Une joie féroce

Sorj Chalandon, Une joie féroce, Grasset, 2019

Par Sylvaine Micheaux.

« Une vraie Connerie » : Jeanne, Assia, Brigitte et Melody, quatre femmes dans une voiture, prêtes à faire un casse dans une bijouterie de la place Vendôme. Ainsi débute le nouveau roman de Sorj Chalandon.

Puis on se retrouve sept mois plus tôt. Jeanne, la quarantaine, employée dans une librairie, douce, effacée, s’excusant de vivre, découvre horrifiée qu’elle est porteuse d’un cancer du sein. Elle va l’appeler « mon camélia », pour lui donner une connotation moins horrible que cancer, crabe ou tumeur. Avec son mari, ils vivaient côte à côte plutôt qu’ensemble depuis le décès de leur fils. Il ne va pas supporter sa maladie ; ils vont se quitter et Jeanne va aller vivre chez Brigitte, rencontrée lors de ses traitements à l’hôpital. Avec Assia, la compagne de Brigitte, et Melody, une petite jeune femme fragile, les quatre femmes, toutes en mal d’enfant pour des raisons différentes, vont monter ce casse.

Je reste mitigée. Durant quasi tout le roman, c’est Jeanne qui parle, et je suis admirative de la manière incroyable dont Chalandon prend la parole pour cette femme, malade, meurtrie, qui essaie de relever la tête malgré les traitements invalidants, les cheveux qui tombent. Tout sonne vrai, profond, un vrai bonheur. Il a vraiment senti l’âme féminine. Par contre j’ai beaucoup moins accroché à cette histoire de vol réalisé pour aider une des quatre, même si il y a de beaux portraits de femmes et qu’elles partagent une belle amitié face aux difficultés de la vie. Malgré tout, la fin du roman est vraiment très jolie et poignante. Ce livre mérite d’être lu.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Voir aussi notre critique du Jour d’avant, du même auteur.

Le jour d’avant

Sorj Chalandon, Le Jour d’avant, Grasset, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

J’ai un faible pour Chalandon, et Le Jour d’avant est vraiment mon coup de cœur de la rentrée.

Nous sommes dans la région des mines, Liévin. Joseph et Michel Flavent, fils d’agriculteur, ne veulent pas suivre les traces de leur père. Ils sont fous d’automobiles et de Steve McQueen dans Le Mans. Joseph, l’ainé, n’ayant pas les moyens d’avoir le bolide rêvé, s’éclate en retapant une vieille pétrolette. Il sera d’abord mécanicien, mais ne voulant pas passer pour un lâche rejoindra finalement, à 20 ans,  ses copains à la mine, fosse 3 à Liévin, comme si c’était écrit qu’il faille y descendre. Michel, le petit frère, en adoration devant Joseph, compte bien le suivre.

La vieille du 27 décembre 1974, les deux jeunes font une virée nocturne en mobylette. Ce sera la dernière, car le lendemain à 6 h 19, c’est le coup de grisou dans la fosse 3, mal entretenue après cinq jours d’arrêt pour Noël. Quarante-deux corps seront remontés. Joseph, blessé, ne mourra que quelques jours plus tard et ne sera pas compté comme victime de la mine.

Se développent en Michel, inconsolable,  une colère et une haine contre les houillères et le chef porion qui n’a pas bien fait son boulot, attisées lors du suicide du père qui lui demande de les venger de la mine. Michel quitte la région, se marie, mais entretient sa colère en collectionnant tout ce qui se rapporte à la mine, à Liévin, aux camarades décédés. Quarante ans après, au décès de sa femme, il décide de retourner dans sa région.

On oscille donc, dès le départ, entre 1974 et 2014. Il se passe ensuite beaucoup de choses et des révélations très étonnantes. Je n’en dirai pas plus. Mais les choses ne vont pas forcément se passer telles qu’on les imagine.

C’est un roman fort, prenant, parfois violent, mais tellement émouvant et étonnant. On se remémore une réalité, oubliée depuis 40 ans. Une belle peinture d’une époque et d’une terrible humanité.

Catégorie : Littérature française.

Liens : chez l’éditeur. Images et interviews d’époque sur France 3. Et pourquoi pas, dans un autre genre, Steve McQueen au Mans.

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