Wanted

Littérature française
Par Catherine Chahnazarian

Ce court roman commence bien. C’est réjouissant : Trump et Musk, dans des attitudes et dialogues d’un réalisme remarquable, apparaissent d’emblée comme les personnages principaux d’une farce dont on devine aisément la portée morale. Il y a de jolies idées, dans cette fiction amusante – mais dont le burlesque ne décolle pas, malheureusement, de même que le récit se développe peu. Notamment parce que la dynamique narrative est plusieurs fois brisée par des explications – à mon avis inutiles – sur le capitalisme et la dérive d’un monde dans lequel la vérité n’a plus la place qu’elle mérite, la morale non plus. Rien de transcendant quant à l’analyse, donc, et le lecteur aurait pu se contenter de ce qui compose le récit (coup de théâtre initial, déclarations des grands hommes, événements, interviews…), assez explicite pour suffire, au plan de la réflexion morale.

Mais encore fallait-il oser les personnages et leurs agissements. Le roman est léger mais assez culotté. On le lit jusqu’au bout pour voir où il va et pour les trouvailles qui amusent alors même qu’il n’est pas très substantiel.

Philippe Claudel s’explique ensuite dans une postface à la fois sympathique et naïve : le rire comme solution, c’est un peu maigre, je le crains. Mais espérons !

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Philippe Claudel
Wanted

Éditions Stock
2025

Disponible au Livre de Poche

Tous nos articles sur Philippe Claudel : L’Archipel du Chien ; L’arbre du pays de Toraja ; Hommage à Philippe Claudel ; Fantaisie allemande ; Crépuscule.

Le mage du Kremlin

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Essais, Histoire
Par Catherine Chahnazarian

Maintenant qu’il n’est plus dans toutes les conversations (en raison de son phénoménal succès de librairie et de la polémique sur le Goncourt), il est temps – si ce n’est déjà fait – de lire cet incroyable roman, qui a tout d’un essai et tout d’un récit, et qu’il faut aborder sans préjugés.

Écrit bien avant l’attaque russe de février 2022, sa publication est tombée dans un monde bouleversé qui s’est alors concentré sur le funeste présage de l’invasion de l’Ukraine, sur la peinture d’une Russie qui a permis l’avènement de Poutine, sur la façon de fonctionner de cet homme qui se comporte comme un dieu. Mais le roman n’est ni une description ni un oracle. Il explique, avec une précision méticuleuse de fin connaisseur et de fin stratège politique, l’esprit impérial russe que nous connaissons, que nous comprenons si mal.

Le point de vue ? Tout cela (la politique, la grandeur, les rivalités, le pouvoir…) n’est qu’une gigantesque comédie qu’un artiste met en scène dans l’indifférence de la réalité, juste pour le sport : être celui dont l’intelligence permet de faire fonctionner un système, de concrétiser une idéologie, de faire advenir un monde, de manipuler les cerveaux. Les personnages ? Ils ont récemment vécu ou sont encore vivants, leurs noms sont donnés comme acteurs de la sinistre comédie dont da Empoli nous livre des secrets. On sent qu’il maîtrise son sujet et que, sous le romanesque, il ne nous ment pas : il nous donne des clés. Raison pour laquelle plus votre lecture sera désintéressée plus vous profiterez de son expertise.

Bien sûr, le sujet de l’Ukraine accapare notre attention, mais il n’est qu’un sujet dans un vaste aperçu de la Russie du pouvoir, vue de l’intérieur afin de mieux emmener le lecteur dans des logiques qu’il perçoit peut-être, s’il est très informé, mais de l’extérieur. Le grand talent de da Empoli est de nous projeter dans l’esprit que nous cherchons à saisir – mais souvent en le regardant comme un ennemi ou un fou, ce qui nous empêche d’en appréhender la substance profonde, de l’accepter et alors, peut-être, de pouvoir y répondre.

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Giuliano da Empoli
Le mage du Kremlin

Éditions Gallimard
2022

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