Tsunami

Littérature française
Par François Lechat

Ce roman très politique m’a souvent fait penser au Wanted de Philippe Claudel dont Catherine a récemment fait la critique. Même format court, même plongée dans le chaudron de la politique contemporaine (sous l’angle français, ici), même pessimisme à l’égard du monde comme il va, mêmes aperçus journalistiques enchâssés dans un récit qui sert de prétexte à l’auteur pour exposer ses vues. Chez Dugain, cela n’empêche pas un certain suspense, mais la fin (que je ne dévoilerai pas) confirme que le roman est au service d’une sorte de petit essai, d’ailleurs enlevé et intelligent.

On fait donc de nouveau, aujourd’hui, de la littérature avec des idées parce qu’il faut réveiller les consciences tout en offrant une dose de détente. Cela marche (j’ai soigneusement coché d’excellents passages), mais cela reste tout de même un genre ambigu. Qui présente néanmoins l’intérêt, dans Tsunami, de ne pas sacrifier les personnages féminins, même si le pouvoir est exercé par des hommes – c’est plus réaliste, encore et toujours ?

*

Marc Dugain
Tsunami

Éditions Albin Michel
2023

Disponible au Livre de Poche

Nos autres critiques de Marc Dugain : La chambre des officiers ; Transparence

Transparence

Marc Dugain, Transparence, Gallimard, 2019 (existe en Folio)

— Par Anne-Marie Debarbieux

Habituellement, je n’aime pas les romans d’anticipation : ils m’ennuient, et souvent ils sont truffés de références scientifiques auxquelles je ne comprends rien. Et pourtant je me suis laissée séduire par le roman de Marc Dugain parce que la démarche est assez différente. Elle ouvre en effet sur une vraie réflexion tant philosophique que sociologique et économique sur le monde actuel.

En 2060, au fin fond de l’Islande, une femme est accusée d’un meurtre, sauf que la victime et la meurtrière sont bel et bien la même personne…

L’accusée se dévoile alors et explique qu’elle est à la tête du programme Endless qui, doublant les recherches de Google, est en voie d’être commercialisable. Il permettra de reconstituer un individu à l’identique, moyennant la numérisation de toutes ses données, tant dans ses caractéristiques physiques (ce qui est déjà réalisable dans l’état actuel des avancées de nos connaissances) mais aussi dans sa personnalité et ses choix de vie.

Il est donc possible d’envisager une société où l’immortalité sera réalisable sur des critères hautement définis par la sélection d’individus méritant cet avenir virtuel, c’est à dire offrant des garanties de qualités qui assurent la préservation des valeurs fondatrices du bien commun. Plus de hasard, plus de menaces de destruction, plus de consommation effrénée. Tout ce qui nous menace pourrait se trouver peu à peu maîtrisé.

Bien entendu toutes les données du programme Endless sont soigneusement préservées à l’abri de tout prédateur malintentionné.

Déjà les chefs d’état, les représentants des grandes religions prennent très au sérieux le programme Endless et demandent à rencontrer sa fondatrice tandis que se multiplient évidemment les opposants qui veulent en démontrer les failles.

Accéder à une forme d’immortalité, maîtriser la mort, abolir le hasard, préserver le bien, sauver la planète, ce rêve peut-il devenir réalité ?

Évidemment la fin du livre réserve une surprise au lecteur ! Car il s’agit bien d’un roman !

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur : la Blanche , en Folio.

La chambre des officiers

Marc Dugain, La chambre des officiers, J. C Lattès , 1998 (existe en Pocket)

Par Sylvaine Micheaux.

En 1998, quand est sorti ce roman, on ne parlait pas encore beaucoup de la première guerre mondiale ; on était encore loin des commémorations du centenaire.

Adrien a peu connu la guerre, il a hélas sauté sur un obus qui lui a arraché une partie du visage dès les premiers jours de mobilisation. Lieutenant, il se retrouve hospitalisé, dans une chambre d’officiers (on ne mélange pas soldats et officiers !) : il fait partie de ceux qu’on a appelés les « gueules cassées ».

Quatre longues années d’hospitalisation avec d’autres estropiés et défigurés pour la vie, qui arrivent au fur et à mesure des combats de la grande boucherie de 14-18.  Dans cette grande salle du Val de Grâce, dépourvue de miroir, entre deux opérations (hélas on ne fait jamais autant de progrès en chirurgie réparatrice ou orthopédique que dans les hôpitaux militaires), avec courage, autodérision et malgré tout appétit de vivre, se nouent des amitiés indéfectibles.

Un excellent premier roman de Marc Dugain, une écriture en finesse non dépourvue d’humour, une histoire poignante s’inspirant de la vie du grand-père de l’auteur. Un hymne à l’amour de la vie.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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