La beauté des jours

Claudie Gallay, La Beauté des Jours, Actes Sud, 2017

Par Sylvaine Micheaux.

Cela fait deux fois que je me fais surprendre par un roman de Claudie Gallay.

Le premier, c’était Les Déferlantes. J’avais été obligée de le lire pour une formation et, au départ, j’avais vraiment dû m’accrocher car je trouvais que l’histoire était bien lente, monotone, qu’il ne s’y passait rien ou pas grand-chose. Puis au fil des pages (vers la page 100, quand même), je me suis retrouvée prise par le récit (eh oui, il y  avait une histoire), et ce livre, je l’ai trouvé magnifique.

Là, Claudie Gallay nous prend de la même manière. C’est l’histoire de Jeanne, guichetière à la poste, un mari aimant et casanier, des jumelles parties faire leurs études à Lyon. Elle a une vie toute simple, toute monotone, réglée comme du papier à musique : le repas en famille chez les parents taiseux le dimanche, le macaron du mardi, les vêtements préparés d’avance pour le lendemain ainsi que les bols du petit déjeuner. Jeanne se plait dans cette routine rassurante, même si on y sent de l’ennui. Mais elle a quand même une passion pour une artiste d’avant-garde, Marina Abramovic (artiste qui existe réellement), qui réalise des performances, des défis mettant en jeu son intégrité physique et psychique. L’esprit de la petite Jeanne ne serait-il pas plus complexe qu’on ne pense pour aimer une telle artiste ? Un petit grain de sable, vous savez le battement d’aile du papillon, va modifier tout doucement, tout légèrement sa vie…

Beaux personnages, simples et attachants ; une Jeanne à la moitié de sa vie, et à la croisée de ses chemins ; jolie écriture faite de chapitres courts ; un petit livre, poétique au fond.

Catégorie : Littérature française.

Liens : La beauté des jours chez l’éditeur. La critique des Déferlantes sur Les yeux dans les livres par Marie-Claude Donner.

La nuit derrière moi

Giampaolo Simi, La nuit derrière moi, Le Livre de Poche, 2017

Par François Lechat.

L’éditeur classe ce livre dans la catégorie des policiers, mais c’est en fait un thriller psychologique d’une impressionnante efficacité. Il ne faut pas y chercher de belles phrases : conformément au genre, l’écriture est directe et moderne, parfois un rien rugueuse, mais subtile aussi pour rendre l’état d’esprit de l’anti-héros que nous suivons ici. Car c’est bien d’anti-héros qu’il s’agit, avec ce Furio Guerri (un nom qui ne doit rien au hasard ?) qui nous est d’emblée présenté comme un « monstre » inquiétant, peut-être poussé par des pulsions pédophiles. Un être antipathique, ambitieux, infidèle et possessif avec sa femme. On s’identifie pourtant à lui, car dès le départ la structure narrative nous oblige à suspendre notre jugement : entre passé et présent, entre chapitres dont il est le narrateur et chapitres dans lesquels l’auteur le tutoie, on devine qu’il est plus complexe qu’il n’y paraît et l’on cherche à comprendre, à deviner. Ce qui prendra le roman entier, ou presque, au fil d’une tension croissante et de réelles surprises. Giampaolo Simi crée ici une mécanique infernale, prenante, au sein de laquelle un personnage féminin prendra une place de plus en plus importante et surprenante. Sans atteindre le niveau de Gillian Flynn dans Les apparences (la référence absolue, à mes yeux), ce thriller est une remarquable réussite.

Catégorie : Policiers et thrillers (Italie). Traduit de l’italien par Sophie Royère.

Liens : chez l’éditeur.

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