Caledonian Road

Littérature étrangère (Grande-Bretagne)
Par François Lechat

Un livre-monde, avec Londres comme épicentre. Voilà ce que propose Andrew O’Hagan avec ce roman foisonnant (la liste des personnages fait deux pages, parfois utiles pour fixer la mémoire) et passionnant de bout en bout. Impressionnant, aussi, et pas franchement joyeux, puisque notre planète ne tourne pas rond…

Que dire de plus, sinon que c’est un chef-d’œuvre à découvrir absolument ? Du moins si l’on aime plonger dans la glaise d’une société éclatée et hiérarchisée, d’une ville et d’un pays dans lesquels cohabitent des hommes et des femmes de tous milieux, voués à entrer mutuellement en tension ou à buter sur leurs contradictions. On voit ainsi se débattre, sur 640 pages grand format, des intellectuels de bonne volonté, des aristocrates pervertis, des exploiteurs de migrants, des jeunes qui dealent et se bagarrent pour oublier le racisme, des faussaires spécialisés dans l’art, des politiciens plus ou moins sincères, des médias sans scrupules, des oligarques russes, des réseaux sociaux déchaînés, des femmes en lutte contre le machisme, et j’en passe.

Il y aurait là de quoi se perdre, sauf que tous les personnages sont progressivement liés d’une manière ou d’une autre, et remarquablement dépeints, en particulier un professeur d’université en route vers un destin improbable et sa locataire, une vieille dame insupportable et retorse qui profite de ses maigres privilèges d’assistée. L’argent circule à flots, les rumeurs aussi, et la drogue, et les camions remplis de bétail humain, et l’alcool, et…, et… Tout en restant parfaitement clair et nerveux, ce roman brasse tant de thèmes et d’univers sociaux qu’il défie la synthèse. Un livre balzacien du 21e siècle, très dialogué, parfois tendre ou amusant, mais qui prend à la gorge.

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Andrew O’Hagan
Caledonian Road

Traduction : Céline Schwaller
Éditions Métailié
2025

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