La disparution

Littérature française
Par Marie-Hélène Moreau

Quel drôle de livre… Au bon sens du terme, car je l’ai trouvé tout simplement épatant ! Cet adjectif colle particulièrement bien au côté gentiment déjanté de l’ouvrage.

Damien Renoueux, spécialiste de l’Égypte ancienne, vient de terminer un ouvrage sur le sujet et cherche un éditeur. En attendant, et parce qu’il faut bien vivre, il vend à domicile des slips pour homme avec possibilité d’essayage. Voilà pour le contexte, déjà un peu loufoque. Entre en scène Évelyne de Bresson, une éditrice qu’un collègue met sur sa route. Emballée par le manuscrit, elle le contacte, le rencontre, lui propose une sortie prochaine, puis… puis plus rien, ou presque.

Au fil de plus de deux cents pages d’une écriture fluide, nous suivons les affres de notre malheureux écrivain, suspendu à une promesse de contrat qui n’arrive jamais sans qu’il sache bien pourquoi. Alors il imagine, Damien Renoueux, et il demande conseil, à sa sœur, à son ex, à son cousin. Bientôt toute la famille s’y met, en ordre dispersé mais avec conviction. Désespéré, notre auteur tente des relances dans des styles différents. Aucune n’aboutit, et la situation le plonge encore plus dans le doute. Il aime cette éditrice, ensuite il la déteste. Il lui trouve des excuses – elle concourt pour un prix qui sans doute l’occupe – mais se dit que, quand même, elle exagère un peu. Jusqu’au jour où…

La disparution est un livre drôle – particulièrement lorsqu’on est soi-même un auteur en quête d’éditeur ! – qui aborde de façon maline la difficulté des auteurs à naviguer dans le monde complexe de l’édition. On ne peut en effet que compatir, et sourire face à l’intense activité qui agite le cerveau de notre pauvre auteur – d’autant que le tout est entrecoupé de ses échanges avec des acheteurs de slips et son activité bénévole au sein du conseil syndical de son immeuble.

Une belle découverte !

*

Pierre Fréha
La disparution

Most Éditions
2025

Le Grand écrivain

Jean-François Merle, Le Grand écrivain, Arléa, 2018

Par Dominique Bernard.

Fiction brillante et décapante du petit monde des éditeurs parisiens.

Le narrateur est un jeune écrivain parisien à court d’inspiration. Il a publié un seul roman, médiocre. Il est aux abois, il a mangé son à-valoir et il est menacé d’un procès par son éditeur, lui-même en difficultés financières.

Cet éditeur, justement, va lui proposer un marché : écrire la biographie d’un auteur, le grand écrivain  André Maillencourt, gloire internationale, traduit en plusieurs langues, qui a fait la fortune de la maison d’édition mais n’a rien publié depuis six ans. Sa biographie viendrait à point pour renflouer les caisses. Seule condition : notre jeune écrivain doit travailler « en nègre » et garder le secret absolu sur son travail. Il accepte (a-t-il le choix ?), et c’est là que ses ennuis commencent.

Le grand écrivain n’est pas coopératif pour écrire ses mémoires, peu importe, « ma foi, ce sont des mémoires, nous ferons comme les autres, nous enjoliverons ».

Le dernier livre du grand écrivain, a priori cruciverbiste,  s’appelle Espoir trahi, en cinq lettres (vous avez deviné ? NDLR). Ce livre provoqua une polémique. Lors de la sortie de ces Mémoires, l’accueil est réservé, puis on passe « aux commentaires des commentaires »

Ce roman est vif, très bien construit, on rit beaucoup et les éditeurs doivent rire jaune. Toutes les scènes fourmillent de détails très justes (les entrevues, le restaurant, le cocktail lors de la sortie « des mémoires ».  L’épilogue est un peu maigrichon, mais on lui pardonne (avons-nous le choix ?).

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur.

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