Bibliothèques Pour Tous de la région Nord-Flandre.

Catégorie : Littérature française (Guadeloupe).

Liens : chez l’éditeur.

Une colonne de feu

Ken Follett, Une colonne de feu, R. Laffont, 2017

Stylo-trottoir : Pierre, la soixantaine, autour d’une table.

Phase 1 : vers la page 300

— Mille pages. Mais quand t’as aimé Les piliers de la terre et Un monde sans fin, t’attaques forcément Une colonne de feu. En sachant que dès que tu commences, tu sais plus dormir ! Comme toujours, il [Ken Follet] entremêle l’Histoire et une fiction, des personnages ayant existé et des personnages imaginaires. Ça commence à la Noël 1558 en Angleterre avec Elisabeth Tudor mais ça se passe aussi en France… »

Phase 2 : quelques jours plus tard

— Alors, ce Ken Follett ?

— Je l’ai abandonné avant la fin. Pas assez bon, pas assez historique. Moins bien que les premiers. Il y a des passages pas mal, comme le massacre de la Saint-Barthélémy, mais… Je ne sais pas, j’étais pas dedans. C’est comme un film qui se passe au Moyen Âge : si les gens ont les dents pourries et des poux dans les cheveux, tu y crois ; mais s’ils sont propres sur eux, ça ne marche pas. C’est pareil. J’aurais pu continuer… J’avais un peu envie de connaître la fin. Mais juste un peu.

— C’est peut-être lui qui n’est pas dedans. Il paraît qu’il a une équipe de documentalistes qui travaille pour lui. S’il ne fait pas les recherches lui-même, il est forcément moins dedans.

— Possible.

Catégorie : Littérature étrangère anglophone (Royaume-Uni). Traduction : collectif.

Liens : le livre chez l’éditeur, le site (partiellement en français) de l’auteur.

Les Plantagenêts

Dan Jones, Les Plantagenêts, Flammarion, 2015

Par François Lechat.

Commençons par un point noir, le seul : il n’y a pas de correcteur chez Flammarion, ou il était distrait en relisant certains chapitres… Pour le reste, cette chronique de la monarchie des Plantagenêts, qui couvre les trois siècles pendant lesquels l’histoire de l’Angleterre était intimement mêlée à l’histoire de France, nous offre tout ce que l’on aime : du bruit et de la fureur, des grands rois et des petits tyrans, des reines puissantes et des prélats sûrs de leur bon droit, des barons tantôt fidèles tantôt rebelles. C’est de l’Histoire d’avant l’École des Annales, axée sur la politique, les conquêtes militaires et les intrigues de cour, indifférente à l’économie et à la vie quotidienne. Mais cette Histoire à l’ancienne n’en est pas moins savante, qui rend si bien compte des rapports entre la monarchie et l’aristocratie, de la naissance des parlements, de la manière de rendre la justice, des failles et de la propagande qui entourent la transmission de la couronne… Une magnifique occasion de retrouver ces noms évocateurs qui défient notre mémoire (Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre, Thomas Becket, les chevaliers de la Table ronde…), de plonger dans les merveilleuses sonorités britanniques (ah, ce prince gallois appelé Llywelyn ap Gruffudd !) et de relativiser quelques mythes, comme celui de la Grande Charte de 1215, qui n’est pas l’ancêtre de la Déclaration universelle des droits de l’homme comme on le dit parfois. On attend avec impatience la suite, qui sera consacrée au 15e siècle et passera par la Guerre des Deux-Roses pour aller jusqu’à l’avènement des Tudor.

Catégorie : Essais, Histoire…

Liens : chez l’éditeur.

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